Barry 7 (Barry Smith), Ann Shenton, Andrew Aveling (remplacé par Steve Claydon) forment le trio historique d’Add n to (x). Passionnés de synthétiseurs analogiques, ils livrent une musique énergique, un rock & roll jouissif interprêté sur Korg, Moog, Theremin et autres bijoux de la technologie des fifties, sixtees, seventies. Leurs ambiances parfois sombres et grandiloquentes, leurs sonorités étranges et notamment le fil rouge du Black Regent (dont nous parlons par la suite) confèrent au groupe un côté gothique, en tout cas reconnu comme tel par les auditeurs qui s’en réclament.
Nous sommes à Londres en 1994 quatre fous de vieilles machines unissent leurs efforts pour se produire en live : il y a Andrew Aveling, Justin Anderson et sa copine de l’époque Ann Shenton, et l’ancien DJ de Prague Radio, Barry Smith. Justin quitte le groupe, qui se trouve un nom mathématique ; Steve Claydon remplace Andrew Avenling en 1997.
Après quelques titres prometteurs,
Vero Electronic, le premier album, paraît en 1996 sur le label Blow Up Records. Ils tournent en compagnie d’un ou deux batteurs live, notamment Andy Ramsey de
Stereolab, et plus tard Rob Allum, qui officie au sein d’un autre groupe de pop lumineuse, High Llamas. Le succès critique est atteint en 1998 avec
On The Wires Of Our Nerves, ce qui leur vaut d’être comparé à un milier de groupe – Can pour les rythmiques robotiques,
Kraftwerk pour le rapport à la machine,
Suicide ou
Throbbing Gristle pour les ambiances bruitistes,
Cabaret Voltaire et son post-punk bizarroïde – sans que leur originalité ne puisse être reléguée au fond d’une case.
Ils signent ensuite sur le pachyderme Mute leurs trois derniers disques,
Avant Hard (1999),
Add Insult To Injury (2000) et
Loud Like Nature (2002). Ces réalisations délaissent (un peu) le caractère expérimental qui baigne leurs premiers opus et affirment un côté plus accrocheur. Si beaucoup considèrent
Loud Like Nature comme l’aboutissement de leur carrière,
Avant Hard reste pour de nombreux autres leur chef-d’œuvre.
Mêlant autodérision (
« Steve’s Going To Teach Himself Who’s The Boss »,
« Barry’s Contraption »,
« Ann’s Everyday Equestrian »), riffs entêtants et batterie punk (
« Buckminster Fuller ») Avant Hard multiplie les climats et sait se faire somptueusement calme (
« Oh Yeah, Oh No », entendu dans tous les défilés de mode de l’époque). Alison Goldfrapp, avant de former son groupe éponyme, est de la partie pour trois titres qu’elle hante plus qu’elle ne chante, moins humaine que fantômatique. Enfin, un collage fétichiste de vieilles machines pour figurer deux robots en plein échange fait de la pochette un chef-d’œuvre du genre.
Add Insult To Injury est principalement enregistré live lors d’une résidence à la Ville Nouailles en France et se veut plus rock, plus vibrant… mais aussi moins surprenant. Le single « Plug Me In » est explicitement mis en clip par des hardeuses qui se battent gentiment à coup de godes. Ensuite, le groupe s’éparpille dans le monde (Barry vit à Sheffield où Ann déteste le climat pluvieux, Steve à Londres et Ann dans l’Idaho) mais parvient à produire, par ajouts successifs d’idées personnelles, un miracle d’équilibre : la pop déjantée et vocodée de
Loud Like Nature. Malheureusement, les conditions difficiles de l’enregistrement laissent des traces – Ann Shenton quitte le groupe – et Add N To (X) se sépare en 2003, au sommet de son art.