C’est dur de regarder dans les yeux les raisons pour lesquelles le monde est encore une endroit pourri, et nous nous attaquons à la vraie merde qui nous entraîne de plus en plus bas : la gentrification, la justice de la rue, la destruction des ressources, l’esclavage moderne du travail, les dos qui se font encore poignardés... ”
C’est dans la chaleur criminelle du New-York des années 80 naissantes qu’apparaît Agnostic Front, l’un des représentants les plus emblématique du Hardcore. Sur une base punk mais encore plus violente, leur musique se veut une catharsis incontournable alors que justice sociale ne signifie plus rien chez les laissés-pour-compte de la récession américaine. Leur son a inspiré un grand nombre de groupes, tels que les
Dead Kennedys,
Black Flag et Minor Threat.
Les fondateurs du hardcore new yorkais
C’est tout d’abord Vinne Stigma (guitare), Diedo (basse) et Rob Krekus (batterie) qui forment Agnostic Front. Après l’audition de différents chanteurs, c’est finalement sur l’ex Psychos Roger Miret qu’ils jettent leur dévolu. A l’image du quotidien chaotique vécu par ses jeunes des quartiers ouvriers de Manhattan, la composition du groupe va connaître de multiple changements, des arrêts d’activité et des reprises plus ou moins heureuses.
En 1983, leur première galette autoproduite voit le jour : United Blood EP est désormais un objet de collection, avant d’avoir été échangé sous le manteau crasseux d’une jeunesse en mal de repères. L’année d’après, Dave Jones et Rob Kabula sont intégrés respectivement derrière la batterie et la basse pour l’album Victim In Pain. Quatre ans à peine après leur formation, Agnostic Front produise ce qui restera comme leur chef-d’œuvre et leur valu d’être les vedettes du célèbre club punk CBGB.
Le début de la fin
L’époque est cruelle, et la meilleure période d’Agnostic Front est déjà révolue : démotivations des membres et changements de personnels font de l’enregistrement de
Cause For Alarm (1986) un véritable calvaire. Son ouverture musicale sur le thrash et le métal déçoit une partie des fans « hardcore », justement.
La lente descente se poursuit l’année d’après avec
Liberty and Justice for... : le hardcore n’a plus le vent en poupe, l’album déçoit par manque de nerf et se vend mal. Pour ajouter à la déroute, Miret est arrêté en possession de drogue et écope de la prison. Il compose derrière les barreaux les chansons de
One Voice (1992), qui malheureusement n’enraye pas le désamour du public. L’album live
Last Warning sonne le glas d’Agnostic Front l’année suivante. Les rats quitte le navire et rejoignent
Madball (pour Stigma, Henderson et Shelper) ou
Sick Of It All (Craig).
1997 : Retour sur le front
Le monde ne va pas mieux en 1997, Stigma et Miret décident de reformer leur hardcore crew, en compagnie de Jim Coletti (batterie) et de leur second bassiste historique, Rob Kabula. Something Gotta Give marque un retour fracassant sur le marché du disque. L'on propose au public, amnésique, les rééditions de leurs premiers disques. Elles connaissent un bien meilleur succès qu'à l'origine.
Dans un second souffle nettement plus porteur, les Agnostic Front enregistrent en 1999 un Riot Riot Upstars toujours aussi politiquement engagé, un Dead Yuppies en 2001. Another Voice, comme un écho à One Voice, paraît en 2004. Nullement engoncé dans le vieillissement, le quintet New-Yorkais sort un Warriors tout en verve, en 2007.
Comme ultime symbole de la légende Hardcore, le groupe produit en 2006 un DVD live retraçant les meilleurs années du CGBG, afin de soutenir l’action pour la survie du lieu mythique.