Star incontournable de la musique soul américaine,
Al Green aura connu son âge d'or dans la première moitié des années 70 sous la houlette du producteur Willie Mitchell. Tubes à gogo, albums classés dans les premières places des charts, critiques dithyrambiques, tout roulait pour Albert Greene (son vrai nom) et sa voix de velours, considéré alors comme un des artistes les plus influents du genre. Jusqu'à ce qu'un événement tragique (le suicide de son ex-petite amie, qui tentait de l'ébouillanter dans sa baignoire) vienne chambouler l'ordre des choses.
Suite à cet épisode, Green devint pasteur et abandonna le côté profanateur de la soul pour se concentrer sur le gospel. Une période qui le vit disparaître peu à peu du paysage pop. Mais derrière le Révérend Al Green et ses prêches sommeillait encore le crooner inimitable de
"Let's Stay Together" ou
"I'm Still In Love With You". Il repris ainsi sa collaboration avec Willie Mitchell pour un retour sensationnel,
I Can't Stop (2003), suivi deux ans plus tard de
Everything's OK. Deux disques fidèles au son qui avait fait le succès du duo 30 ans plus tôt.
Relancé par ce come back, Green a toutefois remisé "Papa Willie" au placard pour confectionner son nouvel opus,
Lay It Down, le troisième qu'il publie chez Blue Note. Car Al Green a tellement reverdit que c'est avec la jeune génération des compositeurs et chanteurs de la nébuleuse Soul/R&B/Hip-Hop que le fringuant sexagénaire (il a fêté ses 62 ans en avril) a décidé de diffuser l'amour.
Le batteur des
Roots, ?uestlove, et le clavier des Soulquarians (
Erykah Badu,
Common...) James Poyser ont ainsi pris les commandes de l'habillage musical du disque. Tandis que le
John Legend,
Corinne Bailey Rae et Anthony Hamilton (sur deux titres) ont posé leur voix aux côtés du monument Green.
Lay It Down, qu'on peut traduire littéralement par "pose-le", est ainsi le fruit des sessions studios réalisées avec tout ce beau monde. Sans oublier la légende Larry Gold, qui a pris en charge l'orchestration des cordes.
Le résultat de ce travail intergénérationnel ? Onze perles soulfull qui donnent envie d'allumer des bougies, de faire couler un bain rempli de pétales de rose et d'acheter du champagne et des fraises. De l'éponyme
"Lay It Down" à
"Just For Me", en passant par
"No One Like You" ou
"What More Do You Want From Me", le tempo est souvent lent, les accords guitare de Chalmers "Spanky" Alford (décédé en mars dernier) doux comme une caresse et les paroles un brin trop fleur bleue, diront les médisants. Mais c'est, justement, ce romantisme assumé qui fait encore et toujours le charme de Mister Green.
A l'heure du tout électronique, les arrangements 100% organique de
Lay It Down font eux aussi mouche. Car l'apport de producteurs estampillés Hip-Hop comme ?uestlove et Poyser n'a en rien dénaturé le son d'Al Green, tout en orgues et en cuivres, qui s'offre donc une belle mise à jour sans perdre son authenticité ni sa singularité. De quoi réjouir les puristes et les néophytes.