Je n'essaie pas de faire des albums qui plaisent au plus grand nombre ou des albums élitistes, je cherche juste à faire les choses en fonction de ce que je ressens, je n'ai pas l'impression de vivre dans un monde parallèle. (Zicline, 2003) ”
En plus de trente ans de carrière, Alain Chamfort aura opéré de nombreuses mutations, débutant dans le rôle du musicien émérite mais tapi dans l’ombre de
Jacques Dutronc pour devenir le dandy pop des 80’s, personnage qu’il se façonne avec l’aide précieuse de
Serge Gainsbourg, mais passant également par la phase
Claude François, qui fit de lui durant les années 1970 un chanteur de variété à succès et à brushing.
Dans l'ombre des grands
Des nombreux mentors qui ont ponctué la carrière musicale du chanteur français, Jacques Dutronc fut le premier d’entre eux. Le célèbre playboy au regard de glace repère en effet, en 1966, le jeune Alain Le Govic et l’embauche comme musicien au sein de son backup band, lui, le jeune prodige qui renonça à intégrer le Conservatoire national pour vivre pleinement sa passion pour le rhythm’n’blues et le rock’n’roll. Sous l’aile de Dutronc, il fait l’expérience des studios, participant notamment à l’enregistrement de tubes tels "Le Cactus" ou "J’aime les filles", ainsi que de la tournée, et des excès qui l’accompagnent.
Il décide toutefois de quitter Dutronc après deux ans de service pour entamer une carrière solo ; toutefois, bien qu’épaulé du parolier Etienne Roda-Gil, ses premiers 45 tours passent inaperçus. C’est en 1971 qu’Alain Le Govic devient Alain Chamfort, encouragé dans l’adoption de ce pseudonyme par Claude François, qu’il a signé dans son écurie, le label Flèche.
Gainsbourg à la houlette
S’ouvre une période faste pour le jeune chanteur, qui collectionne les apparitions dans le top 50 ; cette gloire soudaine se fait néanmoins au détriment des aspirations de l’interprète, qui ne se reconnaît pas dans le genre que Claude François lui impose. Il quitte donc la vedette yéyé en 1975, pour développer un style qui soit enfin personnel. Le salut vient un an plus tard, par la rencontre avec le gourou de l’élégance pop à la française, Serge Gainsbourg. Après avoir enregistré l’album de la libération, dispensable, la participation de Gainsbourg au 33 tours suivant,
Rock’n’Roses (1977), va définitivement métamorphoser Alain Chamfort, le chanteur à minettes se transformant en dandy à l’image sophistiquée.
Si la rupture esthétique est concluante, les ventes demeurent assez faibles ; le chanteur renoue cependant avec le public avec le succès que connaît
"Manureva", dont les paroles sont toujours signées Gainsbourg. Ce hit phénoménal marque le début d’une longue série, avec entre autres
"Bambou" et
"Malaise en Malaisie", qui font des années 1980 la décennie Chamfort, puisqu’à la fois acclamé et par la critique et par le public. Il se fera également remarquer en tant que producteur de
"Les brunes comptent pas pour des prunes" de
Lio, en 1986.
Alain Chamfort, dandy raffiné
Dans les 90’s sortent les albums de la maturité,
Neuf (1993) et
Personne n'est parfait (1997), considérés par certains comme ses meilleurs, œuvres les plus intimes et les plus représentatives de l’élégance nonchalante qu’incarne la pop d’Alain Chamfort. Gérant avec classe et discrétion sa fin de carrière, le chanteur français se produit toujours sur scène et est toujours en activité, son dernier album en date,
Le Plaisir (2003), n’étant en aucun un chant du cygne.
Alain Chamfort aura réussi, grâce à une deuxième partie de carrière aussi vénérable qu’un peu oubliée par la nouvelle génération, à définir une esthétique, pop et raffinée, singulière dans le paysage musical français.
Etienne Daho lui doit beaucoup, comme tout un pan de la scène actuelle qui, de
Cocoon à
Emily Loizeau, ne cesse d’explorer ces territoires sonores dont, parmi d’autres, Alain Chamfort participa activement au défrichage.
> Alain Chamfort chez Delabel.