Au début des années 70, le rock est encore un langage neuf, qui attire des artistes aventureux, à l’étroit dans le microcosme de l’art contemporain. Alan Vega est de ceux-là. Avant d’opter pour le rock’n’roll, il tient une galerie à New York, fréquentée par la scène underground, où il expose son travail. Il y rencontre Martin Rev, un musicien arrivé au bout de ses expérimentations free jazz, avec qui il va tenter d’inventer un nouveau langage, mêlant l’énergie primaire du rock et une approche intello, un peu à la manière du
Velvet Underground.
Les deux hommes se baptisent « Suicide » et commencent à travailler avec un orgue Farfisa rafistolé, un micro Shure et… c’est à peu près tout ! Commencent sept années de galères diverses, pendant lesquelles les patrons de club les traitent comme des pestiférés, tant leur musique est sombre et hors norme - ils seront même interdits de CBGB.
Suicide signe néanmoins chez Red Star, le label du visionnaire Marty Thau, l’ancien manager des
New York Dolls, et publie un premier album, sobrement intitulé Suicide. Sans conteste le disque le plus violent de 1977. Minimalisme revendiqué, rockabilly, rythmiques hypnotiques à base de machines… autant d’ingrédients qui ne rendent pas ce premier effort particulièrement commercial.
Suicide est tout de même envoyé en tournée européenne. Le problème est que quelqu’un, quelque part, juge approprié de les programmer avec
Elvis Costello… Or, ils n’ont pas tout à fait le même public – si tant est que Suicide en ait un. Celui de Costello, en tout cas, se déplace pour entendre de jolies chansons, pas pour vivre une expérience sonore radicale. Et en 78, à Bruxelles, pendant le passage de Suicide, la foule est plus houleuse qu’à l’accoutumée. Alan, sans doute galvanisé par l’hostilité qu’il sent monter de la salle, décide de jouer avec et provoque deux fois plus le public. Ce soir là, il déclenche une véritable émeute. Pas forcément bon pour rehausser leur cote du côté des tourneurs… Ils rentrent à New York, pas beaucoup plus avancés.
Contre toute attente, cette fois, c’est Ric Ocasek qui se manifeste dans le rôle du sauveur. Musicien célèbre, en raison de son succès avec
The Cars, Ric est fan de musique expérimentale et plus particulièrement de Suicide. Il produit leur deuxième album, en 80, et sa caution pourrait bien s’avérer décisive pour attirer l’attention des programmateurs de radio. Hélas, hormis quelques médias spécialisés – notamment en France – leur deuxième album passe totalement inaperçu.
Le duo se sépare peu après, revenant ponctuellement, à l’occasion d’un nouvel album ou d’un concert (ils ont joué à la fondation Cartier, en 2002).
Malgré une absence de réussite commerciale, Suicide aura influencé plusieurs générations de musiciens rock et electro. Beaucoup leur doivent quelque chose :
Death In Vegas,
The Chemical Brothers,
Metal Urbain,
Primal Scream,
The Sisters Of Mercy…
En comparaison, la carrière solo d’Alan Vega est presque « commerciale ». Tout du moins, a-t-il connu une sorte de tube, en France, au début des années 80, avec le titre
Juke box Babe. Sa discographie est très recommandable, surtout pour ceux qui se sont toujours demandés à quoi pourrait ressembler un
Vince Taylor intello, enfermé seul avec des machines.