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Simon Huw Jones : Je pense que le fait que Justin et moi soyons frères et que les autres membres du groupe aient toujours été proches de nous, ou le soient devenus, a beaucoup joué. Personnellement, dès que j'entends un morceau que Justin ou les autres ont écrit, il FAUT que je m'en mêle. Ca ne me plaît pas forcément, mais cette réaction émotionnelle est toujours intacte.
Justin Jones : Devenir Oasis ? Je le prends comme un compliment. Certains l'auraient lu ainsi : "pourquoi vous n'êtes pas le plus grand groupe du monde ?", ce qui serait aussi un compliment. Hum...., Oasis s'en tient à son mandat. Faire leur truc à la Beatles aussi sérieusement que possible. J'espère que nous sommes perçus comme un petit peu plus créatifs.
2. A vos débuts, le punk était en train de se transformer en post-punk. Maintenant, les critiques parlent du retour du rock. On vous considère comme un groupe gothique. Rag and Bone Man est... post-punk, pop, jazzy, bluesy et... atmosphérique. Vous vous sentez appartenir à un genre ou êtes-vous fier d'avoir suivi votre propre route ?
Simon Huw Jones : On a fait nos débuts avec des groupes comme Joy Division, Gang of Four, Echo and the Bunnymen, Cure et les Banshees. A l'époque, on était jeunes et musicalement inexpérimentés. Après ça, on ne s'est jamais vraiment senti appartenir à un genre. Nous n'en tirons pas une fierté particulière parce que nous n'avons jamais essayé d'esquiver les classifications, volontairement. On aurait même préféré d'une certaine façon être plus clairement associés à une scène. Nos maisons de disque auraient aimé ça aussi. Cela aurait rendu les choses beaucoup plus faciles sur le plan marketing. D'un autre côté, si les gens considèrent que Tim Burton et David Lynch sont gothiques, nous n'allons pas nous plaindre d'être taxés de "gothiques". Même si faire de nous un groupe gothique, c'est évidemment une erreur.
3. Rag and Bone est un album concis, sans déchet, comment l'avez-vous travaillé ? Avez-vous laissé beaucoup de titres de côté pour préserver l'unité générale, l'ambiance ?
Simon Huw Jones : Oui, on a abandonné pas mal de morceaux. Certains parce qu'ils ne collaient pas avec la tonalité d'ensemble. D'autres parce qu'on n'a pas réussi à les amener jusqu'où on souhaitait. Tisser une ambiance est peut-être le plus important. Nous, les musiciens, nous avons la responsabilité de créer une scène de théâtre sonore, sur laquelle les paroles viennent s'énoncer.
4. J'imagine que les scènes d'enregistrement d'And Also The Trees doivent être appliquées et méthodiques, comme un rituel. Vous pouvez nous dire comment vous travaillez ? Est-ce que vous vous amusez ?
Simon Huw Jones : On s'amuse bien. C'est important pour un tas de raisons. Mais c'est vrai que dès qu'on se met à jouer de nos instruments, nous sommes très concentrés Généralement, on connaît le format de la chanson et ce qu'on a à jouer à ce moment là. Savoir ce qu'on doit jouer ne suffit pas bien sûr. Il faut encore saisir l'âme du morceau qui est en train de se construire. Aujourd'hui, j'enregistre le chant séparément et après, tout le reste. A la fois pour des raisons pratiques et financières et parce que la plupart du temps, je n'ai pas fini d'écrire les textes, lorsque nous enregistrons les musiques. Sur les deux derniers albums, les musiciens ont tout enregistré en se tenant dans la même pièce. Etre physiquement proches les uns les autres et à portée de regard les uns les autres, c'est une bonne façon pour bien jouer ensemble.
5. Vous avez peut-être vu le documentaire sur Scott Walker, à qui on vous a souvent comparé, où on le voit en studio. Il a l'air à la fois génial et à moitié fou. Est-ce que le fait d'être un groupe et d'être frères vous empêche d'être trop pontifiants ou maniaques en studio ?
Justin Jones : Oui, j'ai vu une partie de ce documentaire. J'ai trouvé que cela donnait une image assez triste de Scott. Il y avait trop de gens qui exprimaient une opinion sur lui dont on avait rien à faire. Franchement, qui se soucie de ce que... la fille de Goldfrapp pense de Scott Walker ou de n'importe qui d'autre ? Mais je suppose que tout le monde se fout aussi de ce que le guitariste d'And Also The Trees pense de Goldfrapp, alors... L'écriture (et en particulier le travail créatif qui est fait en studio) est un travail de précision. Je ne suis pas sûr qu'on puisse en trouver le secret. C'est quelque chose d'étrange et de magique à la fois, comme de pratiquer des expériences dans un laboratoire. Tu as juste le sentiment qu'il pourrait en sortir quelque chose de bien. Parfois tu as la surprise que ça fonctionne, d'autres fois ça t'explose à la gueule. C'est pour ça que ça reste un instant si intéressant, l'incertitude et cette impression qu'il n'y a pas qu'une seule bonne solution à ton problème.
6. Il y a eu une pause dans votre parcours entre 1998 et l'album Further From the Truth en 2003. Votre musique a tiré profit de cette interruption. Comme si votre vitalité avait été restaurée. Est-ce que vous avez l'impression d'avoir opéré un retour aux sources ou simplement d'avoir évolué ?
Simon Huw Jones : Nos vies ont changé... des naissances, des décès, on a quitté le village où on avait grandi. Je suis allé m'installer en Suisse, Justin est venu vivre à Londres... mais c'était le moment aussi où Nick (le batteur) est parti. Paul n'avait pas encore écrit de titres avec nous à ce moment-là. On ne savait pas si ça marcherait. Quant à savoir si nous avons opéré un retour aux sources ou évolué.... Un peu des deux. Comme je le disais, on s'est dégagés de pas mal d'influences qui nous pesaient peut-être et ça a pris des allures de nouveau départ. A cette époque, il nous semblait aussi que cela aurait pu être notre dernier album. On se sentait comme jamais auparavant dans la peau d'outsiders. On n'était pas certains de pouvoir intéresser encore quelqu'un avec notre travail et pas certains de trouver quelqu'un qui accepte de sortir notre CD. A la fin, on a écrit pour nous-mêmes et pour les arbres. La contribution de Paul a vraiment été très positive. On n'aurait pas rêvé que ça puisse mieux marcher.
7. L'album a été enregistré dans un manoir supposément hanté et dans une chapelle victorienne de l'East End à Londres. Ce n'est quand même pas le meilleur moyen de se débarrasser de l'étiquette gothique. Je connais pas mal de gens qui n'écoutent pas votre musique parce qu'ils pensent que vous êtes trop gothiques justement. Mais à l'écoute de vos disques, ils changent d'avis et vous trouvent meilleurs que...Nick Cave ou les Tindersticks." Vous êtes conscients de ça ?
Simon Huw Jones : Oui, tout à fait. On n'est pas un groupe gothique. On ne l'a jamais été. Mais il y a des liens... comme il y en a avec Nick Cave et les Tindersticks entre autres. La grande différence est qu'ils reçoivent une large couverture par delà la presse ou les médias "obscurs" (dark). La presse "dark/gothique/industrielle" nous a accompagné tout du long et à des moments bien particuliers où personne ne parlait plus de nous dans la presse.
8. La guitare mélodique est un élément fort de votre son aujourd'hui. Elle l'a toujours été du reste. Sur certains titres ("Saracen's Head" ou "The Beautiful Silence"), la guitare sonne comme une centaine de cordes ou je ne sais trop quel instrument médiéval. L'album est à la fois romantique et crépusculaire, sombre et lumineux. Avez-vous un secret pour obtenir ce son ?
Justin Jones - Non. On tire juste le maximum de la technique et des sons disponibles. Le son dicte souvent la progression des accords. Par exemple, "The Beautiful Silence" m'a semblé sonner au début comme de l'eau qui court. Cela m'a conduit à une autre impression, celle du calme apparent d'une fontaine. Et puis tu arrives à la cascade qui saute d'un niveau à un autre et cela emmène les cordes, les accords dans une autre direction. Assez vite, tu penses à la sérénité d'une cour et puis à la scène. Voilà la séquence. Il y a peut-être bien un rapport direct entre Rag and Bone et Virus Meadow. Les deux albums sont pour ainsi dire la conclusion d'un arc narratif.
Simon Huw Jones : On voulait qu'il y ait cette lumière dans les ténèbres. C'est très important pour nous que les deux soient dans un rapport de juste balance. Il y aurait pu y avoir, sur le plan dynamique, plus de violence et de colère sur l'album mais on n'a pas voulu provoquer ça. En fait, quand on forçait dans cette direction, cela sonnait faux.

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