C’est loin de la terre originale de l’afrobeat – le Nigeria de Fela Anikulapo Kuti – qu’apparaît 30 ans plus tard à New York l’un des plus excitant groupes du genre. En 1998, Martin Perna réunit autour de lui une grosse quinzaine de musiciens pour former « Cojunto Antibalas », qui deviendra par la suite l’Antibalas Afrobeat Orchestra, ou encore Antibalas (pare-balle en espagnol). Leur afrobeat s’inscrit dans un premier temps dans la plus pure tradition de l’esthétique de Fela, et de nombreux musiciens issus du groupe mythique viennent épauler Antibalas : le batteur
Tony Allen, le fils
Femi Kuti…
La montée en puissance d’Antibalas
Dans ses débuts, Antibalas est principalement mené par Gabriel Roth, guitariste, ingénieur du son et compositeur. Leurs deux premiers disques,
Liberation Afro Beat Vol. 1 (2000) et
Talkativ (2002) paraissent sur le prestigieux label anglais Ninja Tune. Ils font la part belle à ce son old school et chaleureux de l’afrobeat des années 70, avec nombres de percussions africaines et d’interventions vocales, mais dérivent aussi vers un funk endiablé. Le groupe tourne en dehors du continent américain dès 2000, parallèlement à son activité discographique.
Avec le temps, le groupe affine son écriture : le maxi
Che Che Colé (2003) annonce la couleur, et c’est une formation au sommet de son art qui sort sur Ropadope
Who Is This America ? (2004). Ce brûlot politique est remarqué par une critique américaine enthousiaste (Pitchfork leur donne 8.2) où se croisent clavinets funky, réminiscences reggae et morceaux fleuves (l’ouverture
« Who Is This America Dem Speak Of Today? » atteint les 12 minutes, et le dernier morceau
« Sister » s’étale sur pratiquement 20 minutes !).
Security : l’afrobeat nouveau est arrivé
Un tournant esthétique important est pris avec la sortie en 2007 de Security sur Anti. Au niveau du personnel, Gabriel Roth quitte le groupe, ce qui aura un impact direct sur l’écriture des morceaux ; au niveau du son, Antibalas se déplace dans le Soma Studio de John McEntire (ingé son et multi-instrumentiste au sein de Tortoise notamment). Hormis les 12 minutes de funk inoxydable de « Filibuster X », et les basses synthétiques bondissantes de « War Hero », le rythme des compositions ralentit ; l’ensemble se fait plus instrumental et complexe au niveau mélodique. De discrètes touches synthétiques et une prise de son précise des percussions confèrent à Security une modernité assez inouïe dans l’afrobeat. Le groupe s’affranchit même de toute étiquette lors d’un morceau magnifique, « I.C.E. » : où percussions étales supportent un synthé embué, où John McEntire fait entendre un instrument rare, le dulcimer, où la section de cuivres livre son air le plus profond.
A écouter
Pour garder le sourire sur le chemin de la revendication politique
A ne pas écouter
Comment être allergique à l’afrobeat ? ceux qui n’aiment pas la musique répétitive sont priés de passer leur chemin…