Plus qu’un chanteur ou musicien accompli, Antoine (Pierre-Antoine Muraccioli), né à Madagascar en 1944, relève plutôt du phénomène sociologique. Sa carrière, déjà, commence sur un pied-de-nez, irrévérence à son intégration brillante à Centrale en 1964. Pendant ces vacances, il préfère, aux révisions, sillonner les routes américaines sur la trace des écrivains beatnicks. Deux ans plus tard, il relègue aux oubliettes sa carrière d’ingénieur pour celle de chanteur, et sort son premier quarante-cinq tours Les élucubrations d’Antoine qui déchaîne en France un vent de polémiques. Une véritable bataille d’Hernani ! De la bienséance d’avoir -ou non- les cheveux longs : au-delà d’un problème capillaire, les « élucubrations » préfigurent mai 68, et un conflit de génération qui s’amorce dangereusement. Pour ou contre Johnny Halliday ? Encore un autre débat soulevé par Antoine, auquel répond l’intéressé par le titre Cheveux Longs, Idées Courtes. Et toc ! Si la « jeunesse qui s’ennuie » érige Antoine,
Bob Dylan à la française, en porte-parole, d’autres n’hésitent pas à lui balancer des cailloux pour ses idées provocatrices et un peu naïves. Huit ans après ses débuts triomphaux, le tiroir caisse bien renfloué, Antoine quitte ses Charlots (son groupe), prend sa retraite et initie un tour du monde en voilier, interrompu jusqu’à ce jour par de rares plateaux télés aux succès nostalgique. On retiendra de ce « globe-flotteur-chanteur », selon la formule de Marc Robine, des protest-songs hexagonaux nourries d’irrespect, d’anticonformisme, de tendresse et de loufoquerie. Ainsi que quelques titres : Un éléphant me regarde, Tel Père Tel Fils, La Fête Foraine.
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