Antony Hegarty est né dans le Sussex anglais en 1971, et aux yeux du monde en 2005 à New York, avec son second album
I Am A Bird Now. Le chanteur, au physique androgyne et à la voix troublante, est immédiatement identifiable à son timbre sophistiqué et pénétrant, à son vibrato ample, à son chant porté par une vitalité quasi lyrique.
Il est très difficile d’évoquer l’histoire d’Antony & The Johnsons sans que l’exercice ne se précipite dans un name-dropping interminable. Cela est le symptome de l’actuelle vitalité de la scène musicale de l’Amérique du Nord (voire de la Côte Est, voire de New York, voire de Manhattan…), dont les deux produits les plus surconnectés seraient Antony Hegarty et
Devendra Banhart.
New York, révélateur d’un jeune homme extravagant
C’est dans les années 1990 que le jeune Antony débarque à New York. Il chante et fait la folle dans une troupe de cabaret gore et multisexuelle, The Blacklips. Symptomatique de la vivacité culturelle gentiment dépravée de la vie New Yorkaise (regardez l’excellent film Shortbus de John Cameron Mitchell), The Blacklips mèle drag queens et improvisation, queer et performance arty ; cela resurgit forcément sur les photos des livrets d’Antony.
Remarqué par David Tibet, la tête pensante du groupe Current 93, Antony produit son premier album
Antony & The Johnson en 2000 sur le label Durtro.
Lou Reed est en pâmoison, et enregistre avec lui un premier duo sur l’EP
The Lake.
Par la suite, la formation atterrit dans la structure Secretly Canadian (
Animal Collective, un autre groupe à l’honneur dans
Shortbus, Magnolia Electric Co, Songs: Ohia,
Jens Lekman…), qui sortiré l’un des disques les plus marquants du nouveau millénaire,
I Am A Bird Now. Paradoxalement considéré par son auteur comme un disque plus intimiste, le sophomore voit se succéder les stars adulées dans sa jeunesse –
Boy George et
Lou Reed – et ses amis musiciens proches –
Devendra Banhart, un autre timbre de voix inoubliable, et
Rufus Wainwright.
I Am A Bird Now : l’envol de la carrière d’Antony
L’album obtient le prix Mercury (anglais) en 2005 et un succès critique unanime. Derrière les honneurs, on trouve un disque d’une beauté troublante, à l’apparente simplicité accueillante, un disque forgé dans de subtils arrangements.
I Am A Bird Now ose l’inverse de ce qui remplit les stades, et fait figure d’alibi musical face aux semi-remorques de musique commerciale formatée et compressée qui nourrissent les consommateurs de la planète.
Les Johnsons, un supergroupe
Les projecteurs sont généralement braqués sur Antony, mais si l’on se penche sur les biographies des Johnsons, force est de reconnaître qu’il s’agit là d’un groupe hors du commun. Sans rentrer dans les détails, nous allons simplement aborder leurs prestigieuses collaborations musicales.
The Johnsons sont ou ont été constitués de l’arrangeur et saxophoniste Doug Wieselman (il travaille avec la crème du rock et du jazz New Yorkais, telle que
Lou Reed, Anthony Coleman, John Lurie ou encore
Laurie Anderson) ; aux cordes, les Johnsons ont été composés de la violoncelliste Julia Kent (collabore avec
Devendra Banhart,
Rufus Wainwright, Mi and L’au, Leona Naess,
Ryan Adams…), du violoniste Maxim Moston (le russe arrange les albums de
Rufus Wainwright Want One &
Want Two), du guitariste et violoniste Rob Moose (
Burt Bacharach, Jay-Z (!),
Sufjan Stevens,
My Brightest Diamond), et de la violoniste / chanteuse Joan Wasser (Joanaspolicewoman).
A la section rythmique, on trouve Jeff Langston à la basse (Reuben Butchart, duo avec le batteur John Bollinger), Todd Cohen à la batterie (Reuben Butchart, Backworld avec
Isobel Campbell de Belle & Sebastian…), Parker Kindred aux percussions et à la batterie (l'antifolk
Adam Green, feu
Jeff Buckley)
Des collaborations marquantes : la pop de 2000 est chantée par Antony
Du fait de son organe unique, chaque apparition d’Antony transforme en or les chansons qu’il effleure. Sans une prédilection particulière pour aucun genre, il se frotte aussi bien aux compositions électro bizarroïdes des gais
Matmos qu’au duo pop-rock avec
Lou Reed,
Rufus Wainwright ou
Boy George.
Avec
Björk il co-signe les sublimes
« Dull Flame Of Desire » et
« My Juvenile » faisant voir l’étendue remarquable de sa tessiture. Leurs deux voix si particulières s’entremêlent avec bonheur sur un
Volta plus inégal. Une fragrance chantée sur le second album de
Cocorosie illumine un titre qui lui semble destiné,
« Beautiful Boyz » (
« All those beautiful boyz / Pimps & queens & criminal queers / All those beautiful boyz / Tatoos of ships & tatoos of tears »).
Enfin, il enflamme le nu-disco de
Hercules and Love Affair d’Andrew Butler. Le tube
« Blind » est d’ailleurs issu d’un poème de jeunesse d’Antony.