Avec Walls, Apparat alias Sascha Ring, offre à l'electronica son plus beau cadeau : un disque de toute beauté, à la fois accessible et expérimental. Lardé de glitch et de saturations, bordé de mélodies délicates et armé de véritables pop songs électroniques, Walls est peut-être le premier véritable album d'electronica populaire. Un manifeste d'élégance et de complexité, un joyau pour le prochain millénaire.
Dans le domaine des musiques électroniques, si les années 90 furent réellement celles de l'electronica triomphante avec une pléthore d'œuvres majeures amplement médiatisées comme Tri Repetae d'Autechre, le Richard D. James Album d'AFX, Advance de LFO, Not for Threes de Plaid, Moist de Schneider TM, Iaora Tahiti de Mouse On Mars ou Music Has The Right of Children de Boards Of Canada, les années 00's s'affichent clairement comme celles d'une domination minimale sans partage. Il ne s'agit pas de renier l'existence d'autres courants importants (r&b, dubstep, grime, renouveau progressive house, etc.) mais il faut bien avouer que globalement depuis 2000, l'auditeur à la recherche d'œuvres avant-gardistes assez pertinentes pour séduire l'amateur de musique pointu tout en étant capable de séduire un large public devait, peut soit se rabattre sur l'obscur et se condamner à passer pour un éternel élitiste, soit rester sur sa faim. Bien sûr, cela ne nous a pas empêché d'apprécier le talent d'excellents artistes, ni de découvrir des disques magnifiques, intriguants et passionnants, même si souvent mal distribués et à la renommée confidentielle. Parmi ceux-là, citons les albums de DNTEL, Murcof, Matmos, Mouse on Mars toujours, Arovane, Isan, Lusine ou Apparat.
Apparat justement, qui nous offre avec Walls, l'un de ces disques que nous réclamions de tous nos vœux depuis un moment. Par quelques mystérieuses intuitions artistiques Sascha Ring aurait-il senti que la musique électronique avait besoin d'une œuvre phare en ce début de millénaire ? Une pièce de musique savante sachant rester accessible ? Un manifeste pour les temps futurs qui ferait office de porte-flambeau pour une nouvelle génération de producteurs et l'éclairerait de sa lumière ? On se prend à le croire à l'écoute de ce Walls de toute beauté qui appelle immanquablement une cohorte de superlatifs. La première qualité de cet album est d'avoir su réconcilier deux ingrédients longtemps antinomiques (exception faite de quelques rares exemples) : la complexité instrumentale de l'IDM et l'immédiateté de la pop. Pour cela, Sascha Ring n'hésite pas à investir dans l'utilisation de voix (la sienne sur plusieurs morceaux et non des moindres) outrepassant la règle immuable du genre electronica sans pour autant perdre son identité, ni sombrer dans la facilité d'une electro pop formatée. Pour s'en convaincre il suffit d'écouter "Hailin From The Edge" (feat. Raz Ohara, également présente sur quatre autres morceaux), tube en puissance avec sa basse new wave et ces lyrics funky, le totalement pop "Arcadia", "Holdon" oscillant tout du long entre pop et r&b classieux grâce, toujours, au featuring de Raz Ohara, ou "Bird" et "Over rand Over", deux pures ballades néo-soul satinées et mélancoliques. Ses mélodies, à la fois elliptiques, cryptiques et psychédéliques, empreintes de tout ce que la musique vocale a fait de bon ces dernières années n'excluent pas non plus les intermèdes purement électros comme le somptueux "Not A Number" et ses cordes synthétiques, qui ouvre l'album, ou encore "Limelight" qui pourrait passer comme un clin d'œil aux années 90, sans oublier un "Like Porcelain" à la fois plombé et aérien que n'aurait pas renié un groupe shoegaze britannique des années 80. Une influence anglaise également présente sur "Useless Information", "You Don't Know Me" ou "Headup" qui lorgnent tous trois vers le romantisme assumé d'un Cocteau Twins ou d'un Slowdive, par exemple.
Ce qui pointe vers une autre des grandes qualités d'Apparat, d'ailleurs présente sur chacun de ses albums : une pulsion quasi-darwiniste d'évolution. En effet depuis Multifunktionsebene son premier album, Apparat passe lentement d'une musique de l'âge des machines à quelque chose de plus organique (Duplex en 2003) et accessible (Walls en 2007), tout en restant parfaitement branché sur l'univers mécanique jusqu'à dans ses formes naturelles et spontanées comme l'illustre très bien sa collaboration avec Ellen Allien en 2006 (Orchestra of Bubbles) ou sur Walls, "Fractales pt1" et "Fractales pt2", hommages aux qualités mathématiques de la nature (les bulles et les fractales) et aussi, en ce qui concerne le diptyque "Fractales", deux des meilleurs morceaux de l'album réussissant l'hybridation sans faille des musiques électroniques et de la pop la plus vivace. Pour conclure, ajoutons que si, comme le dit notre collègue François Clos : "en venir à un format plus rassurant était la plus osée des postures" et bien Apparat a bel et bien réussi l'album le plus osé de l'année ainsi que le plus populaire, et pour une fois, cela n'aura rien de péjoratif.
Apparat, Walls
Chez Shitkatapult/La Baleine, mai 2007

Sur le web :
- Exprimez-vous sur le forum Apparat
- Ecoutez Apparat sur Radio Flu
- Suivre le fil electro sur le blog musique
- Consulter le who's who de l'electro sur l'encyclo musique
- Et lire aussi notre Petite Histoire de l'Electronica
A voir également :
![]() Aphex Twin |
![]() Nathan Fake |
![]() Ellen Allien |
![]() Robag Wruhme |
![]() The Notwist |
![]() Jennifer Cardini |
![]() Junior Boys |
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier / genres / labels

|
|
|
|
|
|
Zoom sur
Alain Bashung / Amy Winehouse / Busta Rhymes / Coldplay / Jamie Lidell / Lou Reed / Lykke Li / Nerd / Portishead / Prince / Radiohead / The Roots
L'abécédaire des titres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Tous les titres, les paroles, albums et titres par années
- Bob Marley Chansons rares ...
- Qu'ecoutez-vous à l'instant ?
- VCH Records Presents VCH EP 01
- swissfucker !!!
- vends piano droit