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Après la lumière...


En arrivant chez Warner, Archive est fatigué. Darius Keeler et Dave Penn, respectivement co-fondateur et chanteur du groupe, enchaînent les cafés et nous expliquent qu'ils sont épuisés par la promotion du nouvel album : lever à 7 heures tous les jours, emploi du temps super serré et concert promo pour France Culture le même soir. Ils se roulent des cigarettes, nous en proposent. Non merci. C'est parti.

- A lire aussi : la chronique de Lights, le nouvel album d'Archive

Fluctuat : Après Noise, qui était un album assez sombre, évoquant la frustration, vous revenez avec Lights. Qu'est ce que cet album reflète exactement ?

Darius Keeler : C'est une sorte de nouveau départ pour nous. Nous sommes comme un groupe neuf avec nos chanteurs Dave et Pollard. Les temps ont été durs après Noise. On a beaucoup tourné, on avait pas écrit de chansons pendant presque un an, Craig [Walker, leur ancien chanteur, nlrd] est parti. Le terme Lights ne représente pas forcément un versant optimiste, mais cet aspect intense, cet aspect "on est sorti d'une mauvaise passe".

Comment avez pris le départ de Craig Walker ?

Darius Keeler : Cela a été très difficile de recommencer quand il est parti, nous n'y étions pas préparés. C'est une longue histoire et je n'ai pas envie de commencer. Il est parti. Son esprit n'était pas vraiment... il était autre part, il avait beaucoup de problemes. Nous nous sommes vite retrouvés, pour avancer.
Dave Penn : Oui, ça s'est passé entre deux concerts. On s'est regroupé, pour reprendre les rênes, relancer la machine.
Keeler : C'était ma décision de continuer... c'est l'une chose des meilleures choses qu'on ait faite à mon avis. Cela nous a remis en place, en quelque sorte. On s'était un peu oublié, alors on a du se recentrer, être moins indulgent avec nous-même.

Dans quelle mesure ce départ a-t-il influencé le nouvel album ?

Keeler : Craig était une partie de la musique, il a beaucoup influencé la noirceur de Noise. Et quand il est parti, ça m'a forcé à m'ouvrir à de nouveaux sujets, à de nouvelles manières de faire. De nouvelles inspirations, de nouvelles... couleurs.
Penn : Avec trois chanteurs différents, on a d'autres idées, on pense à d'autres choses. Les paroles de Lights sont complètement différentes de celles de Noise. Pour ma part, j'avais pas mal de paroles auparavant. Je m'en suis un peu inspiré, mais parfois ça vient vraiment de quelques lignes qui passent bien avec la musique.
Keeler : Je travaillais de façon très proche avec Craig, donc quand il est parti, avec les nouveaux chanteurs, cela n'a plus été possible. C'est pourquoi les chansons sur l'album semblent aussi différentes, nous avons creusé de nouvelles manières de composer.

Comment composez-vous vos chansons ?

Penn : Tout peut partir d'un son, ou d'une boucle. Puis on pose les guitares, on change quelques notes, on replace des accords.
Keeler : Cela peut venir des paroles, d'une ligne de guitare, un bon rythme.
Penn : Oui, ça n'a aucune forme solide, on commence par différents angles.

Lights a-t-il été un album difficile à écrire et à produire ?

Keeler : La chanson "Lights" a été très difficile. L'écriture s'est faite rapidement mais la production a pris un temps fou. Nous avons du la laisser de temps en temps pour mieux y revenir. Mais en gros, les chansons ont été écrites très rapidement, et nous retrouver en studio n'a pas été très dur. Nous y sommes resté quatre mois, ce qui est très peu pour nous. Lights est l'album que nous avons mis le moins de temps à enregistrer... à part Noise, mais Noise était déjà écrit au moment d'aller en studio.
Penn : Mais c'était voulu, on tenait vraiment à garder la fraîcheur et la spontanéité... l'intensité d'une courte session en studio. Cela dit, j'ai l'impression qu'on passe notre vie en studios (rires).
Keeler : Le plus difficile a été de faire coller ensemble toutes les ambiances différentes de l'album. Sur Londinium, qui est l'un des meilleurs albums qu'on ait fait, il y avait une seule ambiance générale. Maintenant nous essayons de mettre différentes ambiances dans nos albums. Cela dit, en dehors de grosses prises de têtes sur la chanson "Lights", tout s'est passé sans accroc majeur.

Considérez-vous Lights comme une sorte de synthèse de vos albums précédents ? La puissance de Noise alliée à la majesté de Londinium...

Keeler : Pas vraiment. On a pas voulu reprendre ce qu'on avait déjà. On voit Lights comme une nouvelle progression, avec de nouvelles compos et des expériences. Il y a bien sûr des éléments de nos anciens albums.
Penn : Mais il sonne définitivement comme un album d'Archive.
Keeler : C'est vrai.

Comment définiriez-vous votre évolution musicale ?

Keeler : Notre style est assez "rocky" (rires). Avec beaucoup de hauts et de bas. Nous essayons toujours d'expérimenter de nouvelles choses.. Penn : C'est clairement des chansons qui vous emportent. Une musique qui peut vous emmenner haut, puis vous faire redescendre sur Terre. Définitivement "rocky", avec beaucoup d'énergie. Keeler : Quand on dit "rocky", on signifie volatile, capable de vous embarquer émotionellement dans tous les sens.

Vous savez déjà comment développer le prochain album ?

Keeler : Oh, nous avons déjà de nouvelles idées et je pense qu'elles donneront de bonnes choses. Nous allons en tester certaines en enregistrement avec Dave et Pollard dans les prochains mois. Certaines idées simples, devraient rendre très bien, puis on verra avec les autres membres du groupe dans les prochains mois. Je veux que chaque album soit différent.
Penn : Le prochain sera un album de reggae ! (rires)
Keeler : Puis on fera de la fusion jazz ! (encore des rires)

Il y avait des influences hip hop dans Londinium...

Keeler : Oui ! On aime bien ces influences là. On s'en est toujours un peu servi, ainsi que des boîtes à rythme. Mais sans doute pas pour le prochain. On se tournera sans doute vers quelque chose de plus électronique.
Penn : Peut-être fusionner plus d'électronique à nos compositions.

Comment appréhendez vous le live ?

Penn : C'est une question d'énergie. On a les compos sur Cd, et le rendu en live est une question d'énergie. On joue plus brut, on joue plus fort. Il faut se connecter à l'audience, ressentir le retour, rendre la pareille...
Keeler : Nous sommes contents des pistes d'albums. Mais jouer en live, c'est une autre paire de manche, il faut rendre les choses plus vivantes et plus intenses.
Penn : On sent l'émotion lorsqu'on joue en live et que ça fonctionne. On sent l'énergie dans sa chair. Les chansons signifient quelque chose de plus fort encore avec le public.

Vous avez récemment joué à la Foire du Trône. C'était un concert assez particulier. Comment l'avez-vous vécu ?

Keeler : C'était drôle comme concert. Complètement surréaliste. Les français sont cinglés ! On aurait pas pu faire ce genre de choses en Angleterre, les tourneurs n'ont pas cette espèce de sens artistique, et on aurait eu aucun public. En plus, on n'avait encore jamais joué avec Pollard, c'etait son premier concert.
Penn : Etrange, avec le son des manèges, les gros bruits de compressions, PSSCHHHT !, les hurlements des gens... Et puis le public aussi était différent. On avait des mamans avec un landeau et leur bébé. Des couples qui s'embrassent. Il y avait un mec, habillé en style hip hop, qui nous faisait des doigts d'honneur. C'était extraordinaire et bizarre à la fois. Mais c'était drôle. Et puis je ne pense pas qu'on refera jamais un concert dans une fête forraine... quelque part, je n'espère pas.

Quel était votre pire live ?

Keeler : Oh, on en a jamais fait (rires).
Penn : Je me souviens d'un concert en Allemagne où la scène était climatisée... On avait enchaîné plusieurs très bons concerts et on s'est retrouvé sur cette scène climatisée. On avait le vent dans les cheveux et on avait beau jouer, on était complètement secs. C'était pas normal, se défoncer et ne pas finir dégoulinant... ça ne marche pas quand on ne termine pas en nage. Aussi, ça nous est arrivé de jouer devant une foule "plate", pas réactive, le concert est forcément moins bien. Mais honnêtement, en France le public est bon. On aime faire des concerts en France.
Keeler : En Angleterre on a assez peu de fans, mais ça fait longtemps qu'on y a pas beaucoup tourné, le pays nous reste à explorer. Noise était trop sombre pour les anglais... Les anglais aiment la musique plus positive. Par contre, les fans grecs sont fous. Mais je crois que les pires dingues sont en Allemagne.

Quels artistes considérez-vous comme vos influences ?

Keeler : On a beaucoup d'influences dans le groupe, différentes pour chaque musicien. Mais on pourrait citer Pink Floyd, Nick Cave, Mogwai, Radiohead... des choses assez planantes. Kraftwerk.

Kraftwerk ?

Keeler : Oui, je les ai vu à Londres l'année dernière. Tu les as vu ?

Aux Eurockéennes l'année dernière...

Keeler : Tope là ! Ils étaient extraordinaire. Le meilleur concert que j'ai vu de ma vie. Quand ils ont joué "Radioactivity", la nouvelle version de la chanson, avec un beat house... Ahurissant. J'ai couru jusqu'à la scène en entendant ça. Et ils ont fait trois rappels... trois rappels. Ils sont incroyables.

La dernière question, quels sont vos albums préférés ces temps-ci ?

Penn : Nos albums préférés du moment... J'aime bien Open Seasons de British Sea Power, The Arcade Fire, le nouveau Yeah yeah yeahs... I like Trains, un album qui retrace l'histoire des trains, avec des bruits de trains, c'est assez étrange mais vraiment intéressant.

Lights
Archive

Warner Music
Sortie en mai 2006

Propos recueillis par Sylvain Langlois et Cédric Bégoc

Cédric Bégoc.

Sur Flu : - la chronique de Lights - le tag Archive sur Playlist, le blog musique de Flu

Sur le Web : - Le site officiel de Lights - Le blog Myspace de Archive - La fiche bio de Archive sur Ados.fr - Des morceaux de leur concert à la Foire du Trône sur YouTube

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