C’est dans la tradition du rock blanc britannique que le quintette d’Art Brut forgent leur musique. Ni moderne ni surannée, elle se distingue davantage par la personnalité vocale de son chanteur Eddie Argos que dans les arrangements du groupe, dont on pourrait dire que la formule sert de titre à leur premier album,
Bang Bang Rock .
Apparu sur la scène Londonnienne en 2003, le buzz s’enfle très vite autour de Art Brut, qui est qualifié par Blender de « meilleur groupe sans contrat ». Le label Rough Trade les contacte pour publier un premier single,
« Formed A Band »… seulement trois mois après que le groupe ne se soit formé ! Immédiatement, le style vocal d’Eddie se démarque : moins un chant qu’une scansion, quelque chose d’urgent et frais, et un accent cockney comme étendard des origines du groupe, qui n’est pas sans rappeler un Mike Skinner (
The Streets) version rock. S’il on en croit les interviews, Eddie fait cela moins par envie esthétique que réelle limitation : il avoue volontiers ne pas savoir chanter, mais compense en écrivant des textes drôles et soignés.
Un peu pris au dépourvu par un succès qu’eux-mêmes n’avait pas anticipé, Art Brut décide e prendre un peu de temps pour préparer un album :
Bang Bang Rock & Roll sort en 2004 sur Fierce Panda Record, d’abord sur le vieux continent puis en Amérique par la suite. Il reçoit des critiques généralement positives, mais sur scène que le groupe acquiert une excellente réputation.
Peu après ce premier succès, le guitariste Chris Chinchilla quitte le groupe en 2005, en bons termes ; il est remplacé au pied levé par Jasper Future. Au passage, signalons que les noms des membres du groupe sont tous des pseudonymes, sauf pour Eddie Argos. En fait, c’est suite à son bizarre patronyme que les autres membres décident de s’affubler de sobriquets : les guitaristes se renommeront Chris Chinchilla et Ian Catskilkin (qui est en fait le cousin du dernier chanteur de
Genesis, Ray Wilson), le bassiste Freedy Feedback et le batteur Mikey B (l’humour des batteurs est souvent un peu limité).
En 2007, le nouveau guitariste peut enfin toucher des royalties sur la sortie de leur second opus,
It’s A Bit Complicated.
Parce qu’il se sent un peu coupable de s’être approprié le mot Art Brut (c’est l’art de ceux qui n’ont pas de références, l’art des fous et des aliénés selon Jean Dubuffet), Eddie Argos propose de lancer un concept de franchise autour du nom. N’importe quel groupe pourra s’appeler Art Brut N° X, et sera libre de reprendre leurs chansons. Des franchises existent donc aux Etats-Unis, en Pologne, en Israël et même au Royaume-Uni…
Vite, vite, vite car leur musique sera vite dépassée par le prochain « meilleur groupe de tous les temps du monde de l’Est de Londres », proclamé par le NME.
Honnêtement, même si la date de péremption est dépassée, le groupe peut toujours se consommer pour faire la vaisselle.