B-Real




Pour la première fois depuis 20 ans, le frontman de Cypress Hill descend de la légendaire colline hip hop, et claque un album solo entre gangsta pur jus et vibes plus enfumées : Smoke'n Mirrors. A cette occasion, B-Real revient sur son enfance dans les ghettos de LA, son amour du hip hop, mais aussi de Van Halen, du reggae et de l’herbe…

Après 20 ans au sein du groupe Cypress Hill, tu avais besoin de prouver ce dont tu étais capable seul avec cet album solo ?

Je ne me suis jamais dit, en faisant cet album solo, que j'avais besoin de prouver quoi que ce soit. J'ai toujours été considéré comme le leader de Cypress Hill. Quand notre deal chez Sony a été signé, ça nous a permis à tous d'explorer des voies plus personnelles avec des projets solo, vu qu'on n'avait pas de deadline à respecter. Ca m'a donné l'opportunité de confectionner Smoke'n Mirrors, album sur lequel je produis moi-même trois morceaux. ("Fire" avec Damian Jr Gong Marley, "Dr. Hyphenstein" avec Snoop Dogg et "1 Life" avec Sen Dog et Mal Verde)

Que veut dire le titre de l'album, Smoke'n'Mirrors (fumée et miroirs) ?

Ce titre évoque de manière symbolique mon sentiment sur ce qui se passe dans l'entertainement actuel. Les fans peuvent considérer ça comme ils veulent, mais ce n'est vraiment pas la vérité. Tout est artifice là dedans. Regardez les artistes qui passent à la télé, posant avec des bagnoles rutilantes, des bijoux hors de prix, des maisons immenses et de jolies femmes... En fait, ces voitures ont été volées, ces bagues louées, les maisons appartiennent à leurs avocats, et les femmes rentrent ensuite chez elles voir leur homme. (rires)

Dans l'album, il y a des influences reggae, comme d'ailleurs sur le dernier Cypress Hill...

C'est clair, je suis un grand fan de reggae. Je pense aussi que c'est l'une des meilleures musiques à écouter lorsqu'on fume. La batterie, les rythmes m'ont toujours transporté dans une profonde appréciation du genre.

Est-ce pour son esthétique psychédélique et son imagerie "stupéfiante" que tu utilises le reggae dans ta musique ?

Une partie de moi se sert du reggae pour ces raisons, mais principalement, j'en met parce que je trouve que ça sonne bien. Le morceau qui remplirait ce critère, dans mon album, c'est "Fire", avec Damien Marley. Il m'a aidé à construire le titre en lui donnant cette vraie vibe reggae.

Au cours de ta carrière, tu as bossé avec Sonic Youth, Deftones, Rage Against The Machine, tu as même repris "Guns of Brixton" des Clash... Qu'aimes tu dans ces groupes de rock ?

J'aime l'authenticité de leur démarche. Ce sont tous des professionnels, avec une fanbase extrêmement fidèle. Quand on a bossé ensemble, ces groupes ont bien vu qu'ils touchaient leurs fans avec la même démarche que Cypress Hill, donc les collaborations ont été réussies pour eux comme pour nous. Ces rock bands réalisaient ainsi comme une extension au hip hop.

Qu'écoutais-tu lorsque tu étais gamin ? Plutôt rap ou rock ?

Petit, j'écoutais surtout du rock. Le premier album que j'ai acheté, c'était Self Titled de Van Halen.

Tu es le fils d'une réfugiée cubaine et d'un père mexicain. Les deux trafiquaient pour survivre. Une enfance difficile pour toi ?

Ce n'était pas une enfance facile, mais si je pouvais revenir en arrière, je crois que je ne changerais pas la manière dont j'ai été élevé, et les circonstances dans lesquelles j'ai grandi. Les leçons apprises pendant ma jeunesse m'ont aidé façonner le musique que je fais.

Ton morceau "Vato" (avec Snoop Dogg), évoquait la guerre des gangs à Los Angeles, les Noirs contre les Latinos...

Snoop, qui est une "homie", m'a tendu les bras pour faire ce morceau. J'ai aimé le concept, qui va vraiment droit au but. Dans le titre, Snoop et moi sommes les leaders. En tant que chefs de Vatos ("mecs", en mexicain, ndlr), nous avons aussi le pouvoir de mettre fin aux querelles, ce que nous faisons. Bon symbole, dans le clip, du fait d'essayer de mettre fin à la violence, ni voulue, ni nécessaire.

A tes débuts, ton flow était très différent de celui d'aujourd'hui. Comment l'as-tu trouvé, ce fameux style saccadé, avec une voix haut-perchée ?

En fumant trop d'herbe. (rires) Non, franchement, juste en expérimentant. Je devais trouver une manière de sortir du lot, et ma voix est devenue ma marque de fabrique.

Un de tes morceaux s'intitule "Gangsta Music". Certains disent que le gangsta rap est mort, que leur réponds-tu ?

La musique gangsta ne mourra jamais, mais la façon dont les gens la perçoivent peut changer avec le temps. La musique gangsta est née en réaction aux problèmes politiques, et à ce qui se passait dans les rues. Tant qu'il y aura des histoires frappantes pour décrire nos ghettos, et tant qu'il y aura des gens racistes dans l'exécutif, le gangsta rap continuera d'exister.

Penses-tu que Cypress Hill influence des rappeurs actuels ?

J'ai moi-même été inspiré par des artistes comme KRS-One, les Beastie Boys, Public Enemy, etc. Je ne peux parler à la place des artistes que j'ai inspiré, mais nous sommes un groupe Hip Hop très respecté, donc j'ai l'impression que notre musique a été utile à la carrière d'autres MCs. L'imitation et une des plus grandes formes de flatterie, donc on apprécie les gens qui nous rendent hommage.

La meilleure chanson de Cypress Hill de tous les temps ?
"Killa Man". Ce morceau nous a vraiment aidé à percer mondialement.

Les 5 meilleurs albums que tu a écouté en 2008 ?
Ludacris - Theater of the Mind, Ice Cube - Raw Footage, Scarface - Emeritus, Nas N-Word, 9th Wonder & Buckshot - Formula.

Quand reviens-tu avec ton crew Cypress Hill ?
Nous sommes actuellement en studio pour enregistrer le nouvel album. La musique sonne super bien. Ca sortira avant la fin 2009.

Eric Vernay.