"Toute cette étude de la musique paysanne fut pour moi d’une importance capitale car elle me permit de me délivrer de la tyrannie des systèmes majeur et mineur que j’avais subie jusque là."
Bartók naît en Hongrie en 1881. Ses parents, musiciens amateurs, remarquent très tôt les facilités de leur enfant pour la musique. La scolarité du jeune Béla est mouvementée – suite à des déménagements successifs – mais il réussit à étudier la musique avec, entre autres, Ferenc Kersch. Il poursuivra ensuite ses études à Bratislava puis à Budapest. Il compose assez tôt et de manière très régulière et joue une de ses œuvres pour la première fois en public en 1892 :
Le cours du Danube. Déjà, on remarque une certaine originalité dans le traitement de l’écriture musicale. S’inspirant d’abord du romantisme, il produit des œuvres comme la
Symphonie Kossuth en 1903.
À partir de 1905, Bartók découvre
Claude Debussy et son impressionnisme musical, et côtoie Zoltan Kodály. Ensemble, ils parcourent l’Europe de l’est et l’Afrique pour enregistrer plusieurs milliers de chants flokloriques. Bartók est en effet l’initiateur de l’utilisation massive des musiques populaires dans ses propres compositions. Également influencé par
Igor Stravinsky ou Alban Berg, Bartók réalise une synthèse de toutes ces influences et livre des pièces où les contrastes sont nombreux, tant sur le plan rythmique que d’un point de vue des sensations évoquées par la musique. Ainsi, ses œuvres mélangent-elles la simplicité mélodique des chansons ou danses folkloriques avec la complexité d’une polyphonie maîtrisée. Le contrepoint dynamique participe à l’élaboration d’une œuvre pour le moins originale. Et Bartók de dire lui-même : "
La plus grande partie, et la plus précieuse justement, du trésor de mélodies populaires recueilli, était bâtie sur les modes lithurgiques anciens ou sur le mode grec archaïque, voire même sur un mode encore plus primitif (dit pentatonique) et , en outre, fourmillant des formules rythmiques et des changements de mesure les plus libres et les plus variés…"
En 1907, Bartók devient professeur renommé de piano à Budapest et tiendra ce poste jusqu’en 1935. Également compositeur d’œuvres lyriques, il écrit en 1911 Le château de Barbe Bleue suivi en 1916 du Prince de bois. Son œuvre est cependant plus riche lorsqu’il se concentre sur le piano qu’il emploie pour la première fois comme un instrument rythmique – Kodály fera de même dans de nombreuses œuvres dont la KlavierStücke op. 11, petit morceau construit sur le même motif mélodique qui gagne en intensité grâce au rythme scandé et à l’utilisation d’un jeu pianistique riche en nuances, à l’instar des œuvres de Bartók.
En 1935, hostile au régime nazi avec lequel le gouvernement hongrois a pactisé, Bartók s’exile aux états-Unis où il poursuit sa carrière de chef d’orchestre et de compositeur. Il écrit la Musique pour cordes, percussions et célesta en 1936, suivie en 1937 d’une Sonate pour deux pianos et percussion. Compositeur exigeant et rigoureux, il écrit en 1938, pour accompagner les progrès de son fils au piano, pas moins de 153 pièces réunies sous le titre Mikrokosmos. Parmi ses dernières œuvres, on trouve le très célèbre Concerto pour orchestre composé en 1943. Il meurt de leucémie en 1945 après avoir confié à son médecin : "Je dois partir et j’ai encore tant de choses à dire". L’apport de Bartók est inestimable, tant les ouvertures qu’il a apportées dans l’approche de la musique infuenceront durablement des générations de compositeurs. Il est également à l’aube de la réflexion sur les timbres des instruments, tirant le meilleur parti des possibilités sonores de chacun d’eux.