Infréquentable de Benabar



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La chance aux chansons



Après Reprise des négociations, Bruno Nicolini, alias Bénabar revient avec le bien nommé Infréquentable. Il serait facile d'ironiser sur ce titre rebelle et de déclarer tout de go : Infréquentable ? Bah oui, bien sûr, mais il faut laisser sa chance à la chance...

Bénabar n'est clairement pas le plus insupportable chanteur de la nouvelle Chanson française. Cela se confirme à l'écoute de cet Infréquentable qui démarre, hé oui, par son single : un morceau entraînant baptisé "l'Effet Papillon". Bénabar y chante dans sa veine humoristique habituelle. La mélodie est efficace, à base de flonflons sautillants à la limite de la sortie de route. Les textes sont bizarres ("petites choses / dégâts immenses / Un murmure devient vacarme / Si au soleil tu t'endors, de biafine tu t'enduiras") et un rien déconnectés du thème principal. On se demande si Bénabar a vraiment compris ce qu'était l'effet Papillon ou s'il fait exprès de le ramener à une simple loi cause-conséquence. Tant pis.
 
"Allez", le deuxième titre, est plutôt chouette et évoque le thème intéressant du suicide et de la dépression. Les arrangements sont aux petits oignons (guitares picking ?, clavier et flûtes andines), le tout évoquant un mélange de Jacques Brel pour les nuls, ou de Dominique A Miossec A parodique. Bénabar s'en sort assez bien et donne le ton d'un album qui est placé sous le signe de la gravité. "Les Numéros" est foireux mais évoque un vrai truc : notre vie est pleine de numéros et ouais, pleine de numéros. "on numérote, on énumère, beaucoup trop pour notre petit cerveau. On n'en oublierait presque le seul numéro, le numéro d'équilibriste, celui qui consiste à ne pas tomber." Les textes de Bénabar sont souvent astucieux mais pêchent par manque de "focus", comme diraient les Anglais. Il part d'une idée et ne s'y tient pas, nous livrant à chaque fois une série de vers plus ou moins liés au thème principal mais qui ne constituent pas un développement sérieux. "Malgré tout" est une jolie ballade post-romantique, un rien désabusée et qui ressemble aux autoanalyses de Patrick Bruel : "Malgré tout, j'aimerais bien qu'on se souvienne de nous." C'est mainstream mais bien comme il faut et arrangé avec soin. "Tout vu, tout lu" est l'un des meilleurs morceaux de l'album sur les mythomanes, les gens qui ont "tout vu, tout lu". C'est bien croqué et efficace. Et un bon point.

Je passe sur "Pas du tout", impossible à écouter deux fois. "Où t'étais passé ?", chanson de jalousie amicale façon jazz band ne fonctionne pas vraiment, malgré ses sonorités 70's. Bof, bof. On revient aux choses sérieuses avec "Voir sans être vu", une belle mélodie pop, un beau texte sur l'indifférence et l'invisibilité sociale. Bénabar est appliqué et crédible, soutenu par un groupe impeccable. Cette fois, c'est sûr, on tient le TRES BON titre de l'album, une dramaturgie qui tient sur les 4 minutes et quelques, un bon refrain. Que demander de plus ? Rien. Bénabar se dresse à la hauteur de Daho, sur les épaules de mini-Bashung. On en reprendrait bien un bout. Malheureusement le plat ne repasse pas : "A la Campagne" ressemble à du Delerm, clichés bobo contournés par la veine caustique, mais ça ne rend pas. "Les reflets verts" tirent un peu trop sur la corde mélancolique et traînent en longueur. "Si j'avais su" ne fait pas mieux avec ses sonorités pop (malgré un beau déluge orchestral autour de la 3ème minute), avant que Bénabar ne conclut sur un éponyme peu fréquentable. La qualité de la production ne fait pas oublier la banalité du propos. Toc et creux. Bénabar hausse le ton et chante avec le débit mitraillette d'un Renaud, mais avec des balles (amoureuses) à blanc. Après une demie-heure, on sature et on a envie d'aller voir ailleurs. Dommage.

Quelques bons titres et beaucoup de fatigue devant ces textes qui ressemblent à des rédactions roublardes, des sketches surjoués et surécrits sur les relations humaines et la vie quotidienne. La chanson française est trop compliquée pour être de la pop anglaise, trop technique et ampoulée mais pas assez subtile pour faire autre chose que caresser le quotidien dans le sens du poil. Heureusement pour les oreilles, le niveau des arrangements et de la composition globale a beaucoup progressé depuis quelques temps et l'on se fait moins mal que par le passé à écouter de la variété. Bénabar est dans le creux de cette nouvelle vague : en progrès mais fréquentable seulement par intermittence.

 

benjamin Le 13 October 2008
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