On s'est mis en danger. A notre époque, personne ne chantait : La jeunesse emmerde le Front National et on a eu des problèmes à cause de ça. C'est aux gens de s'investir. Le mec qui dit : C'est pas facile aujourd'hui, je lui réponds : Démerde-toi mon pote. Il y a toujours moyen de faire quelque chose! (François, 2003) ”
La grande vague punk de 1977 a été plutôt discrète en France, si l'on met de côté
Starshooter et
Plastic Bertrand. En revanche, dans les années 80, les "keupons" se sont organisé pour un assaut en règle de l'industrie du disque. De
Ludwig Von 88 à
Parabellum, les groupes poussaient comme des champignons, autour des labels Bondage, New Rose ou Boucherie Productions. Souvent limités au réseau alternatifs des squats et bars convertis à la cause, certains d'entre eux ont réussi à trouver un succès commercial (
Mano Negra,
Wampas...) ou à gagner leurs gallons de groupe culte. Et à ce chapitre, les Bérus méritent d'être cités.
Comme pour
Grateful Dead et les hippies, l'histoire de Bérurier Noir se confond en grande partie avec celle des punks français. Dans leur "Carnaval des Agités", François et Laurent, les fondateurs historiques du groupe, avaient autant leur place que les danseurs, choristes, jongleurs, cracheurs de feu et intervenants d'une seconde qui suivaient en permanence leur souk musical... Et si l'on devait nommer un leader du groupe, ce serait sans conteste Dédé, la boîte à rythme qui, du début à la fin, caractérisa leur son.
François (chant) fonde l'ancêtre des Bérus en 1978. Après une longue séance de casse-tête, où tous les noms possibles et imaginables défilent les uns après les autres, il finit par trouver cette condensation parfaite entre le pochard céleste de San Antonio (Bérurier) et la couleur de l'Anarchie, parfaite pour qualifier le pessimisme et la violence de son imaginaire. Mais le groupe galère et perd tous ses musiciens en route, à l'exception de Loran, guitariste de choc qui avait rejoint l'aventure dans l'intervalle. En 1983, le duo décide de donner un dernier concert à l'usine désaffectée de Pali-Kao, un épisode retenu par les chroniqueurs sous le nom de "Bataille De Pali-Kao". Par un "kolossal" effet de bouche à oreille, ils se trouvent confrontés au plus gros public de leur carrière, et au lieu de donner le mot de la fin, lle concert marque leurs véritables débuts.
François, Loran (et Dédé) mettent alors à enregistrer des maquettes et dès 1983, le quatre titres "Nada" sort chez Bondage, suivi en 1984 de "Macadam Massacre". D’emblée, leur univers se démarque de tout phébomène connu. Le rock des années 60, référence de bon nombre de punk-rockers, est écaté au profit d'une formule minimale : un beat indigent, trois accords de guitare avec un son pourri et une voix, hurlante ou atone, violente de toute façon. Avec leurs moyens minimaux, les Bérus sont plus proches du courant indus (
Throbbing Gristle,
Einstürzende Neubauten...) que tout ce qui avait pu se produire dans l'Hexagone, excepté les très discrets
Metal Urbain. Avec "Nada", "Lobotomie" ou "Manifeste", ils signent leurs premiers classiques et imposent leur univers, dénonçant les totalitarismes de toutes couleurs, les guerres crapuleuses et les crimes sociaux du quotidien.
Bientôt, les Bérus passent au format du 33 tours, et de "Macadam Massacre" (1984) à "Souvent Fauchés, Toujours Marteaux », en 1989, c'est au total quatre albums studios qu'ils enregistreront... Dès "Concerto Pour Détraqués" (1985), ils sont rejoints par Masto, au saxophone, qui ajoute une touche un peu plus humaine à leur monde. Ponctuellement, les Bérus savent aussi rassembler les agités au grand complet. Dans le clip de "Salut A Toi", il y a bien une quarantaine de personnes qui dansent, et sur le mémorable "Vive Le Feu", c'est tout un ensemble de cornemuses qui est mobilisé pour embraser leur musique.
Le groupe est de toutes les luttes des années 80. Certaines de leurs chansons deviennent des hymnes de manifs, en tête desquels on retiendra "Porcherie", dénonciation clairvoyante de
Jean-Marie Le Pen et du Front National. Des prisons ("Vivre Libre Ou Mourir") aux hôpitaux psychiatriques ("Lobotomie"), ils s'en prennent à tout ce qui contraint, emprisonne et opresse, fidèles à leur esprit anar. Ils savent aussi donner un coup de main à des associations plus fédératrices, comme SOS Racisme. Mais cet activisme leur coûte cher : à la suite d'un attentat contre une "Chambre Régionale des Huissiers", le 17 avril 1989, les Bérus sont soupçonnés par les Renseignements Généraux. Parallèlement, leurs relations avec Bondage se dégradent, et après trois concerts à l'Olympia (immortalisés sur "Viva Bertaga"), les Bérus craquent et se séparent, au faîte de leur popularité.
Les années 90 voient les membres du groupe revenir au circuit alternatif : François au sein des groupes punk Molodoï et Les Anges Déchus, Loran avec des projets expérimentaux comme Ze6, Tromatism et A.D.
En 2004, un événement improbable a pourtant eu lieu : une reformation des Bérus, au grand complet... si l'on peut dire. L'aventure a duré peu de temps, puisque après quelques tournées, ils ont annoncé leur séparation en 2006. A ce qu'on dit, un nouvel album, avec des chansons inédites, devraient quand même sortir. Le 4 décembre, même... On attend !
> Il est un peu difficile de se repérer sur ce site, parfaitement dans l'esprit du groupe!
> Site d'un fan pour les fans. Avec photos, mp3, et un chat spécialement créé pour les agités!
> Le site du label des Bérus, intéressant pour les dates de concerts, les sorties, et pour découvrir les groupes amis du collectif.