Si tu copies quelqu'un, ça veut dire que tu ne mets pas de sentiments dans ta musique. Il n'y a pas deux personnes semblables sur terre et, en musique, ça doit être la même chose. Sinon ce n'est plus de la musique! ”
Billie Holiday, qu'on a pu surnommer « Lady Day », a souvent été comparée à
Bessie Smith et
Janis Joplin. Dotée comme elles d'une voix sublime, elle a profondément changé la façon de chanter le blues... et a subi un destin tragique.
Née le 7 avril 1915 à Baltimore, Eleanora Holiday grandit dans un milieu très pauvre. Son père l'abandonne et elle suit sa mère, partie chercher du travail à New York, en 1928. Elle fait le ménage en ville dès son enfance et subit un viol à l'âge de onze ans. Puis, elle connaît la prostitution et séjourne quelques temps en prison, avant d'être embauchée dans un petit club de Harlem, le Log Cabin. Lentement, elle commence à se faire connaître comme chanteuse.
Mais c'est grâce à John Hammond (célèbre producteur qui découvrira, entre autres,
Bob Dylan), que la chanteuse parvient à atteindre le grand public. Il est impressionné par son talent et la présente en 1933 à
Benny Goodman, avec qui elle grave ses premiers enregistrements. Dès lors, Billie chanta pour les plus grands du jazz :
Louis Armstrong (avec qui elle jouera dans le film New Orleans en 1946),
Duke Ellington,
Count Basie,
Coleman Hawkins,
Art Tatum,
Lester Young... Ce dernier sera pour elle, jusqu'à la fin de sa vie, un ami et un compagnon musical idéal.
Comme le saxophoniste, Billie Holiday savait faire de sa voix un instrument sensuel, sans sacrifier une seconde sa liberté ni sa distance par rapport aux thèmes qu'elle interprétait. En improvisant, elle pouvait être une soliste remarquable tout en s'associant parfaitement aux cuivres de l'orchestre. Se faisant, elle a profondément marqué l'histoire du jazz et créé quelques classiques qui pèsent sur l'ensemble de la musique moderne. "Strange Fruit" est une des plus grandes chansons qui aient été enregistrées sur le racisme, avec ses images macabres de corps pendus comme des fruits étranges. "God Bless The Child", dont elle a écrit les paroles, fut remobilisée par des artistes aussi différents que
Stevie Wonder,
Aretha Franklin et
Tricky. "Gloomy Sunday", reprise par Gainsbourg ou
Björk, fut longtemps la chanson qu'écoutaient les joueurs quand, après une dernière nuit de malchance, ils décidaient d'en finir.
Souvent pessimiste, cette oeuvre continua malheureusement de ressembler à la vie de la chanteuse. Minée par ses échecs sentimentaux, Billie Holiday tombe dans la drogue et l'alcool, au point d'avoir des ennuis avec la justice et d'altérer sa voix. Ses performances des années 50 n'en sont que plus poignantes, même si elles sont moins pafaites techniquement. Elle décède le 17 juillet 1959, après une dégradation de sa santé que six semaines d'hôpital ne sont pas parvenues à rétablir. Quelques jours avant sa mort, les policiers étaient encore venus la trouver sur son lit de mort pour une affaire de stupéfiants.
Un film à succès sur sa vie, "Lady Sings The Blues" (du nom d'une de ses plus célèbres chansons), est sorti en 1972. Le rôle principal y était tenu par
Diana Ross, la diva des
Supremes.
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