Tricherie à l'Eurovision !
Alors Franco a pris les choses en main parce qu'il aimait bien tout prendre en main : il a donné des chéquiers à des employés de la télé nationale et ceux-ci ont été un peu partout en Europe acheter des séries qu'ils ne diffuseraient jamais et promettre des enregistrements à des artistes locaux en échange de leur vote. Et l'Espagne a bel et bien gagné avec la chanson "La La La" chantée par Massiel, une chanson pourtant aussi bonne que son titre. Personnellement, j'avais comme toujours une préférence pour les losers, la Finlande, bonne dernière, offrait la même chose en moins putassier et surtout, sans acheter le moindre vote. Cliff Richards, le Johnny Halliday anglais, qui avait fini second cette annéel-là, demande qu'on lui remette le titre. Il faut dire qu'il demande toujours beaucoup de choses (une extension du copyright de ses chansons, qu'on jette tous les internautes en prison, ce genre de choses...). Le directeur des programmes de l'Eurovision a déclaré, en substance "mouais, bof, j'ai d'autres choses à faire".
Pas contacté pour savoir ce qu'ils allaient faire pour faire gagner Sébastien Tellier dans trois semaines, Jean-François Copé et Patrick de Carolis n'ont pas réagi. Un silence qui en dit long. Nouvelle Star 2008 : rock attitude et sens du grotesque![]()
Il ne faut pas le cacher : cela fait un bail que regarder la Nouvelle Star n'est plus une honte. Si la Star Ac' souffre légitimement d'une image vieillotte (les chorégraphies de Kamel Ouali, les paillettes, les éclats de Nikos Alliagas, et l'apparition des dinosaures de la chanson), les efforts de la Nouvelle Star pour prendre la tangente alternative (on n'ira pas jusqu'ici lâcher le mot "indépendant") sont non seulement louables mais bien réels : présentation sobre et relativement sensuelle de Virginie Efira, groupe efficace, jury de vrais professionnels, varié (rock, funk, variét'), amusant et bien inspiré, mais aussi un choix de chansons qui réserve, parfois, voire souvent, de bonnes surprises.
Parmi les candidats, avec la réussite de Christophe Willhem, les résultats honorables de Steeve Estatoff, la Nouvelle Star a décidé de fouiller à fond le créneau du "beautiful freak", tout en ne perdant pas de vue la nécessité de cibler toutes les parts de marché. Dans le panier de cette année (qui ne marche pas fort niveau audimat, soit dit en passant), on a donc droit à un échantillon particulièrement curieux de jeunes gens dont les qualités sont mises en avant avec une roublardise marketing qui ne doit pas occulter complètement leurs qualités personnelles. Jules est dans le rôle du jeune con, double pasteurisé des Naast et autres BB Brunes qui font la couverture de Rock'n'Folk, bébé rock qui affiche Pete Doherty dans sa chambre, fume des menthol et joue principalement sur la corde funky comme s'il était né dans l'Angleterre des années 60. A l'arrivée, ses prestations manquent de sel et ne pèsent pas lourd malgré un soutien suspect et inconditionnel de Philippe Manoeuvre. Benjamin a lui tout pour plaire : le visage de Doherty justement, avec des paupières tombantes mais une allure du feu de dieu, un brin de classe et une culture musicale au dessus de la moyenne puisque son papa dirige une revue de jazz. C'est l'un des favoris des gens qui aiment la musique et cela ne trompe pas. Il n'est pas certain qu'il arrive à rallier jusqu'au bout les filles de 12 ans. Cédric, le plus âgé de la bande, est un type assez curieux également : le physique de Big Jim (brun, beau comme un Pierce Brosnan), des allures de rockeur mais un mauvais air d'avoir eu sa carte jadis à l'Action Française. Cédric a cette classe dérangeante et arrogante qui nous fait détester le John Spencer Blues, quelque chose de raide dans l'attitude qui donne le sentiment qu'il a une chemise à vichy sous son perfecto (ce qui n'est qu'à moitié faux - voire sa tenue de casting). Une vraie curiosité donc qui est capable de belles envolées vocales. Au jeu des pronostics, Cédric est ce qu'on appelle une grosse cote : trop typé, trop vieux pour le public.
Côté filles (il en reste 2), on retiendra, pour le moment, celle qui est vendue comme la performeuse de la saison : une dénommée Amandine, qui, bien qu'originaire du Sud de la France (vache à lait de la téléréalité cagole), incarne une Amy Winehouse carburant au Ricoré light et à la cigarette au chocolat. Amandine a une belle voix grave et surjoue les performances désespérées. Elle a évidemment repris le No, no, no, je ne veux pas aller en réhab sinistre mais également taquiné les [/people_restrictif]Patti Smith[/people_restrictif] ou les Janis Joplin. Sans qu'on sache pourquoi, cette fille au physique modeste est en train de devenir un phénomène. Ses récentes prestations témoignent d'une bonne adaptabilité aux différents registres qui lui sont proposés mais d'une tendance de plus en plus prononcée et agaçante à composer un personnage "en souffrance". Son menton est un peu flasque, ses cheveux un peu gras et ses yeux trop globuleux pour une chanteuse qui ne ferait pas d'excès, aussi est-on amené à se poser la question : comment peut-on trouver aussi facilement des jeunes apparemment très BCBG avec des allures de rockeurs aussi abouties ? C'est là tout le savoir-faire de la Nouvelle Star et de ses équipes de détection, de sélection et de préparation : on s'y croirait.
Le seul élément qui trahit encore la grande mascarade (il ne faut pas oublier qu'on est ici dans une académie et que très peu de ces jeunes qui savent chanter parfaitement se tailleront une route vers le public et le succès) : c'est l'acharnement à faire crédible. La Nouvelle Star souffre aujourd'hui au dernier degré du syndrome Canada Dry : cette volonté de faire comme si on faisait un télé-crochet alternatif alors qu'on fait un télé-crochet populaire. Du coup, on glisse des titres qui tuent dans une émission de prime time mais aussi des séquences à l'imagerie rock dans des prestations qui ne durent que 2 minutes 20. Les candidats savent qu'il y a désormais une prime à l'énervement, à l'excitation, une prime SMS à celui qui sautera le plus haut, roulera le plus vite à terre, serrera le plus de mains en sautant dans tous les coins. Malgré leurs atouts naturels (des belles voix), les candidats se livrent à une lutte à mort qui est celle d'une surenchère dans le "spectacle rock", au point qu'on trouverait presque Johnny Rock un modèle de sobriété là-dedans. Il semble bien (et cinquante ans après sa naissance) que l'imagerie rock n'ait pas avancé d'un pouce : pour tout le monde, la musique reste associée à la folie, à la drogue et au désir sexuel. Cette conception qui explique pourquoi Manoeuvre est la tête d'affiche de cette année, OBLIGE les candidats qui sont en sang frais (on le suppose à voir les bouteilles de Banga dans les coulisses) à se produire à 20H20 comme s'ils avaient 3 heures de picole dans les jambes, une heure de concert derrière eux ou le passé d'un Johnny Rotten ou d'un Shane Mc Gowan. Ainsi, d'un bon spectacle populaire, on passe de plus en plus à un spectacle théâtral, à une mise en scène de poncifs (instructifs) sur l'histoire du rock.
On peut donc regarder la Nouvelle Star avec enthousiasme mais être certain qu'on éprouvera, à un moment donné, un sentiment de frustration et de dérangement par rapport à l'outrance et au grotesque du spectable global. La limite de l'émission, inhérente à sa nature (une série de scènes, répétées à l'infini, une ritualisation du spectacle musical rock qui en est, par définition, la dénégation), est qu'elle ne pourra jamais donner que l'illusion d'être authentique. Cette limite est sans rapport avec les qualités et les défauts des acteurs principaux mais constitue leur fardeau le plus lourd, celui dont 80% ne se débarrasseront pas.
Le clip d'Another Day de Jamie Lidell ou comment j'ai parlé à un écureuilOn parlait il y a quelques jours de musique environnementale, et pourquoi pas de musique climatique (qui serait un sous-domaine de l'environnementale) ? Quel est le lien entre le climat d'un lieu et la musique que ses résidents pourront produire ? Quel est le lien entre le titre "Another Day" de Jamie Lidell et l'arrivée du soleil sur une bonne partie de la France ce week-end ? Aucun, sauf si vous avez l'esprit fantaisiste comme moi et que vous êtes persuadé que l'écoute prolongée de "Another Day" dans la semaine du 28/04 a fait venir le soleil, vous a permis de parler à un écureuil au bois de Vincennes et vous a permis de voir un mec qui faisait du roller de fond (un seul de ces faits est le fruit de mon imagination, bien que je ne désespère pas que ça se réalise un autre jour)
Après avoir vu le clip de Lidell, ne pensez-vous pas qu'il faudrait lire la chronique de Jim ? Heureux comme un Pete Doherty en libertéOn pensait ne pas le revoir de sitôt, la tournée de festivals des Babyshambles menacée, etc. Mais Pete Doherty a, comme souvent (rappelez-vous la juge amoureuse de lui) un bol de cocu dès qu'il s'agit d'échapper à la justice de son pays. Après seulement 29 jours de prison, émaillés d'un incident (le chanteur a été photographié à nouveau en train de se shooter dans sa prison de Wormwood Scrubs, alors qu'il partageait sa cellule avec un petit dealer et était théoriquement traité à la méthadone), Doherty devrait être libéré mardi. Sa peine de 14 semaines a été réduite de moitié et de 18 jours dans le cadre d'un plan de désengorgement des prisons et une autre remise de 2 jours accordée pour prendre en compte ses 2 jours de détention préventive au commissariat. Heureux comme un Doherty en liberté, l'ex-chanteur des Libertines ne devrait néanmoins pas se retrouver, comme ici, lors du festival de l'Ile de Wight, à jouer de la guitare acoustique dans un champ. Non, non, chat échaudé ne craint pas l'eau froide. Doherty a fait savoir, par un ami, qu'il donnerait un concert mystère dès sa sortie de tôle et enchaînerait par un programme d'abrutissement (entendez, retour à la vie normale) de 3 jours pleins : boire, se droguer et puis récupérer. Après ça, et s'il ne se fait pas pincer à nouveau, le chanteur pensera à reprendre les hostilités avec son groupe avec, en ligne de mire, et s'il tient jusque -à, une tête d'affiche à Glastonbury et de nombreuses apparitions annoncées en France. Et dire que l'affreuse Kate Moss ne s'est même pas inquiétée de son sort pendant tout ce temps. A cette date, possible que son ancien compère, Carl Barat, lui revole la vedette avec ses Dirty Pretty Things, dont le deuxième album est annoncé pour fin juin, avec en éclaireur un single baptisé "Tired of England", réponse du berger à la bergère, après le "Fuck Forever" des Shambles. On s'amuse comme on peut... mais le Scrubs veille du haut de son splendide portail, bâti en 1878, sur d'anciens pâturages servant à l'époque de terrain privilégié pour les duels entre amants. Romantisme quand tu nous tiens.... ![]() Justice et Stress vont-ils lancer une polémique ?Justice, qui vient de sortir son dernier clip, "Stress", va sans doute lancer une polémique. Changement d'univers visuel radical avec cette vidéo réalisée par Romain Gavras (fils de Costa-Gavras et membre du collectif Kourtrajmé). Le stress est ici représenté par la violence qui motive une bande de jeunes que la caméra suit de près dans ses virées. Le clip, interdit de diffusion à la télé, se place dans la lignée des films La Haine et Orange Mécanique et provoque déjà beaucoup de réactions sur le net : on parle de violence gratuite, de pavé dans la mare, d'acte dénonciateur...
Flu vous fait gagner des places pour la tournée de Justice : concours Justice The Only Ones : retour majeur et Black OperationsOn avait parlé avec enthousiasme, il y a quelques mois maintenant, du retour gagnant des Only Ones, groupe mythique de la fin des années 70 et symbole effrayant de tous les excès du rock. On avait dit alors que le groupe sonnait bien et que son chanteur Peter Perrett avait gardé sa voix miraculeusement intacte après des années passées en dehors du circuit et malgré de sévères ennuis respiratoires causés par des décennies d'addiction. Depuis l'étape londonienne qui fera très bientôt l'objet d'un DVD exceptionnel (en vente prochainement), les Only Ones ont élargi le cercle de leurs opérations et entrepris une tournée internationale qui, malheureusement, ne semble pas pressée de les mener en France. Festival au Japon, étape en Suède, le groupe de Perrett, Perry, Mair et Kellie a aujourd'hui au moins aussi belle allure que les papys Rolling Stones. Preuve en est, cette version affûtée enregistrée lors de leur premier grand show télé en direct, d'une nouvelle composition : ""Black Operations. La rumeur d'un nouvel album commence à circuler à l'écoute de cette belle séquence paranoïaque à base de NSA, de FBI et d'hommes en noir. Il y a du William Burroughs et du Frank Black dans ce texte-là. Perrett est reparti comme en 1978, la séduction de la jeunesse en moins. Les papys de la section rythmique assurent. L'immense John Perry veille au grain et nous offre un passage de guitares qui rappelle que les solos n'ont pas que de mauvais côtés. Perrett est comme toujours incroyable. Ceux qui pensent que le gros Pete Doherty est l'incarnation de l'esprit rock, jetteront un oeil sur cette vidéo. Rappelons qu'il y a quelques années, les Babyshambles avaient accueilli sur scène Perrett pour un hommage appuyé lors d'une reprise d'Another Girl, Another Planet. A l'époque, c'était Perrett qui était au purgatoire et Doherty au pinacle. Le gros joufflu a encore du chemin à faire avant de rejoindre le clan des morts-vivants qui savent chanter. Le rock est là et pas ailleurs. A déguster sans modération. Musique environnementaleJusqu'à quel point la géographie d'un endroit détermine-t-elle la musique qu'on y crée ? Difficile à dire : on enregistre des albums qualifiés de "californien" un peu partout dans le monde : souvent la Californie est dans l'oreille de l'auditeur plutôt que dans l'enregistrement. Pourtant le jour où j'ai lu que Modest Mouse produisait la musique d'une région forestière et pluvieuse, j'ai eu l'impression de comprendre quelque chose. Pourquoi je n'écoutais leurs disques (les premiers en tout cas) que quand il pleuvait. Et puis ce n'est sans doute pas très originale, mais quand j'écoute London Calling je pense à Londres et Sigur Ros m'évoque l'Islande (alors que Björk, non, pas vraiment). Une des choses qui m'intéresse à propos de la Finlande, c'est la façon dont historiquement elle s'est construite par opposition à la Suède. Sans l'avoir demandé, au XIXème siècle la Finlande s'est retrouvée séparée du royaume suédois et forcée de découvrir sa propre identité. Un peu comme deux frères élevés ensemble forgent généralement leur caractère en opposition, on peut résumer aujourd'hui la musique populaire des deux pays grâce à l'Eurovision : la Suède a eu ABBA, la Finlande Lordi. Les premiers sont célèbres pour leur pop ensoleillée, les seconds pour leur métal outrageux. Les deux ont pourtant un climat et une géographie assez proche et on aurait bien du mal à trouver dans ces musiques un quelconque rapport à la nature du pays qui les produit. Les deux sont des produits 100% culturels et historiques. Depuis quelques années cependant il y a en Finlande un mouvement freak-folk qui n'a rien de métalleux, qui retourne un peu aux sources de la musique traditionelle locale mais qui produit des chansons abstraites, souvent bourrées de drones. On est très tenté de rapprocher ça des paysages naturels finlandais : les grands lacs et les forêts immobiles, le désert lapon... C'est le rapprochement qui est fait dans ce clip de Lau Nau (prononcez "laou naou"), jeune folkeuse dont le second disque sort chez Fonal Records très prochainement. Concours du mois de mai (Portishead, Justice, The Kooks...) 1/2
Pour consoler ceux qui ne partent pas en wacances pour ce premier pont, la rubrique concours de Flu vous propose cette semaine des places de concert :
- concours concert privé The Kooks : des entrées pour deux pour le concert privé des Kooks le 6 mai à Paris - concours tournée Justice : des places de concerts pour deux pour les dates en province de Justice - concours concert Daniel Darc : des places pour deux pour le concert de Daniel Darc à l'Olympia Et aussi le concours Third - Portishead
La semaine prochaine, ça sera plus matériel, BO et bouquins rock ! Rubrique concours de Flu N'y pensez plus
Tout ça n'est en fait que la confirmation scientifique de ce que les bons musiciens savent déjà : quand on improvise, il faut cesser de penser à ce qu'on fait, il faut se laisser porter par ses sens et ses émotions. Ou comme le disait Captain Beefheart à ses guitaristes : "Si vous êtes coupable de pensée, vous êtes viré". J'adore quand la science donne raison aux fous. Dear Prudence, les Beatles et la salle de bains psychédélique de 1968Etrange histoire que celle de cette chanson composée par John Lennon en 1968 et qui, à sa manière, exprime assez bien les contradictions de l'époque soixante-huitarde. A l'époque de sa composition, les Beatles sont en Inde, pour un séjour d'aération et de développement spirituel chez leur pote gourou le Maharishi. Tout se passe à peu près correctement (même si des récits contraires circulent - certains s'emmerdent, le gourou serait un dangereux maniaque sexuel...). On médite. On joue de la guitare et on consomme pas mal de drogues dans un esprit ultra-harmonieux, Peace & Love, Cool jusqu'au bout du gland et de la night. Les éléphants sont roses et les pétales tombent comme de la neige en avril. Parmi les occidentaux en goguette, Mia Farrow est là en compagnie de sa jeune soeur, Prudence Farrow. Celle-ci se prend tellement au jeu qu'elle passe son temps à méditer, seule, enfermée pendant des heures et des jours sans boire ni manger dans une salle de bains ou une tente (selon les versions). Tout le monde s'inquiète. Lennon, pressé de voir la jeune femme rejoindre le groupe (signe que même chez les babs, le contrôle social était fort et qu'il fallait s'amuser avec le groupe ou mourir), se serait fiché devant la porte de la jeune femme et aurait gratouillé "Dear Prudence" pour la faire sortir. Lui-même sous influence, il aurait enrobé son message prosaïque (bon, alors, tu sors de la salle de bains putain, je dois me refaire le catogan !) d'un délire cosmogonique qui fait tout le sel de cette sublime chanson.
L'histoire ne dit pas si Prudence Farrow est revenue à l'appel du binoclard de génie, ou si elle a préféré poursuivre sa communion spirituelle en solitaire. Toujours est-il que les Beatles tenaient un nouveau titre, à la fois onirique, tendrement surréaliste qui serait gravé pour l'éternité en août de la même année lors des sessions d'enregistrement de leur nouvel album (le White Album évidemment). Perçu comme un titre joyeux, Dear Prudence exprime néanmoins (et presque déjà) un certain désenchantement, une sorte de tristesse, comme si le refuge dans la méditation et l'extase mystique appelait irremédiablement une redescente sur terre douloureuse. On pense dans l'état d'apesanteur cosmique de Dear Prudence aux excès qui suivront, à la folie de Syd Barrett, au décrochage de Brian Wilson. Tout cela n'est pas anodin. Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la chanson sera privée de Ringo Starr pendant l'enregistrement du Double Blanc. Comme sur "Back in USSR", c'est Paul McCartney qui est derrière les fûts. Ringo Starr était tout colère et avait temporairement rendu ses baguettes. La chanson connut une seconde jeunesse avec la reprise de Siouxsie And The Banshees (gros succès en 1983 - notez le petit gars à la guitare aux cheveux ébouriffés sur le clip Top of the Tops qui n'est autre que Robert Smith), avant d'être reprise et ratareprise par une centaine de groupes depuis Alanis Morrissette jusqu'à The Jesus And Mary Chain. Un beau foin en tout cas pour une simple histoire de salle de bains psychédélique.
Dear Prudence open up your eyes
Le mantra "round round round" faisait quant à lui partie du rituel d'élévation, susceptible de mener à l'état transcendantal. 1968, c'était aussi ça pour les people : une belle imposture, de la bonne dope, des éléphants et du bonheur à la pelle.
1968 : Albums cultes des géants du bizarre #38 : Silver Apples - Silver Apples
Pour preuve, le premier titre "Oscillations", est un véritable manifeste de ce qu'est Silver Apples, soit : un percussionniste au jeu à la fois souple et métronomique, et une batterie d'oscillateurs justement, ces ancêtres de synthétiseurs modulaires composés de multiples "plug-in" à la différence près qu'à l'époque les "patch" et autres "effets" étaient des boîtiers connectés à part sur la machine principale et non pas, dans le programme comme aujourd'hui. Silver Apples c'est l'union improbable de l'esprit hippie, pattes d'eph' et cheveux longs, avec les expériences électroniques et psychédéliques héritées des pionniers de l'electroacoustique comme Morton Subotnick (entre autre), dont le nom du duo s'inspire d'ailleurs pleinement puisqu'il reprend le titre d'une de ses plus fameuses composition : "Silver Apples of The Moon". En 1968, Danny Taylor et Simeon sont donc à l'origine d'une musique inouïe, une electro-pop d'avant l'electro-pop, une série de comptines électroniques bourdonnantes et merveilleusement extra-terrestres, à la fois musique des sphères et transe chamanique pour nomades urbains.
On retrouve chez Silver Apples, l'innocence des pionniers et des grands illuminés. D'ailleurs, l'album sombrera rapidement dans les oubliettes de l'histoire, trop bizarre pour son époque. Mais c'était compter sans les fouineurs de bacs à disques, les infatigables gravediggers, qui exhumèrent les perles qu'était "Velvet Cave", "Dancing Gods", "Dust" et plus tard sur Contact, le deuxième album, "A Pox On You" ou "I Have Known Love". Aujourd'hui, 40 ans après sa parution, Silver Apples est plus que jamais entré dans le patrimoine pop mondial. Cité par les membres d'Animal Collective (dont les comptines hystériques doivent beaucoup au duo) comme une influence majeure, Silver Apples influença également Laïka, Suicide, Spacemen 3, Moonshake, Portishead, Zombie Zombie, Boom Bip, et j'en passe. En 1998, le duo sort de l'ombre, en partie grâce à tous ces groupes, et sort deux albums, Decatur (un long morceau de 42 minutes) et The Garden récemment réédité chez Bully Records, le label du rappeur canadien expérimental Sixtoo. Aujourd'hui le projet continue en solo puisque Dan Taylor est mort en 2005, même si Simeon, toujours vert après un léger accident cardiaque, se fait momentanément accompagner d'un nouvel acolyte en la personne de Xian Hawkins. Papi Simeon collabore avec Sonic Boom sur son projet Spectrum et tourne dans le monde entier (comme on a pu le voir il y a peu à Paris), vérifiant l'adage selon lequel, décidément, c'est dans les vieilles converse qu'on fait les meilleurs soupes.
Silver Apples - Silver Apples (Kapp Records, 1968) Silver Apples sur Youtube 1968, c'était hier pour moi aussi...Je contemplais l'idée d'honorer l'esprit de 68 en renonçant à tous mes idéaux pour m'installer dans un pavillon avec femme et enfants quand j'ai commencé à réfléchir. On reproche souvent aux baby-boomers d'idéaliser leur jeunesse et d'avoir imposé l'idée dans notre culture des années 60-70 comme pinacle de la musique pop et rock, comme une époque où on aurait tout inventé et qu'on ne ferait que copier aujourd'hui. Le pire c'est qu'ils ont été si convaincaints qu'aujourd'hui on se retrouve avec des groupes comme The Kooks qui jouent une musique résignée à ce soi disant état de fait. Peut-on évaluer l'évolution de la musique populaire depuis quarante ans ? Voilà un petit exercice : depuis 1968 il s'est passé autant de temps qu'il s'est passé autant de temps qu'entre ça...
(Bertold Brecht qui chante "Die Moritat von Mackie Messer" ou "Mack The Knife" ou "La Complainte de Mackie le Surineur", chanson de son Opéra de Quat'Sous dont la première a été donnée à Berlin en 1928) et ça.. (Sly & The Family Stone qui jouent "Dance To The Music" et "Higher" a un concours de talents en Ohio) On en est où aujourd'hui ? Dossier Mai 68 sur Flu Mai 1968 en mode egographique : joli mois de juinOn m'a demandé de faire un post 68. Alors, ok 1968 est un tournant dans l'histoire de la jeunesse du monde entier, tout ça. En France, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis ainsi mais aussi Japon, des bouleversements culturels, sociologiques et politiques sans précédents, ont secoué les pouvoirs en place. La musique quant à elle, ouvre les portes de la perception aidée en cela par de nouvelles substances stupéfiantes, le cinéma s'éclate, la littérature se tape un trip, mais il ne faut pas oublier le plus important ! En cette année de grâce 1968 (en juin !), naissait celui qui laissera une marque indélébile dans l'histoire de la propagande culturelle aussi nommée "journalisme", le fameux Maxence Grugier, votre serviteur donc ! Loué soit son nom et fêté soit l'anniversaire de sa procréation !*
![]() *La semaine prochaine, Maxence Grugier, 8 mois, cul nu dans une bassine sur la table de la cuisine. Stay tuned !
Les 40 ans de Mai 68 sur Flu Disparition d'Albert Hofmann, bêta testeur du LSD malgré lui
On ne va de toute façon pas se poser longtemps la question car ce n'est pas le but de cet article, mais il fallait bien en parler puisque c'est en pleine "commémoration" soixante-huitarde que tombe l'annonce de la mort d'Albert Hofmann, chimiste suisse qui inventa le LSD par accident dans les laboratoires Sandoz en 1943 et alimenta bien malgré lui les aspirations à la transcendance de toute une génération.
Initialement prévu pour soulager les troubles pulmonaires et respiratoires par le bon professeur Hofmann, le LSD devait connaître une toute autre destinée et devenir, entre autre par le biais d'une autre grande figure de la contre-culture américaines des 60's, Timothy Leary, la drogue privilégiée du mouvement hippie et de tous les jeunes en quête d'expérience dépassant les fameuses "portes de la perception".
Créé à partir de l'ergot de seigle, le LSD fut d'abord considéré comme inefficace par son concepteur qui commença par ranger sa découverte dans un placard, jusqu'au jour où il décida de le ressortir afin d'effectuer quelques nouveaux tests. Fatigué d'une longue journée, le doc laisse tomber quelques gouttes sur ses manches et s'essuie malencontreusement la bouche avant de prendre son vieux vélo pour rentrer chez lui. Et là, stupeur, en chemin Albert Hofmann va vivre une "expérience psychédélique" ! Expérience qu'il décrira plus tard comme une perte totale de repères dans l'espace, l'impression de sentir sa conscience se déplier comme un origami, l'autre, plus angoissante, d'être observé par une force incommensurable, bref, le professeur Hofmann est en plein trip sur sa bicyclette !
Plus tard il préconisera l'utilisation du LSD dans le traitement de la schizophrénie et Sandoz le produira même sous forme de cachet pour l'armée, toujours en quête de nouveautés bizarres, et les hôpitaux. Testé par des universitaires peut-être un poil trop enthousiastes (dont Leary), le LSD échappe à ses créateurs et se diffuse dans toute la société (certains fanatiques de la conspiration diront, "sur ordre de la CIA", mais passons). Reste que la substance aura le destin qu'on lui connaît et aujourd'hui encore, le véritable LSD est considéré comme le Saint-Graal des stupéfiants.
Albert Hofmann ne se lassait pas de dire à quel point il était fasciné par ce qui était arrivé à son produit, réfutant les allégations concernant le fait que cette drogue avait certainement participé aux bouleversements de l'époque, mais ne niant pas en avoir repris quelques gouttes de temps en temps... Sacré Albert !
Flu commémore les 40 ans de Mai 68 avec un dossier spécial Mai 68. Coldplay, Scarlett Johansson : SuproductionC'est quoi le pire ? Scarlett Johansson, qui se paye Dave Sitek (TV On The Radio, Celebration, Yeah Yeah Yeahs) pour produire son disque de reprises de Tom Waits et qui avec ce premier single aussi insignifiant que sa chanteuse nous fait pousser ce cri qu'on croyait ne jamais pousser : "mais pouquoi pas d'Autotune ?!". Musicalement, on pense évidemment à TV On The Radio, un peu à The Jesus And Mary Chain que Scarlett aime tant (alors que, franchement, ils n'étaient pas si bons que ça) et curieusement à... This Mortal Coil. Quelque part dans mon imagination, Sitek a fait chanter Tunde Adebimpe sur les démos pour guider Scarlett avant d'entrer en studio et ces bandes feront surface sur le net très bientôt. C'est beau de rêver.
Le pire, donc, c'est une belle production et une belle chanson gachées par une voix, ou bien est-ce Coldplay qui offre son nouveau single gratuitement Violet Hill, ce qui va sans doute mettre à la rue la moitié des vingts derniers salariés d'EMI, et qui sonne presque intéressant, sans doute grace à la production de Brian Eno ? C'est quoi la suite, l'album de Cindy Sander produit par Diplo et Switch ? M Pokora qui emprunte à la mafia pour s'acheter un beat avarié de Timbaland ? 50 Cent qui, imputant son insuccès récent au manque de plomb neuf dans sa chair, recrute Phil Spector ? (attention, un seul de ces scénarios est vrai, les autres par contre sont de bonnes idées). Exotica : Le petit village tranquille de la pop culture
Cette ambiance on la retrouve dans l'incroyable et indispensable premier album de Quiet Village, Silent Movie, du duo Joel Martin et la star montante de l'electro Matt Edwards (aka Radio Slave, mais oui !). Faire de l'Exotica la planche (de surf ?) de salut d'une musique pop qui tourne quelque peu en rond (pléonasme), c'est ce à quoi s'attachent en quelque sorte les deux zigotos de Quiet Village. Aujourd'hui, on appel ça néo-balearic, mais Lounge ou exotica, c'est du pareil au même. Martin et Edwards ont d'ailleurs nommé ce side-project en hommage au documentaire de Martin Denny (dont vous pouvez visionner un extrait ci-dessous). Reste que Silent Movie porte merveilleusement son titre avec ses inserts d'ambiance de plage, ses envolées easy Listening, ses choeurs kitsch à souhait, ses prouesses heavy psychédéliques hors du temps, l'album est un vrai film, un voyage onirique dans l'imaginaire exotique de deux producteurs passionnés d'Incredibly Strange Music des 50's, 60's et 70's. Deux doux dingues certainement encore sous le coup des multiples découvertes technologiques de l'époque et animés d'un instinct d'explorateurs naïfs et enthousiastes, dont le seul but est de partager cet amour avec les autres.
C'est une réussite, parce qu'avec ce Silent Movie, Quiet Village et la vague Lounge neo-Balearic actuelle se voient parer de tous les atours qui font de la pop musique une véritable culture, tout en en explorant l'angle psychotrope et science-fictionnesque. Impressionnant ! En attendant, découvrez en image l'ambiance exotica et lounge avec le clip original du Quiet Village de Martin Denny ainsi qu'une hilarante vidéo qui transmet - en tout cas visuellement - assez bien l'ambiance qui règne dans ce "Quiet Village" :
Quiet Village - Silent Movie (K7!/Pias)
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