Anvil : This Is Not Spinal TapA l'époque de la sortie de This Is Spinal Tap de Sacha Gervasi, beaucoup de spectateurs ont des doutes sur l'existence d'Anvil, groupe de métal canadien qui ressemble plus à Spinal Tap que Spinal Tap. Plus de vingt ans après qu'Anvil ait raté sa chance (une tournée en 1984 avec Whitensnake et Bon Jovi), le chanteur Steve "Lips" Kudlow et le batteur Robb Reiner (comment croire à la réalité d'Anvil avec ce genre de coïncidences ?) continuent d'essayer d'être des rock stars. Le réalisateur les suit dans une tournée désastreuses des clubs les plus vides d'Europe de l'Est durant laquelle la foi du groupe est mise à rude épreuve. Entre l'humour de This Is Spinal Tap et l'émotion de The Wrestler, Anvil est un des meilleurs films sur le rock qui soit. On espère qu'il trouvera bientôt un distributeur en France.
The Field : Le chant des possibles![]()
Quand le Suédois Axel Willner aka The Field reprend "Everybody's Got to Learn Sometime", l'incunable tube 70 de The Korgis, il se hisse au niveau de Seefeel, de Cocteau Twins, de My Bloody Valentine, de Slowdive. Il accède au sublime. Normal pour celui qui intitulait justement son premier album From Here We Go Sublime.
Avec Yesterday & Today, il reprend le travail là où il l'avait laissé, retrouve le chemin de sa techno mélodique et mélancolique, bâtie sur de microscopiques tranches de samples, répétées à l'infini, pour une musique monochrome et cotonneuse à souhait. Surdoué le Suédois ! Et pas coincé dans le schéma classique du producteur techno trop nerd pour sociabiliser. Après une tournée mondiale aux côtés de pointures aussi différentes de son univers que !!! ou LCD Soundsystem qui l'ont adopté au passage, Willner à invité deux amis à lui sur son nouveau disque, amenant au passage un peu de robustesse rythmique, des basses plus organiques et une batterie plus ronde (celle du track éponyme est même jouée par John Stanier de Battles).
Reste sur cet album, cette fabuleuse reprise, mais aussi "The More That I Do" sur laquelle il sample Cocteau Twins (après avoir utilisé Kate Bush sur From Here We Go Sublime), deux sommets de techno contemporaine, sans oublier "Sequenced", tunnel disco de plus de 15 minutes. Tout le reste est de cette trempe et The Field est déjà dans les bacs. Vous savez ce qu'il vous reste à faire ?
Speech Debelle Featuring MicachuOn n'aura jamais entendu l'hyperactive Micachu aussi calme et posée que sur le refrain qui entrecoupe les raps de Speech Debelle, jeune londonienne qui emporte le crédit et laisse le featuring à Mica sur ce "Better Days" mélancolique.
Le premier album de Speech Debelle s'appelle simplement Speech Therapy et on l'aura compris, elle fait dans le rap confession.Comme Diam's quand elle fait des duos avec Vitaa, oui, sauf qu'elle est signée chez Big Dada et Ninja Tune et que Mica n'est pas Vitaa.
- la chronique de Jewellery de Micachu Demo Disasters : le blog de la musique brute
C'est sans doute mal de se moquer de pauvres anonymes comme ça. C'est aussi peut-être mal de ne pas mettre leur nom, après tout ils avaient le rêve d'être entendus et reconnus. Quoi qu'il en soit, c'est rigolo. Sur le blog nous pouvons donc écouter une chanson folk-rock qui raconte l'éclosion d'un oeuf sans oublier aucun des détails les moins ragoutants, une comptine qui explique aux enfants ce que sont ces bruits que font papa et maman quand ils s'enferment dans leur chambre ou un aspirant Daniel Johnston qui chante "Love My Dentist".
Vous l'aurez peut-être remarqué, toutes ces idées sont géniales. L'éxecution l'est moins, certes, et nous avons volontairement passé sous silence les reprises sans inspiration de groupes karaokés, mais ces "demo disasters" sont en fait une mine d'or pour les artistes en mal d'inspiration. Ces chansons ont la beauté de l'art naïf et le potentiel pour être des chefs d'oeuvres dans des mains plus expertes. Vite, que quelqu'un se mette au travail et nous ponde un bon disque de reprises de ces chansons. Quelqu'un a le numéro de téléphone de Jeff Mangum ?
Lire aussi
The Emperor Machine : Hail The New Emperor !![]() Deux semaines déjà que notre souverain Andrew Meecham, alias The Emperor Machine, digne représentant de la famille nu-disco electro-kraut punk-funk (ou tout du moins de sa branche royale britannique) a officiellement sorti sa dernière exaction, le tonitruant Space Beyond The Egg, un manifeste de pur space funk à forts relents horror movies mâtiné de pop cosmic. Comme le temps passe mes braves !
Voir aussi - Etienne Jaumet + Dieu = Cosmic Music Les Dirty Projectors font du R&BPremier single extrait de l'excellent album Bitte Orca des Dirty Projectors, "Stillness is the move" est un très bon morceau de R&B moderne. Ne vous laisez pas tromper par tous les atours indie rock du groupe de Dave Longsteth : ils ont beau être blancs, mettre des lamas dans leurs clips comme d'autres mettent Wilco, jouent de la guitare comme des Africains, comme Vampire Weekend... Pourtant ce beat qui bégaie, ces voix savamment coupées et collées, même cette ligne de guitare répétitive (imaginez-la jouée par un vieux synthé de l'espace), c'est du pur R&B post Timbaland. Réécoutez donc "Try Again" si vous avez du mal à y croire. Détail qui ne trompe pas, les chanteuses de Dirty Projectors se fendent même d'une petite chorégraphie synchronisée au milieu du clip. Ca n'est pas tout à fait "Single Ladies" et personne ne prendra ce lama pour Timbaland, mais le monde n'a pas besoin de deux égos surdimensionnés de plus. Que faire de son billet de concert pour Michael Jackson ?C'est la question que se posent depuis vendredi dernier, les 750 000 personnes, qui devaient assister à la série de 50 concerts que Michael Jackson devait donner à Londres cet été. AEG Live, société organisatrice de l'événement, a annoncé cette semaine les solutions proposées.
![]() 01. Se faire rembourser le ticket, acheté par la voie officielle entre 50 et 150 $ AEG remboursera les billets achetés sous réserve de pouvoir présenter une preuve d'achat. Ebay a ceci dit, déclaré, qu'il rembourserait aussi les personnes ayant remporté des enchères sur son site.
02. Renoncer au remboursement pour garder le ticket du concert qui n'aura jamais lieu Dans son communiqué, la société précise que ceux qui n'auraient pas reçu leur ticket physique à ce jour, pouvaient toujours en faire la demande, renonçant bien sûr au remboursement. Imprimés en huit couleurs différentes et un effet 3D, les tickets auraient été designés, en partie, par le chanteur. AEG a bien compris ici que les billets pour les concerts que MJ n'a pas pu assurer pour cause de mort avaient valeur de souvenir.
03. Revendre sa place à prix d'or pour payer ses vacances Les vendeurs sur Ebay l'ont encore mieux compris qu'AEG, puisque des billets se revendent déjà pour des prix allant de 2 à 395 $ ; et pour 1 $ vous pouvez aussi acheter un des divers mails qu'AEG a envoyé à ses clients (mail de confirmation, mail d'annonce de l'annulation).
Pour combler ses pertes, AEG a évoqué la sortie d'un dvd des dernières répét de MJ à l'O2. Les autres problèmes que rencontre le promoteur concernent notamment l'avance, qui se compte en millions, payée à MJ. L'Arena 02 quant à elle, se trouve aussi dans une impasse face aux 50 soirs qu'elle a bloqués pour ces concerts. Les modalités de remboursement exactes seront publiées ici mercredi.Rejoignez le Record Club de BeckPour sa dernière transformation en date, Beck abandonne le songwriter ennuyeux qu'il était devenu pour réapparaitre en "cover man", parce qu'après tout, le monde et l'internet avaient sans doute besoin de plus de reprises.
En particulier de reprises du Velvet Underground. Sur le site de Beck on découvre en effet que ce dernier a lancé un "record club" : il compte rassembler, régulièrement, des amis et réenregistrer en une journée de travail intensif l'intégralité d'un album qu'il révélera ensuite chanson par chanson à un rythme hebdomadaire sur son site. Et non, son projet de reprendre l'intégralité d'Evol de Sonic Youth ne fait même pas partie du record club.
Le premier album à subir ce traitement est The Velvet Underground & Nico, un choix franchement décevant tant on a déjà trop entendu de bonnes et mauvaises reprises d'un des albums les plus connus et les plus faciles à jouer de l'histoire du rock. Toujours est-il que c'est Beck, qu'il reprend "Sunday Morning" avec une bande de potes qui inclue Joey Waronker (célèbre batteur de studio), Nigel Godrich (plus célèbre producteur de Radiohead) et Giovanni Ribisi (moins célèbre acteur, dont on se demande ce qu'il fait là). C'est merveilleux, la Californie, tout le monde est copain.
Et la suite ? The Soft Bulletin des Flaming Lips, un album de Wilco ? En tout cas, retrouvez chaque semaine sur Fluctuat, la reprise de Beck.
Beck - Sunday Morning (reprise The Velvet Underground)
Beck - Waiting For My Man (reprise The Velvet Underground)
Voir aussi Michael Jackson, James Brown et Prince : la dream team qui n'exista pasQuelque part en 1983, lors d'une célébration à l'américaine (un show en l'honneur de James Brown à Atlanta?), quelques centaines de veinards ont pu voir ce qui n'arriveraient plus jamais par la suite : la réunion de la Dream Team des musiques noires américaines de la seconde moitié du vingtième siècle, Michael Jackson, James Brown et Prince. Si on a glosé beaucoup ces derniers jours sur la vie de reclus menée par le Roi de la Pop, il ne faut pas oublier que Michael Jackson, avant d'être un artiste solo extraordinaire, était aussi un homme de compagnonnage : obligé avec sa grande famille au sein des Jackson Five, puis choisi avec Quincy Jones en producteur compositeur majeur, en duo avec son idole Diana Ross, Paul Mc Cartney, puis, plus tard, Will I.Am pour un album perdu et jamais achevé qui, parions-le, surgira sous une forme ou une autre d'ici 1 an ou deux. Jackson cherchait les collaborations et aimait le contact musical. Certains diront que ses alliances de circonstance relevaient d'un plan marketing bien huilé et madonnesque. Cette brêve séquence historique dit à peu près tout le contraire. James Brown était pour lui un modèle musical, un monument auquel il payait régulièrement tribut. Avec Prince, les relations auront été assez étranges. Une rivalité fut montée (de toutes pièces?) et trouva son apogée au milieu des années 80. Ceux (même blancs) qui n'ont pas connu la période où les deux se tiraient la bourre en Europe à coups de chefs d'oeuvre : Thriller vs Purple Rain, ne peuvent pas comprendre ce qui se passait alors. Jackson, déjà, était accusé d'avoir trahi ses frères : il essayait de devenir blanc. Prince portait encore une coupe afro (affreuse) en mode mulet et épousait la musique rock. Les deux hommes s'évitent à l'image de cette vidéo et Prince refuse l'invitation de MJ qui lui proposait un duo sur Thriller. Faut-il y chercher là une raison de cet évitement manifeste sur scène ? Prince, un peu shooté, empoigne sa guitare. MJ chante comme un dieu et se met à danser, chacun s'installant d'emblée dans sa spécialité, la danse vs la musique. Etrangement, et bien qu'on préfère nettement le nain de Minneapolis à Bambi, il est à peu près clair aujourd'hui que l'importance du second dans la mort et la légende dépassera (sociologiquement et sûrement musicalement) celle du premier. Dans leur duel à distance, Jackson a tout gagné sauf le droit de sortir à l'air libre et de jouer encore de la musique. Il y a quelques mois les sites de fans de Prince avaient bruissé d'une rumeur folle : puisque les deux stars habitaient désormais la même ville (Los Angeles), une rencontre et un single commun pouvaient-ils de nouveau s'envisager ? Personne n'avait démenti mais l'événement paraissait assez peu crédible. Les deux hommes ont suivi jusqu'à la fin des voies opposées. En 2009, Prince n'avait plus besoin de MJ, de maisons de disque, ni de personne pour exister. Michael Jackson avait abusé du marketing et du marchandising au point d'être un artiste sous assistance commerciale artificielle. Prince revenait avec de bons disques distribués gratuitement, MJ refilait des coffrets brochés et n'enregistrait plus rien qui vaille. Prince aimait les femmes. MJ était l'ami de Liz Taylor. Un jour pourtant, ils s'étaient croisés. MJ, James Brown and Prince on stage
Voir aussi Sonic Youth : Wipe That Sound (and wipe the world) !![]()
Dans un récent entretien accordé à nos excellents confrères de Noise, Thurston Moore de Sonic Youth, se déclarait fortement influencé, ou du moins, "très attaché", à l'oeuvre magnétique de The Wipers qu'il avait redécouvert sur le tard (il y a deux ou trois ans). The Wipers, infortuné groupe pré-grunge de Portland en Oregon, fondé par Greg Sage à la fin des années 70 (77 et oui, ça ne s'invente pas !), un guitariste et chanteur à la voix mélancolique même dans la rage la plus froide. A trois, nos nettoyeurs (le sens premier de "to wipe") se rendirent responsables d'une poignée de disques séminaux (allons-y) parmi lesquels les incontournables (et introuvables sauf, à certains endroits, mais on ne vous a rien dit), Youth of America et Land of the Lost. A la fois métallique et extrêmement mélodique, la musique des Wipers était pour le moins unique, et elle le reste, près de 30 ans après son invention et, malheureusement, 10 ans après sa complète extinction.
Et en souvenir, un morceau de The Wipers, "Youth of America", tiré de l'album éponyme, 10 minutes de folies électrique, le "Mother Sky" punk rock (Enjoy !) Voir aussi - la chronique de The Eternal - la chronique de Bitte Orca des Dirty Projectors Automator sublime le 3ème album de KasabianIl faut avouer qu'on n'avait pas vraiment pris au sérieux les Kasabian sur leurs deux précédents albums. Le groupe de Leicester alignait pourtant quelques sérieuses références et ressemblances, en proposant une sorte de musique compost composite venue en droite ligne de la mouvance Primal Scream, Stone Roses, soit un mélange d'electro, de rock et de chants sous influence.
Empire, sorti en 2006, nous avait clairement laissé sur notre faim rappelant plus les errances de... Kula Shaker (on est très méchants là) que la deuxième tentative d'un groupe majeur. Avec The West Ryder Pauper Lunatic Asylum, Kasabian, emmené par son chanteur en chef Tom Meighan, a fait la meilleure pioche de l'année en collaborant avec le (souvent) impeccable Dan The Automator. Le sorcier du premier Gorillaz a habillé les titres punk rock du groupe en majesté et transformé le plomb en or. A l'image de ces deux extraits, "Fire" et surtout le très léché "Vlad The Impaler", Kasabian grimpe en Major League et accède à un niveau jamais atteint jusqu'à présent. Ce qui aurait pu passer sans le travail extraordinaire de mise en sons pour un revival britpop option Madchester, devient une sorte de classique instantané des musiques britanniques. On pense parfois aux misérables Prodigy, à Oasis, à Primal Scream un peu partout mais aussi à PIL et aux Clash pour l'esprit punk.
Là où Empire embrassait clairement la cause politique, Asylum est plus subtil et plus habile à filer la métaphore. L'album occupe le dance-floor mais fait également son effet dans une chambre et en solitaire. Avec ses tubes, ses titres pop, ses quelques titres insupportables (Take Aim, Thick As Thieves surtout en horreur Beatles like) et ses morceaux de bravoure, Asylum est l'une des excellentes surprises de cette première moitié d'année et l'album le plus/moins cohérent musicalement de ces derniers mois. A l'image de Mercury Rev, groupe moyen qui avait réussi avec Deserter's Songs, un album meilleur qu'eux, Kasabian met la main ici sur son Graal.
Kasabian - Vlad The Impaler
Kasabian - Fire
Voir aussi Dance party improvisée au Sasquatch Music Festival |