
Ce n'est pas rien de dire que l'on attendait avec impatience de mettre enfin quelques images sur l'album de Danton Eeprom, Yes Is More. Ceux qui ont écouté avec attention cet album atypique ont certainement compris que le Français a réussi à y bâtir un univers unique, non seulement musical, en mêlant electro, funk, rock et pop, mais est aussi à l'origine d'une esthétique radicalement décalée comparée à ses confrères francophones.
Rapidement étiqueté dandy techno, le Français est en fait plus clairement influencé par la littérature et le cinéma que par la musique, qu'elle soit électro ou issue d'autres horizons. Une option visuelle et un amour de la mise en scène parfaitement audible sur Yes Is More, dont la complexité laisse deviner un artiste non dénué d'ambiguïtés, qu'il s'agisse de genre (sexuel, voir "The Feminine Man") ou d'inspiration.
Nul étonnement alors à le voir explorer la sensualité équivoque du tango pour la vidéo du titre "Give Me Pain", parfait exemple de ce que peut créer un producteur inspiré quand il sort du carcan des étiquettes musicales. Sur l'album, son introduction à l'accordéon, un instrument très apprécié d'Eeprom (encore un particularisme), ses paroles explorant les relations humaines sous l'angle du sado-masochisme, son groove à la fois moite et emprunt de rêveries érotiques, tous ces paramètres sont parfaitement exploités dans la vidéo réalisée par La Planete Rouge, collectif marseillais de production audiovisuelle.
Avec son décor et ses costumes intemporels, ses acteurs tout simplement parfaits, "Give Me Pain" n'est pas sans évoquer une Argentine de l'ombre, celle d'une part noire de l'histoire, de la clandestinité et des rapports interdits, toujours à la limite, au fil du rasoir. "Give Me Pain" quoi ! Décidément, rarement producteur français nous aura autant fasciné.
Rassurez-vous, on ne va pas lancer une autre rumeur sur la mort de Kanye West. Pour autant qu'on le sache, l'auteur de "George Bush doesn't care about black people" se porte très bien, même si on peut comprendre que le fait de ne pas le voir interrompre Phoenix aux Grammy Awards a pu semer le doute dans quelques esprits.
Ca n'a pas empêché les petits rigolos d'ItsTheReal.com de rendre un hommage faussement posthume à Kanye West sous la forme d'un rap intitulé "They Reminisce Over Ye" construit autour d'un sample de son plus célèbre tube: "Imma Let You Finish". Taylor Swift doit s'en retourner dans sa tombe.
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Allez savoir pourquoi on préfère un groupe plutôt qu'un autre, surtout quand ils s'expriment dans des genres similaires ? En l'occurrence ici, une musique world plus ou moins bien malmenée par de petits blancs en manque d'exotisme, comme le furent un temps, Talking Heads, pour le meilleur, et Peter Gabriel (pour hé bien, je vous laisse seuls juges).
C'est le cas avec Fool's Gold, collectif angeleno cooptant comme leurs cousins de la Côte Est, Vampire Weekend, les rythmes de l'Afrique éternelle (encore un cliché) et plus généralement, ceux de la musique du monde. La différence entre VW et cette bande de joyeux lurons world, presque un orchestre en fait, c'est le manque de prétention, d'une part, et surtout l'ouverture à toutes les musiques de notre planète, pas seulement celles qui font danser.
Sur Fool's Gold, leur premier album éponyme, on trouve évidemment de beaux petits morceaux qui vous dégourdiront les jambes, c'est le cas de ce "Surprise Hotel" au titre aussi charmant que la mélodie, qui fait autant penser à du Feelies en mode afro, qu'au jeu de guitare enthousiaste du Mali, de Guinée ou du Sénégal, avec ses sons mélodiques et subtilement rythmés de luths ngoni et de koras. Mais Fool's Gold explore aussi la musique d'Erythrée et d'Ethiopie sur "Nadine", avec sa mélodie joliment kitsch au synthétiseur dont les rengaines évoque les romance indiennes ou asiatiques, ou encore "Ha Dvash" ("chérie" en VF ou "honey" en anglais) dans le même registre. Fool's Gold tâte également du blues saharien sur "The World is All There is", le groupe réussissant, dans l'ensemble, à mixer ces sources hautement dépaysantes avec une pointe de krautrock et même de dance music 80 (sur "Yam Lo Moshech" ou "Poseidon" par exemple).
Mené par le chanteur et bassiste Luke Top et le guitariste Lewis Pesacov, Fool's Gold s'est également adjoint les services de quelques musiciens issus des pays concernés (Amir Kenan ami d'enfance israélien de Luke, Orpheo McCord qui étudia les percussions au Ghana, également batteur de The Fall, Salvador Placencia, artiste visuel brésilien, la pop star argentine Erica Garcia, etc.) en plus de pointures telles que Michael Tapper, ex-batteur de We Are Scientists ou les copains Brad Caulkins et Mark Noseworthy au saxophones et à la flute). L'ensemble formant ainsi un collectif qui, il faut bien l'avouer, sonne un peu plus authentique que l'ethnic pop pour bobos de ses confrères de New York.
Appelez ça un "complexe de petit blancs" si vous voulez, reste que dans cet exercice, les Fool's Gold sont vraiment plus convaincants. A vous de juger...
Tout le monde aime les animaux et la pop ne fait pas exception.
On pourrait s'amuser à répertorier les dizaines de milliers de chansons dédiées aux animaux ou qui en parlent dans l'histoire du rock, des chauve-souris aux ours, en passant par les aigles bien sûr, les chiens et les chats.
Cela n'aurait sans doute pas grand intérêt si ce n'est de montrer peut-être que derrière les femmes, l'amour, la solitude, la drogue et la musique elle-même, l'animal de compagnie, amical, menaçant, anecdotique ou simplement métaphorique a su, comme au pied du canapé, se mettre au service de son maître.
Deux exemples originaux en disent plus long que des discours savants sur le sujet.
Etrangement, l'excellente "Duck Song" (qu'on peut prolonger utilement par l'écoute de sa suite "Duck Song 2") est l'une des plus addictives sottises pop que l'on puisse trouver sur la toile.
Le compteur youtube indique plus de 5 millions de visites. Gageons que la plupart sont des visites doubles, triples, voire quadruples tant le pouvoir addictif de cette ritournelle est immense. Le pitch est pourtant fort simple : un canard se rend quotidiennement sur le stand d'un marchand de limonade et demande des raisins.
Comme il est sans cesse rabroué jusqu'à être menacé physiquement, le canard, servi par une animation plus que sommaire, change de discours vers la fin et sert une chute aussi hilarante. Le miracle est que cette chansonnette est soutenue par une mélodie qui est typiquement pop, simplissime, ridiculement peu sophistiquée, une mélodie qui rend fou et qui empêche quiconque l'a entendue au moins une fois de passer son chemin. Miracle pop, miracle du dessin enfantin et miracle de l'animal de basse-cour qui attire sur lui la sympathie. On peut aimer Animal Collective, les Flaming Lips, Radiohead et trouver que ce canard jaune a autant de panache et de classe.
Dans un autre style, la chanson à quatre sous et trois beats de John Lydon, intitulée "The Rabbit Song", servie en bonus dans une énième compilation, en 2005, utilise le lapin, l'animal noble par excellence (sic) pour pénétrer notre esprit. Les percussions sont imparables et venues des fins fonds de l'Afrique, le texte est politique mais n'en reste que cette rythmique et cette comparaison imbécile : nous sommes des lapins. Les deux chansons n'ont rien à voir entre elles. L'une est une pop song pure et parfaite, l'autre une sorte de rap tribal, et pourtant on les aime l'une comme l'autre de manière aussi évidente, comme on aime les dessins animés, Alice aux Pays des Merveilles et les illustrations de Tenniel, parce qu'il y a des animaux dedans. Bizarre, non ? Dire qu'il y en a qui, comme Iggy Pop, voudraient être notre chien. Mettez n'importe quel titre à côté de Bryan Odent, n'importe lequel. Faites écouter deux fois. Et il perd. Il perd.

Ce n'est certainement un secret pour personne, le prochain album de LCD Soundsystem doit atterrir dans les bacs en avril 2010 (concert le 8 mai au Bataclan !)
A l'occasion de la réouverture du site officiel de DFA Records, James Muprhy, leader du groupe et patron du label, propose une série de reportages filmés sur le mode dilettante et mettant en scène la création du disque tant attendu.
A ce propos, LCD Soundsystem à Los Angeles se présente comme l'antithèse de ce que déclaraient les Liars plongés dans le même environnement (voir notre billet : Liars : L.A. Confidential). Alors que le trio de caveman bruitistes envisage Sisterworld comme un disque "coupé de toute influence de la ville sur leur création", le making of de ce qui sera le troisième (et dernier ?) effort de LCD Soundsystem est une totale immersion dans ce que la ville dite "Des Anges" propose de mythes et de clichés, aussi plaisants qu'agaçants. Grosses automobiles 50's, jardins chinois et parcs luxuriants, piscines bleues azur, soleil éblouissant, nuages de pollution au ras des buildings, architecture baroque (on croit même apercevoir une des fameuses maisons hollywoodiennes dans laquel vit Lew Ashby, le personnage de rockeur de la saison 2 de Californication), bref, L.A. vu par les New Yorkais, a le format d'une carte postale.
Plus intéressant, dans cette première partie d'une série "à suivre" on aperçoit rapidement James Murphy dans son environnement. Celui-ci déclare préférer les situations où "tout est hors de contrôle, où il se sent libre". Il déclare également "ne pas avoir spécialement envie de se rendre en studio le matin, préfère se boire un bon café et travailler chez lui" (enfin, sur place en l'occurence). On le voit aussi interpréter une belle imitation de producteur dur à cuir voix rauque et souffle profond : "Good Joooob. No, no, it's a good job seriously... That's work, that's work..." (peut-être une imitation de Rick Rubin avec qui il enregistre l'album ?). Une chose est sûre, la vie pour Murphy n'a pas l'air trop difficile...
To be continued donc...
Je me suis laissé tenter cette semaine à la Péniche Excelsior du Mans (hé oui) par le nouveau groupe de Marc Huyghens, ex-Venus, baptisé paradoxalement Joy. Si le nom de ce nouveau groupe composé de Huyghens à la guitare, aux distorsions et au chant, d'une très jolie batteuse chanteuse et d'une violencelliste appliquée, est paradoxal, c'est parce que le nouveau groupe du Belge volant est tout sauf un groupe joyeux. L'autocollant distribué à l'entrée du concert le dit asez explicitement, ce Joy ne revendique pas le bonheur mais a pour sous-titre "Parce qu'on a trop soupé de la..." Joy ou quelque chose dans ce goût-là.
Sur scène, et devant la quarantaine de spectateurs réunis là par hasard ou pour le bonheur de découvrir, le trio Joy livre un concert impeccable, à l'image de ceux donnés un peu partout depuis 6 mois et qui précèdent, sûrement, la sortie d'un album à venir. Avec une petite heure de concert et une dizaine de titres à leur actif, les Joy sont assis sur un petit tas d'or soyeux. Leur musique est riche d'une belle texture musicale, très soignée, ajustée avec la précision d'une montre suisse et la dégaine grésillante d'une parfaite copie indé. Comme avec Venus, mais en moins rock, Huyghens chante l'alcool, la perte, la peine, l'amour sur un mode qui rappelle le folk rock d'un Bonnie Prince Billy parfois par ses sonorités country, plus souvent les balades hypnotiques et crépusculaires des meilleurs Low. La batteuse aux gants de velours et le chanteur déglingué (pas tant que ça) emmêlent leurs organes sur la plupart des titres pour un chant qui suggère des paysages à l'irlandaise, nuageux et fantômatiques. Si le groupe abuse peut-être des crescendos à deux voix (technique qui fatigue dans la durée et tend à lisser la singularité des titres), l'ensemble est de très très bonne tenue, très classe et d'une élégance folle. On se demande du reste si le résultat sur disque ne sera pas meilleur que le résultat sur scène.
Au final, Joy, avant même d'avoir gravé quoi que ce soit, s'impose parmi les groupes à suivre. On peut parier que le premier album du groupe ne déclenchera pas de phénomènes passionnés, pas plus qu'il ne franchira les limites d'une confidentialité admirative. Il rejoindra tout simplement la liste des disques chéris par les uns et ignorés des autres, la liste des outsiders chevronnés et inestimables auprès des Low, des Tindersticks, des frères Deus et quelques autres. Ce n'est déjà pas mal. Pour ceux qui veulent écouter cela, c'est ici pour le moment.

Tenir un blog, c'est aussi partager des coups de coeur, des découvertes, et il y a des groupes comme ça, qui passent haut la main l'épreuve du temps malgré un relatif (et parfois total) anonymat et que l'on veut sincèrement partager. Rock City est de ceux-là.
Ce groupe né à Memphis en 1969 avait pourtant tout pour plaire : un nom direct à tomber par terre, un casting de rêve, d'époustouflantes mélodies angéliques et une production à la fois intemporelle et parfaitement avant-gardiste. Et pourtant, à en croire les médias, les spécialisés comme les encyclopédiques, comme le tout puissant wikipedia, il n'en reste rien. Ou presque.
Alors que la fin de l'année dernière a vu la parution d'un monstrueux coffret réunissant une foule d'outakes, de lives et d'inédits de Big Star (voir notre billet Big Star : l'anthologie, enfin !), il est bon de rappeler l'existence, même fulgurante, de Rock City, premier groupe de l'infortuné Chris Bell (mort à l'âge de 27 ans) et de Jody Stephens, respectivement co-fondateur et guitariste de Box Tops en compagnie d'Alex Chilton, groupe qui deviendra finalement Big Star quelques années plus tard. Une histoire encore plus compliquée qu'il n'y paraît, puisque Rock City, tout d'abord mené comme un groupe de studio n'exista que le temps de onze chansons, entre 1969 et 1970. C'est d'ailleurs à l'écoute de ce matériel incroyable que Chilton proposa à Bell de fonder le mythique groupe que l'on sait, juste avant que celles-ci disparaissent malencontreusement dans les archives d'Ardents Records.
Pourquoi en parler maintenant alors que la réédition de l'unique album de Rock City, quasiment passée inaperçue, date de 2003 ? A cause de cette scandaleuse non-visibilité justement, parce qu'une telle musique ne peut pas être ainsi oubliée et surtout pour la qualité de la musique que propose cet album unique. Il suffit d'écouter des titres pop-rock flamboyants comme "Think It's Time To Say Goodbye", "Lovely Lady", "My Life is Right", "I Lost Your Love", l'ambitieux et fervent "Try Again", le symphonique "Wind Will Cry For Me", le rageur "Answer" ou des instrumentaux stupéfiants comme "Sunday Organ" pour se dire qu'on tient là un cas unique dans l'histoire de la musique. Un groupe réunissant à lui seul les qualités des Beatles, des Smiths, de R.E.M. ou même de ... Boards of Canada (qui doivent bien avoir écouté "Sunday Organ" au moins une fois !)
La voix cassé de Chilton, celle, haute et plaintive de Bell, le jeu de guitare unique de Stephens et les claviers hors du temps de Terry Manning font de Rock City, plus de quarante ans après sa disparition, un groupe véritablement incontournable. Jugez par vous-même :
Rock City - "Lovely Lady"
Rock City - "Sunday Organ"
Rock City - "Answer"
C'est bête et méchant ! Mais pourquoi se priver de ce fou rire offert par Phoenix, et Branco en particulier, interviewé par une participante du show de télé-réalité Jersey Shore (sur MTV) dimanche dernier lors des Grammy Awards. On met ça sur le compte de la langue, de l'émotion post-Grammy et de la jeune femme qui a donné le bâton pour se faire battre.
Le gentil dérapage du guitariste de Phoenix tient à peu de choses. Une rencontre inattendue entre un groupe de frenchies popeux réservés et une "people" de la télé-réalité sur(re)faite, surbronzée avait de quoi faire des étincelles. Les premiers ne connaissaient pas celle qui se fait appeler Snooki, la deuxième n'identifie pas les gars de Versailles, ni le genre de musique qu'ils font. Même pas 2 min d'interview pendant lesquelles tout bascule : Branco comparé à un vampire sexy de Twilight, une question sur les "guidos" et "guidas" (équivalents d'une pétasse aux USA) et cette chute mémorable où le guitariste remet (in)consciemment Snooki à sa place en la qualifiant de "cagole". Phoenix vs MTV : 1-0... voir la vidéo.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
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