Cuite d'Halloween, Louderbach fait peur à la techno...Posté par Maxence le 01.11.06 à 10:10
Comment avons-nous pu passer à côté d'un tel chef-d'œuvre de noirceur ? Il est vrai que sa parution en juillet ne prêtait pas vraiment à l'écoute attentive d'Enemy Love. Sa pochette rappelant les heures les plus sombres de la new-wave et sa thématique désespérée (les pièges mortels de l'amour et les conséquences parfois fatales de ses trajectoires incontrôlables) n'en faisaient pas un album estival. Du coup, Louderbach et sa cohorte de diamants noirs passait discrètement à la trappe de l'actualité caniculaire.C'est donc avec une très nette culpabilité et un manque d'estime de soi certain (sentiment qui sied très bien à l'écoute de cet album) que nous revenons dessus près de quatre mois après sa parution. Le hasard voulant que ce soit au réveil de la grande cuite au cocktail de citrouille d'Halloween, son groove d'outre tombe étant d'un coup tout à fait dans l'air du temps. Louderbach, c'est Troy Pierce, jeune producteur américain, tombé dans la techno minimale en 2001, année où il rencontre Magda, une autre minimale animal. Connu dans le cercle encore restreint (à l'époque) de la production canadienne (de Mutek et consort), il ne tarde pas à émigrer pour Berlin, d'où il prend réellement son envol. Il consolide bientôt sa réputation grâce à une série de remixes pointus pour Ellen Allien , The Knife ou Donnacha Costello. Pour autant, cet album au charme empoisonné est son premier "gros" coup, et on peut le dire, un coup de maître. De fait, Enemy Love est le fruit d'une production si originale qu'il faudrait même inventer une nouvelle classification pour Troy Pierce et sa musique. "Polar House" ? "Icy minimalisme" ? "Cold techno" (comme on a dit "Cold Wave" fut un temps) ? Mais passons sur ces questions de détails. Pour faire simple, disons que la musique de Pierce, ou du moins les sentiments qu'elle éveille, est unique, surtout dans l'univers très calibré du dancefloor. Pour preuve, ce "Grace (Anxiety)" repris par Tiefschwarz sur leur Fabric 29, à la fois hypnotique et maladif, le genre de morceau que l'on danse en titubant. Ou les frissons spasmodiques éprouvés à l'écoute de "Grace (Stressapella)". Sans oublier la sensation de perdition du très rock (et maléfique) "Season 6". Si Enemy Love devait se rapprocher d'un genre, cela serait plus du metal sataniste que de la techno des cadors actuels (Plastikman, Magda ou Audion), aussi austère soit-elle. Tout est fait ici pour perturber l'auditeur. Louderbach est un hymne à la décadence et non pas à la décence. On a beau être sur la piste, Enemy Love nous enjoint également à nous méfier du piège de narcisse ("Reflected"). Une leçon, comme un album, que l'on se gardera bien d'oublier cette fois.Louderbach - Enemy Love (Underl_ne / Discograph) Commentaires
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