Si la certitude d'un futur inexistant dominé par un chômage endémique, la frustration et l'ennui poussait le punk à tout détruire comme l'affirmait le slogan "no future", le post-punk lui, souhaitait reconstruire sur de nouvelles bases. C'est en substance le message de Simon Reynolds dans son livre Rip it Up and Start Again ("Déchire tout et recommence", emprunté au groupe écossais Joseph K). Il faut certainement chercher dans ce besoin d'émancipation, les raisons de l'attachement profond des formations de cette époque pour l'improvisation, la technologie et le bruit. Un besoin de sortir du carcan du rock'n'roll, qu'il soit rapide et mal joué (le punk) ou pompier (le rock progressif), qui explique, selon Reynolds, les constantes innovations dont firent preuve ces années 1978-1984 explorés par le critique anglais. Alors que le punk rock ne proposait qu'une version accéléré et garage du rock'n'roll, revenant ainsi à ces origines, les formations post-punk n'avaient pas peur d'utiliser les technologies naissantes misent à leur disposition, synthétiseurs, matériel d'enregistrement enfin abordable et premiers micro-ordinateurs. C'est à ce titre que Reynolds prend l'exemple de l'emblématique scène de Sheffield qui ne comptait, selon Phil Oakey, leader de Human League, "pas un seul punk". Les groupes de Sheffield, comme une majorité de formations post-punk, préféraient faire confiance aux machines, même s'ils en usaient d'une façon extrêmement primitive. Human League première période était loin du situationnisme outrancier ou de l'héroïsme fade de ce qui allait devenir la synth-pop des 80's. Leur musique sombre, joué au clavier "avec un doigt", influencée par la science-fiction glaciale de J. G. Ballard et par les transgressions de William Burroughs, n'avait qu'une raison d'être : démolir les clichés du rock d'alors (ainsi que ceux du punk). Reynolds signale par ailleurs ce radicalisme quasi-puritain chez de nombreux groupes de l'époque, de Throbbing Gristle à Coil, en passant par PiL, Devo, DAF, Suicide, Gary Numan, OMD, Ultravox, John Foxx et bien sûr toute la scène mutante disco, les labels ZE et 99 Records. Un âge d'or que Reynolds passe en revue de manière exhaustive dans un pavé de plus de 600 pages dont la traduction était plus qu'attendue. Rip it Up présente l'occasion inespérée de (re)plonger dans une époque où, synth-pop, funk mutant, disco-punk, punk-dub, new wave et industriel cheminaient de concert, accouchant des projets les plus fous dans une diversité de son et d'idées rarement égalée, si ce n'est justement, par le foisonnement des formes et des arts issus des musiques électroniques et du multimédia, dont les artistes post-punk furent sans aucun doute les annonciateurs. On sait maintenant, combien l'influence de cette scène à l'esthétique pré-industrielle, mêlé au rythme disco, fut importante dans la fondation des musiques électroniques actuelles. Elle le fut en tout cas dans la naissance de Cybotron, le premier projet de Juan Atkins, fondateur de la techno de Detroit, aux côtés de Kevin Sauderson et Derrick May. Avec cette véritable bible post-punk Simon Reynolds établit un vaste panorama de la création musicale de 1978 à 1984. Une époque où de nouvelles règles fleurissaient sur les cendres du punk, tandis que l'influence conjuguée du disco, des rythmes robotiques du rock allemand et de la musique industrielle préfigurait la techno. Indispensable !
Simon Reynolds - Rip it Up and Start Again (Allia)
De Isham, posté le 12.02.07 à 22:15 
Si "Maxou Chérie" le conseil alors il faut le lire !
Ce week end je l'aurais lu, Allia oblige.
De Maxence, posté le 13.02.07 à 11:18 
Isham, je te sent bien taquin en ce moment... ; )
De Rupert Withglee, posté le 13.03.07 à 14:04 
Pour info, 'Rip it up' est une chanson (et un album, le second) d'Orange Juice - le groupe d'Edwyn Collins - et non de Josef K. A part ça je viens de commencer le bouquin de Reynolds et ça m'a l'air pas mal du tout, une exégèse plutôt convaincante du post-punk, plutôt bien menée, mais loin d'être exhaustive si j'en crois l'index sur lequel je me suis précipité d'emblée : XTC, 3 mentions à peine, c'est pourtant un groupe important et pionnier du post-punk, les premiers singles (notamment 'This is pop' ) datent de 1978 si je ne m'abuse..., sans parler des Cars, 2 mentions : on continue de les prendre à la légère, pour un groupe de baltringues rock FM, alors que c'est tellement plus subtil que ça... pas de référence non plus aux groupes plus obscurs de cette vaste mouvance mais d'un intérêt certain, comme Wall of Voodoo, ou les Comsat Angels (alors qu'il y a un chapitre entier dédié à Sheffield, merde quoi quand même alors !). Bon Simon Reynolds annonce en préambule qu'il s'est beaucoup plus penché sur les groupes british, OK, mais d'un tel pavé on pouvait s'attendre à plus d'érudition.
De grougnouf, posté le 18.12.07 à 17:31 
Bin le postpunk c'est post-no-future donc c'est forcément novateur ; que dire de Cabaret Voltaire ? groupe essentiel de Sheffield qui furent là avant le punk, pendant et après ?... et novateurs depuis le début
De grougnouf, posté le 18.12.07 à 17:34 
Euh question subsidiaire : Simon Reynolds ne fut il pas membre d'un groupe pop 80/90's assez connu...? Go-Betweens, charlatans...?? ou me trompe-je ?
De Maxence, posté le 18.12.07 à 17:47
Non, Reynolds ne fut membre d'aucun groupe (je l'ai interviewé pour Trax l'an passé) et surtout pas des Go-Betweens qui était Australien (lui est anglais)...
Sinon, que dire de Cabaret Voltaire en effet... que dire... ? 