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Brett Anderson : le retour d'un mal aimé

Posté par Myosotis le 15.03.07 à 13:06 | tags : oubliés-de-la-pop, rock

Après Jarvis Cocker et son désastreux... Jarvis, c'est au tour de Brett Anderson, leader des inégaux (mais parfois très bons) Suede, de signer un retour en forme (moyenne) d'album éponyme. Prévu pour une sortie mi-mars, le premier album solo du beau ténébreux, après l'éclatement des sous-estimés The Tears, formés avec son ancien complice Bernard Butler, est plutôt une bonne nouvelle mais qui ne tient pas toutes ses promesses musicales. Lancé par un single presque aussi mauvais que le Once Upon A Time de Air, l'album présenté comme personnel et brutal s'avère globalement lisse et mélancolique. Anderson comme Cocker semble en recherche de crédibilité et tente, par des arrangements hasardeux (merci la flûte de pan et les synthétiseurs violons cheapos), de se tailler une place dans la catégorie des crooners mi-lourds qui recycle, depuis le succès de Morrissey, les ex-stars glamours de la pop anglaise.

Anderson se débarrasse ainsi de la dimension glam-rock et crâneuse qui avait fait sa réputation de showman à l'époque de Suede. Il évacue par la même occasion une bonne partie de son charme vénéneux et des thèmes qui avaient fait l'excellence de Dog Man Star, en 1994, à savoir le désespoir lié au succès, la renommée, les addictions, la rock n' roll attitude, les accidents de bagnole. Pour ceux qui s'en souviennent, Suede aura été, pendant la vague britpop, le plus américain des groupes anglais, le plus sonore et le plus électrisant. Ici, Brett Anderson est à poil (où sont passées les poses androgynes?) et chante comme il se présente sur la pochette de l'album - imaginée avec Pete Saville : sans fausses notes et en bon père de famille.

Sa voix si caractéristique (on sait si on aime ou si on déteste instantanément) reste néanmoins un atout extraordinaire par son grain reconnaissable entre mille et sa capacité de modulation. L'écriture d'Anderson est capable du meilleur, le plus souvent (Song For My Father, The More We Possess The Less We Own of Ourselves), comme du pire (le lénifiant Infinite Kiss et le mouille-culottes Love is Dead). Sur Dust And Rain, le meilleur titre de l'album, on croit retrouver le Brett Anderson des meilleures années, tout comme on le poursuivra dans des paroles d'un niveau au dessus de la moyenne. Orphelin de Butler, Anderson assure en effet un service musical minimum sans perdre tout à fait de sa séduction naturelle. Il réussit quelques très bonnes phrases qui l'exposent en phase avec sa nouvelle musicalité, un rien contrit, solitaire et globalement en manque d'amour. the telephone rings but no one ever thinks to speak to me/ the traffic speeds by but no one's ever stopped here yet/ intelligent friends don't care in the end, believe me, love is dead, love is dead, chante-t-il sur le single. On a encore un peu de mal à le voir disparaître derrière son égo formidable : now my body is sand/ and the wind blows through me/ like the soil on your hand/ i am compost and leaves, mais Brett Anderson se soigne et finit par nous émouvoir par quelques jolies formules. Quelques flèches sur Scorpio Rising, mais rien de grave. En baissant la tête, il parvient à enfin nous regarder dans les yeux et à nous faire partager ses larmes acides. Anderson est charismatique. Il a beau faire, son lyrisme lui colle à la peau. Pas sûr qu'il arrive à mettre son passé (The Wild Ones, Beautiful Ones, Trash, The Drowners, pour ne citer que ces quelques titres) derrière lui avec cet album, mais c'est plutôt bien essayé et tout à fait digne d'intérêt.

http://www.brettanderson.co.uk/





Commentaires

De berthe, posté le 18.03.07 à 21:46 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
A quand brett chez drucker le dimanche?

De ultra vox, posté le 05.08.07 à 13:31 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
En tant que fan de Suede, et de cette période britpop héroïque, quelque peu androgyne, souvent colorée, sombre à ses heures perdues mais jamais sobre; je suis curieux de découvrir l'album d' Anderson, moins provocateur peut-être , qu'à ses débuts, mais plus dans l'air du temps, puisque nous sommes dans une période musicale pas très faste et franchement monotone; à part quelques artistes "grand public" sortant du lot, (björk, muse, franz ferdinand pour ne pas les citer), les "bons" LP sont à trouver dans les rayons "indie", autrement dits de labels indépendants. Là, place à la créativité retrouvée, loin des tubes "de l'été", ou des clips moroses passés 20 fois par heure sur europe 2 tv ... Mais c'est sûrement plus facile de télécharger l'album " à la une", que de perdre son temps à rechercher l'album rare qui viendra compléter sa collection .

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