Bienheureux les drogués mélomanes. En cette année 2007 et en attendant la putative organisation d'un Syringe Tour (auquel on pourrait rallier un certain nombre d'autres groupes), les deux nouvelles qui sont tombées récemment leur permettent d'envisager leur toxicomanie musicale sous un jour meilleur. Hier, Pete Doherty et Carl Barat, du feu combo The Libertines, se sont tous les deux officiellement rabibochés, exprimant leur désir, un jour, de retravailler ensemble. Alors que le deuxième album des Babyshambles de Doherty est en route et que les Dirty Pretty Things de Barat s'apprêtent à diffuser quelques nouvelles chansons sur le net, cette réconciliation annonce une virtuelle reformation des Libertines, que l'on verrait bien aboutir après la double explosion de leurs groupes respectifs, disons en 2008, et à condition que Doherty tienne toujours debout (ou appuyé sur un micro du moins). Barat sera aussi, a-t-il confirmé, le témoin principal de Doherty, lors de son prochain mariage (reprogrammé cet été) avec la Brindille Kate Moss. (sauf si etc etc)
La seconde nouvelle, qui est d'un tout autre calibre, est l'annonce surprise de la reformation des Only Ones de Peter Perrett. Ce groupe qui reste l'un des plus méconnus et des meilleurs de la fin des années 70 est, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, l'un des emblèmes du mouvement post-punk, auquel on rattachera (au sommet) les Joy Division, c'est-à-dire une sortie intelligente et cérébrale du punk qui, quelques années plus tard donnera naissance à la new-wave. Les Only Ones sont avec leurs 3 albums The Only Ones, Even Serpents Shine et Baby's Got A Gun, les fleurons de ce rock mature, intelligent, tendu entre punk, new wave et romantisme poétique. La récente compilation BBC appelée Darkness And Light donne une idée du génie de Peter Perrett et de son groupe (Alan Mair, John Perry et Mike Kelly, le premier semblant à l'origine de la reformation), lequel s'abîmera plus ou moins définitivement dans une surconsommation de drogues dures. Aujourd'hui, à 54 ans, Perrett ressemble à un cadavre de 87 ans et ferait passer Mark E. Smith pour le prince charmant. Il semblait, il y a un ou deux ans, incapable de tenir debout, souffrant en plus de problèmes de souffle qui l'empêchaient de chanter plus de 10 minutes consécutives. Il s'était d'ailleurs retiré, à l'exception de quelques apparitions avec Pete Doherty justement (reprise de "Another Girl, Another Planet") et Love Minus Zero, groupe auquel collabore son fils Jaimie. Peter Perrett, sorte de légende noire du rock (beauté saccagée par les excès mais endurance à toute épreuve et résurrection temporaire comme en 1994 avec le très bon album Woke Up Sticky), vivrait toujours, tel un prince vampire, dans une ancienne bâtisse dans la banlieue de Londres dont la propreté après 30 ans de junk attitude pourrait lui valoir un passage dans l'émission "C'est Du Propre".
Les Only Ones apparaîtront, si tout va bien, fin avril au festival All Tomorrow's Parties à Minehead et auraient déjà repris les répétitions. La reformation des Only Ones est à bien des égards exceptionnelle, même si elle ne fera jamais qu'une de plus dans cette année chargée, et peut être comparée, dans les milieux indie anglais, et sans éxagération, à la reformation des Pixies. Les Only Ones ont notamment connu un regain d'intérêt ces dernières années autour de la scène garage londonienne.
Pour info encore, le label SkyDog réédite ces derniers jours un album live intitulé The Big Sleep qui est tout à fait digne d'intérêt. La compilation The Immortal Story, qu'on peut trouver assez facilement, constitue par ailleurs une excellente introduction au travail de Peter Perrett.