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MIA : Belles plantes

Posté par Maxence le 03.04.07 à 17:57 | tags : techno, électro, myspace

Il faudrait être sourd pour ignorer la mutation qui est sensiblement à l'oeuvre dans le monde de la techno actuellement. Impossible de l'ignorer après les efforts pop-rock minimalistes de Trentemoller, l'hymne shoegazer de Gui Boratto "Beautifull Life", la "Schaffel pop" de Pantha du Prince ou le psychédélisme progressif de Nathan Fake et James Holden. Cette nouvelle génération de producteurs gavés de pop, de new wave et de musiques électroniques, se sent aussi à l'aise dans un domaine que dans l'autre. En ce sens, Bittersüss, le deuxième album de l'Allemande MIA (à ne pas confondre avec la cingalaise M.I.A.), productrice, DJ et fondatrice du label Sub Static est exemplaire. Aussi minimaliste soit-elle, la techno de MIA reste indéniablement charnelle, imprégnée qu'elle est d'animalité, de sensualité et finalement d'humanité brute. D'ailleurs les treize titres de ce Bittersüsse "doux amer" (sa traduction littéral) s'avère difficile à la première écoute, tant ses structures déconcertent. Toutes les plages de cet album sont hantées de bruits intimes, de fluides souterrains qui grondent, de coeurs qui pompent et du sang qui pulse. Coeur et muscle. Corps en mouvement dans la machine. Ghost in The Shell, toujours et encore. La cause en est de ces vocaux sussurés et ânonnés d'une voix atone, plus que chantés ("Cold City") et des sons organiques qui parsèment ses productions comme autant de grains de sable, granite, gangue, graines, mauvaises herbes, plantes grasses et plantes carnivores qui empêchent la mécanique de tourner rond malgré la rigueur d'un 4x4 intraitable. Des vrilles, trilles (les chants d'oiseaux sur le très beau "Cologne Memories"), qui grippent les rouages, donnent la vie, cannibalisent la rigueur pour recracher des mélodies subtiles et animer, ainsi, le monde pourtant urbain et tout engourdi de MIA (dont la voix doucereuse fait penser à une autre grande prêtresse de la musique électronique dont nous reparlerons bientôt : Kate Wax).

L'auditeur plonge alors dans un bouillon de culture numérique, bubble bath et cornu synthétique, chaudron de sorcière electro, fée Morgane des dancefloor, brassant des ambiances fantômatiques ("Under The Bridge"). Musique nocturne pour grand ensemble sous influence Detroit (l'intro "Self Control"), la techno de MIA dégage des relents d'acide lactique d'après l'effort, suée amoureuse ("Bittersüss") particulièrement efficace sur "Swoon" ou le somptueux "So I Felt". Mais surtout MIA dans ses meilleurs moments fait incontestablement penser à un Richie Hawtin d'essence femelle, Gayïa techno, mi-femme, mi-plante, elle envoûte l'auditeur de ses balancements hypnotiques mais incertains. L'album se clôt d'ailleurs sur un parfait "Fragile" hésitant constamment entre danse et stase, le morceau bascule à la sixième minute dans le cabaret, contrebasse, orgue vintage et clicks, après un instant de silence. Un aveu ? Ou une révérence au folk et au rock vénérable à la manière d'un Trentemoller. Moderne. Intemporelle. Vous l'aurez compris malgré un indéniable sens de l'hypnose et une deepness sans commune mesure, Bittersüsse n'est pas de ces disques qui se dansent les bras en l'air (ou alors dans une sélection adaptée), ce qui ne remet pas en cause son efficacité, ni sa beauté. C'est justement son atout, cette capacité à nous laisser rêver sur le canapé, à nous aider à lâcher prise et à se laisser emporter dans le monde dangereux et moite de MIA. A propos de "monde", un tour sur son myspace vous donnera une idée du talent de la demoiselle.

MIA - Bittersüsse (Sub Static/La Baleine, avril 2007)

Commentaires

De Montsé, posté le 03.04.07 à 18:42 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je ne sais pas si cette musique que tu décris Mx me plairaît, mais ce qui me plaît déjà c'est ça : Toutes les plages de cet album sont hantées de bruits intimes, de fluides souterrains qui grondent, des coeurs qui pompent et du sang qui pulse. Coeur et muscle. Corps en mouvement dans la machine... La techno de MIA reste indéniablement charnelle, imprégnée qu'elle est d'animalité, de sensualité et finalement d'humanité brute... Très évocateur !!

De Maxence, posté le 03.04.07 à 19:32 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
N'est-ce pas ?

De greg, posté le 03.04.07 à 20:19 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Merci Maxence pour ces perles electronica... ma culture "électronique" s'arrete au big beat façon prodigy ou the vangarde et je te dois pas mal de belles découvertes alors encore merci.

De Maxence, posté le 03.04.07 à 20:55 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Ecoute, ce que tu me dis me va droit au au coeur Greg ; )

You're welcome buddy !



De greg, posté le 03.04.07 à 21:05 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Maxence, j'ai besoin d'un conseil (si t'as 5 mn) qui est resté sans réponse sur le post disco sex 11 et qui t'était adressé : que peux tu m'apprendre sur 2 groupes, les fanatics et the wonder stuff ? je m'en remets a ton conseil.. STP

De Maxence, posté le 04.04.07 à 13:53 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

CF, problème, j'ai paumé ton post (ou quelqu'un l'a effacé dans le back office, ce qui revient au même)



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