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Dominik Eulberg : Drôle d'oiseau

Posté par Maxence le 12.04.07 à 17:57 | tags : électro, myspace, techno

Décidement la musique de Dominik Eulberg met la tête à l'envers. Relisez ce que j'écrivais à son propos il y a six mois, et essayez d'y trouver un sens ? Une dizaine de lignes peut-être, réussissent l'exploit d'être à la fois compréhensibles et en phase avec ce nouvel album de l'Allemand champêtre : "la techno comme sa consoeur psychédélique avant elle, ne participe pas uniquement à exacerber le plaisir physique et l'hédonisme dans la danse. C'est aussi pour beaucoup, l'expression cosmique à échelle humaine du rythme de l'univers. D'un côté, le chaos primordial, de l'autre, le monde nouveau des machines en expansion." L'introduction est idéale, tant il est difficile de séparer l'œuvre de Dominik Eulberg de l'idée primitive de nature en communion avec l'humanité et ses machines. Doctorant en biologie, en géographie et en géologie et ancien garde champêtre, ce jeune DJ/producteur allemand natif du Westerwald (région boisée de l'Allemagne située entre Cologne et Francfort) poursuit depuis quelques années, l'idée d'une techno originelle, celle du rythme primordial. En exploitant les bruits naturels de sa région natale Eulberg est l'artisan d'une vraie techno dans ce qu'elle a de plus rigoureux, mais dont les angles sont adoucis par notre mère nature.

Mais Dominik Eulberg, qu'on imagine tout de même sévèrement allumé, semble également doté d'une sensibilité hors du commun et d'un solide sens de l'humour. Sur son nouvel album Heimische Gefilde ("biotope" en français), il impose son univers sonore totalement original, tout en désamorçant le sérieux de la plupart des concepts albums. L'Allemand y réunit douze de ses meilleurs maxis parus chez Traum à la manière d'un encyclopédiste naturaliste techno : en introduisant chaque titre par un laïus pédagogique autour d'une espèce animale (voir l'inénarrable "Rotbauchunken von Tegernsee", ou "Grenouille rouge du lac Tegernsee" en VF). Malgré les difficultés de compréhension et de mémorisation inhérentes à l'allemand (allez-vous vous souvenir d'une track comme "Klangteppichverleger Wolle" !), les passages parlés font office de sas de décompression. Comme de courtes pauses dans l'hypnose, avec émission de gaz hilarant et sourire à l'avenant. Un interlude qui s'avère nécessaire tant, sur le reste de l'album, la densité des morceaux mérite une concentration maximum. Avec ce Heimische Gefilde, Dominik Eublerg est à la "wild life techno" ce que Richie Hawtin est à la "dark urban minimal". L'Allemand conjugue en effet toutes les qualités du Canadien (rigueur, subtilité des progressions rythmiques, deepness, beat millimétré), avec l'humour et un sens profond de la poésie en plus (il faut écouter les petites ritournelles qu'il amène subtilement, c'est imparable). A noter qu'Eulberg a retravaillé tous ses morceaux, les basses s'imposant ici comme un fil conducteur de l'album. Cet ornithologiste passionné va jusqu'a enregistrer des cris d'oiseaux qu'il utilise ensuite pour construire ses morceaux. A ce propos, prenez le temps d'écouter attentivement "Stelldichein des Westerwälder Vogelchores", un titre entièrement réalisé à partir de chants d'oiseaux, sans effet ajouté. Là, clairement, Dominik Eulberg c'est vraiment "un peu de douceur, dans un monde de brut".

Dominik Eulberg - Heimische Gefilde (Traum/Nocturne, 26 avril 2007)

www.dominik-eulberg.de

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