Amon Tobin s'amuse comme un foley Grand tritureur de sons samplés devant l’éternel, Amon Tobin nous a livré il y a peu Foley Room, un disque qui rompt avec sa traditionnelle récolte vinylistique. Souhaitant se concentrer sur la prise de son "directe", le Montréalais ne fait pas les choses à moitié, puisqu’il se sert d’intruments de mesure et de salles réputées "sans couleur" (dont on n’entend pas l’empreinte sonore lors d’une prise) : les "foley rooms", ou salles de bruitage.Très vite, le making of, assez joliment réalisé, révèle la fascination d’Amon Tobin pour la technologie et son corollaire : la gadgetisation. Gros plan de l’enregistreur Nagra, manipulation de bande, le musicien fait corps avec son projet, se muant en support de micro intelligent partout où il se rend. Si cette générosité dans la démarche peut faire sourire le preneur de son traditionnel (les micros sont tenus à pleine main…), elle cache un cruel manque de direction. Pour son premier disque à base de sonorités "live", Amon Tobin enregistre des bruits de robots industriels (qui créent des rythmes naturellement), des moteurs de voitures, la marche des insectes et le feulement des tigres, les ambiances de villes, les trains de marchandises et le Kronos Quartet. Il se disperse dans ses enregistrements, et reste souvent dans le cliché (les trains, les animaux, les percussions préparées). Du coup, son propos ne fait pas le poids devant les tentatives électro-acoustiques voisines de Matthew Herbert, anglais doux dingue et intégralement conceptuel qui enregistre les mauvais traitements à l’encontre de cannettes Coca ou sac papier GAP afin de critiquer la malbouffe et la globalisation, ou encore les intégristes rigolos Matmos, prêts à triturer des utérus de vaches pour parler de leurs idoles féministes. Mais Amon Tobin se défend de vouloir faire de la musique concrète ou d’intellectualiser son approche. En vérité, il s’amuse comme un fou avec cette matière nouvelle, ce qui se répercute de façon très convaincante sur le disque. Et c’est finalement sa musique qui triomphe : reconnaissable entre toutes, au firmament de son raffinement, enrichie des sonorités incroyablement définies des instruments acoustiques. Les rythmiques syncopées sont au rendez-vous, les ambiances épaisses et glauques précèdent les paysages relaxants ; harpe, quatuor à cordes, guitares surf ou orgues puissants, les mélodies sont servies avec élégance et à-propos dans un écrin sonore bizarroïde et passionnant. L’enchaînement judicieux des morceaux ménage de jolies surprises : la pop ensoleillée à la Fourtet de "Always", les errements oniriques de "Horse Fish", sans oublier l’ouverture magistrale, portée par un arrangement intimidant du Kronos (le filmique "Bloodstone"). Au final, un régal pour les oreilles, et peut-être le meilleur album d’Amon Tobin. Amon Tobin - "Foley Room" (Ninja Tune, mars 2007) Commentaires
De Maxence, posté le 27.04.07 à 07:22
![]() Comme je l'écrivais il y a peu dans M&CD (www.musiquescd.com) : "Foley Room est l'histoire d'une volonté. Celle d'un homme, en l'occurrence Amont Tobin, qui, par le biais de la technologie a toujours voulu exercer un contrôle total sur son art malgré l'entropie, le chaos et les interférences inhérentes à la réalité. Un jour cet artiste découvre la vie derrière la technique et réussi un pari : rester intègre tout en bouleversant complètement sa façon de travailler. Une leçon." De Docteur C, posté le 27.04.07 à 09:33 ![]() En réalité ça s'est fait progressivement, ce passage du sampling à partir de vinyles au sampling de sons "directs". Il faut savoir que pour son précédent album, la bande-son du jeu Splinter Cell Chaos Theory, il y a eu plusieurs séances d'enregistrements live utilisées (voir le livret de cet album). L'ambition particulière de Foley Room (et je l'espère des albums suivants) est de faire se superposer des élements mélodiques à des sons trouvés tout en gardant une certaine "musicalité" harmonique et rythmique. Le morceau éponyme de l'album fait d'ailleurs sonner des percussions comme une valse (syncopée). Sur le contrôle total du son, on ne peut pas dire qu'il s'agisse de son ambition première: il y a une part d'aléa et d'accident dans ses modes de production. En revanche, ce qu'on peut dire, c'est qu'Amon Tobin pousse à l'extrème la superposition, l'enchevêtrement des fréquences de la plus basse possible à la plus haute possible, de l'ultra-rapide et de l'ultra-lent, avec une grande attention portée à la rythmique et aux enchainements. Ce qui m'a toujours séduit dans sa musique, c'est cet alliage un peu improbable de machinique (sampling, altération numérique des sons) et de vivant (toujours des samples très humains et mélodiques de cuivres etc.) dans des espèces de cathédrales sonores cauchemardesques et sublimes (voir Bloodstone). De Docteur C, posté le 27.04.07 à 09:35 ![]() Merde, je crois que j'ai encore été trop lyrique... De Maxence, posté le 27.04.07 à 11:18 ![]() Non, non, c'était très bien vraiment ! : ) De pakito, posté le 17.05.07 à 17:25 ![]() Encore un opus réussi. Les deux derniers albums de amon tobin (le mozart de la musique electronique) sont tous deux des chefs d'oeuvre. je ne vais pas faire d'envolée lyrique, docteur c a résumé ma pensée... Ajouter un commentaire |
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