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Electrelane : nouvelles égéries du rock moderne ?

Posté par Kris le 30.04.07 à 10:36 | tags : live, rock

Je me souviens de la première fois que je les ai vues. « Electrelane, un groupe de filles de Brighton » précisait la brochure de Rock En Seine 2004… Sur la pelouse devant la fontaine, les gens s’étaient posés devant la petite scène, pour attendre Sonic Youth. Sur cette petite scène, par ce triste temps nuageux d’août se produisit ces quatre filles dans le vent, timides, mais aux chansons impeccables, intraitables et entraînantes. Peu à l’aise devant un public endormi, Electrelane repartira avec, dans son escarcelle, au moins un fan converti. Moi. Affublé au premier rang, emballé par ces envolées post-rock et amoureux de la beauté froide de la stoïque guitariste Mia Clarke, je savais que même si le festival ne venait que de commencer depuis une heure, j’avais déjà trouvé ce que je cherchais. The White Stripes, Sonic Youth ou The Chemical Brothers n’y feront rien. Electrelane se taillera la part du lion.

 

Elles étaient de retour sur les planches de la Cigale à Paris ce vendredi 27 avril dans le cadre du festival des Femmes S’en Mêlent pour présenter leur dernier album No Shouts, No Calls sorti le 24 avril dernier. Toujours aussi crispées, semblant toujours aussi gênées de se trouver sur scène, les filles d’Electrelane semblent inchangées (sauf les coupes de cheveux), pourtant tout semble différent. Ou pareil. Après trois albums réussis qui se suivent mais ne se ressemblent pas, Electrelane nous avait conditionnés à être surpris à chaque sortie, les assoyant plus que jamais dans son confortable fauteuil d’indie-girls-band-glamour-mais-pas-trop. Puis vient ce No Shouts, No Calls, premier faux pas, même s’il s’agit probablement de l’album le plus cohérent et le plus représentatif de l’œuvre d’Electrelane. Car, même si en soi, l’album est de très bonne facture avec des magnifiques titres comme "In Berlin" ou "Five", il y a cette impression de déjà-entendu, une ambiance et une identité qui n'appartient pas à l'album en lui-même. Les trois précédents albums avaient chacun leur saveur propre et leur univers. Il y avait une rupture entre chaque période, on voyait une réelle évolution, et là pour la première fois, l'impression ressentie est qu'elles stagnent. La batterie d’Emma Gaze se fait martiale mais répétitive jusqu’à l’agacement, la guitare si loquace et si captivante de Mia n’est plus que noyée sous le flot de la mélodie, servant uniquement les compositions plutôt que de les construire.

 

Paradoxalement, même si intrinsèquement en deçà de ses prédécesseurs, No Shouts, No Calls semble accroître leur popularité. Revenons-en au concert de la Cigale. Après des premières parties joviales et ambiancées (Tender Forever et Gomm), Electrelane fait face à un public survolté. Première constatation, le public est en majorité gay-lesbien. Contexte du festival des Femmes S’en Mêlent, ou bien Electrelane, nouvel étendard de la communauté homosexuelle ? Seconde constatation, de nos jours, on danse vraiment sur n’importe quoi. Génération hédoniste, ou bien public parisien inhabituellement désinhibé, l’ambiance folklorique régnant sous une chaleur de plomb ce soir-là à la Cigale était à mille lieux de ce à quoi ressemblait un concert d’Electrelane il y a encore deux ans. Audience somnolente pour la tournée The Power Out, extasiée et médusée lors de la tournée Axes, la voici remuante, pogoteuse et déchaînée pour cette nouvelle session. L’électro-rock a fait des émules, Franz Ferdinand a rendu les guitares sexy, tandis que la scène new-rave morte-née aura permis l’émancipation du déhanché pour certains à défaut de pouvoir s’imposer musicalement. Oui, aujourd’hui on danse vraiment sur n’importe quoi. Etonné de voir un public digne de Klaxons à un concert d’artistes dans la lignée de Mogwai ou d’un My Bloody Valentine désembrumé, serais-je déjà devenu vieux avant l’heure (bien que je ne sois pas sarkozyste) ? Mais, finalement, peu importe, leur prestation était au poil, Mia toujours aussi jolie, et moi toujours dans la fosse. Electrelane reste l'un de ses rares groupes à l'univers en constante expansion, ni trop rapidement, ni trop lentement. Intègres vis-à-vis de leur rapport à la musique, touchantes par des compositions toujours bien senties et mélodiquement imparables, elles sont peut-être le modèle même du groupe rock moderne. S'imposer sans forcer, jouer sans conditions, pour soi, pour l'amour de la musique et composer les choses comme elles le sentent pour ensuite le faire valoir à son public. Comme à la Cigale. Commes les prochaines fois où je serais probablement. Comme le dit si mal Pascal Obispo, c’est ça être fan.

 

Electrelane - No Shouts, No Calls (Too Pure, avril 2007)

 

http://www.myspace.com/electrelane





Commentaires

De 2goldfish, posté le 30.04.07 à 11:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Peut-être parce que je n'ai pas suffisament écoutés les albumps précédents pour m'émouvoir de la stagnation du groupe, je le trouve très bon moi ce No Shout No Calls.

De Bishop, posté le 30.04.07 à 12:07 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
On a du se heurter alors Kris...

De Gumbi, posté le 30.04.07 à 12:28 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Laissez-moi stagner.

De Dark Caniche, posté le 30.04.07 à 12:48 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Elles ne stagnent pas, elles lévitent. Il suffit de regarder la photo.

De 2goldfish, posté le 30.04.07 à 13:01 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui, enfin on voit quand même les fils :)

De Dark Caniche, posté le 30.04.07 à 13:15 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui, tu es très observateur, on dirait.
Les maîtres yogi savent que derrière chaque lévitation, il y a un treuil et des poulies. Et que le talent ne peut rien contre l'apesanteur.

De Jean Baptiste, posté le 30.04.07 à 13:45 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Est-ce que ce dernier album d'Electrelane est un chef d'oeuvre ? Non, bien sûr, et d'ailleurs comme aucun de leurs albums. Sa grande qualité est de pouvoir s'écouter avec plaisir n'importe où, n'importe quand avec n'improte qui, sans pourtant tomber dans la médiocrité et la légèreté débilisante. Une vraie bande son du quotidien (exigeante) dans laquelle musique et mots s'entremêle,t parfaitement sans jamais se contredire.



De Jean Baptiste, posté le 30.04.07 à 13:48 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
A lire pour ceux qui seraient encore sceptiques : http://www.stylusmagazine.com/reviews/electrelane/no-shouts-no-calls.htm

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