Malcolm Middleton : la moitié rock d'Arab Strap ?
A Brighter Beat s'appuie sur une ouverture impeccable et programmatique : "We're All Going To Die", titre splendide, bringuebale une conception sinistre de l'existence puis le très dynamique "Fight Like The Night", tube potentiel au mouvement quasi disco, agite le tout de hargne et de colère. Middleton chante haut et fort et s'accompagne de mélodies électriques qui rappellent l'indie rock américain plutôt que la pop anglaise. Les textes parlent de solitude et d'incapacité à être humain dans un monde de foules. Les filles partent et les hommes restents seuls. Le résultat est souvent déchirant, entre affliction et suicide, mais toujours servi par une exposition lumineuse. "Now they've gone and left us, and we're not here/Just the ghosts of the people they once held dear", chante Malcolm sur le titre éponyme. "Death Love Depression Love Death démarre lui aussi doucement avant de virer punk sur son dernier tiers. Four cigarettes apaise son monde dans un registre slow pop avec crescendo lyrique : autre tube potentiel. Fuck It I Love You marche sur les terres du patron. Middleton décrit les affres du couple mais reste bien en-deça des textes de Moffat. Ici, la litote est de mise mais on s'en contente : "Fuck it, I love you/There you go./Three little words on a mobile Phone" annonce le départ, refermé sans joie sur cet autre extrait "When are you comin' home?/Don't want to be alone". Cette absence de frontalité et de crudité verbale dans l'évocation de la souffrance est finalement ce qui tient Middleton à distance de ses anciennes activités. A Brighter Beat confirme la part essentielle de son écriture dans l'équilibre mélodique d'Arab Strap, son sens de l'escalade harmonique et l'immensité de son talent. Si les déjà-nostalgiques (dont on est), ne peuvent s'empêcher de comparer A Brighter Beat aux disques du groupe écossais et de trouver ça moins bien, il faudrait être sourd pour ne pas considérer que le final "Superheroe Songwriter" est une chanson épatante aux faux airs de "There Is No Ending". Disque fin et habile, A brighter Beat est un compagnon de solitude et de déprime incomparable. Pour la petite histoire, dans une interview, Middleton expliquait qu'il concevait la musique comme un moyen de soigner le mal (la peine) par le mal (la plainte). Lui qui a déclaré ne plus supporter le grand barnum qu'était devenu Arab Strap et "l'immense responsabilité de faire mieux sur chaque album" (remarque qui fait sourire quant on connaît l'audience plutôt confidentielle du groupe) revient presque au point de départ : le rock s'entend ici comme l'histoire d'un homme et d'une guitare qui joue du coeur brisé. Malcolm Middleton sera le 14 mai au Nouveau Casino à Paris.
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