Biosphere et The Field : Over the Ice Profitons de la réédition d'un grand classique de la musique électronique des années 90 pour oser une audacieuse comparaison. D'un côté nous avons Cirque de Biosphere, et de l'autre From Here We Go To Sublime, premier album de The Field. Un point commun pour commencer, Geir Jenssen aka Biosphere et Axel Willner aka The Field sont tous les deux suédois. Autre point commun, ils ont tous les deux œuvré dans le domaine de l'ambient. Maintenant, les différences. Si Geir Jenssen peut facilement faire figure de pionnier de l'ambient music, Axel Willner lui, se place plutôt parmi les cadets, ou les "petits nouveaux" puisqu'il est non seulement plus jeune, mais fait également partie de cette nouvelle école de producteurs electro aussi gavés de techno mais également de rock et de pop shoegazz des 90's. Pourtant, ces deux albums que presque huit ans séparent, partagent de nombreux points communs. On pourrait même aller jusqu'à dire qu'il existe une unité de ton, de sons et de compositions entre Cirque et From Here We Go To Sublime. Originalement paru en 1999, Cirque fait partie de ces disques mythiques que tout passionné de musiques électroniques se doit d'avoir chez soi. Et le label Touch ne s'est pas trompé en choisissant de le rééditer quelques mois après un autre disque symbolique, le Endless Summer de Fennesz. Loin d'être une "emmerdante œuvre chill-out de plus", ce cinquième album de Geir Jenssen sous le nom de Biosphere est même souvent considéré comme son chef d'œuvre. Un classique indémodable. Et c'est vrai qu'en illustrant l'épopée de l'Américain Chris McCandless à travers le désert d'Alaska, Jenssen a su capturer la dimension inaltérable de ce genre d'aventure humaine mais également le caractère hors du temps de toute bonne musique électronique. Sur Cirque l'auditeur ne s'ennuie pas. Il s'agit d'ambiant bien sûr, en ce sens que le rythme y est soit inexistant, soit extrêmement ralenti et hypnotique. Les nappes synthétiques sont omniprésentes tout comme l'usage d'arpèges de guitare lentement répétés, d'instruments classiques, de field recordings (des enregistrements de voix ou d'éléments naturels capturés live) ou de bande-son documentaire. L'ensemble génère un véritable paysage de sons et d'ambiances. Une véritable aventure sonore ou tout évolue doucement autour de l'auditeur. Au contraire de beaucoup d'œuvres ambiantes, Cirque ne nécessite pas forcément une attention soutenue. Les mélodies et les changements y sont évidents. A la manière des grands disques pop, Cirque capture son auditoire et offre une vision immédiate de l'ensemble. Complexe mais immédiatement accessible, on ne s'y ennuie jamais. Avec ses titres cryptiques faisant référence à l'arctique, à la glace et au climat nordique ("Over The Ice", "Sun&Ice", "Silent"), il serait aisé de rapprocher From Here We Go To Sublime, premier album d'Axel Willner sous le nom de The Field, de Biopshere. Les deux producteurs partagent le même goût pour les ambiances. The Field apparaît d'ailleurs sur Pop Ambiant 2007 de Kompakt pour un très beau titre inédit. Les nordiques partagent aussi une égale passion pour les nappes envoûtantes et les compostions se rapprochant de la pop par leur immédiateté. Les seules véritables différences viennent peut-être des générations. Willner et ses vingt ans et quelques, privilégie les clins d'œil au shoegazzing des 90's, à l'electronica de Boards of Canada (qui doit déjà beaucoup à Biosphere), ou aux derniers albums de Cocteau Twins (difficile en effet de ne pas penser à Heaven Or Las Vegas en écoutant "Good Things End" ou "The Deal"), saturées d'échos et de distorsions, les compositions de The Field sonnent plus "noisy". Composées de couches de sons plus denses, elles sont moins fluides tout en restant chantantes et très pop. L'autre différence vient de l'orientation purement techno de certaines tracks de The Field ("The Little Heart Beats So Fast" par exemple qui revendique clairement son héritage acid house, ou "Everyday" qui arrive malgré un rythme 4x4 soutenu à garder son caractère ambient, tout de nappes et d'échos enveloppant). The Field finalement, ce pourrait être Biosphere avec du rythme, encore que Geir Jenssen montre qu'il est aussi capable d'accélérer les tempos sur Cirque comme le prouve "Algae & Fungi part. 1 et 11" qui s'emparent de break beat (genre plus courant à l'époque, alors que The Field leur préfèrera bien évidemment la dominante minimale actuelle). Reste que ces deux très beaux albums, tout droit venus du continent arctique, illustrent bien la vitalité d'une musique électronique qui ne vieillit pas et se passe le flambeau de génération en génération, intemporelle, indémodable, en un mot éternelle. Et c'est clairement ce qui fait sa force.Biosphere - Cirque (Touch/La Baleine) Commentaires
De Anarkhan, posté le 03.05.07 à 20:23
![]() Un rapprochement aussi étonnant me laisse perplexe , les compositions de Biosphere ne me laissent pas du tout la même impression que celles de The Field.Le Grand Dome et son voyage auditif quasi documentaire n'ont rien a voir avec les variations néo trance de The Deal.... Bon , apres réécoute contentieuse ,il est vrai que certains aspects atmosphérique se prêtent a la comparaison mais ca reste léger. Bref , j'apprécie toujours autant les chroniques musicales d'ici , j'en félicite au passage le(la,les) auteur(s). De Dave, posté le 01.12.07 à 07:21 ![]() "Un point commun pour commencer, Geir Jenssen aka Biosphere et Axel Willner aka The Field sont tous les deux suédois" ?? Geir Jenssen (Biosphere) est Norvégien. Ajouter un commentaire |
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