La pochette est moche (volontairement), le disque ne compte que deux plages nommées "Xaxapoya" et "Dead Voices In The Temple Of Error" et le groupe s'appelle Von Spar, un nom probablement allemand : ça sent la choucroute. A peine l'intro entamée, c'est-à-dire au bout de quelques minutes au rythme choisi par le groupe, nos soupçons se confirment, Von Spar joue bien du krautrock. On pourrait bien aussi parler de post-rock, la différence est parfois bien mince, davantage géographique que musicale. Enfin bon, dans un premier temps on pense surtout à Can, qui a pratiquement inventé la choucroute. Ensuite on pense aussi que c'est très bien, vraiment. Puis on repense à Can encore et on se dit que tiens, ça ressemble beaucoup quand même : rythmiques tribales, chant entre imprécations et incantations et guitare qui s'enroule autour des autres instruments comme un fil barbelé. Est-ce bien élevé de marcher si fidèlement dans les pas d'un groupe qui a eu la politesse de ne jamais s'approcher de ceux de ses aînés, de même ne jamais revenir sur les siens ? Est-ce que le fait que Von Spar le fasse si bien doit entrer en ligne de compte ou ne faut-il pas se laisser séduire ? Les vingt minutes de "Xaxapoya" ne suffisent pas à répondre à une question finalement un peu oiseuse.
"Dead Voices In The Temple Of Error", le morceau suivant, fait un bond dans le temps saisissant. Si les choses commencent assez prévisiblement par des collages sonores vintages qui sentent bon la bande magnétique, assez vite ils se retrouvent remis en contexte par un accompagnement post-rock très Slint. 1991 donc, pas vraiment le présent mais on se rapproche. De là, la suite sera tout en évolutions organiques : on passe du post rock au death-metal puis au free... j'allais dire free jazz par réflexe, mais c'est plutôt du free tout court, sur un passage qui évoque les moments les plus déstructurés de Can genre "Aumg". Le mélange est peut-être un peu plus inédit, mais les ingrédients sont connus : Von Spar est dans le camp des suiveurs. Ce n'est peut-être pas le plus glorieux, surtout vis-à-vis des défricheurs kraut qui ont inspirés déjà plusieurs générations de musiciens presque aussi originaux. Sauf que bien peu ont réellement été aussi loin que ces pionniers en rejetant le langage pop traditionnel, sa structure et son prétendu sens, ce dont Von Spar n'a visiblement que faire. Nostalgie, donc, peut-être, mais nostalgie d'une époque qui n'a pratiquement pas existé et foutue piqûre de rappel de radicalisme free.
Von Spar - Xaxapoya/Dead Voices In The Temple Of Error (Tomlab, mai 2007)
www.myspace.com/vonspar