Playlist : blog musique

Arca : un doux remue-méninges

Posté par éèëê le 17.05.07 à 15:29 | tags : chanson française, pop

Il est trois heures de l’après-midi. Mal de ventre, c’était trop de gras pour trop peu de patates. Les branches des arbres se soulèvent, poussées par un vent malingre. Ce n’est pas le bon moment pour écouter le dernier disque d’Arca. La musique des deux albums précédents le signalait déjà : à écouter la nuit tombée. A écouter faiblement. C’est une musique transparente, qui se fond derrière les vies humaines occupées à rêvasser.

 

Les rouages factices d’un orgue électronique, les cliquetis, les discours de la radio, les batteries jouées doucement comme pour ne pas perturber le voisin irrascible : On ne distinguait plus les têtes est un disque de peu, de petits orfèvres patients. Profonde, douce et maniérée, la voix de Sylvain Chauveau s’abandonne, comme perdue, sur les mélancoliques boucles de Joan Cambon. Ici tout transpire l’humilité, le vide des structures répétitives. Comme habit, ce serait une robe bien taillée dans une solide étoffe unie, gris perlé.

Là c’est trois heures de l’après-midi, spleen de celui qui ne fait rien, celui qui ne se lève pas tôt pour occuper sa vie à cotiser pour une retraite méritée (à moins d'être emporté prématurément par un automobiliste pressé). Alors je suis peut-être mûr, moi aussi, pour comprendre ce disque d’Arca. Ca ne va pas bousculer mon circuit auditif, mais certainement chatouiller un peu du côté des histoires enfouies, des amours que l’on croyait pures – pauvres cons !

Peut-on admirer ce qui ne se voit pas ? Jamais les groupies ne se détruiront le scalp à écouter les morceaux d’Arca. Jamais la foule en délire ne s’enverra de fraternelles beignes lors d’un pogo au concert du groupe. Et pourtant, insidieusement, On ne distinguait plus les têtes frotte en ces endroits où d’autres, aveugles, ne viennent plus. L’espace de trois morceaux, "Laced By The Night", "7. Will Schneidmann" et "Sunday Negative", un nom ressurgit du passé : Piano Magic. Et les couleurs de jadis m’étreignent, je vois Lyon et la mort des espoirs, l’indépendance trompeuse de l’étudiant, la Place des Terreaux, si lisse les jours pluvieux.

Il est trois heures largement sonnées. "Artists' Rifles" de Piano Magic. La fenêtre est ouverte. Le soleil enflamme le dessous blanc des feuilles.

Arca – On ne distinguait plus les têtes (Ici d’ailleurs, mai 2006)

www.myspace.com/arcamusique

Commentaires

Pas encore de commentaire

Ajouter un commentaire

Prénom/Pseudo :
URL/blog :
Votre message :
Crypto
Recopie crypto :


  Discussions en cours sur le forum musique :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources & Friends
. David F (FR)
. La Blogothèque (FR)
. Interprétations Diverses (FR)
. Superette (FR)
. Fluokids (FR)
. Get the Curse (FR)
. Music Thing (EN)
. Pitchfork (EN)
. Said the Gramophone (EN)
. ClipTip (EN)
. I guess I’m floatting (EN)
. WFMU Blog (EN)