Je le disais il y a peu de temps, l'heure est à "l'effacement progressif des repères musicaux". C'est souvent une excellente chose, on le voit régulièrement sur Playlist, mais le résultat peut aussi être bancal, carrément raté ou simplement mitigé. C'est un peu le cas de Boom Bip et des Two Lone Swordsmen qui risquent de provoquer bien des haussements de sourcils agacés et des "Sacrilège !" chez les puristes, de part et d'autre des sphères que beaucoup considèrent comme antinomique, soit le rock et la techno. Ou plutôt, le rock et l'electronica car on ne peut pas vraiment parler de techno en ce qui concerne ces artistes.
"Sacrilège", c'est justement le titre du nouvel EP de Boom Bip aka Bryan Charles Hollon, enfin, "Sacchrilige" puisque c'est ainsi qu'il est orthographié sur la pochette. L'Américain issu de la même scène hip-hop underground que le collectif Anticon, est plus connu pour ses exercices de post-rock electronica et hip hop décalés que comme "prince du dancefloor". C'est pourtant sur ce terrain, forcément glissant quand on est un grand garçon sensible, qu'il a décidé de s'exprimer ici. Tout y est, 303 acid, rythmes 4X4 bétonné, montés en vrille, nappes, synthés et effets laser... On dirait bien que Bryan Hollon a voulu s'amuser et se faire un petit plan techno régressive, mais l'auditeur lui, ne sait pas toujours sur quel pied danser justement. Sur "Snook Adis" et "Rat Tail", les deux morceaux qui ouvrent le bal, le gloubiboulga techno proposé par Hollon n'a rien de réjouissant (les "Hin !" coups de rein qui ponctuent "Snook Adis" sont particulièrement lourdingues) mais dès que l'intéressé revient à ses premiers amours, ça fonctionne déjà mieux. "Coogi Sweater" par exemple, se la donne pas mal avec son featuring signé Ali Lee, et c'est plutôt sympa dans le genre Grime US. On oubliera "The Pink" qui ne vaut pas mieux que les deux autres mais on retiendra tout de même "One of Eleven" découvert il y a quelques mois sur le profil myspace du bonhomme et là, son mélange de techno minimale et de son typiquement post-rock est plutôt original et réussi. Les indécis, ou les sceptiques, peuvent d'ailleurs aller l'écouter sur myspace, cela leur donnera aussi l'occasion de réécouter le fabuleux "Do's and Don'ts" chanté par Gruff Rhys de Super Furry Animal sur de Blue Eyed In The Red Room, son précédent album.
Pour ce qui est des Anglais de Two Lone Swordsmen, c'est l'effet inverse. Avec Wrong Meeting I & II (mais pourquoi tous les médias omettent de dire qu'il existe deux albums "Wrong Meeting" ??!!) les deux pionniers de l'electronica des 90's se la jouent carrément rockabilly et garage rock dans une grande lessive tentant de réconcilier le mythe originel du rock'n'roll de mettons..., Link Wray et l'electro de Sabre of Paradise, leur premier groupe. Sur Wrong Meeting II, le plus réussi, des titres comme "Mountain Man", "Shack 54", "Blues Flames", "Born Bad, Born Beautiful" ou "Lose Control of Yourself", habillés de reliques electros et parcourus d'échardes synthétiques, passent plutôt bien. Certains, comme "In The Shadow of The Dark Heat", sont presque brillants, même si dès qu'Andrew Weatherall ouvre la bouche on doute un peu de la validité du projet. Pourtant, sur les autres, les efforts rockab' et rock du duo ne convainquent pas tout à fait. Bien sûr côté "rock qui danse" Andrew Weatherall n'a rien à prouver, lui qui produisait déjà Primal Scream et remixait My Bloody Valentine fin 90. Pourtant, le songwriting de Weatherall pêche un peu, sa voie n'est pas vraiment à la hauteur et au final à la place d'un album qui distille "les essences, qu'elles soient des années 50 ou de nos jours", on obtient plutôt un moyen album de post-punk 80, l'hommage au rock en plus. Un poil en dessous de leur excellent The Double Gone Chapel qui lui misait carrément le jeu du post-punk des Gang Of Four et autres Cabaret Voltaire, rencontrant le groove déhanché bizarre des Two Lone Swordsmen. Et comme il est bon de se faire une idée soi-même, les plus curieux d'entre vous peuvent tout de même aller jeter une oreille sur le profil myspace des sabreurs solitaires et nous dire ce qu'ils en pensent.
Boom Bip - Sacchrilige EP (Lex records/Diffet-ant, juin 2007)
Two Lone Swordsmen - Wrong Meeting I & II (Rotters Golf Club/Nocturne, juin 2007)