Les amateurs d'un certain son electronica intemporel, celui des 90's, peuvent se réjouir, deux best of de ce que je nommerais "classic electronica", sortent quasi simultanément ces jours-ci : My Favourite Kind of Irrelevance, réunissant le meilleur de Metamatics et Norken et Semeion des Italiens de Retina.it.
Nous avons déjà tout dit, ou presque, de Lee Norris de Metamatics (et Norken) à Fluctuat. Un "best of" d'un artiste aussi productif semble pourtant étrange et aura de quoi étonner les plus "aware" d'entre vous, mais le travail de l'Anglais étant pléthorique, il est vrai que My Favourite Kind of Irrelevance peut se présenter comme une parfaite introduction. Celui dont les médias disent qu'il incarne "le meilleur d'Aphex Twin quand celui-ci décide de composer des mélodies", est l'auteur de pas moins d'une douzaine d'albums sous différents pseudonymes et le bonhomme n'est pas réputé pour ces "tubes". Ce n'est pas le genre. Difficile donc, de choisir dans cette production ce qui s'imposera comme des morceaux emblématiques aux yeux (aux oreilles ?) de ses auditeurs. Reste que Lee Norris, reste l'un des derniers fers de lance de cette electronica rêveuse et racée que nous encensions au milieu des années 90, à l'époque glorieuse des Plaid, LFO, Bola et autres Isan. Une époque et des sentiments que My Favourite Kind of Irrelevance réveille en nous de manière doucement nostalgique. Il faut dire que Norris n'a pas son pareil pour les ambiances et l'évocation de paysages synthétiques. Quand l'Anglais ne démontre pas sa science du break beat ("Man-Q-Neons"), il déroule un tapis sans fin de mélodies fractales (le grandiose "Here to Go (Days Are Gone)") et échafaude des cathédrales de bulles de savon ("So Many Ways"). Un palais des glaces dans lequel on trouve aussi une relecture très personnelle du "Personnal Jesus" de Depeche Mode, "Free Robots", une collaboration avec le pionnier de la synth-pop John Foxx, fondateur de la première mouture d'Ultravox! (avec le point d'exclamation) ou "Do it", un remix de A1 People. Autres moments forts : les joyaux pulsés aux harmonies plaintives composées sous le nom de Norken ("Motor Breeze", "Ty Canal" et "Southern Soul"), le groove cybernétique de "Motor Breeze" (Norken toujours) et les flirts poussés avec l'ambient ("Blue Water" ou "East"). Une question demeure : Comment Warp a-t-il pu passer à côté de tout cela à l'époque ?
Dans une veine proche des travaux de Norris, Lino Monaco et Nicola Buono, duo italien à l'origine de Retina.it, réunissent avec Semeion une sélection de tracks initialement dispersés sur divers maxis, tous parus chez Hefty Records. Retina.it compose autour d'un son de basse nettement plus monolithique que Metamatics mais cultive le même amour pour le groove abstrait et les mélodies subtiles ("Pick", "Civilta Meccanica"). A la manière du Autechre des débuts, Retina.it parsème ses compositions de références electro funk audibles sur "Violynth" et d'influence hip hop ("Apeiron"), voir booty techno. De cet héritage le duo tire des morceaux hybrides, souvent sombres aux ambiances franchement envoûtantes (voir le prenant "Zucchine Alla Scapece"). Et quand ils s'expriment dans un domaine plus "techno" (comprendre, "à la Pan Sonic"), Monaco et Buono sont carrément saisissants. A l'écoute de "Per Assurdo" ou "Comunicazione Postmoderna", on comprend que le duo soit porté aux nues par des outsiders du dancefloor comme Ricardo Villalobos, Richie Hawtin, ou leur collègues electronica de Funckarma et Autechre.
Metamatics & Norken - My Favourite Kind of Irrelevance (Hydrogen Dukebox/La Baleine, jullet 2007)
Retina.it - Semeion (Hefty/La Baleine, juin 2007 )
Metamatics et Norken sur myspace : http://www.myspace.com/metamaticsnorken
Retina.it sur myspace : http://www.myspace.com/retinait