Les jeunes groupes qui cartonnent et qui sont les héritiers des
Clash, des
Smiths, de
U2 de
Franz Ferdinand et d'
Oasis sont si nombreux ces derniers temps en Angleterre qu'il est devenu indispensable de les traiter deux par deux. A l'affiche ces dernières semaines,
The Twang (1er album dans les bacs) et
The Enemy (1er album sorti le 9 juillet) proposent tous les deux une musique entraînante et pop mais qui, examinée de près, ne vole pas très haut. Les deux groupes, venus de Birmingham pour les premiers, de Conventry pour les seconds, illustrent toutefois l'énorme revival rock intervenu dans les banlieues industrielles ou post-industrielles anglaises, sous la double influence des
Libertines (pour le son à vif, l'enthousiasme et l'urgence maladroite des titres) et de Mike Skinner, de
The Streets, pour les évocations réalistes de la vie des lads. On peut évidemment considérer que la pop anglaise venue du Nord n'a jamais été que ça avec
Mark E. Smith,
Morrissey ou
Pulp : le récit historique de jeunes mecs sans le sou entre leur boulot de merde, l'agence pour l'emploi et leurs rêves de grandeur. On aurait qu'à moitié raison : il semble bien que le phénomène ait repris une belle et nouvelle ampleur.
Les Twang sont plus expérimentés (et vieux) que les jeunes loustics de The Enemy. Leur premier album baptisé Love It When I Feel Like This, repose sur le double chant de Phil Etheridge et Martin Saunders, mais surtout sur une section rythmique qui donne à l'ensemble des compositions du groupe une sonorité baggy-funk qu'on n'avait pas entendue aussi primale (primitive) depuis les chansons ratées des Mondays. La voix des chanteurs n'étant pas de premier choix (le leader Etheridge joue parfois aussi de la basse), on se retrouve avec des titres qui bougent bien mais qui s'égarent souvent dans des digressions désagréables. Influencés par le reggae, le dub et l'ère Madchester, The Twang (mot qui signifie un bruit bizarre produit par une corde de guitare, par exemple) laisse tout de même quelques beaux titres comme leurs 2 singles "Wide Away" et "Either Way", de jolies chansons descriptives et allumées comme l'inaugural "Ice Cream Sundae", "Two Lovers" ou le final et sentimental "Cloudy Room". Love It When I Feel Like This est un album pressé et mal foutu qui se tient entre deux mondes : celui des clubs et celui de la rue, mais qui ne fait pas son choix musicalement et perd en cohérence. Ni usine à tubes, ni disque de chambre, l'album laisse deviner un groupe qui assure le spectacle sur scène mais ne dispose pas d'une vision artistique suffisamment puissante et développée pour proposer un album écoutable sur toute sa durée. On les laissera ainsi, et pour quelques temps, dans la case bondée des Jeunes Espoirs et Groupes de Festivals.
Dans un registre assez différent, mais tout aussi référencé (on tape cette fois dans l'arrogance des Oasis et Verve triomphants), The Enemy tente un jackpot sur le rock naturaliste et social. Les paroles frisent le zéro pointé tandis que la musique tente difficilement d'accoucher de mélodies qu'on n'aurait pas déjà entendues ailleurs. Le résultat, tout à fait acceptable si on n'est pas trop exigeant en matière d'inspiration, manque tout de même sérieusement de corps et d'ampleur. Cela n'empêche pas The Enemy de proposer un cocktail insurrectionnel émaillé de quelques séquences hautement énergétiques, à l'image du médiocre mais emballant single "AggrO" qui ouvre l'album. "We'll Live and Die In These Streets" (excellent titre ballardien, par ailleurs) raconte le quotidien de jeunes adultes qui en ont plein les c***, rêvent de se casser (I'm so sick sick sick and tired/Of working just to be retired/I don't want to get that far/I don't want your company car sur "Away From Here") et de démarrer une nouvelle vie avec leur girlfriend. Sur l'album, on trouve la chanson hurlée ("Pressure"), la chanson d'amour à la fin ("Happy Birthday Jane"), la belle chanson (le titre éponyme) et une série d'hommages qui sonnent tantôt comme du Cure période Disintegration (guitares comprises) tantôt comme un mélange d'Arctic Monkeys, de Paul Weller, option Inspiral Carpets pour le clavier/orgue. L'aspiration à la rebellion et à l'indépendance omniprésente ici a bizarremment pris un coup de vieux dans la bouche de ces gamins (19 ans de moyenne d'âge).
Au final, le match se solde par un résultat qui ne permet à aucune des deux formations de passer au tour suivant. The Twang est musicalement plus intéressant que The Enemy, mais The Enemy a la vigueur pour lui et l'avantage de vouloir mettre le feu aux poudres. Il va sans dire qu'on se situe, malgré tout, et sur ces deux groupes "moyenne gamme", à des années lumière de la (désastreuse) qualité française.
http://www.myspace.com/thetwang
http://www.myspace.com/theenemycoventry
De Stuart, posté le 09.07.07 à 11:34 
Désastreuse qualité française ? Pouvez-vous développer ?
De LovelyRita, posté le 09.07.07 à 15:23 
En parlant de The Streets, Mike Skinner a remixé "Either Way"...préfère quand même la version non remixée (les 2 titres sont en écoute sur leur myspace)
De lecteur, posté le 12.08.07 à 10:54 
'désastreuse' qualité française...
c'est quand même énervant à la longue tous ces pseudo-critiques qui lâchent des termes comme on dépose une gerbe un soir de cuite
qui jugent sans développer
qui occultent tout un pan d'une culture musicale extrêmement diverse - la scène française justement -
qui sont juste là pour exprimer leurs avis archi-subjectifs qui perdent par là-même, au final, une bonne part de crédit
la moindre des choses quand on lance un terme comme ça, c'est de développer un minimum, ou alors de rien dire du tout
on n'est plus dans la critique, mais dans le billet d'humeur, ce qui est autre chose