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Lucky Soul : un peu de candeur que diable

Posté par Kris le 15.07.07 à 11:16 | tags : pop, myspace, uk, disques de l'été

Et si l’on tenait notre petit disque pop de l’été ? Celui qui fait bouger mais pas trop, celui qui fait pleurer mais pas trop, celui qui s’écoute et beaucoup ? Il n’empêche qu'Outre-Manche, on semble cultiver une certaine culture de la théâtralisation de la mélancolie, de l’idéalisation de l’amour et de la dévotion à une certaine cause utopiste mais difficile. Entre les tribulations adolescentes de Belle And Sebastian et les souffrances élégantes de Morrissey et ses Smiths, le Royaume-Uni a toujours su faire pleurer avec classe. Dans cette lignée, avec la plume légère et inspirée et les guitares charmantes, Lucky Soul vient apposer sa petite contribution à la grande histoire de la pop romantique britonne. Si l’été dernier The Pipettes venait suer sa candy-pop sixties sur nos platines, conviant insouciance et pas de danse chaloupés et maladroits, nous inondant de pois et de bon goût kitsch, Lucky Soul vient raviver la flamme. Car on pense immédiatement Supremes, Ronettes et autres Shirelles, à cause de cette voix cristalline et fine d’Ali Howard invoquant les esprits d’un passé charmeur et charmant, à la manière d’une Nina Persson ou de Shivaree. Ce qui demeure singulier chez Lucky Soul, c’est l’écriture, dont se charge le guitariste Andrew Laidlaw, et d’où émane un situationnisme éperdu et un constat triste : le bonheur ne leur sourit pas/plus.

Empli d’une compassion débordante The Great Unwanted marque aussi l’empreinte du vide sentimental, entre la dure réalité de la solitude, entre la rupture et le manque, ce disque brille par l’absence de l’autre, d’un(e) autre, de l’absence d’un bonheur sempiternellement promis et dû. L’Amour avec un grand A semble chanter la voix belle mais résignée d’Ali Howard, dans l’urgence de la souffrance et l’appréhension du départ, de l’abandon, entre dévotion presque aveugle et clairvoyance d’une situation dont elle n’a plus les clés. Les textes n’ont même pas à parler, tant il suffit de regarder les titres évocateurs des chansons "Baby I’m Broke", "My Darling Anything", "My Brittle Heart". Mais Lucky Soul a baigné dans cette marmite anglo-saxonne, comme teinté d’un optimisme inné, ou bien avec cette capacité désarmante à chanter avec le sourire ses déboires, ses soucis et ses craintes, sans pathos, sans larmes mais avec grande compassion. On exorcise ces choses qui font mal comme on peut et on les accepte. Alors on les chante, on les accueille avec le sourire comme un ami envahissant qui vient squatter à la maison, comme la vieille dame que l’on laisse passer à la caisse avec son caddie tandis que l’on souhaite juste payer son Coca, comme le gosse insupportable qui pleure dans le bus bondé. Lucky Soul c’est ça, c’est le dur constat quotidien de ceux qui ne sont pas heureux, mais qui vivent avec, pris dans les tourments, parfois futiles, qui même au fond de la lame, sourient et chantent quelque part dans un coin de leurs têtes le refrain obsédant et jouissif de "My Lips Are Unhappy Without You". Parce que ce n’est pas parce qu’on est triste que la vie est moins belle.

Lucky Soul - The Great Unwanted (Ruffa Lane, avril 2007)

http://www.myspace.com/luckysoulluckysoul





Commentaires

De Eric, posté le 15.07.07 à 17:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bonne pioche !

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