Lucky Soul : un peu de candeur que diable
Empli d’une compassion débordante The Great Unwanted marque aussi l’empreinte du vide sentimental, entre la dure réalité de la solitude, entre la rupture et le manque, ce disque brille par l’absence de l’autre, d’un(e) autre, de l’absence d’un bonheur sempiternellement promis et dû. L’Amour avec un grand A semble chanter la voix belle mais résignée d’Ali Howard, dans l’urgence de la souffrance et l’appréhension du départ, de l’abandon, entre dévotion presque aveugle et clairvoyance d’une situation dont elle n’a plus les clés. Les textes n’ont même pas à parler, tant il suffit de regarder les titres évocateurs des chansons "Baby I’m Broke", "My Darling Anything", "My Brittle Heart". Mais Lucky Soul a baigné dans cette marmite anglo-saxonne, comme teinté d’un optimisme inné, ou bien avec cette capacité désarmante à chanter avec le sourire ses déboires, ses soucis et ses craintes, sans pathos, sans larmes mais avec grande compassion. On exorcise ces choses qui font mal comme on peut et on les accepte. Alors on les chante, on les accueille avec le sourire comme un ami envahissant qui vient squatter à la maison, comme la vieille dame que l’on laisse passer à la caisse avec son caddie tandis que l’on souhaite juste payer son Coca, comme le gosse insupportable qui pleure dans le bus bondé. Lucky Soul c’est ça, c’est le dur constat quotidien de ceux qui ne sont pas heureux, mais qui vivent avec, pris dans les tourments, parfois futiles, qui même au fond de la lame, sourient et chantent quelque part dans un coin de leurs têtes le refrain obsédant et jouissif de "My Lips Are Unhappy Without You". Parce que ce n’est pas parce qu’on est triste que la vie est moins belle. Lucky Soul - The Great Unwanted (Ruffa Lane, avril 2007) CommentairesAjouter un commentaire |
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