Family Tree : Nick Drake et ses tubes de l'été ? Présenté comme une compilation événément, le Family Tree de Nick Drake (à ne pas confondre avec le coffret boxset du même nom devenu introuvable depuis des lustres) n'offre pas grand chose de plus que l'un des bootlegs les plus prisés des collectionneurs : le fameux Tanworth In Arden, collection mal sonorisée (une vieille cassette tirée de la chambre du mort) qui traîne dans les arrières bacs depuis 15 ans. Ceux qui seraient prêts à se laisser tenter par ce nouvel enregistrement du petit poète anglais sont néanmoins priés de passer leur chemin : les 28 titres qui composent ce nouveau CD sont enregistrés (mal) en acoustique et consistent en grande partie en pépites de seconde zone, reprises de standards blues, de Dylan, de Jackson C. Frank, bouts de chansons et versions plus ou moins précoces et inabouties de titres qui figureront plus tard sur le premier album du jeune prodige. La plupart des titres n'apportent pas grand chose à la légende et contribueraient à détourner une oreille profane des albums séminaux de ce jeune homme, mort d'une overdose de médicaments en 1974, après 3 LP sublimes et vendus à une poignée d'exemplaires seulement. Les vrais fans, qui ont toujours Pink Moon à portée de main, ressentiront néanmoins une vraie émotion à écouter ses morceaux sans aucun habillage, nus et chantés par la voix angélique de Drake. Ils frémiront de plaisir à l'écoute de "Rain" (la vraie découverte du CD), d'effroi devant l'ébauche du futur "Way To Blue", de "Day Is Done" ou de peine face à la douceur mélancolique et à la détresse de "If You Leave Me". Les scientifiques verront dans le morceau interprété par la mère du chanteur, et qui clôt le disque, l'une des sources de son art si particulier : des textes dépressifs accompagnés par une guitare qui pleure des accords impossibles à reproduire à la croisée du jazz, du classique et du folk.
Nick Drake est et reste malgré cet album le prince solaire de la pop anglaise, l'un des astres légendaires qui font de la chanson un art pas comme les autres ; pour beaucoup, le John Keats de la pop poetry, infiniment triste dans son expression et sa fin, mais lumineux et presque enjoué dans son jeu et son intemporalité. Si l'on met de côté un séquençage au pas de charge (les titres sont enchaînés sans aucun silence comme s'il s'agissait d'arriver le plus vite possible au bout du disque, sans aucune respiration), la collection offre une occasion de se retrouver seul à seul avec Nick Drake, de sentir et d'entendre sa guitare craquer, les ressorts de son lit se détendre sous son poids, les pas de sa mère dans l'escalier et l'heure du repas (ou du thé) sonner quelque part en arrière plan. C'est cette intimité qu'on vient partager ici, entre la solennité d'une messe et la tendresse retrouvée d'une relation adolescente, on peut s'allonger au pied du jeune homme qui joue, lui caresser les pieds en jouant avec les franges du couvre-lit orange. Family Tree vient démontrer, s'il en était encore besoin, que la pop (et c'est l'une de ses différences avec le rock) est née dans une chambre solitaire, toujours la même, de Manchester, Londres ou Liverpool, avec des posters au mur, quelques mots sur des cahiers, des livres d'image et (dans le meilleur des cas) une vue sur un jardin. Nick Drake - Family Tree (Island/Universal, juillet 2007)
Commentaires
De L'homme de la riviè, posté le 16.07.07 à 12:46
![]() "on peut s'allonger au pied du jeune homme qui joue, lui caresser les pieds en jouant avec les franges du couvre-lit orange" *Dans une chambre d'aix-en-Provence c pas mal aussi... *On oubliera les reprises pour n'écouter que le scompo originales. *Highlight ---> All my Trials en duo avec sa soeur Gabrielle.
De cyrilpopkid, posté le 18.07.07 à 15:21 ![]() Et écouter Nick Drake dans une chambre du Cantal ça donne envie de quitter le Cantal!! ![]() De Lolla, posté le 19.07.07 à 02:38 ![]() Nick Drake a sauvé mon adolescence. De DIDIER, posté le 21.01.08 à 10:17 ![]() Fabuleux nick drake - chaleur et simplicité - à part Colin blumston pour la délicatesse vocale - je ne vois pas de song writer capable de rivaliser avec l'élégance de sa discrétion musicale - les accords - sommet de douceur et d'expressivité languissante - ont la particularité surprenante de faire jaillir dans l'esprit le plus dénué d'imagination des images multiples et rivales entre elle - par le biais d'une beauté toujours inventive - des visions d'étendues mystiques et réparatrices - des bosquets, des plaines, des ciels fendu par le vol audacieux d'un oiseau dont william blake aurait su décrire le désir de conquête - Drake - visage de pur adolescent renfermé semblait pourtant - malgré l'ingénuité qu'exprimait son visage -avoir stocké en lui une masse considérable d'expériences personnelles - c'est probablement cette impression qui donne à celui qui écoute ses albums le sentiment de percevoir à chacune de ses mélodies des strates méconnues de la conscience humaine - Didier BOUDET
De DIDIER, posté le 21.01.08 à 10:18 ![]() Fabuleux nick drake - chaleur et simplicité - à part Colin blumston pour la délicatesse vocale - je ne vois pas de song writer capable de rivaliser avec l'élégance de sa discrétion musicale - les accords - sommet de douceur et d'expressivité languissante - ont la particularité surprenante de faire jaillir dans l'esprit le plus dénué d'imagination des images multiples et rivales entre elle - par le biais d'une beauté toujours inventive - des visions d'étendues mystiques et réparatrices - des bosquets, des plaines, des ciels fendu par le vol audacieux d'un oiseau dont william blake aurait su décrire le désir de conquête - Drake - visage de pur adolescent renfermé semblait pourtant - malgré l'ingénuité qu'exprimait son visage -avoir stocké en lui une masse considérable d'expériences personnelles - c'est probablement cette impression qui donne à celui qui écoute ses albums le sentiment de percevoir à chacune de ses mélodies des strates méconnues de la conscience humaine - Didier BOUDET
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