Albums cultes des géants du bizarre #2 : Sebadoh – III Il aurait pu être le Syd Barrett du grunge. Il l'a d'ailleurs été le temps d'un album, Sebadoh III. La petite histoire veut que Lou Barlow, Eric Gaffney et Jason Loewenstein forment Sebadoh après la défection de Barlow au sein de Dinosaur Jr en 1989. La réalité est plus complexe, mais résumons en disant que Barlow ne croyait pas en ses talents de songwriter et n'osait pas s'imposer auprès de Jay Mascis, le leader de Dinosaur Jr. Accompagné d'Eric Gaffney, il enregistrait pourtant de fabuleuses chansons primitives dans son coin, que les deux compères enregistraient sur cassette. Après une fameuse cassette justement (The Freed Man) et deux albums, le duo passé trio avec l'arrivé de Loewenstein, sort Sebadoh III. Nous sommes en 1991, Pavement n'a pas encore sorti sont Slanted and Enchanted et Sebadoh III s'affirme comme un corps étranger lâché tel un astéroïde dans la galaxie hardcore de l'époque. Une oeuvre unique au psychédélisme noirasse, qui préfigure à lui seul le rock slacker, le hardcore émo, la vague lo-fi des 90's et bien plus encore. De brûlots électriques désespérés en ballades neurasthéniques et extra-terrestres, le groupe jette à la face du monde un mélange totalement libre de blues urbain ("Renaissance Man"), de free jazz trippé ("Smoke a Bowl"), de space-rock ("Hoppin' up and Down"), de blagues country ("Black Hair Gurl"), de metal zarbi où Black Sabbath rencontre Sonic Youth ("Scar Four Eyes", "Limb by Limb") et de psychédélisme sataniste ("Violet Execution") tout en rendant hommage aux fondateurs du punk hardcore en reprenant "Sickles and Hammer" des Minutemen. Mais Sebadoh excelle surtout dans les ballades minimalistes habillées de percussions primitives écrites et chantées par un Lou Barlow à la voix lancinante ("Total Peace", "Perverted World", "Truly Great Things", "Rockstar" ou le déchirant "Kath"). Côté production, l'enregistrement à la maison permet toutes les folies. Brusque déphasage de la stéréo, ralentissement des bandes, bruits concrets, décalage brutal de l'acoustique à l'électrique, donnent l'impression à l'auditeur de vivre une expérience proche de la magie noire. Chaque morceau dérape, perd le fil et s'égare dans le vide, donnant à l'ensemble une aura de bad trip psycho-punk et folk. Pourtant, et malgré ses manipulations, la proximité, la sincérité et l'humanité qui se dégagent de ces morceaux les rendent toujours aussi poignants 16 ans après. Après le départ de Loewenstein, Barlow et Gaffney sortiront d'autres albums parmi lesquels les très bons Bubble and Scrape et Bakesale, mais le tandem ne retrouvera jamais réellement l'alchimie si particulière de III. Signalons qu'après la réédition en 2006 de Sebadoh III, Domino vient de ressortir The Freed Man, assurant par là même à ses auteurs les statuts, forcément enviés, de géants du bizarres assurément cultes ! Commentaires
De Mathieu, posté le 31.08.07 à 09:49
![]() A noter que sur la réédition de III, on retrouve le cultissime Gimme Indie Rock ... De guicry, posté le 31.03.08 à 15:37 ![]() C'est pas plutot Gaffney qui serait parti et Loewenstein + Barlow qui continuent? Sinon, perso je trouve les autres disques de Barlow tout aussi géniaux. Ajouter un commentaire |
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