Albums cultes des géants du bizarre #3 : Thin White Rope - The One That Got Away Groupe californien des années 80, Thin White Rope fait assurément partie de ces groupes cultes chéris par une minorité de maniaques (dont je suis) et oubliés (voir totalement méconnus) de la majorité. Et pourtant, quel groupe ! Imaginez une bande de pistoleros perdus dans le désert de Mojave et répétant dans une cabane de planches pourries un mélange de country accélérée et de punk rock, tout en s'essayant avec bonheur aux reprises les plus hors normes dans ce paysage désolé, des standards du kraut et du space rock allemand et british des 70's aux "électroniqueries" primitives de Suicide et consort. Un vrai sacrilège pour n'importe quel redneck, la norme pour Guy Kyser et sa bande de macadam cow-boys.Véritable testament et témoignage posthume enregistré en public The One That Got Away est certainement le meilleur album du groupe qui s'appréciait certainement mieux sur scène, oblitérant ainsi les afféteries de production de l'époque (excepté le stupéfiant Moonhead qui n'a pas pris une ride, il n'y a qu'a écouter les autres albums studios du groupe pour s'en convaincre). Brut de décoffrage mais pas inaudible, loin de là, The One That Got Away est un live officiel. Ce quadruple album vinyle (et double CD) livre d'ailleurs avec une acuité stupéfiante toute la puissance du groupe sans pour autant évacuer les lyrics de toute beauté de Guy Kyser. Le chanteur à la voix tantôt gutturale ("Ants Are Cavemen", "Munich Eunich"), tantôt caressante (toutes les ballades, de "Disney Girl" à "Take it Home" en passant par les sublimes "Triangle Song", "Fish Song" et "Astronomy") donnait de toute façon toujours l'impression de s'être enfilé une cartouche de gauloise avant de commencer son set. Vrai "rocker du désert" avant la naissance des sessions du même nom, Kyser chante l'amour perdu, la solitude, la folie, les soirées qui finissent mal, l'enfer climatisé californien comme personne. Littéralement possédé, il est de ceux qui, comme Jeffrey Lee Pierce, Johnny Thunder, Iggy Pop ou Jim Morrison avant lui, donnèrent l'impression de pratiquer l'invocation rituelle d'une entité obscure plutôt qu'un banal tour de chant. Continuellement poursuivi par la guitare barbelée de Roger Kunkel à l'attaque si particulière, la musique de Thin White Rope est à la fois terrienne et en constante suspension. La passion pour le rock allemand, le punk et la new wave de son chanteur/leader donnera une drôle de tournure à la carrière de ce groupe originellement parti du gentil mouvement psychédélique nommé "Paisley Underground". Sur The One That Got Away, Thin White Rope reprend l'hypnotique "Yoo Doo Right" de Can in extenso, "Roadrunner" de Bo Diddley, "Silver Machine" d'Hawkind, "Some Velvet Morning" de Lee Hazlewood ou plus logiquement l'Outlaw Blues de Dylan. A l'instar de Mazzy Star, le reste est histoire de psychédélisme noir (voir le perturbant "It's Ok"), de réminiscences country mélancoliques et de western punk. Magnifique album, groupe de légende. Faites tourner ! . Thin White Rope - The One That Got Away(1993) Commentaires
De Bishop, posté le 07.08.07 à 16:39
![]() Tu cites Yoo Doo RIght de Can, suffisant pour que j'aille écouter fufu :D De Maxence, posté le 07.08.07 à 17:29 ![]() Attention ! Difficile à trouver ça hein ! De Bishop, posté le 07.08.07 à 17:49 ![]() Je suis en train de voir cela :/ je l'aurai! De Maxence, posté le 07.08.07 à 18:15 ![]() En plus je l'ai qu'en vinyle... si tu vois ce que je veux dire ; ) De Isham, posté le 08.08.07 à 09:59 ![]() Sur le web, tu n'es jamais seul ... De Jasm, posté le 08.09.07 à 13:22 ![]() Excellente idée cette rubrique "albums cultes des géants du bizarre" pour enfin sortir des sentiers battus de la presse musicale bien si navrante en général.... Même si j'avoue que certains trucs de la sélection m'ont toujours copieusement fait chier (Beefhart ou Slint par exemple), bravo pour l'éclectisme des choix et merci en particulier pour la découverte de Thin White Rope dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à présent, et ce malgré mes nombreuses lectures sur le rock ! Un groupe qui reprend Can et Hawkwind ne pouvait de toute façon qu'être une heureuse surprise... Et dire que pendant ce temps là Philippe Manoeuvre continue à se branler sur les Plastiscines et la "nouvelle scène garage parisienne"... Pauvre journalisme rock ! De since, posté le 11.04.09 à 16:50 ![]() Ce concert à Gand en 92 fut leur dernier. Aujourd'hui je réécoute régulièrement ce disque que je considère comme un des plus grand enregistrement live de l'hist du rock. Une tension incroyable règne tout au long du set Écoutez les guitares, rares sont les groupes à produire et maîtriser un tel son en feedback. C'est magique !! Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum musique :
|