The Coral : Somewhere beyond the sea Je n’ai jamais été réellement accroc à The Coral, musique toujours appréciable certes, mais jamais épris, jamais emmené au-delà de leurs classieuses compositions, jamais transcendé à l’écoute de l’un de leur trois albums. Mais ça fait toujours bien d’aimer The Coral, surtout si on aime les La’s, si on aime Oasis, si on aime The Divine Comedy, car les Liverpuldiens sont les BCBG du rock, comme les Strokes un peu. Toujours posés et aux influences respectables et variées, aimer The Coral est « in ». Pas de chance, leurs albums m’ont toujours paru bancals, un peu trop et en même temps pas assez. Trop fouilli parfois et allant trop n’importe où pour n’arriver véritablement nulle part. Pas assez de conviction souvent, c’est joli, c’est mignon mais pas assez vigoureux pour que l’on y croit réellement, exceptions faites de "Dreaming Of You" et "In The Morning" (ou comment ne pas se mouiller). En revanche, ce qui fait la force des Anglais, c’est bien la finesse et l’incroyable présence de leurs textes accompagnés de compositions aux mélodies amples et bien construites. Le chant de Skelly, jamais résigné, jamais dépréciateur, mais toujours expressif joue également beaucoup à la plus-value sans pareil de la plume lyriciste de The Coral. Cette qualité n’était – superbement – entrevue que par moments sur les opus précédents, mais de quelle manière "When I’m dreaming of you, oh what can I do ? / I still need you but I don’t want you now" sur "Dreaming Of You", "Don’t put your hands in careless hands / Those careless hands they don’t understand" sur "Careless Hands". Alors on n’attendait que modérément ce Roots & Echoes. Et même s’il ne nous fera pas profondément changer d’avis sur The Coral, c’est probablement l'album qui résume le mieux leur œuvre. Forcément, il ne sera pas parfait. Forcément, j’entends déjà les bâillements. Il n’empêche que comme toute la discographie du groupe, Roots & Echoes a ses grands moments comme ses moins bons moments. Lyriquement, c’est encore du tout bon, même s’ils sont encore loin d’un Neil Hannon ou d'un Jarvis Cocker, et le plus étonnant c’est que les compositions tiennent bien la route. Plus cohérent sur la longueur que ses prédécesseurs, Roots & Echoes est surtout mieux construit. On reprochera cependant à The Coral cette sempiternelle inconstance à ne pouvoir délivrer à chaque fois la chanson parfaite, celle dont on se souviendra dans des décennies, malgré leurs capacités évidentes et les lueurs apparentes. Il suffit de prendre "Put The Sun Back" avec son premier couplet fracassant de vérité, d'innocence et d’empathie, tandis que le refrain massacre tout par la convenance de son rythme et de ses mots. Mais plus on écoute l’album, plus des choses se révèlent, et plus The Coral semblent en savoir plus qu’il n’en paraît. Chaque chanson est une expérience, une tranche de vie à vif, prise sur le moment, en flagrant délit d’omniscience. Chaque titre respire une certaine spiritualité, prenant compte de tous les éléments alentour pour en créer un condensé, un pot-pourri d’émotions. Alors Roots & Echoes sonne mieux qu’on ne pouvait s’y attendre amalgamant le bon et le mauvais, pour n’en retirer que l’essentiel et le véritable, la vie et ses travers, ses sentiments qui gravitent et nous échappent constamment. En cela "Who’s Gonna Find Me" est triste et "Jacqueline" est belle, "Rebecca You" est lyrique et "Cobwebs" est sublime. Ainsi The Coral s’écoute et puis s’oublie avant de peut-être se voir redécouvert dans cinquante ans comme relique d'un passé intemporel, témoin anachronique d'une époque inconnue au côté de ses contemporains des Shins et de Neutral Milk Hotel. The Coral, Roots & Echoes (Deltasonic/Sony BMG, juillet 2007) Commentaires
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