Fennesz – Sakamoto : Les cendres du temps
Si l'on peut généralement faire confiance à Fennesz pour nous ravir, on remarque également combien les goûts de Sakamoto s'affinent et perdent de leur clinquant avec l'âge. Ses multiples collaborations incarnées depuis plus de 10 ans par la production de fabuleux albums en compagnie de DJ Spooky, Amon Tobin, David Sylvian, Christian Fennesz, culminant avec Insen, album difficile mais passionnant réalisé avec Alva Noto dont on parle beaucoup, ont-ils eu une telle influence sur le compositeur japonais ? Il faut le croire et c'est plutôt une bonne nouvelle. Le fait est que ce Cendre ne mérite que des superlatifs. De "Oto" qui ouvre l'album, à "Abyss" qui le clôt (avec mention spéciale au psychédélique "Kokoro" où les distorsions hendrixiennes sous tranxene de l'Autrichien se nappent lentement d'un glacis de piano givré), tout n'est que calme, luxe et volupté. On a peine à croire que pareil album a réellement pu être réalisé par correspondance à des kilomètre de distance, tant les deux musiciens s'accordent parfaitement. Fennesz et Sakamoto se passent mutuellement la main, s'accompagnent ou jouent les contrepoints selon l'inspiration. Quand le guitariste dilue sa poussière de guitare aux effets sablés et moirés, les notes du Japonais quant à elles, semblent apparaître, ça et là, comme des trous de lumière à travers les nuages. C'est cliché de le dire, mais avec un tel album, on se prend à rêver à un Eric Satie de retour parmi les vivants. Le petit homme jouissant enfin de la reconnaissance de ses pairs et des plaisirs de cette terre dans de périlleux exercices de somnambulisme sonore, ou encore d'un Arold Budd débarrassé de ses oripeaux ambient new age, et rien, vraiment, ne vient gâcher notre bonheur, si ce n'est l'inévitable retour à la réalité en fin d'album bien sûr. Cendre s'avère donc un parfait exercice de combustion artistique. Un moment intense pendant lequel deux musiciens s'embrasent et incinèrent littéralement leurs ego au seul profit de la musique. Il s'avère aussi l'album idéal pour en finir avec cet été maussade au goût de cendres justement (on pense à nos voisins Grecs). "Incontournable", comme on dit. Fennesz - Sakamoto - Cendre (Touch/La Baleine, juin 2007) Commentaires
De Trakse, posté le 28.08.07 à 19:07
![]() Essentiel ! Je m'étais (sans mauvais jeux de mots) enflammé pour ce merveilleux album. J'avais découvert Sakamoto grâce à sa collaboration avec Noto sur un EP sorti en 2005, j'ai pris une claque avec Insen, tombé sur le cul en matant le DVD Insen Live. Et cette collaboration magistralement réussie avec Fennesz (que je ne connaissais pas non plus) me fait découvrir à chaque fois un peu plus les délices de la musique contemporaine. Et dire qu'il y en a qui regardent encore MCM. De Kill Me Sarah, posté le 28.08.07 à 22:24 ![]() J'aurais aimé que Fennesz soit un peu plus "grinçant" sur ce disque, que le contraste avec les notes du piano de Sakamoto soit plus fort. Mais c'est un beau disque, vraiment beau. C'est quand même assez rare. Ajouter un commentaire |
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