Archives > Mai 2007Lindstrom, Prins Thomas et Compost Black Label : Get down for the (növo) discoAlors que l'on ploie sous les nuées néo (nu, növo, néo, ce que vous voulez) disco venu des quatre coins de la planète, difficile de croire qu'il fut une époque où le disco était le genre oni par excellence de tout ce que l'intelligentsia musicale comptait d'esthètes à la petite semaine et de spécialistes auto-proclamés du bon goût. Difficile aussi de se rendre compte à quel point nous avons été bouché pour ne pas nous rendre compte du potentiel contenu en germe dans ce genre roi des années 70. Mélodies foldingues et souvent imparables, roulement de basses, ouverture aux musiques du monde, rythme implacable, usage de tout ce que la technologie de l'époque comptait d'effets et d'instruments délirants, usage du studio comme instrument, passion de l'expérimentation, digressions incontrôlables et dilatation temporelle, le disco contenait pourtant l'essentiel de ce qui fait la saveur de la (bonne) musique de club actuelle, drivée par Playhouse, Kompakt, Deep Space, Italic, Dial, Compost et consorts.
Lindstrom & Prins Thomas - Reinterpretations (Eskimo/La Baleine) Jeff Buckley : la légende morte - 10ème anniversaire Il y a des légendes vivantes, des légendes mortes, des légendes en cours d'apparition et d'autres qui ont du plomb dans l'aile. Le jour du 10ème anniversaire de sa mort, l'étoile de Jeff Buckley n'aura pas brillé plus que les autres jours. Encensé pour son premier album et seul (digne de ce nom) album Grace, le fils du folkeux Tim Buckley (père qu'il aura très peu connu), et surtout pour des séries de concerts hantés, Jeff Buckley est disparu le 29 mai 1997, en pataugeant avec ses gros godillots de randonneur dans le Mississipi. Noyé, corps retrouvé quelques six jours plus tard, la disparition fait alors grand bruit, mettant fin de manière précoce à la carrière d'un homme qui n'avait pas encore donné le meilleur de lui-même (comme on dit dans ces cas là). Les éditions posthumes de concerts, DVD et d'un second album massif (mais pas épuré de ses pires morceaux), Sketches for My Sweetheart the Drunk, n'apporteront pas grand chose au monument. Inspiration avouée (mais surestimée) d'un Thom Yorke, de Coldplay ou des mineurs StarSailor, la "legacy" de Buckley reste et restera vraisemblablement mince. Difficile de comparer les quelques pépites de Grace ("Lilac Wine", reprise, "Eternal Life", "Hallelujah", reprise) à la magie d'une vraie et belle légende underground telle que celle de Nick Drake. Lors d'un hommage diffusé hier soir sur France Inter (Bernard Lenoir), un mail est envoyé par une auditrice disant : "Pourquoi vous nous infligez ces longues plages musicales d'un type qui chante faux. On dirait que Buckley chante en se marchant sur la queue." Bizarremment, cette critique est peut-être la meilleure description qu'il m'ait été donné d'entendre de ce grand chanteur romantique, écartelé entre soul et pop, capable de grandes envolées lyriques entre le divin et l'insupportable. Comme plus de 10000 personnes maintenant, j'étais parmi les 100 happy few qui l'ont attendu très tard un soir au Passage du Nord Ouest, pour une expérience qui tenait plus de la sensibilité humaine et du fantasme (la fin de l'adolescence) que du prodige musical. Possible que malgré la gueule d'ange et les hurlements de loup, la légende meurt de sa belle mort. Villette Sonique : petit amuse-bouche...
Si Villette Sonique ne commence pas avant le 7 juin, chez Flu, on a décidé de prendre un peu d'avance. Kékécé Villette Sonique me direz-vous ? Festival se déroulant sur les scènes du Cabaret Sauvage, du Trabendo, à la Géode ainsi que dans les parcs de la Villette, cet évènement sonique et iconoclaste avait réussi pour sa première édition l'an dernier à rassembler des artistes comme Faust, Andrew Bird, Stuart A. Staples ou encore le fantasque Katerine. Cette année, la programmation se veut encore plus éclectique, marriant artistes accomplis mais souvent peu exposés et jeunes pousses prometteuses. Ainsi, on retrouvera pêle-mêle la collaboration sulfureuse entre le contemporain Christian Fennesz et le créatif Mike Patton, les lyriques et beaux Mùm, le patriarche Bernard Parmegiani, le multi-facettes Jamie Lidell, ou les mythiques et mystérieux Black Devil Disco Club, qui partageront les scènes avec le folkeux Jens Lekman, le DJ Daniele Baldelli, la jeune Uffie ou encore les fougueux japonais de Polysics. Plein de bonnes choses à déguster dans les salles parisiennes ou bien sous le temps (que l'on espère) clément dans les parcs de la Villette... A cette occasion, Flu vous offre une radio spéciale Villette Sonique, diffusant des titres d'artistes figurant dans la programmation du festival. A l'image de l'évènement, de bonnes surprises, différentes pour tous les goûts, mais toujours pertinentes et cools, à se mettre dans les oreilles. Electro synthétique, rock nébuleux, folk énergique, découvrez ce qui vous attend pour ce début de mois de juin... Comment ça, ça vous a donné envie ? http://www.villettesonique.com/
Jimi Tenor, Benny at Home : Soul & Jazz in the House
Jimi Tenor & Kabu Kabu - Joystone (Sähkö/Differt-ant, avril 2007) Pete Doherty dans un spot anti-droguePete Doherty, quinze ans, jeune anglais intelligent, drôle et charmeur est interviewé quand il fait la queue pour un album d'Oasis. Ca coupe immédiatement tout éventuel désir d'héroïne. Adult Swim est gentil Adult Swim est un de ces shows télé américains qui ont l'air géniaux vus d'ici mais aussi un peu incompréhensibles. Apparemment il s'agit d'un ensemble de dessins animés aux titres bizarres ("Aqua Teen Hunger Force", "Robot Chicken") et au visuel étonnant. Autant vous le dire tout de suite, je ne connais Adult Swim que par les bandeaux de pubs de Pitchfork et un excellent jeu vu sur Chamboultout.Enfin bon, si je vous parle d'eux c'est qu'ils ont décidé de mettre en ligne, comme ça, sans raison apparente, une compilation de bonne musique, incluant des raretés de Jesu, Liars, Broken Social Scene, Asobi Seksu et quelques autres et pour couronner le tout une vidéo déjantée pour une vieille démo rigolote de TV On The Radio. Tout ça et gratuit et en plus le titre "Warm & Scratchy" colle parfaitement au tout. Mince ! Ils sont sympa ces gens d'Adult Swim, j'aimerais pouvoir leur donner des sous. Kammerflimmer Kollektief : At the Cactus Tree Motel
Preuve en est, avec Jinx, dans lequel Weber (guitare, électronique, piano) s'accompagne de ce qui est désormais devenu le noyau dur du groupe, soit Heike Aumüller (harmonium, vocaux, synthétiseur, percussions) et Johannes Frisch (double basse et percussions) pour accoucher d'un album mutant, mélangeant futur, tradition et avant-garde, à la croisée des sonorités d'un Sun Ra des meilleurs jours, et des ambiances ouatés, mais aventureuses, d'un Jan Jelinek ou de Triosk. Malgré l'étalage d'une culture orientée musiques improvisées, live electronic et électro-acoustique savante, Kammerflimmer Kollektief séduit par sa douceur ("Palimpest"), sa folie (l'éponyme "Jinx"), ses compositions tantôt épiques ("Live at The Castus Tree Motel") ou nocturnes et ambiantes ("Both Eyes Tight Shut") ou carrément folk ("Nest"). Ni trop intellectuelle, ni fades, la musique de Kammerflimmer Kollektief émarge encore une fois aux interstices des musiques actuelles, contemporaines et audacieuses et jamais ennuyeuses. A découvrir (sur leur profil myspace par exemple) ! Kammerflimmer Kollektief - Jinx (Staubgold/La Baleine, mai 2007) La chasse aux pirates bientôt ouverte
Une liste de 10 000 titres renouvelée de 10% chaque semaine serait recherchés parmis les fichiers échangés par les internautes. Les internautes ayant mis à disposition illégalement moins de cinquante titres pendant les vingt-quatre heures de connexion controlées recevront un message d'avertissement sur les "conséquences" de leurs actes (on imagine quelque chose de l'ordre de "vous allez mettre Jean-Jacques Goldman et Pascal Nègre à la rue, vous même en prison, votre compte en banque dans le rouge et financer l'attentat terroriste qui tuera votre mère et votre chien"). Les "gros poissons" qui auront mis à disposition plus de cinquante titres seront eux placés sous surveillance pendant quinze jours. Si sur cette période ils mettent à disposition entre cinq-cent et et mille fichiers, ils passeraient devant un juge civil pour une demande de dommage et intérêts et au delà de mille fichiers le juge pénal s'occuperait de leur cas, avec en plus des dommages et intérêts la possibilité d'une amende et d'une peine de prison. La bonne nouvelle c'est que le Conseil d'Etat a jugé que l'accés à ces données dans un but éducatif et préventif ne se justifiait pas, ce qui veut dire que vous pouvez dire adieu aux messages d'avertissement et bonjour aux juges. Ce système est cependant loin d'être sans failles. Tout d'abord 10 000 titres ça en jette dit comme ça, mais c'est finalement assez peu : j'en ai près de six-mille sur un de mes disques durs (tous, hum, "légaux" bien sûr) et je parierais que très peu d'entre eux figureraient dans une telle liste qui privilégierait vraisemblablement les nouveautés et les chansons les plus populaires. Une raison de plus donc de diversifier ses goûts musicaux. Par ailleurs si vous ne téléchargez que des morceaux de krautrock de vingt minutes, vous avez moins de chances d'être considéré comme "gros poisson" qu'un fan de titres punk rock de deux minutes. Enfin il est de plus en plus facile de télécharger tout et n'importe quoi sur des sites à "sens unique" de type rapidshare pour peu que vous sachiez manipuler un peu google. Dolores O'Riordan : castafiore irlandaise Ceux qui, comme moi, avaient été séduits par les deux premiers albums des Cranberries avant qu'ils ne deviennent ce groupe FM insupportable, auront prêté une oreille attentive à l'annonce du premier essai solo de leur chanteuse Dolores O'Riordan. La belle Irlandaise, en vacances de son groupe (non éclaté officiellement), annonçait vouloir retourner avec Are You Listening ? à plus de simplicité et d'émotion. Malheureusement pour nous, le résultat est désastreux et invite à couper définitivement les ponts avec celle qui, en son temps, nous était apparue comme l'une des grandes voix possibles de la pop internationale. L'atout principal d'O'Riordan passe sur cet opus du rang d'arme de séduction à celui d'instrument de torture, multipliant par dix ou vingt le facteur Dion ou facteur Björk qui veut qu'une voix inouïe soit dure à porter sur la durée d'une carrière. Les titres d'Are You Listening démarrent tous à peu près bien et en sourdine avant de s'envoler vers d'insupportables crescendo vocaux et instrumentaux (ah, le gros son des guitares FM qui dégoulinent dans le petit matin!), monstrueux et interminables. Le ton est donné dès l'entame avec le titre "When We're Young" plutôt bien ficelé et qui déraille sur sa deuxième minute en une série de vocalises agaçantes. Rebelote sur "In The Garden", entamé sur un petit tapis piano-violon et qui pose ensuite à l'affreux délire de castafiore. Le syndrome est renforcé par une bonne moitié des autres chansons, si bien qu'on croit entendre une Lara Fabian suraiguë dans la performance vulgaire d'un "Stay With Me", là encore plutôt bien amorcé. Les textes sont empreints de nostalgie, parlent d'amour d'une façon assez plate et la plupart des titres s'appuient sur des mélodies inexistantes ou fébriles. Les démarrages acoustiques de "Accept Things" ou de "Angel Fire" n'arrangent rien et font apparaître les énormes lacunes d'une compositrice qui n'a vraiment pas grand chose à faire valoir. Avec l'amertume du désamour, on dira juste pour finir qu'on se serait bien passé de ce mauvais moment qui a un peu terni le souvenir qu'on avait du beau Everybody Else Is Doing It, So Why Cant We ? de 1993. En rencontrant Don Burton, mari et ancien homme-clé des Duran Duran, Dolores O'Riordan a gagné l'amour, la starification mais perdu son talent et son âme. Cela nous couperait presque l'envie d'une chute foireuse : Are You Listening ? Plus maintenant. (rires) September Collective : Sweet Anarchists
Tout au long de ses douze titres, All The Birds Were Anarchists fait largement mentir son titre et prouve, au contraire, que les musiques improvisées ont besoin de toute la virtuosité de leurs interprètes pour résonner dans les têtes et dans les coeurs. Loin d'être "anarchiste", les compositions organiques et rêveuses de September Collective sont donc plutôt le fruit de l'interaction et de la complicité entre les intervenants. Un peu à la manière du projet Mapstation de Schneider, ou des musiciens de free jazz, le trio développe ses "impressions sonores", évocatrices et étonnement maîtrisées, malgré la liberté constante dont leur musique fait preuve. Au final, ce free electronic band propose une suite de compositions à la fois mélancoliques et apaisées, minimalistes et foisonnantes. Paradoxales ! Autant dire, une version étrangement désincarnée de cette musique que l'on dit "pop", mais qui selon les intéressés, doit plus aux pulsations binaires des musiques électroniques savantes, ou au minimalisme américain, qu'à la version romantique et idéalisée de ce qu'on nous propose généralement dans le genre. En ce sens, September Collective évoque le meilleur des productions mixtes actuelles pour computer et instruments, un genre dont le jeune label Mosz semble s'être fait le porte-parole depuis quelques temps en éditant les excellentes productions de Forest Jackson (aka Hanno Leichtmann), Pan American ou Christian Fennesz. Une musique libre, que vous êtes invités à personnaliser vous-même, en y plaquant souvenirs et sentiments. J'invite d'ailleurs les plus curieux d'entre vous à visiter le profil myspace des intéressés sur lequel vous pourrez découvrir le très beau "Out Of Intension", parfaite illustration de cette chronique, ainsi que "Das Meer", "Essentialy Unchanged" et l'inédit "Spacer". September Collective - All The Birds Were Anarchists (Mosz/La Baleine, mai 2007) Le pire des meilleurs par Rolling Stone Le magazine Rolling Stone livre dans son dernier numéro l'un de ses légendaires classements, souvent critiqués, toujours commentés avec passion. Cette fois, le magazine a élu les Pires albums des Grands Groupes, soit une liste assez amusante d'oeuvres faiblardes de grands artistes (Van Halen ?). Evidemment on pourra arguer que Bob Dylan n'a pas fait qu'un album médiocre, que Bowie n'en a fait que quelques bons, que les Who, enfin, les Who etc. 1. Bob Dylan, "Down In the Groove" Sur chacun de ces naufrages, les admirateurs indulgents diront qu'il y a de "bons moments", histoire de relativiser la nullité ponctuelle de leurs champions. Le mauvais album d'un grand groupe vaudra toujours mieux que l'album réussi d'un mauvais.
Menomena en sous-solLes Concerts à Emporter de la Blogothèque font de plus en plus d'émules : il semble que n'importe qui avec une DV et un compte youtube se lance aujourd'hui dans la production de concerts plus où moins improvisés dans des lieux plus où moins incongrus. Pour le coup, Juan de Juan's Basement fait plutôt partie des bons. La réalisation et le montage sont plutôt soignés et surtout il a filmé Menomena, dont l'album Friend and Foe pourrait bien être notre plus criminelle omission de l'année. Omission réparée, donc, avec ce "Muscle'n Flo" pas moins magnifique en version live brut de décoffrage que dans sa très produite version studio. La belle Allien : Dans l'espace on ne vous entend pas danser
C'est donc avec un mix "analogique", deux platines et une platée de vinyles qui "chuchotent" parfois à nos oreilles, qu'Ellen Allien effectue son grand retour après Orchestra of Bubbles en duo avec Apparat. Un mix, qui sans être totalement orienté ambiant techno comme celui de Tobias Thomas, prend tout de même son temps. D'ailleurs, dès "S1 (Don't Believe The Chord-Pop Hype)" de Schubert, une track minimale mais très mélodique avec ses petits gazouillis électros évoquant un concert nocturne de grenouilles en été, les dés sont jetés. Un choix pareil en guise d'introduction, ça n'est pas gratuit forcément. Surtout qu'ensuite l'Allien balance le magnifique "The Sun Can't Compare" (Larry Heard presents Mr White, le tube de l'été ?) et le "Driven" d'Estro, avec son synthé rêveur, son romantisme, et là, ça y est ! Vous y êtes ! En plein espace, ou sur une autoroute américaine entre Detroit et Windsor. Vous voyez les éclairs de flashlights des lampes à sodium qui jouent un effet stroboscopique sur votre pare-brise !? "Driven" est certainement le morceau le plus envoûtant de ce mix. A vous faire dresser les petits poils sur la nuque. Ça commence à monter salement avec Damian Schwartz signé sur M_nus, avec un titre ("Tu y Yo") d'échos et de réverbérations, tout comme le filtré "Orderly Chaos" de Don Williams, qui évoque les meilleurs moments de Basic Channel. Et puis il y a "Sound Stealler" de Melody Boy 2000, qui aurait pu s'appeler "Detroit Stealer" avec ces paroles répétées à l'infini : "Stealing from Detroit, no one cares". Après ça, tout y passe, Wagon Repair avec Cobblestone Jazz (l'hyper hypnotique "India in Me 2 ?"), Aste /Maan de chez Säkhö, Flügel chez Klang, bref que des pointures de tech-house, spacieuses et urbaines. Seul entorse à la règle le progressif Thom Yorke de Radiohead et son "Harrowdown Hill" très bien troussé, on ne peut pas dire. Et puis la belle conclut avec "Arcadia" d'Apparat et "Baby Kate (Plastikman Remix)", mon morceau du moment, sans oublier son "Just A Woman" impeccable. Un final tourbillonnant qui sait rester rigoureux, malgré une certaine douceur rêveuse. Poigne de fer et gants de velours, serait-on tenté de dire. Il y a pas, elle sait y faire, Ellen. Ellen Allien - Fabric 34 (Fabric/PIAS, mai 2007) Live Earth vs. Live 8 : La Paille et la Poutre
"J'espère que ce sera un succès, mais pourquoi Gore les organise en fait ? Pour nous faire prendre conscience de l'effet de serre ? Tout le monde connait le problème depuis des années. Nous sommes tous (gros mot censuré par ma source) conscient du réchauffement de la planète". Rien à voir donc avec la pauvreté en Afrique dont je n'avais personnellement jamais entendu parler avant de voir Florent Pagny sur la scène Coca-cola du Live 8 parisien en 2005. "Je n'organiserais Live Earth que si je pouvais monter sur scène et annoncer des mesures environnomentales concrètes des candidats à la présidence américaine, du congrès ou de multinationales. Ils n'ont pas ces garanties, donc c'est juste un énorme concert pop ou la énième fois que Coldplay ou Madonna montent sur scène" Pas du tout encore une fois comme Live 8 où, la énième fois que Coldplay et Madonna sont montés sur scène, la condition de l'africain moyen s'est instantanément améliorée.
L'Eden rock du Docteur MartensL'agence britannique Saatchi & Saatchi est l'auteur d'une campagne d'affichage pour les célèbres chaussures Doc Martens. Nouvelles égéries (rock'n'dead) de la marque : Kurt Cobain, Sid Vicious, Joey Ramone et Joe Strummer. "Nous voulions mettre en valeur le fait que les Doc Martens sont faites pour durer", explique le concepteur Andrew Petch, "et l'on a découvert que ces idoles de la musique les portaient. Les montrer au paradis avec leurs Docs toujours au pied met parfaitement en scène la durabilité des chaussures. Et l'image les érige en icônes". Les droits de ces photos (de Dimitri Daniloff et Christophe Huet) ont été libérés pour la Grande-Bretagne uniquement, nous ne verrons donc pas ces pubs dans le métro parisien... EDIT : Doc Martens a remercié l'agence Saatchi & Saatchi et s'est excusé auprès de ceux qui auraient pu être offensés. Les posters n'étaient en réalité qu'une proposition, refusée par la marque, et ne devaient jamais voir le jour. La direction d'Airwair, la maison mère, a précisé que cette campagne ne représentait pas du tout leur société. Les publicitaires ont rétorqué que ces pubs étaient un bel et respectueux hommage aux quatre légendes du punk-rock, arguant du blogging pour partie positif autour de ces photos… (Sujet proposé et écrit par Jordan) Gui Boratto : Beautiful people"Beautiful Life" est certainement le plus beau tube pop du printemps et c'est un producteur de techno qui le signe ! Pour ceux qui l'avait déjà oublié, Gui Boratto est le producteur brésilien de l'acclamé Chromophobia, un album magique signé chez Kompakt en mars dernier. De ce disque magnifique je disais alors : Gui Boratto est maître d'une musique énergique et douloureuse comme un amour tombé en plein vol, comme un baiser inachevé, on pourrait en trouver des comme ça à la pelle. Reste que cet album fait partie de ces moments d'épiphanie musicale qui vous font monter des frissons sur tous le corps et dresser les poils sur les bras. En revanche j'oubliais de dire à quel point "Beautiful Life" était empreint de shoegazing, ce mouvement musical à la fois timide et sauvage des années 80. Il aurait pu être écrit par Slowdive, c'est dire... La chronique de Chromophobia est ici. Sales Like Teen Spirit
La relation de Kurt Cobain à sa propre commercialisation était un peu plus ambigüe que ceux qui le voient comme un saint aujourd'hui veulent bien se souvenir. On était tout de même déjà très dubitatif à l'annonce de l'apparition de la chanson "Breed" dans un jeu de baseball, on ne l'est plus du tout devant les figurines et les boîtes à goûter Nirvana. L'esprit du groupe, ils l'ont bien retenu, mais c'était surtout pour qu'il reste loin de son nom pendant qu'ils l'utilisaient n'importe comment. Et je n'ai même pas parlé encore des colliers pour chien. Pour ma part j'attends avec impatience le fusil très courte portée série limitée Cobain avec canon scié spécialement taillé pour votre bouche et le kit seringue/cuillère/briquet pour ma figurine en résine 25 cm.
Arctic Monkeys : What else ? J’avoue avoir longtemps cherché les raisons du succès des Arctic Monkeys. J’étais en Angleterre à l’époque de la montée en puissance des tout jeunes Anglais avec leur premier single "I Bet You Look Good On The Dancefloor". Zappage à 2h du matin pour trouver un programme, pour finalement tomber sur CDUK et son classement des singles au lieu du somnolant snooker. Et encore aujourd’hui je me demande comment ce groupe a pu autant cartonner, avec un single fun mais au clip horriblement chiant. Singles accrocheurs, identité lad, jeunesse fougueuse… Bon d’accord. What else ? Rien ? Peu ou prou. Sûr est-il que l’on préfère nettement voir les Arctic Monkeys en tête des charts plutôt que James Blunt et autres Pussycat Dolls. J’ai arrêté de chercher pour ma part, autant pour The Libertines, sans adhérer aux éloges, je peux concevoir leur portée (avec une grande réserve.. hem hem), autant pour les Arctic Monkeys, leurs qualités sont bien évidemment à reconnaître, mais leur statut de nouveaux prophètes à l’accent cockney ?... Peut-être un élément de réponse va-t-il surgir grâce au second opus des anglais Favourite Worst Nightmare. Pour ceux qui avaient aimé Whatever People Say, That’s What I’m Not pour sa sensibilité sous-jacente sous les strates de guitare, les quelques mélodies finaudes témoignant d’une authenticité touchante comme sur le beau "A Certain Romance", la première écoute de ce nouvel album risque de s’avérer quelque peu difficile de prime abord. Les grosses guitares bien balourdes prennent ici encore plus le pas, rajoutant un lest sonore conséquent et notifiable comme sur le single "Brianstorm". Toujours pressés et toujours en-dessous des quarante minutes, ce nouvel album s’écoute, puis… Rien. On n’en retient pas grand chose, pas de grosses mélodies, pas d’étendard suscitant une folle envie de pogo, pas de montée d'adrénaline, tout juste un dodelinement de la tête. Musicalement Favourite Worst Nightmare sonne un peu mieux sur la longueur que son prédécesseur, mais manque cruellement de singles pour marquer les esprits. L’album passe à une vitesse fulgurante, si vite qu’on ne retient que quelques bribes sympathiques ça et là, même après plusieurs écoutes. "D Is For Dangerous" est je crois sympathique, "Old Yellow Bricks" aussi il me semble... Un des rares très bons moments de cet album est la chanson "Fluorescent Adolescent" où l’on y retrouve cet Arctic Monkeys qu’on aime, ce refrain et cette mélodie pop, ce granuleux timbre d’Alex Turner, ce délicieux accent qui sent le fish’n’ships, porte des survêts, va jouer au stade le dimanche, se rend au pub pour mater la Premier League et nous fait miroiter cette Angleterre génitrice de songwriters pop à la sensibilité mal cabossée. Ca doit être cela qu’ont vu ses milliers d’anglais et qui a hissé phallacieusement ce groupe de jouvenceaux sur les mêmes marches que les Jam ou les Clash, cette capacité à parler à l’Angleterre comme Ken Loach le fait avec ses films, et dépeindre par petites touches une histoire, une culture, une vision so british. Dommage que cela n'apparaissent que par intermittence pour les Arctic Monkeys. Cette culture de la pop que nos camarades d'outre-Manche embrassent sans trop de manière, et qui fait que lorsqu'en France nous avons Vitaa et Fatal Bazooka, les Britons eux ont les Arctic Monkeys ou Amy Winehouse. Arctic Monkeys - Favourite Worst Nightmare (Domino, avril 2007) Battles : Tribalisme 2.0
Ce qui est évident dès les premières notes, c'est la filiation Liars/Animal Collective. Un rapprochement qui s'impose immédiatement non seulement d'un point de vue géographique (ces groupes sont voisins de paliers, ou presque) mais aussi d'un point de vu sonore. On trouve dans Mirrored la même folie, la même quête de renouveau et d'innocence. A une différence près pourtant. Au contraire des premiers, la musique de Battles est bien souvent lumineuse et enjouée, même si complètement déjantée, et par opposition aux seconds, elle est parfaitement contrôlée, tout en gardant assez d'espace et de liberté pour respirer. "Rainbow" en est le parfait exemple. Mais surtout, par delà ses qualités intrinsèques, relevant principalement d'une habilité technique et d'une maîtrise à toute épreuve (qui aurait pu se révéler saoulante sur la durée), Mirrored contient un vrai tube, ce qui est assez rare dans le domaine de la musique d'avant-garde pour être noté. Cela explique certainement aussi son retentissant et inattendu succès médiatique. Je veux parler d'"Atlas" bien sûr. Un pur moment de folie frénétique et chamanique. Une ritournelle à la fois diabolique et innocente, grisante mais difficile, et pourtant, soyez sûr qu'après deux ou trois écoutes (qui vous laisseront certainement incrédule), vous ne pourrez plus vous en défaire et vous vous surprendrez à imiter les cris égarés de Braxton, ou à chantonner cette litanie exaltée. Ce qui nous amène à la dimension chamanique et tribale de Battles, dont les racines plongent bien évidemment dans le free jazz et par là même, dans l'héritage fantôme de l'Afrique, sa polyrythmie, sa sauvagerie, sa transe, illustrées entre autre par "Prismism", petit insère en forme de rappel séparant l'hypnotique "Bad Trails" et le très math "Snare Hangar" avec ses yodels pygmés. Enfin, Mirrored contient aussi de très belles "chansons", même si le terme peut sembler éculé pour décrire ses compositions dingos. On peut au moins dire que les Battles savent trousser d'envoûtantes mélodies. On pense à "Atlas" bien sûr pour son côté entêtant, mais aussi à "Race In" et ses faux airs d'Ennio Morricone, à "Tonto" et son intro délicate, à "Leyendecker", son rythme lourd, ses nappes, son chant extra-terrestre. Quant aux autres, "Race Out", "TIJ" ou "DDiamondd", ils dégagent une énergie et une folie rarement égalée sur disque depuis Funkadelic, Sly And The Family Stones, Sonic Youth, TV on The Radio ou Don Caballero. A ce propos, ceux qui auront la chance d'assister à ce déchaînement sonore, sur scène, le samedi 26 à la Maroquinerie, risquent bien de rester durablement scotchés puisqu'on annonce des concerts surpassant largement l'album. Ne ratez pas ça ! Quant à Mirrored, il est intégralement en écoute sur le profil myspace du groupe. Battles - Mirrored (Warp/Discograph, mai 2007) Battles en concert le 26 Mai 2007, le samedi de 19h30 à 21h30 à LA MAROQUINERIE, 23 Rue Boyer, 75020 PARIS. Invitations Showcase de The Bird and The BeeIl est temps de laisser tomber Nouvelle Vague pour écouter The Bird and The Bee. Une musique rafraichissante qui fait du bien au gosier et avec une bonne dose de soleil pour bronzer un peu (oui, vous avez une petite mine je trouve !). Pour vous donner une idée plus précise, The Bird and The Bee c'est le croisement presque idéal entre Nouvelle Vague et Au Revoir Simone. Ah oui et au passage, j'ai aussi une petite poignée de places pour le concert privé qu'ils vont donner mardi 29 mai ! Profitez-en c'est leur première date en France. Un mot doux ici et vous avez vos places pour deux personnes. www.myspace.com/thebirdandthebee La classe totale, le groupe vous attend avec sa voiture... Tou tout U2Ils déboulent en berline à travers les palmiers et les flash, mais où diable sont-ils ? A Cannes, ville du fric et du vieux. U2, dans son élément, y a donné un concert sur les marches. Grande première pour le Festival de Cannes, qui a vu son tout premier concert sur les marches le w-e dernier. On aurait juste aimé que Bono se gamelle sur celles-ci, au lieu de ça, il les as monté jusqu'au bout, personne n'a osé le croche-pattes ! Votez pour Hillary Clinton
City of Blinding Lights - U2 S'il faut se placer du simple point de vue musical, il faut bien sûr voter pour "Get Ready", chanson de Smokey Robinson écrite pour les Temptations en 1966. Sauf que nous parlons ici de politique, pas d'art, et qu'Hillary a été pas mal critiquée dernièrement pour avoir de façon assez transparente tentée de séduire la communauté noire alors que, soyons réaliste, elle ne battra jamais Barack Obama sur ce terrain là. KT Tunstall est aussi un choix que je déconseillerais à cause de rumeurs sur sa sexualité dans les journaux à scandale qui prêteraient le flanc à l'autre camp. Cette élection se gagnera au centre, mais on déconseillera fortement U2 car outre le fait d'être un choix ultra-convenu, il porte son lot d'ambigüités indésirables en la personne de Bono, grand pote de George W. Bush. Les Dixie Chicks par contre semblent un choix judicieux puisque après avoir été mise au ban pour leur prise de position contre le président sortant elles ont effectué un retour triomphal une fois que l'Amérique a rejoint leur avis. Elles jouent en plus de la country et sont de jolies jeunes femmes, bref elles envoient plein de bons signaux dans tous les sens, je regretterais presque d'avoir voté pour les Temptations. Tobias Thomas Lost The Beat
Réalisé à l'ancienne, sans fioritures, avec deux platines et une platée de vinyls (qui craquent et crachouillent parfois, quel bonheur !) au studio 672 à Cologne, haut lieu du son Kompakt, Please, please, please, est le troisième volume de la trilogie entamée avec Für Dich en 99. Rivé au concept d'ambient techno et d'atmospheric house, Thomas s'élève très haut dans les sphères du groove planant. Dès les dix premières minutes ("Butterfly Girl, Pantha Lost The Beat Version" de Pantha Du Prince, et "Was Ist Zuviel Zeit ? Dub" d'Adolf Noise) l'auditeur attentif (écoute au casque ou bonne hi-fi conseillée) est emporté dans une autre dimension. Les clochettes de Pantha, les borgnonymes en allemand d'Adolf Noise, les cliquetis, les nappes, l'espace sonore qui s'ouvre autour de vous et se referme dans une pulsation infinie : tout est mis en place pour accueillir le lent mouvement giratoire qui va progressivement habiter ce mix. Et Thomas sait y faire quand il s'agit de poser une ambiance. Langoureuse et nonchalante, mais aussi inquiétante (Krause Duo, Johannes Heil), les ambiances s'enroulent les unes dans les autres à la manière d'un trip psychédélique (Ricardo Villalobos), pour finir sur la pop électronique de Brant ("Last Night Dreamt That Somebody Loved Me", Ada mix) et Stella ("Dreams"). Et si vous y regardez d'un peu plus près, vous constaterez que le premier est en fait l'incarnation de Johnny Marr des Smiths et que les seconds nous gratifient d'une reprise de Stevie Nick de Fleetwood Mac. Je vous avais bien dit qu'il y aurait des surprises. Au final Please, Please, Please se révèle addictif et totalement hypnotique. La grande classe ! Tobias Thomas - Please, please, please (Kompakt/Nocturne, mai 2007) The ULTIMATE Medley ! Rien que ça.Dans ma philantropie sans bornes et dans ma peur que disparaisse un jour cet ultime bijou de l'immense bible Youtubesque, je vous fais part de mon plus gros "kiff" musico-visuel. Edité sur DVD (à ce qu'il parait !) et donc, j'imagine, bientôt retiré de Youtube sur demande de l'éditeur, sous vos yeux mesdames et messieurs, profitez donc de 8 min 50 de gang bang musical entre le roi de la funk, sa "family" et le public. Le temps de livrer avec fénésie quelques uns des plus gros tubes de leur repertoire, voila que Sly and The Family Stone montre en quoi il a été le plus grand "live band" du début des années 70. Déjà bien marqué par ses nombreuses addictions, Sly maitrise néanmoins sa voix avec perfection, en temoigne l'orgasme auditif offert à une jeune spectatrice a 4:00... Et puis mettre des lunettes que même Paris Hilton n'oserait pas porter, et avoir quand même l'air du mec le plus cool de la planète, y'a que Sly qui peut se le permettre... Quel plaisir aussi de voir une captation ou un réalisateur laisser un plan se dérouler plus de 3 secondes, en montrant l'essentiel, avec justesse et sans plomber l'affaire d'effets superflus (et pourtant on est dans les 70's !). C'est incroyable de voir à quel point des "clap clap", des "Yeah yeah" et des "Pom Pom POUMPOUM" peuvent être cinégéniques. Rien n'est laissé de côté, un bonheur aussi bien pour les oreilles que pour les yeux ! Tout ça pour vous signaler aussi que SLY AND THE FAMILY STONE REVIENT ! En concert en juillet à Paris ! J'ai quand même des doutes sur le fait qu'ils aient toujours autant de "funk appeal". Enfin... leurs contemporains, les Rolling Stones par exemple : ils ont rien perdu de leur superbe, eux... hein ? pas vrai ?! Merci à Siiimon pour cet article Du savoir vivre dans un pogo
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J'ai très rarement participé à des pogos. Je me considère comme une petite nature et je n'ai pas peur de crier mon amour pour Belle & Sebastian (ce qui fait de moi un centriste sexuel paraît-il) mais je ne dis pas non plus non systématiquement à un peu de sueur et de salive, m'arrêtant tout de même avant le sang. Le problème c'est que dans la plupart des concerts auxquels j'assiste les gens restent peu mobiles, ou bien ils dansent comme des idiots. C'est que si un groupe sur deux depuis quelques années débarque avec une variation du slogan "indie kids can dance too !", ces fameux indie kids eux n'ont pas vraiment appris à danser. L'an dernier un concert de TV On The Radio à l'Ubu fut une des expériences musicales les plus physiques que j'ai vécu, pourtant mis à part une jolie jeune fille avec qui nous nous sommes énervés un peu sur "Wolf Like Me", le public est resté dans sa bonne vieille habitude de remuer mollement en gardant le regard fixé vers le chanteur. Dans les rares occasions où ce public de coincés du cul et un autre plus remuant comme celui du métal se croisent, pour un concert des Queens Of The Stone Age ou d'Isis par exemple, le pauvre indie kid est souvent désemparé. S'il y a une chose qu'il sait cependant, c'est qu'on peut tout apprendre sur internet, aussi en prévision de la saison des festivals qui nous plonge souvent dans une foule disparate aux attitudes très différentes d'un concert à l'autre, voici une page Wikihow très complète de conseils pour votre dépucelage de pogoteur. Tant que vous y êtes vous pourrez aussi apprendre comment devenir punk et comment apprécier le Death Metal, deux savoir-faire sûrement très appréciables en ces temps de revalorisation de la valeur travail. Stephan Bodzin : La nouvelle kosmische
Mais "kosmische" vous l'aurez compris, c'est aussi "cosmique" en VF, et cosmique, la musique de Bodzin l'est véritablement. "Trancey" même, d'où certainement, l'affiliation facile au son Border Community, Holden/Fake, même si le bonhomme n'a vraiment de leçons à recevoir de personne. Et c'est bien normal, car malgré une relative discrétion dans le who's who house et techno, l'allemand est loin d'être un novice. Après des années passées à exercer ses talents de producteur pour des pointures comme Marc Romboy ou Thomas Schumacher, ce compagnon d'Oliver Huntemann, pour lequel il fait également office d'homme aux manettes, se décide enfin à privilégier sa carrière. Avec plus d'une dizaine de maxis parus l'an dernier sur des structures aussi variées que Gigolo ou Datapunk, Stephan Bodzin sort donc enfin un Liebe Ist... largement attendu par les initiés de l'électrosphère du monde entier. Précisons tout de même que ce spécialiste des faux départs a bien failli nous décevoir sur "Mondfahrt" et "Planet Ypsilon", les deux premiers morceaux pas vraiment emballant d'un album pourtant impeccable. L'exercice reste malgré tout intriguant dans sa tentative d'union de glitch electronica et de rythme 4x4, laissant entrevoir une véritable techno du 3ème type dont on comprend qu'elle ait séduite les amateurs de Border Community. Mais qu'à cela ne tienne, même les faux départs, Bozdin sait les exploiter à fond. Mieux, il en joue ! Il suffit de se laisser emporter par l'éponyme "Liebe Ist..." pour en prendre la mesure, une track aux nappes rappeuses dans laquelle l'Allemand tient son auditeur en haleine durant près de 6 minutes pour littéralement nous exploser la tête à la septième. Un exercice de saturation que le producteur semble apprécier puisqu'il bâtit une bonne partie de son album sur cette recette. Bozdin a d'ailleurs une façon bien à lui de développer ses titres, imposant une tension impressionnante plombée de basses roulantes, de nappes terrifiantes ("Fahrenheit", "Kerosene" - wouah !) toute en progression dramatique et en montée diabolique (voir "Turbine" le bien nommé). L'ensemble, on y revient, est clairement cosmique ("Luka Leon", "Meteor") et complètement trippé ! Globalement, on ne se lasse pas de le dire, Liebe Ist... est une des excellentes surprises de ce printemps, et croyez-moi, même s'il y en aura d'autres, gageons que cet album restera parmi les tous meilleurs de 2007. Et qui sait, un petit tour sur son profil myspace suffira peut-être à vous en persuader... Stephan Bodzin - Liebe Ist... (Herzblut/Cyber, mai 2007) Gravenhurst s'exhibe à la Maroquinerie
Feist : the beauty inside... Trois ans après le très réussi Let it die, revoilà la jolie canadienne Leslie Feist pour son troisième album, The Reminder. The Reminder ? Peut-être que la chanteuse veut nous rappeler qu’elle est bourrée de talent et dotée d’une voix splendide ? Ou bien pour nous remémorer pourquoi l’on a tant aimé Joni Mitchell ou Chan Marshall ? The Reminder ou bien tout simplement pour remettre sur la table une certaine idée du folk, un folk reconstruit à partir de ses bases, une musique simple étoffée et mis au goût du jour, loin des expérimentations freak-folk, plus proche de Billie Holiday que de Devendra Banhart. Dans la lignée de Let It Die, Feist déroule et fait ce qu’elle sait faire de mieux. Formule magique lui permettant d’invoquer les plus pures émotions sans jamais tomber dans le pathos ni dans le misérabilisme facile, la Canadienne s’affirme sur ce nouvel album. Les titres rythmés et catchy à la Belle And Sebastian ("I Feel It All", "My Moon, My Man") font leur effet pour à la fois attirer l’oreille et faire s’insinuer cette nuance mélancolique, ce petit grain de recul et d’auto-appréciation. Car à cela s’ajoutent des ballades, plus langoureuses, plus intimistes, comme le titre d’ouverture "So Sorry" qui invoque les œuvres de Cat Power ou bien comme sur "The Water" où l’émotion pure prend le dessus, sans déchet, sans habillage superflu. Ainsi, "The Park" remporte la palme, frêle, imposante et affreusement belle à pleurer. De l’écriture fine à son accompagnement lo-fi, ce bijou laisse à Feist la possibilité de pousser la voix pour mieux nous atteindre. Feist était accompagnée à la production par ses comparses Renaud Létang, Gonzales, Jamie Lidell et Mocky, l’enregistrement s’est voulu épuré et naturel presque dans des conditions de live. De touches gospel teintées d’une sensibilité et d’une justesse de circonstance, comme sur "Sea Lion Woman" ou "Brandy Alexander", Feist parvient à injecter diverses influences, créer une œuvre cohérente et à la fois évolutive empêchant l’ennui ou la monotonie, ou pire, la répétition inhérente parfois au lo-fi. Feist enrichit son The Reminder de ces vivaces hymnes élégiaques, aux contours tendres et souffreteuses, mais presque toujours rempli d’une empathie et d’un optimisme vital. Simple et modeste, mais à la portée universelle de par l’humilité de Feist, l’album est néanmoins marqué par sa présence inamovible. Une force douce qu’est cette Leslie, comme pour faire passer les vérités du monde au travers de sa musique, comme si elle s’adressait aux grands enfants que nous sommes tous, les sentiments universels dont nous avons tous conscience mais qu’il est bon de nous remémorer quelques fois. « One, two, three, four / Tell me that you love me more » C’est aussi simple que ça. Feist - The Reminder (Polydor/Universal, avril 2007) Von Spar : madeleine à la choucroute
Von Spar - Xaxapoya/Dead Voices In The Temple Of Error (Tomlab, mai 2007) www.myspace.com/vonsparBeastie Boys : la puissance de la fonk !Le nouvel album des Beastie Boys qui sortira bientôt sera instrumental et, au vu de cette première vidéo pour le titre "Off The Grid", c'est une excellente nouvelle ! Les choses commencent assez doucement avec un funk plutôt tranquille et chaleureux façon The Meters et gagnent progressivement en puissance pour finir en jam P-Funk d'une grande classe. En plus, comme toujours avec les Beasties, la vidéo est elle aussi très bonne, toute en classe et simplicité. Auraient-ils enfin trouvé comment vieillir ? Bonus : le morceau "Rat Cage" a lui aussi droit à une vidéo du même tonneau, un peu plus Meters, un peu moins Parliament : Ant-Zen/Hymen : Visiomentale
Mais comme les images sont souvent plus fortes que les mots, je vous propose de visiter les deux sites, Ant-Zen et Hymen, sur lesquels Stefan Alt propose de découvrir ses productions, musique et design, sous forme d'albums photos, de fonds d'écran ou de pochettes de digipack, particulièrement bien mis en valeur. Vous pouvez également visiter les profils myspace des deux structures afin d'avoir une idée plus nette de la musique proposée. Amateur de clickcrrr, de bruizzz, de crouick et de bjiiiiiizzz, à vos postes ! The View : nouveau mirage du rock écossais ?
Hats Off To The Buskers ne déçoit pas et s'affirme, en effet, comme le premier essai tonitruant et affreusement catchy d'un rock qui, depuis les Artic Monkeys, veut distraire, faire danser et sautiller, tout en essayant d'évoquer la réalité des cités anglaises. Dans ce registre, The View réussit pleinement son oeuvre, livrant pas moins d'une demie-douzaine de tubes instantanés, dont l'univers rappelle un croisement de Supergrass (pour la vélocité) et des Libertines (bien sûr), la poésie en moins. Sur "Jeans", le groupe fait ce qu'il y a à faire mais ne pourra jamais aller plus loin que de présenter quelques observations tirées de sa vie quotidienne : "I've had the same jeans on for four days now / I'm gonna go to a disco in the middle of the town / Everybody's dressing up, I'm dressing down". C'est encore un peu court pour rivaliser avec ses aînés, mais il y a une fougue sur des titres tels que "Skags Trendy", "The Don" ou "Claudia" qui vaut toutes les paroles du monde (ou presque). En contrepoint le groupe tente quelques titres plus lents et intimistes qui mettent en évidence un petit manque de densité ("Gran's For Tea", "Streetlights") mais toujours une belle sincérité. Hats Off n'est clairement pas l'album du siècle mais affiche suffisamment de bonnes intentions pour faire de The View un candidat sérieux au titre de meilleur groupe des festivals de l'été 2007. Nouveau fer de lance d'un rock ouvrier qui renvoie les Franz Ferdinand à leurs livres d'art, le groupe écossais marque le retour en force de l'esprit et de la culture lad en Grande-Bretagne, le rejet de tout intellectualisme et la poursuite d'un travail inconscient de construction d'une mythologie autour des clubs, des acides, des coups tirés à l'arrière des voitures, de Trainspotting... De The View à The Streets, il n'y a qu'un pas qu'on franchira allègrement. On paiera en tout cas pour les entendre une seconde fois. "He had a girlfriend she was very, very, very nice/Walks by him now, won't look at him twice" chante Falconer sur "Skags Trendy". Nous, si. The View - Hats Off To The Buskers (1965 Records/SonyBMG, mai 2007)
Madonna contre l'environnement
La chanson donc s'appelle "Hey You" et est disponible sur MSN. Le premier million est gratuit, les suivants seront payant mais les sous iront lutter pour l'environnement ou quelque chose comme ça d'une manière ou d'une autre. Pour ma part je suis content d'avoir fait partie du premier million ce qui m'évite ce dilemme cornélien : payer pour un morceau de Madonna ou voler une bonne oeuvre. C'est parait-il produit par Pharrell Williams, mais il s'est selon toute vraisemblance évanoui le nez dans une montagne de coke pendant qu'un ingénieur du son stagiaire s'est retrouvé à devoir enregistrer la musique en cinq minutes avant l'arrivée de Madonna. C'est soit ça, soit Pharrell est un agent infiltré des forces pro-effet de serre. Madonna elle, on le croit, est arrivée avec les paroles. J'ai été très déçu que ce ne soit pas celles qui ont fait le tour du net récemment, avec des vers excellents comme "The sun is shiiiniiiing/But the earth is whiiiniiiing" mais rassurez-vous, les vraies paroles sont du même niveau, pleine de trucs comme "hey you, just be yourself" et surtout à la fin "you must first love yourself/then you can love someone else then you have saved someone else". Des trucs passe-partout qui pourraient presque s'appliquer à n'importe quelle "grande cause" mais au final ne parlent de rien, ne disent rien et n'engagent à rien, surtout vis-à-vis de l'effet de serre. Ca pourrait peut-être par contre resservir dans un stage de recrutement pour la Kabbale, où des mots rassurants, des concepts flous et l'attrait glamour d'une star comme Madonna feraient des merveilles sur les esprits vulnérables que la secte de Madonna cherche à attirer. Arca : un doux remue-méningesIl est trois heures de l’après-midi. Mal de ventre, c’était trop de gras pour trop peu de patates. Les branches des arbres se soulèvent, poussées par un vent malingre. Ce n’est pas le bon moment pour écouter le dernier disque d’Arca. La musique des deux albums précédents le signalait déjà : à écouter la nuit tombée. A écouter faiblement. C’est une musique transparente, qui se fond derrière les vies humaines occupées à rêvasser.
Les rouages factices d’un orgue électronique, les cliquetis, les discours de la radio, les batteries jouées doucement comme pour ne pas perturber le voisin irrascible : On ne distinguait plus les têtes est un disque de peu, de petits orfèvres patients. Profonde, douce et maniérée, la voix de Sylvain Chauveau s’abandonne, comme perdue, sur les mélancoliques boucles de Joan Cambon. Ici tout transpire l’humilité, le vide des structures répétitives. Comme habit, ce serait une robe bien taillée dans une solide étoffe unie, gris perlé. Là c’est trois heures de l’après-midi, spleen de celui qui ne fait rien, celui qui ne se lève pas tôt pour occuper sa vie à cotiser pour une retraite méritée (à moins d'être emporté prématurément par un automobiliste pressé). Alors je suis peut-être mûr, moi aussi, pour comprendre ce disque d’Arca. Ca ne va pas bousculer mon circuit auditif, mais certainement chatouiller un peu du côté des histoires enfouies, des amours que l’on croyait pures – pauvres cons ! Peut-on admirer ce qui ne se voit pas ? Jamais les groupies ne se détruiront le scalp à écouter les morceaux d’Arca. Jamais la foule en délire ne s’enverra de fraternelles beignes lors d’un pogo au concert du groupe. Et pourtant, insidieusement, On ne distinguait plus les têtes frotte en ces endroits où d’autres, aveugles, ne viennent plus. L’espace de trois morceaux, "Laced By The Night", "7. Will Schneidmann" et "Sunday Negative", un nom ressurgit du passé : Piano Magic. Et les couleurs de jadis m’étreignent, je vois Lyon et la mort des espoirs, l’indépendance trompeuse de l’étudiant, la Place des Terreaux, si lisse les jours pluvieux. Il est trois heures largement sonnées. "Artists' Rifles" de Piano Magic. La fenêtre est ouverte. Le soleil enflamme le dessous blanc des feuilles. Arca – On ne distinguait plus les têtes (Ici d’ailleurs, mai 2006) Jacqueline Caux : Une femme au pays des machines mentales
The Cycle of The Mental Machine insiste particulièrement sur la fin des années 70, l'écroulement de l'économie américaine et la chute de Detroit, passée de Motor City triomphante à "Ruins City" galeuse et abandonnée par les riches blancs et les industriels affolés par les émeutes des années 60. On y voit aussi l'ascension de Motown et Berry Gordy, on y capte l'importance que la fameuse émission de radio du mythique "Electrifying Mojo", celui-là même qui propulsa le funk et la soul dans l'espace avec l'aide des tubes européens de Kraftwerk, Human League et Cabaret Voltaire, a eu sur toute une génération. Le film montre également comment les transports motorisés deviennent de plus en plus rapides, rendant les destinations lointaines plus accessibles, permettant de découvrir des environnements culturels nouveaux. On comprend l'impact très fort qu'on eu tous ces bouleversements sur de jeunes musiciens new-yorkais comme Afrika Bambaata, Grand Master Flash ou à Detroit, Juan Atkins, Carl Craig et Derrick May. Pour les Dj afros-américains, on le voit bien dans le film, l'idée même de voyage, de technologie, de futur, représentée par des albums comme Trans Europe Express de Bref, vous l'aurez compris, The Cycle of The Mental Machine est un futur classique. Un incontournable pour tous les curieux et ceux que l'histoire de cette musique passionne. Certains d'entre vous ont peut-être eu la chance de le voir le mercredi 25 Avril dernier ? Pour les autres, une rumeur annonce d'ailleurs sa sortie prochaine en DVD et je vous promets qu'on en reparlera bientôt sur Flu'. Stay tuned ! Invitations The Bishops
Le paraître sur Last FM
Je pensais que ça tapait bien dans le zeitgeist, que ça cartonnerait auprès de la génération Youtube à la manière de "Clément le no-life" mais je ne sais quoi m’a empêché à la dernière minute d’apprendre à écrire de la musique pour faire mon tube de l’été. Si je vous évoque ce passage embarrassant de ma vie c’est juste pour relativiser avant de vous pointer vers ce classement par la BBC des dix plus mauvaises paroles de chansons, forcément incomplet puisqu’il n’inclut pas plus Sham 69 ("If the kids are united/they will never be divided") ou Eminem ("I ain’t never seen an ass like that / The way you move it, you make my peepee go DOING DOING DOING") que les Red Hot Chili Peppers (beaucoup trop pour les mentionner ici). Oh et puis il manque aussi 50 Cent ("I love you like a fat kid loves cake") et puis Fergie bien sûr ! Et... il va falloir que je fasse ma propre liste. Mai 2007 : Un printemps en musique![]() Gros coup de flemme ou coup de vieux ? Je ne saurais vous répondre. Toujours est-il qu'aujourd'hui vous vous contenterez de parcourir avec moi la liste des nouveautés (magnifiques cependant) à paraître, ou déjà parues depuis quelques jours, et que je me ferais un plaisir de chroniquer pour vous dans... quelques mois... (je plaisante !) Allez, petit panorama de sorties qui méritent d'être citées, voir encensées sur nos pages, c'est parti. Nous l'attendions tous, il arrive presque par surprise, vous aurez bientôt droit à une chronique de Walls, le dernier Apparat qui relègue son prédécesseur (Duplex) au rang de sympathique oeuvrette croquignolette c'est dire (ok, j'exagère un peu). Suivront de près (ou avant ou après je ne sais pas) le nouvel album de l'extraordinaire (dans tous les sens du terme, "techno pas ordinaire" "artiste pas ordinaire", etc.) Matthew Dear from Detroit, avec son album Asa Breed, LA très belle surprise electro-techno du printemps. L'Allemand Stephan Bodzin n'est pas en reste avec Liebe Ist..., de la minimale mélodique et un poil trancey de très belle facture. Du côté de l'ambiant et de l'electronica, le finnois Anders Ilar nous offre Ludwijka, une nouvelle manifestation de son talent et de l'univers totalement transcendant dont il est le maître incontesté. Coup de théâtre, les Anglais de Two Lone Swordsmen reviennent avec Wrong Meeting, un album electro-rockabilly-new wave !! Oui, vous avez bien lu. On vous dira donc si ça nous a plu (ou non, à l'heure actuelle je ne sais pas encore trop pour ma part) et pour finir en beauté, tout de bruit et de fureur et pas du tout électro, voici qu'entre dans l'arène : Visqueen, visqueux virage vaseux (comprendre lent) et vasoconstricteur (comprendre écrasant) de Unsane ! Sans oublier les interviews prochains de Turzi, Von Südenfed et notre dossier "L'Etat de la pop en 2007"... Alors, c'est pas un beau printemps !? A bientôt ! Volta : Björk et les voyages organisés De la pochette de ce nouvel album de Björk, on ne parlera qu'un instant pour dire qu'elle pourra aisément rivaliser avec celle du dernier album de Miossec pour le concours de fin d'année. Pourquoi diable vouloir à tout prix se déguiser en bouteille d'Orangina, quand on a un physique si agréable ? Quelle chapelle arty peut proposer une telle débauche de couleurs sans risquer la peine de mort ? En ouvrant le livret pour ôter le CD, tout un chacun se demandera néanmoins si la musique qu'elle abrite correspond ou non au contenant. Rassurez-vous, NON. Volta est meilleur que sa pochette mais... juste un peu meilleur. Pensé comme un album plus spontané (et sans doute plus pétillant) que les précédents, Volta se veut le reflet d'une Björk, qui après avoir joué l'introspection, se rouvre aux autres et au monde. Medulla était une occasion pour la chanteuse de penser sa propre voix (ou voie, au choix). Volta est une ode aux sources d'énergie qui innondent la musique, un hymne au "Wanderlust", deuxième titre de l'album, et vieille notion germanique qui renvoie à la soif de découverte, au goût du voyage. L'Islandaise a roulé sa bosse pour composer ces 10 nouveaux titres, pour absorber à sa manière habituelle, quelques influences et partenaires extérieurs : depuis les rythmiques africaines et la kora du Malien Toumani Diabate, jusqu'aux basses du producteur Timbaland, en passant par quelques grappes de musique asiatique sur le sexy (et pas très bon) "I See Who You Are" ou les vocalises d'un castra d'opéra, Volta transforme tout en énergie naturelle. Björk est une profanatrice de sépultures du calibre de Madonna mais qui n'oublie jamais de refermer les tombes en sortant. Du coup, personne ne râle et personne ne crie "Au voleur". Björk a, depuis Homogenic, imposé sa méthode qui consiste à faire poser sa voix incomparable (et qui navigue selon les cas entre le sublime et l'insupportable) dans des décors classieux bâtis à grand renfort d'électronica d'avant-garde, de new-age symphony, ou de world classique. Avec Volta, elle semble quitter définitivement le plancher des musiques traditionnelles pour une bulle faite de musique et de publicité, où se côtoient des sons, de la musique, des chansons mais aussi des images-concept. Il n'est pas facile sur cet album de faire la part des choses et d'écouter les chansons sans se laisser pourrir l'esprit par des images de nature vierge, de féminité, des décors d'aéroports, de lofts hightech ou de magazines de mode. Volta porte les contradictions d'une époque qui élimine l'ancien monde (celui qui résiste dans un titre comme "Innocence") mais chante sa louange en permanence, un monde qui revendique un esprit de résistance et l'indépendance des Iles Féroé sur "Independance" ("Dont let them do that to you/ Raise your flag higher higher") mais enfante une sorte de soupe musique cosmopolite qui en est la négation par excellence. Volta alterne les titres sympathiques et relativement envoûtants, comme le joli et lugubre "Vertebrae By Vertebrae" aux boucles généreuses, ou l'efficace et politique "Earth Intruders", et des titres infects, roublards ou carrément ennuyeux ("Dull Flame Of Desire", dégoulinant, ou le creux et intimiste "My Juvenile"). L'esthétique panthéiste qui fonde l'art de l'Islandaise nous ramène, lorsqu'elle est enfouie sous tant de sophistication sonore - les albums de Björk ressemblent de plus en plus à des TP de producteurs qu'à des recueils de chansons - à une visite d'un établissement de type Nature et Découverte. L'ultrasincérité revendiquée (et vraisemblablement réelle) de l'art aboutit à un effet toc. L'intime débouche sur l'artificiel ; l'émotion sur un sentiment de rejet et de dégoût. Ce mouvement de recul est d'autant plus fort qu'on n'en finit pas de se laisser hypnotiser et envoûter par une voix qui n'a pas varié d'un cristal depuis les Sugarcubes. Du coup, on hésite entre se laisser appater, histoire de goûter au bonheur et au plein abandon, ou envoyer le tout valdinguer par principe. Volta est une oeuvre d'art qui épate par la richesse de ses moyens et la profondeur de ses intentions, mais une oeuvre d'art dont on ne peut s'empêcher de remarquer chaque coup de pinceau et dont le motif a, à l'arrivée, le rendu exact d'une image de synthèse. "A force de trop chercher le Beau, on s'en éloigne", écrivait Apollinaire. On est en plein dedans. Gemini : un foutage de gueule made in China ?
Tout commence avec la rencontre de nos deux protagonistes ... sur le net. Gabryl, jeune étalon français, guitariste, tombe sous le charme exotique de Suna, chanteuse d'origine chinoise, mais aussi écrivaine dans un registre érotique. "Ce ne sera pas qu'une peu ordinaire histoire d'amour". Je recopie ce qui est marqué dans le dossier de presse, c'est tellement beau. En 2005, lassé d'envoyer son énième démo aux maisons de disques françaises, Gabryl prend le pari de rejoindre Suna à Pékin pour tenter l'aventure musicale. Elle écrit les textes, il compose les musiques. Elle chante, il l'accompagne à la guitare. Le duo est né. Gemini se définissant alors comme un son rock teinté d'influences métal et gothique, sur des paroles en anglais et en chinois. Et puis, par on ne sait quel coup de baguette magique, ou poudre de perlimpinpin sortie de derrière les fagots, nos deux héros se voient propulser au rang de starlettes pékinoises en signant avec l'un des plus gros labels chinois (Zhushu Entertainment). Wow. Les miracles existent alors. Fin 2006, le duo vient à Paris pour faire un concert à la Boule Noire, "sans album, sans rien, juste pour tâter le terrain". Et c'est un succès. La presse s'empare alors de nos deux rockstars venues tout droit de Chine. Le magazine Rock One les interviewe. Michel Denisot les invite dans son fameux Grand Journal sur Canal Plus. La chaine aurait-elle flairé un filon intéressant avec la possibilité de s'ouvrir sur le marché chinois ? On se le demande. En tout cas, l'hypocrisie est de mise, de même que l'opportunisme flagrant de Gemini, frisant l'indécence. Tout ceci laisse présager de la dimension éminemment spontanée, naturelle, universelle, humaine, authentique et généreuse de Gemini, qui semble bien avoir répondu "yes Sir" aux sirènes du néo-capitalisme à la chinoise, à défaut de celles du néo-rock. Car il n'y a rien de "néo" dans le rock de Gemini, qui nous gratifie d'un son ordinaire, oscillant entre karaoké sensuel et pseudo riffs de guitare éculés, et en cumulant tous les clichés du groupe de rock à la fois dans sa musique et dans son attitude. Il n'y a bien que la Chine qui puisse nous renvoyer des caricatures de rockers 30 ans après, hyper-stylés, au look surfait et ravageur, dents blanches et carnassières, lunettes noires et sex-appeal, mais surtout biberonnés au succès asiatique fulgurant, et capables d'embraser des foules affamées, avides de soupes commerciales faciles à digérer, mais insipides. Je n'ai jamais aimé ce genre de biographie-guimauve, surtout quand elle colle aux dents et qu'elle inonde le cyber-espace, avec la même formule romantico-numérique resucée plusieurs fois. Même sur Wikipédia, on trouve la bio de Gemini. Rien de tel pour éveiller un essaim de doutes légèrement caustiques dans un coin de mon esprit. De plus, certaines parts d'ombre concernant leur formidable ascension sur le versant artistique m'ont laissée plutôt perplexe. En grattant un peu la couche de vernis rose bonbon enrobant le sujet, on découvre que Gemini est passé par un certain nombre de mains, notamment en France, et on tombe sur des noms comme OolfloO, alias Olivier Florio, compositeur de musiques de films, grâce auquel Gemini se voit brûler pas mal d'étapes relativement décisives dans la mise en place d'une carrière, puisque c'est lui qui leur a permis de signer avec Zhushu Entertainment. Nos deux compères seraient-ils donc frappés d'amnésie ou serait-ce un simple oubli dans leur dossier de presse ? Mystère et boule de gomme. L'album Personal Life sortira officiellement en France le 29 mai 2007, après avoir connu un succès foudroyant en Chine. Les 4 titres du CD promo que j'ai reçu ont largement suffi pour me convaincre. Et je ne suis pas du tout tombée sous le charme de Gemini. Même si la voix de Suna est très agréable à écouter, sensuelle et douce, la sauce ne prend pas et c'est péniblement que l'on s'extrait de cette pop caramélisée. "Star Dust" en devient carrément soporifique, dommage. Le titre phare "Personal Life" synthétise parfaitement l'univers de Gemini. Les grosses guitares saturées et le voile de noirceur enveloppant le tout, afin de rendre cet univers plus mystérieux, n'ont pas plus d'effet qu'un bon vieux titre d'Evanescence. Le remix de "Frère Jacques" dans le titre "Sealed Beast" est des plus croquignolets. Il fallait y penser. Le public chinois devait être aux anges. Et dire que la France est peut-être déjà en train de s'extasier devant un phénomène qui n'offre rien de nouveau, rien de transcendant, si ce n'est de la poudre aux yeux et une belle histoire d'amours cybernétiques sur fond de sex, drug and rock'n'roll à la sauce aigre-douce. C'est bien triste. Plus d'infos : (sujet proposé et écrit par Kyra) Rock Fujiyama ?!S'il est une chose à laquelle je n'ai jamais rien compris, c'est les guitar hero. Comment reconnait-on un bon guitar hero ? Est-ce qu'on est sensé compter le nombre de notes jouées à la seconde ou est-ce que ça n'a pas plutôt quelque chose à voir avec les cheveux ? Les cheveux ont vraiment l'air important. Un autre truc auquel je ne comprendrais sans doute jamais grand chose, c'est le Japon. Bref, je ne comprends rien du tout à cette vidéo. Et vous ? (merci à totom ! ) Alexei Borisov & Anton Nikkilä : Passeurs de frontières
Sur Where Are They Now, Alexei Borisov & Anton Nikkilä, les deux principaux artistes du label proposent à nouveau une réflexion originale sur l'union soviétique des 50's, son obsession pour la science et le progrès flirtant parfois avec la science-fiction, les balbutiements de l'informatique, la mondialisation... Leurs compositions empruntent à la muzak (ce qu'on appelle aussi "musique d'ascenseur") d'Europe de l'Est (l'hilarant "The Metaphysic Of Swing"), au free jazz ("Salute - A Children's Cinema Theatre"), à l'electronica, au psychédélisme tordu ("Engineer Strepetov's Curve") magma sonore en continuelle évolution que Borisov & Nikkilä mêlent et remixent, créant un vaste continuum d'ambiant tordu, de harsh noise ("Automated Management System fot The Seafood Industry", "Voimakassuolaita Voita"), electronica ("Georg Kargl"), de click'n'cut barré ("Late Night Loop") ou d'improvisations atmosphériques soulignées de spoken word en russe (comme sur ce "Léon Theremin", qui rend hommage au créateur de l'instrument du même nom, souvent considéré avec sa principale interprète, comme le pionnier des musiques électroniques). Bref, une musique (des musiques !) passionnantes et uniques, rappelant parfois Matmos par son indépendance, sa folie, sa personnalité et sa façon de passer toutes les frontières, d'affronter tous les genres. Where Are They Now, s'impose clairement comme un souffle d'air frais dans la production actuelle. Une réponse à ceux qui ne voient plus rien d'original dans la production musicale aujourd'hui. Anton Nikkilä, Alexei Borisov - Where Are They Now (N&B Research Digest/Metamkine) Seefeel : la réédition de luxe La réédition du premier album des Londoniens de Seefeel n'inspirera sans doute pas grand chose à pas grand monde. Depuis leur séparation discrète en 1996, les membres du quatuor anglais n'ont pas donné beaucoup de nouvelles : Mark Clifford a sévi pendant quelques années sous le nom de Disjecta and Woodenspoon, son compère Daren Seymour a livré quelques obscurs remixes et la chanteuse Sarah Peacock a continué le boulot dans des franchises de quatrième division dont la dernière en date se nommait The Gemma Ray Ritual and Shimmering Beasts. Cette mystérieuse sublimation de ces quatre musiciens (guitare, basse, batterie et chanteuse intermittente donc) ne doit pas faire oublier qu'entre 1993 et 1996, les Seefeel ont aligné un parcours quasi parfait en trois albums dont le principal apport aura été, avant l'heure, de marier le rock bruitiste tendance shoegaze et les musiques électroniques (ambient en particulier).D'une certaine façon, et c'est ce à quoi nous ramène la luxueuse réédition de leur premier album Quique, les Seefeel sont parmi les pères fondateurs d'un mouvement qui compte aujourd'hui en ses rangs des groupes (toujours discrets mais estimés) tels que Hood, Boards of Canada ou Mogwai. Le groupe apparaît ainsi quelques mois après la sortie du second album de My Bloody Valentine, Loveless, son seul et véritable prédécesseur, sur le label Too pure. Venus du rock, les Seefeel choisissent avec Quique de mélanger une base instrumentale rock et une électronique d'avant-garde, cherchant à imiter les gazouillis d'une nature mélancolique. Alors que les Ride mûrissent, au même moment avec le grandiose et ultrapuissant Going Blank Again, les Seefeel accouchent d'un album délicat et tout en sourdine. Quique est un album apaisé, un brin monotone mais qui regorge de belles surprises sonores si l'on se prête au jeu de l'hypnose et de la répétition. Le premier titre de l'album, "Climatic Phase", donne assez bien le ton en quelques 8 minutes et 25 secondes, lesquelles évoquent avant l'heure le travail qui viendra de groupes comme Orbital. "Polyfusion" n'est pas sans rappeler "The Eternal" de Joy Division par sa lenteur funèbre. Les titres suivants s'appuient sur ces mêmes solides fondations rythmiques pour déployer des mélodies serpentaires et parfois presque dansantes, entre New Order ("Industrious") et Aphex Twin ("Signals). Quique, dont la réédition livre, sur un second disque, quelques remixes et 3 titres inédits, est un album épatant tant pour sa valeur intrinsèque que pour ce qu'il porte sur lui de promesses historiques. Loin du radicalisme de My Bloody Valentine, il ouvre une voie peu connue où le mélange du rock et de l'electro s'est fait en paix et sans éclairs, sans fracas, ni souci de saccager l'existant. Les deux successeurs de Quique, moins intéressants de ce point de vue mais tout aussi aimables, verront la bascule définitive du groupe vers l'electro. Le groupe voyagera sur le label Warp et oubliera son passé de guitares pour s'abandonner au langage des machines. Seefeel - Quique (Too Pure, mai 2007) www.myspace.com/seefeelmyspace
Tires Larmes
Je crois personnellement, sans avoir aucune étude sur laquelle m'appuyer, qu'il arrive à une poignée d'entre nous à un certain moment de notre développement de voir d'un coup à travers le ridicule d'une culture pleurnicharde et qu'une fois qu'on l'a vu, on ne peut plus l'oublier. Soit alors on se détourne de l'art basé sur l'émotion, soit on recherche cette chose rare, une forme d'art qui peut faire appel à nos plus bas instincts sans ridiculiser ni celui qui le fait, ni celui qui l'écoute. La chanson qui fait chialer avec élégance. Manque de pot, on a tous des critères bien différents et si la moitié de ceux qui me lisent ont tout de suite pensé aux Smiths, l'autre moitié pense maintenant à combien leur préciosité est ridicule. Pour certains donc ce sera la distinction aristocratique anglaise, pour d'autres un vieux cow-boy bourru ou encore un proto-emo-kid lo-fi. Pour beaucoup ce sera un peu de tout ça, mais chacun aura son avis bien déterminé sur qui est ridicule et qui ne l'est pas, tandis que ceux qui ont laissé tombé la musique qui ne considère l'émotion que comme un dommage collatéral, nous sommes tous des idiots. Bref, il n'y a rien de plus subjectif que la chanson qui fait chialer, et c'est pour ça que cette liste des 25 chansons les plus exquisément tristes de Spinner est si inégale. Pour ça et parce qu'on y trouve ni Gram Parsons ni Neutral Milk Hotel, qui sont les seuls tireurs de larmes dignes de ce nom. 40ième numéros de Musiques et Cultures Digitales
Au sommaire de ce numéro 40, des articles de fond, compte rendus, chroniques et réflexions autour du dernier album d'Amon Tobin, du retour de Prince Charming et du mythique label electro-dub-illbient new yorkais Wordsound, du minimalisme deep de Floating Mind, du "white" label digital consacré à la musique expérimental électroacoustique 7hings, sans oublier une vaste rétrospective des activités d'Heretik, et de nombreuses informations sur le monde des fanzines (Feardrop), de l'art vidéo, de la SF, de l'édition musicale (nombreuses chroniques disque) et du spectacle (l'incontournable agenda). M&CD est disponible par abonnement au prix modeste de 18 € par an, ou dans des lieux emblématiques comme la librairie du Palais de Tokyo, Le Cube (Issy-les-Moulineaux), la bibliothèque publique d'information du Centre Beaubourg ainsi que sur les différents festivals partenaires (Nuits Sonores, Elektro Circus, Nuit Bleue, Sous la Plage...). Pour plus d'infos, extraits d'articles et abonnements n'hésitez pas à vous rendre sur le site http://www.musiquescd.com/ Loco Dice et Jamie Jones : After animals
Loco Dice et Jamie Jones, DJ's rois de l'after ? Incontestablement ! Et mettez vous à leur place. Après une nuit longue comme une plage d'Ibiza, passée à vous faire danser les bras en l'air, difficile de pousser plus loin que les 115 bpm (maxi) offerts par ces deux princes du dancefloor langoureux. C'est tout le paradoxe des spécialistes de l'after : avec eux vous danser mollement, mais il n'y a vraiment qu'eux pour vous mener jusqu'au bout de la nuit. Certainement la meilleure façon de finir une semaine, oh combien difficile... Commençons par Loco Dice ("Loco, loco") aka Dice Corleone. DJ et producteur allemand, il commence sa carrière comme DJ Hip-hop à Düsseldorf dans les années 90. Cosmopolite ? C'est le moins que l'on puisse dire. Né en Tunisie, Dice porte un nom italien et passe la majorité de son existence à Ibiza, quand il n'est pas au Etats-unis, au Royaume unis ou en Suisse. Invité par le fameux Festival Time Warp, "El Dice" impose sa patte inimitable sur une double sélection mixée, qui, si elle n'est pas révolutionnaire, ne se laisse pas moins écouter avec plaisir. Sur le premier CD, difficile de résister à l'envoûtement de cette saga house trippée, matinée de jazz et baigné d'écho dub hypnotique, une sélection impeccable et pas fatigante relevé d'épices (son fameux "A Chico A Rhytmico", qui se termine en beauté sur le magnifique "Collaboration Alpha" de Suburban Knight. Désireux de rendre compte de l'ambiance de Time Warp, l'action se précipite sur le deuxième CD. Loco Dice y liste Spektrum, Plastikman, Baby Ford, Kevin Sauderson, Abe Duque et Audio Werner, ça pulse, ça groove, ça chauffe et on ne boude pas notre bonheur. De son côté, l'anglais Jamie Jones a l'honneur d'ouvrir pour le second volet de Get Lost sur Crosstown Rebels, le label du gourou Loco Dice - TDK Time Warp (Time Warp TDK/La Baleine) www.myspace.com/locodice Le punk pour les nuls
Pierre Mikaïloff - Le Dictionnaire Raisonné Du Punk (Editions Scali, mai 2007) Wilco, même pas au bureau Il y a une demande, bien compréhensible, pour une musique inoffensive, incolore et inodore pour les adultes responsables qui veulent quelque chose à écouter au bureau que leurs collègues tolèreront. C'est ce qui explique en grande partie le succès de Norah Jones ou de Moby. Wilco en a toujours été très éloigné, même avant que Jim O'Rourke y ammène toutes ses idées avant-gardistes, les sentiments dans la country, la folk et la pop relativement traditionnalistes des premiers albums du groupe étaient loin d'être apaisés, et les arrangements étaient toujours à la limite de l'écroulement, du bordel complet, un truc piqué chez les Replacements. Il n'y avait donc aucune raison pour que même après que Jim O'Rourke soit repartit avec ses idées Wilco se convertisse en groupe de rock pour bureaux, salle d'attentes et tous espaces publics. Même l'âge n'excuse pas tout.Sky Blue Sky me fait presque regretter d'avoir usé mes superlatifs catastrophistes à la catastrophe pour le dernier Modest Mouse, me fait même douter de mon envie d'aller assister à leur concert du Primavera Sound à Barcelone (où, normalement, je serais) alors que j'avais fait tant de route il y a quatre ans sans le regretter un instant rien que pour aller voir Wilco. J'éxagère sans doute un peu, peut-être parce que j'aime tant leur passé : il y a de bons moments dans Sky Blue Sky, surtout quand le phénoménal guitariste Nels Cline trouve la place où s'exprimer, même si cela ne se fait jamais sur un truc de dingue comme la rythmique Kraut de "Spiders (kidsmoke)". "You Are My Face" ne dérangera pas vos collègues, mais la chanson renferme quelques bonnes idées bien cachées, et le piano de "Either Way" est magnifique. Bon allez, "What Light" et "On And On And On" sont pas dégueu non plus, mais c'est pas folichon non plus. Je caricature aussi quand je laisse entendre que le groupe n'a jamais été du genre qu'on peut écouter au bureau : sur tous leurs albums il y avait de ces morceaux qui pourraient passer partout. Sauf qu'alors ils avaient une grâce qui manque cruellement à cette fade bouillie sonore qui ne prend même pas la peine d'être ratée correctement. Car si on peut pardonner à un artiste de se planter en visant trop haut, ou trop à côté, Jeff Tweedy vise trop bas. On dirait qu'il n'essaye même pas. Je n'ai pas trop suivi toute l'histoire de son addiction à différents médicaments, mais pour trouver une analogie clinique, ce disque ressemble à l'oeuvre d'un dépressif qui, après avoir connu une période de hauts et de bas toujours plus extrêmes prend maintenant bien sagement ses médicaments et n'est plus que l'ombre de ce qu'il était avant la maladie, un être au tempérament égal en toute circonstance. C'est sans doute mieux pour lui et son entourage, mais on ne peut pas dire qu'il soit de bonne compagnie. Et si vous avez besoin de ce genre de disque au bureau et que vous en avez marre de Norah Jones, M. Ward fait la même chose en bien. Wilco - Sky Blue Sky (Nonesuch, mai 2007) The Fall VS Von Südenfed : Dancing Mark E. SmithC'est dans les vieilles baskets qu'on fait les meilleures soupes ! Est-ce la fréquentation assidue des allemands Mouse on Mars pour son side-project Von Südenfed (sortie prévu fin mai), qui rend Mark E. Smith, le tenace leader de The Fall aussi heureux ? Le fait est qu'il n'a jamais semblé aussi en forme qu'aujourd'hui. Malgré Reformation Post TLC, un dernier album décevant, le mancunien fait la couverture du très pointu magazine The Wire pour Von Südenfed et on en vient déjà à se demander si le meilleur album de The Fall de 2007 n'est pas justement Tromatic Reflexxion. Quant à "Reformation", album raté ou pas, reste que cette vidéo présenté simultanément sur Youtube et sur le site (un)officiel du groupe, ne peut que faire sourire les amateurs. On y voit "le Grand Mark" ("I'm am the Great MES" comme il le chante au sein de Von Südenfed) danser, déambuler et faire le pitre, offrant pour le coup une image totalement à l'opposée du légendaire acariâtre de service que l'on aime voir en lui (avouons-le). Une image confirmée par l'interview exclusive que nous a accordé Jan St Werner de Mouse on Mars, dans lequel il nous dit tout sur la création de Von Südenfed et la participation de Mark. Interview que nous publierons très prochainement. A bon entendeur... Presque tout sur Luc Ferrari
Soirée spéciale Luc Ferrari, vendredi 11 mai (demain) à partir de 19h30. Au programme : Projection de "Luc Ferrari face à sa Tautologie", un film de 52 minutes de Guy-Marc Hinant et Dominique Lohlé, suivi de "Morbido Symphonie inachevée" (2005), une création mondiale par l'ensemble Ars Nova et pour conclure, "Après Presque Rien" (2004) également suivi d'une projection de "Presque Rien avec Luc Ferrari", un film de 50 minutes de Jacqueline Caux. Le tout à l'Auditorium de Saint Germain des Prés, 4 rue Félibien 75006 - (métro Mabillon ou Odéon) Certains parmi vous connaissent certainement le travail de Luc Ferrari (1929 - 2005). A ceux qui sont étrangers à son oeuvre, sachez que ce grand compositeur électroacoustique fut le quasi-inventeur du field recording (ce qu'il nomma la "musique anecdotique"). Artiste hors-normes, pluridisciplinaire, à la fois de son époque et intemporel, rebel et reconnu comme tel. Luc Ferrari était un passeur, un manipulateur de son, un grand humoriste et un séducteur comme on en rencontre peu dans le milieu très fermé de l'électroacoustique. Il participa très tôt à l'élaboration de la musique concrète avec Pierre Schaeffer et le G.R.M. (Groupe de Recherches Musicales) entre 1958 et 59. Il rencontra quelque temps plus tard Edgar Varèse et fut professeur de composition à Cologne en 1965, puis de musique expérimentale à Stockholm (entre autre, car faire la biographie d'un homme tel que Ferrari demanderait d'y consacrer un article entier). On peut dire que son héritage est toujours bien vivace chez des artistes contemporains de l'electro sphère aussi diverse que Scanner, Matmos, Fennesz, Mika Vanio, Taylor Deupree et j'en oublie...) Kalabrese : Minimal Rumple Funk
Son truc à Kalabrese ? Une battucada au ralenti, une salsa alanguie, une bossa épuisée. Le son est organique, les vocaux (particulièrement sur "Oisi Zuekunft feat Da Mezga" qui ouvre l'album) sont toujours là pour hypnotiser, ajouter ce petit "truc en plus" qui vous emmènera, les yeux fermés, collé/serré jusqu'au bout de la nuit. Ici pas de montée tuante, pas de réacteur d'avion, on n'est pas à Ibiza. Avec Kalabrese, tout est affaire de classe et de retenue. Son funk électronique ultra chaleureux est rempli de l'écho des vrais instruments qui composent sa musique : trombone, basse, batterie, trompettes, multiples percussions, claviers et bien sûr, synthétiseurs. Le tout chavire à l'envie dans une symbiose quasi-parfaite d'électronique et d'analogique, sans oublier la deepness indispensable à l'extase. A ce propos le titre dans lequel intervient la diva Kate Wax ("Not The Same") est exemplaire avec son rythme hypnotique ultra-répétitif et le boom boom de la basse doublée de la voix de Guillermo Sohrya "poo poo poo poom poom". Un véritable festival chamanique de sept minutes, pur moment de transe organique. "Let it go, let it flow" dit-elle, et c'est exactement ça. Et tout l'album est de cette trempe. De "Deep" le bien nommé, à la pop éthérée et sensuelle de "Hide Heat", magnifique avec ses riffs de guitare qui se balancent au dessus du vide, ou encore le néo-folk aux sonorités africaines de "Heartbreak Hotel" ("I'm a prisoner in my own heartbreak hotel") sans oublier les pièces minimales étranges comme ce "Hou Anthem" miniature ou les tourbillons sans fin de "Aufm Klo", "Lose My Chair" (porté par une trompette que n'aurait pas renié Miles Davis) et un "Body Tight" perfusé au dub, qui paie royalement son tribu à l'île des Caraïbes. Rumplezirkus n'est pas un disque de techno donc, il s'inscrit plutôt dans une démarche parallèle, à la manière de Kate Wax ou d'Isolée sur son très beau We Are Monster d'il y a deux ans. Comme le dit Da Mezga dans sa parfaite introduction pour cet album ouvert, qui plaira autant aux malades du dancefloor malin qu'aux amateurs de jazz pointu : "Where the Future ? It's not the present, it's not the past, it's the future". Souhaitons-le, en effet, que ce genre disque soit "the future". Kalabrese - Rumplezirkus (Stattmuzik/Nocturne, mai 2007) Lo-Fi Fnk : mix à la Flèche d'Or et au ShowcaseJe me souviens, c'était l'été dernier en pleine nuit devant MTV2. Entre deux siestes sur le canapé, je tombe sur ça. Ca, c'est le clip de Lo-Fi Fnk, duo d'origine suédoise qui officie dans la bonne électro clubbing. Un peu rave, un peu euro-dance., voire un peu trop. C'est d'ailleurs ce trop qui m'a tout d'abord rebuté et brusqué alors que je somnolais. Finalement, j'ai été séduite, c'est p'tet leurs allures de minets, le petit marcel blanc, ces tâches de peinture à la Pollock et leurs gestuelles maniérées ?! Quoiqu'il en soit, "Wake Up" s'est hissé au 1er rang de mon top titres de l'année 2006 et depuis je porte aussi des marcels...damned. Ah oui et le but de ce post, c'était quand même d'annoncer qu'ils seraient en mix ce soir à la Flèche d'Or, à partir de minuit et vendredi au Showcase. Lo-Fi Fnk à la Flèche d'Or (Paris, 75020) Jeudi 10 mai à partir de minuit au Showcase (Paris, 75008) Vendredi 11 mai Malcolm Middleton : la moitié rock d'Arab Strap ?
A Brighter Beat s'appuie sur une ouverture impeccable et programmatique : "We're All Going To Die", titre splendide, bringuebale une conception sinistre de l'existence puis le très dynamique "Fight Like The Night", tube potentiel au mouvement quasi disco, agite le tout de hargne et de colère. Middleton chante haut et fort et s'accompagne de mélodies électriques qui rappellent l'indie rock américain plutôt que la pop anglaise. Les textes parlent de solitude et d'incapacité à être humain dans un monde de foules. Les filles partent et les hommes restents seuls. Le résultat est souvent déchirant, entre affliction et suicide, mais toujours servi par une exposition lumineuse. "Now they've gone and left us, and we're not here/Just the ghosts of the people they once held dear", chante Malcolm sur le titre éponyme. "Death Love Depression Love Death démarre lui aussi doucement avant de virer punk sur son dernier tiers. Four cigarettes apaise son monde dans un registre slow pop avec crescendo lyrique : autre tube potentiel. Fuck It I Love You marche sur les terres du patron. Middleton décrit les affres du couple mais reste bien en-deça des textes de Moffat. Ici, la litote est de mise mais on s'en contente : "Fuck it, I love you/There you go./Three little words on a mobile Phone" annonce le départ, refermé sans joie sur cet autre extrait "When are you comin' home?/Don't want to be alone". Cette absence de frontalité et de crudité verbale dans l'évocation de la souffrance est finalement ce qui tient Middleton à distance de ses anciennes activités. A Brighter Beat confirme la part essentielle de son écriture dans l'équilibre mélodique d'Arab Strap, son sens de l'escalade harmonique et l'immensité de son talent. Si les déjà-nostalgiques (dont on est), ne peuvent s'empêcher de comparer A Brighter Beat aux disques du groupe écossais et de trouver ça moins bien, il faudrait être sourd pour ne pas considérer que le final "Superheroe Songwriter" est une chanson épatante aux faux airs de "There Is No Ending". Disque fin et habile, A brighter Beat est un compagnon de solitude et de déprime incomparable. Pour la petite histoire, dans une interview, Middleton expliquait qu'il concevait la musique comme un moyen de soigner le mal (la peine) par le mal (la plainte). Lui qui a déclaré ne plus supporter le grand barnum qu'était devenu Arab Strap et "l'immense responsabilité de faire mieux sur chaque album" (remarque qui fait sourire quant on connaît l'audience plutôt confidentielle du groupe) revient presque au point de départ : le rock s'entend ici comme l'histoire d'un homme et d'une guitare qui joue du coeur brisé. Malcolm Middleton sera le 14 mai au Nouveau Casino à Paris.
WoO : Mobile phone secret noises
On pourrait rapprocher cela des travaux de Scanner alias Robin Rimbaud, cet artiste anglais hors normes, qui utilise la captation de signaux radio comme matière première pour ses compositions ambient electronica. Pour cela, Scanner capture et détourne des conversations au téléphone, des émissions radiophoniques, ou les fréquences interdites de la police ou des pompiers sur un "scanner" digital. La différence cependant, c'est que WoO n'enregistre pas d'émissions, il n'enregistre que le grésillement, le bruissement de l'air traversé par les interférences de nos gadgets communicants. Le résultat ? N'allez pas croire que c'est inaudible, au contraire. Etonnement, ces champs d'informations, de bits et de données voyageant sous formes d'ondes et sont étrangement mélodieux. Apaisant même. Mobi Rock est ainsi parcouru de vagues de sons rassurantes, micro-mélodies, glitch-noise et séquences electroacoustiques harmonieuses. Le chant de la ionosphère en quelque sorte. Plus concrètement, Mobi Rock pourrait être rapproché d'Apparat, de Tarwater ou d'Oval & Microstoria, voir même de Jim O'Rourke dans ses oeuvres les plus abstraites. Pour résumer, on pourrait dire de Mobi Rock que c'est un peu "From Belgrade with noise" mais tout en douceur. A écouter la nuit, près d'une grande baie vitrée en regardant les lumières de la ville. Et comme tout ça est un peu théorique, allez donc faire un tour sur le passionnant profil myspace du bonhomme. WoO - Mobi Rock (RX:TX/Chic-a-Chic, mars 2007) Fonoda : des gremlins ?
Avec leur second album Eventually (un titre qui sonne très variétoche par chez nous, mais passons) ils prennent donc les choses là où le quintet de post-rock écossais les a laissées il y a longtemps. En apportant un peu de cuivres, en insistant moins sur l'influence du shoegaze et en se souvenant de Slint, Fonoda pond le disque que Mogwaï aurait du faire il y a des années s'ils avaient regardé plus loin que le bout de leur chaussures. Il y a cependant un peu plus chez eux que les rejetons du combo écossais. Il y a la voix de Daniel Buekner de Squares On Both Sides sur une paire de titres dépressifs, il y a une souplesse dans les morceaux qui peuvent évoluer de la quasi-pop au métal entre deux passages plus évidemment post-rock. Pas forcément des endroits où on aurait imaginé Mogwaï aller, mais surtout pas des endroits où on imagine Fonoda s'enfermer. Fonoda - Eventually (Büro/La Baleine, mars 2007) Soulsavers : It's not how far you fall it's the way you land
L'album s'ouvre sur un titre somptueusement lascif (et gospel) "Revival" dont la douceur est immédiatement balayée par les âpres "Ghost Of You & Me" et "Paper Money". Les titres de It's Not How Far You Fall It's The Way You Land tombent alors comme les séquences d'une bande originale de film, reposant sur des structures atmosphériques et planantes qui ne sont pas sans rappeler les boucles élégantes et simples du Dead Elvis de Death In Vegas. C'est vers ces groupes phare tels que Massive Attack et Death In Vegas que semble s'orienter l'inspiration du duo, agitée de collaborations discrètes mais assez hétérogènes : Will Oldham (le François Berléand du rock - impossible de sortir un disque sans qu'il chante dessus) ou Jimi Goodwin des Doves passent la tête. Oldham intervient notamment pour un titre singulier : la reprise multivoix du "Through My Sails" de Neil Young, rendue parfaitement ici. L'album se clôt sur un lourdaud et country "Jesus Of Nothing" avant de s'élever une dernière fois sur "No Expectations". Pétri de bonnes intentions, It's Not How Far n'est pas un album révolutionnaire mais un album qui fait un bien énorme et parvient tant bien que mal à accoucher d'une transmusique nouvelle, faite de rock, de folk, de soul et de hip-hop. Il n'y a guère que les touches bluesy qui dénotent ici et tirent l'ensemble vers le bas. En tout état de cause, l'album (modeste) des Soulsavers est un album dont on aurait dit, il y a quelques années, que son ouverture d'esprit est étonnante et particulièrement agréable à l'oreille, ce qu'on réaffirmera, sans hésiter, quelques années plus tard, et après en avoir écouté des bien pires et quelques meilleurs. www.myspace.com/soulsavers Architecture où ?Posté par 2goldfish le 08.05.07 à 12:55 | tags : disques de l'été, pop, rigolo, vidéos musicales, youtube
Vous éprouvez peut-être comme moi ces jours ci une envie de vous éloigner de la civilisation. Ou au moins de vous exiler en Australie. A défaut d'en avoir le courage et/ou la bêtise, vous pouvez toujours regarder ce nouveau clip d'Architecture In Helsinki pour leur chanson "Heart It Races". La première fois que j'ai entendu ce morceau, c'était avant vous, dans une toute petite salle de concert au bord de la Mayenne, qui avait vraiment l'air perdue au milieu de nulle part. C'était selon le groupe l'endroit le plus beau dans lequel il avait jamais joué et, pour fêter ça, il allait jouer pour la toute première fois son nouveau morceau. Tout n'était certainement pas en place et la chanson n'avait certainement pas l'air à la sienne dans le concert entre toutes les symphonies de poches schyzophrènes d'In Case We Die. Aujourd'hui, seule et fière, "Heart It Races" est à sa place. C'est nous qui nous nous demandons si nous sommes à la notre. Allez donc faire un tour sur le myspace du groupe pour y entendre toute une série de remixes presque tous excellents d'Heart It Races. DJ Vadim : Fume, c'est du russe.
Depuis, après The Art Of Listening pour être précis, DJ Vadim a quitté Nunja Tune pour rejoindre BBE, a drivé son projet One Self en compagnie de son épouse Yarah Bravo et de Blu Rum 13, pour finir par sortir, enfin, ce Soundcatcher (The Soundcatcher) tant attendu. Vadim on le sait, est un maître es-mix, son talent pour nous faire voyager au gré des samples, des cuts, des scratchs et de beats n'est plus à démontrer. Mais après sept ans, nous attendions légitimement un peu de nouveauté. Et bien personne ne sera déçu par ce Soundcatcher qui réussit l'exploit de rester dans le domaine longtemps arpenté par le Russe, tout en proposant d'autres horizons. Le dub pour être précis, sera l'objectif numéro un de cet album, à la fois retour aux sources de cette musique (la Jamaïque des années 60/70 berceau du hip hop) et pincé d'épices destinées à relever la sauce, histoire de voir aussi, si "a journey into the sound with DJ Vadim" le fait encore mieux agrémentée d'un soupçon de ganja (voir la fabuleuse intro dubwise de "Fear" feat Emo & Syrus ou "Watch That Sound" feat Emo). La soul également, comme continuité logique de ce que proposait le couple sur One Self, dans un format chansons toujours gorgé de groove (comme sur le très beau "Black Is The Night" feat Katherin Deboer). Le grimme est aussi présent (difficile de l'ignorer aujourd'hui, force est de constater que c'est un peu "l'abstract" de notre époque) avec des titres comme "Ballistic Affairs" (feat Skinny Man, Singa Blinga et Killa Kella) et le hip hop bien sûr, genre roi du russe blanc ("Got To Rock" feat Zion, "Soundcatcher" feat Abstract Rude). Quoiqu'il en soit, et malgré ces nombreux featuring qui auraient pu disperser le propos, les connaisseurs et amateurs reconnaîtront immédiatement le "son Vadim". Cette manière si particulière d'enchaîner les ambiances, de choisir les samples, qui rappellent presque 10 ans après, les moments épiques de l'immense The Art Of Listening. Aisance, chaleur, diversité, plaisir, The Soundcatcher s'il n'est pas le disque de l'année (un bien grand mot de toute façon), a tout d'un grand et garantie en tout cas un très bon moment. DJ Vadim - The Soundcatcher (BBE/PIAS, mars/avril 2007) Retrouvez The Soundcatcher, en écoute sur son espace myspace et des extraits sur les Radio Flu ! Il y a des jours comme ça...... on se sent vide. "Ich habe keine lust" (je n'ai plus de désir, littéralement "plus envie de rien"), "Mir ist kalt, so kalt" (j'ai froid, si froid). C'est un peu l'ambiance aujourd'hui. Désolé. Rammstein - "Kein Lust" Pi en musique
Je vous parle de ça parce que je suis tombé sur ce site qui propose quelques versions musicales de Pi et de quelques équations célèbres. Le principe est simple : on associe à chaque chiffre de 0 à 9 une note aléatoirement, puis on joue le chiffre Pi comme s'il était une partition (ou plutôt dans le cas présent on laisse l'ordinateur tout faire tout seul). L'équation d'Euler, paraît-il la plus belle de toute les mathématiques, est en tout cas celle qui donne les plus beaux résultats. Je suis ensuite tombé sur ce site qui, sur le même principe, vous laisse choisir les notes avec lesquelles vous voulez entendre jouer Pi. C'est rigolo, mais quand j'ai appris l'existence de la Pi Symphony, je me suis arrêté là. Il y a une limite à ne pas franchir dans la geekerie sans quoi on ne peut plus faire demi tour. Bubble boys
Outre l'idée ridicule qu'il existerait de faux groupes quelque part là dehors, ou que le travail pourrait apporter une valeur additionelle à leur musique, outre aussi le fait qu'on s'interroge sur le moment où chez les groupes qui se disent punks avoir l'air de travailler est devenu une bonne chose (un indice : ça c'est surement passé pendant le hiatus de Dinosaur Jr.), outre tout ça donc, ce groupe ose en appeller à notre pitié parce qu'il est devenu si difficile aujourd'hui de se faire remarquer dans ce monde moderne où tout va si vite, ma bonne dame. D'un certain point de vue, ils ont sans doute raison : comment se faire remarquer aujourd'hui quand on est un groupe pop-punk un peu émo comme tant d'autres, sans idée et sans talent, alors que la vague qu'on essaie de surfer est déjà en train de s'échouer ? Mais pour un bon groupe, ne nous trompons pas, il n'a jamais été ausi facile de se faire remarquer : enregistrez quelques démos, créez vous un myspace, envoyer des mp3 à quelques blogs et puis si vous êtes vraiment bons vous n'avez plus qu'à tourner et encore tourner. Je caricature sans doute un peu, mais si The Shins ou Arcade Fire sont rentrés directement à la seconde place des charts américains en début d'année, ce n'est pas grâce au talent de leur service marketing ni à une web-tv réalité, c'est juste que les (bonnes) gens les ont entendus et les ont aimés. Quand toute la musique du monde n'est qu'à un lic de distance, on n'a pas plus besoin que de s'assurer que la sienne soit meilleure que celle des autres. Transe en danseLu sur Youtube à propos d'"Atlas", morceau phare du Mirrored des New Yorkais de Battles : "Hated the voice at start, but now i just love the song" hé bien c'est exactement ça. Et tout l'album est de cette trempe, étrange au début (c'est du Battles hein) et de plus en plus prenant au fur et à mesure des écoutes. Une pièce de transe de plus en plus incontrôlable, comme si Animal Collective s'inspirait plus des sons du hardcore 90's (Unsane, Fugazi) et les croisaient avec les délires actuels de Liars. Un ovni ! Prenant. On en reparle bientôt. (Merci 2Goldfish) Optimo : Glasgow electricity
Depuis, nos Ecossais fous ont offert un Essential Mix de deux heures (!) en téléchargement gratuit sur Pitchfork ainsi que plusieurs sessions, ensemble ou séparément, sur Beat in Space, le podcast (et émission de radio) mutant disco de Tim Sweeney. Principalement orientés vers un maximun de plaisir (la découverte, la surprise toujours !) ces épisodes ne semblaient pas développer de pistes particulières. Ce n'est pas le cas de Walkabout (dont le titre s'inspire des anglais Throbbing Gristle, décidément présents dans tous les mix du duo) qui privilégie clairement une certaine idée analogique et électrique de la danse, tout en proposant un historique du minimalisme. La sélection offre donc quelques pistes pour ceux qui seraient désireux d'établir un panorama de l'histoire secrète du genre en vogue à l'heure actuelle. Tout commence avec un titre primitif de Throbbing Gristle, "Radiation" des pionniers Suicide, "Hapatus" du duo proto-tech Pan Sonic, "Grungerman" de Grungerman (aka, The Moderniste, aka Jörg Burger, etc.) qui présente les balbutiements du son de Cologne, "The Virus" de Lenny Dee (morceau culte de cet ancêtre du hardcore). Puis l'ensemble remonte le temps des précurseurs jusqu'aux stars incontestées que sont Herbert (l'excellent "Moving Like A Train"), Marc Houle ("Bay of Figs"), Thomas Brinkmann ou Metaboman. Le mix est par ailleurs littéralement coupé en deux par le psychédélique "My Machine" un des titres les plus mélodique des métaleux japonais de Boris. Avec Walkabout, Optimo semble valider l'idée selon laquelle le vrai minimalisme serait principalement une question de séquence, de fréquences et d'ondes ordonnées avec talent pour être capable d'amener l'être humain dans la transe. En ce sens Walkabout est le parfait exemple du pouvoir ondulatoire, sous courant alternatif, de l'électricité. Magique ! Optimo - Walkabout (Mule/Nocturne) Optimo Walkabout : video promo Justice en clip : I love my t-shirtPosté par LovelyRita le 04.05.07 à 14:56 | tags : dailymotion, disques de l'été, électro, vidéos musicales
Ca fera le bonheur de certains et le malheur des autres, les (in)supportables Justice sont de retour avec un nouveau titre et une nouvelle vidéo. On se souvient encore de "We Are Your Friends" et de son clip badaboum, pour "D.A.N.C.E." une traversée entre des paires de jambes nous emmène dans les tréfonds d'un club pour assister au plus beau défilé de t-shirt qui soit. Après un clip comme ça, on a forcément envie de "do the DANCE" et de claquer du fric ici. La methode de Pete Townshed
C'est ce qui pourrait bien changer avec "The Lifehouse Method", un site auquel vous pouvez vous inscrire à partir du 1er mai, gratuitement les trois premiers mois le temps que tout se mette en place. Ce site récolte des données sur vous et des samples que vous sélectionnez pour créer automatiquement une chanson sur et pour vous, votre "portrait musical", que vous pouvez ensuite modifier, enrichir... Encore une fois tout est très flou, mais ça devrait être plus clair dès qu'on aura pu tester la chose. Townshend a prévu de sortir des disques à partir des morceaux composés ainsi, et même de donner des concerts. Sur l'horrible dernier album des Who, la chanson "Fragments" aurait été composée grâce à la méthode. Je pourrais bien changer d'avis si l'occasion d'avoir mon portrait musical tiré se présentait, mais pour l'instant je suis très dubitatif quand à la capacité d'un programme à comprendre qui je suis et ce que je veux, encore moins à produire de l'art et à nous délivrer d'un futur où la technologie a vampirisé l'expérience humaine. De toute façon si je voulais qu'une chanson parle de moi (et pourquoi voudrais-je ça ?) je l'écrirais moi même. La méthode Lemarchal est-elle généralisable ?
Avec la plus grande cruauté et un absolu cynisme mais sans manquer à la mémoire de Grégory Lemarchal, on peut se demander si l'industrie de la téléréalité n'a pas trouvé avec cette disparition sinistre (les mauvaises langues disent qu'il aurait été abusé sexuellement par la fiancée du Bachelor, Carine!) un nouveau modèle de développement. La Méthode Lemarchal en sélectionnant exclusivement des artistes "en fin de vie" (développant le virus HIV, en phase terminale, phtysique,....) permettrait en effet aux producteurs Endemol et aux maisons de disques associées de débarquer par le haut et en toute dignité les chanteurs élus et dont ils ne sauraient que faire passé le stade du 1er album. L'utilisation d'artistes moribonds permettrait ainsi de contourner les 2 difficultés majeures du dispositif actuel : 1. Faire place nette aux futurs sortants des Star Ac 6, 7, Pop Stars, Nouvelle Star de demain par un renouvellement naturel et une élimination systématique des anciens. 2. Eliminer dignement les candidats qui n'afficheraient pas des résultats suffisants. On aurait pu ainsi s'éviter la lente déliquescence des L5, la débâcle des What 4, de Mario, le fiasco Elodie Frégé, l'atrocité de Miss Dominulk (soutien de Nicolas Sarkozy) etc. Le candidat idéal a une durée de vie qui ne doit pas excéder 1 ou 2 albums maximum, sauf à s'imposer comme une pointure type Jennifer ou Chimène Badi. Cette méthode, évidemment discutable, permettrait par ailleurs de mettre en valeur l'image des personnes en difficulté et de revaloriser la vision médiatique des personnes souffrantes, malades, très handicapées, voire des quatrièmes et cinquièmes âges. La téléréalité se moraliserait ainsi tout en servant ses propres intérêts et ceux de la presse people. Ainsi et ensemble tout deviendrait vraiment possible. www.gregory-lemarchal.info
Biosphere et The Field : Over the Ice Profitons de la réédition d'un grand classique de la musique électronique des années 90 pour oser une audacieuse comparaison. D'un côté nous avons Cirque de Biosphere, et de l'autre From Here We Go To Sublime, premier album de The Field. Un point commun pour commencer, Geir Jenssen aka Biosphere et Axel Willner aka The Field sont tous les deux suédois. Autre point commun, ils ont tous les deux œuvré dans le domaine de l'ambient. Maintenant, les différences. Si Geir Jenssen peut facilement faire figure de pionnier de l'ambient music, Axel Willner lui, se place plutôt parmi les cadets, ou les "petits nouveaux" puisqu'il est non seulement plus jeune, mais fait également partie de cette nouvelle école de producteurs electro aussi gavés de techno mais également de rock et de pop shoegazz des 90's. Pourtant, ces deux albums que presque huit ans séparent, partagent de nombreux points communs. On pourrait même aller jusqu'à dire qu'il existe une unité de ton, de sons et de compositions entre Cirque et From Here We Go To Sublime. Originalement paru en 1999, Cirque fait partie de ces disques mythiques que tout passionné de musiques électroniques se doit d'avoir chez soi. Et le label Touch ne s'est pas trompé en choisissant de le rééditer quelques mois après un autre disque symbolique, le Endless Summer de Fennesz. Loin d'être une "emmerdante œuvre chill-out de plus", ce cinquième album de Geir Jenssen sous le nom de Biosphere est même souvent considéré comme son chef d'œuvre. Un classique indémodable. Et c'est vrai qu'en illustrant l'épopée de l'Américain Chris McCandless à travers le désert d'Alaska, Jenssen a su capturer la dimension inaltérable de ce genre d'aventure humaine mais également le caractère hors du temps de toute bonne musique électronique. Sur Cirque l'auditeur ne s'ennuie pas. Il s'agit d'ambiant bien sûr, en ce sens que le rythme y est soit inexistant, soit extrêmement ralenti et hypnotique. Les nappes synthétiques sont omniprésentes tout comme l'usage d'arpèges de guitare lentement répétés, d'instruments classiques, de field recordings (des enregistrements de voix ou d'éléments naturels capturés live) ou de bande-son documentaire. L'ensemble génère un véritable paysage de sons et d'ambiances. Une véritable aventure sonore ou tout évolue doucement autour de l'auditeur. Au contraire de beaucoup d'œuvres ambiantes, Cirque ne nécessite pas forcément une attention soutenue. Les mélodies et les changements y sont évidents. A la manière des grands disques pop, Cirque capture son auditoire et offre une vision immédiate de l'ensemble. Complexe mais immédiatement accessible, on ne s'y ennuie jamais. Avec ses titres cryptiques faisant référence à l'arctique, à la glace et au climat nordique ("Over The Ice", "Sun&Ice", "Silent"), il serait aisé de rapprocher From Here We Go To Sublime, premier album d'Axel Willner sous le nom de The Field, de Biopshere. Les deux producteurs partagent le même goût pour les ambiances. The Field apparaît d'ailleurs sur Pop Ambiant 2007 de Kompakt pour un très beau titre inédit. Les nordiques partagent aussi une égale passion pour les nappes envoûtantes et les compostions se rapprochant de la pop par leur immédiateté. Les seules véritables différences viennent peut-être des générations. Willner et ses vingt ans et quelques, privilégie les clins d'œil au shoegazzing des 90's, à l'electronica de Boards of Canada (qui doit déjà beaucoup à Biosphere), ou aux derniers albums de Cocteau Twins (difficile en effet de ne pas penser à Heaven Or Las Vegas en écoutant "Good Things End" ou "The Deal"), saturées d'échos et de distorsions, les compositions de The Field sonnent plus "noisy". Composées de couches de sons plus denses, elles sont moins fluides tout en restant chantantes et très pop. L'autre différence vient de l'orientation purement techno de certaines tracks de The Field ("The Little Heart Beats So Fast" par exemple qui revendique clairement son héritage acid house, ou "Everyday" qui arrive malgré un rythme 4x4 soutenu à garder son caractère ambient, tout de nappes et d'échos enveloppant). The Field finalement, ce pourrait être Biosphere avec du rythme, encore que Geir Jenssen montre qu'il est aussi capable d'accélérer les tempos sur Cirque comme le prouve "Algae & Fungi part. 1 et 11" qui s'emparent de break beat (genre plus courant à l'époque, alors que The Field leur préfèrera bien évidemment la dominante minimale actuelle). Reste que ces deux très beaux albums, tout droit venus du continent arctique, illustrent bien la vitalité d'une musique électronique qui ne vieillit pas et se passe le flambeau de génération en génération, intemporelle, indémodable, en un mot éternelle. Et c'est clairement ce qui fait sa force.Biosphere - Cirque (Touch/La Baleine) Les Radios Flu pour toutes les cages à mielPosté par LovelyRita le 03.05.07 à 13:49 | tags : dub, électro, hip hop, pop, psychédélique, punk, radio, radioflu, reggae, rock
Plaisir des yeux, plaisir des oreilles ! Chez Flu, la musique se lit et depuis cette semaine elle s'écoute aussi. On a essayé de monter un groupe, on a répété dans la cuisine, mais notre roadie (James Murphy) est parti à New York avec toutes les bandes et une partie du matos... Le bougre nous a quand même laissé une platine, des enceintes et , et...moults cds. On avait le choix d'en faire des freesbees ou de les écouter et finalement on a réussi à faire les deux ! Le résultat de ces semaines de lancés de CD, c'est un nez coupé, un orteil en moins, des tympans crevés et dans tout ce chaos, la naissance des Radios Flu. Des milliers de cd passés à la moulinette et huit radios thématiques (en version beta) que vous pouvez écouter ici : Comment dire, c'est le meilleur du meilleur, le pot-pourri de tout ce qu'on aime en ce moment toutes tendances confondues (Jamie T, El-P, Apparat, Montgomery, Maps, Laura Veirs, The Roots, Wax Tailor...) Parce qu'il n'y a rien de mieux que d'avoir une guitare entre les mains (Elvis Costello, Calexico, Arab Strap, The Clash, Arcade Fire, Hey Hey My My, Leonard Cohen, Blonde Redhead, David Bowie, PJ Harvey...) RADIO DUB Une radio pour arpenter les voies inexplorées de ce genre musical et accompagnée de d'un dossier histoire du dub (Keith Hudson, Horace Andy, Mad Professor, Zenzile, Elephant System, Inner Circle, Trojan All Stars, Lee Scratch Perry...) Du bon son, des bons mots et une bande de mecs sympas (The RZA, Mos Def, Beastie Boys, De La Soul, The Game, The Streets, Dr Dre, Talib Kweli...) RADIO REGGAE Ils font de la bonne musique et en plus on comprend tout ce qu'ils disent car ils chantent en français (Serge Gainsbourg, Arman Méliès, Dominique A, Georges Brassens, Alain Bashung, Valérie Leulliot...) Pour accompagner la lecture du dossier sur la musique psychédélique, pour triper (encore une fois) et sans LSD, en tout cas on ne vous le fournit pas (Syd Barrett, XTC, Sigur Ros...) WORLD : RADIO MUSIQUE DU MONDE Pour surfer aux rythmes de Ravi Shankar, Nusrat Fateh Ali Khan ou Oum Kalsoum, la radio de Flu dédiée aux musiques des cinq continents : turques, arabes, indiennes, africaines, sud-américaines... Une fréquence unique pour (re)découvrir le meilleur de la sono accoustique mondiale. My FM is Bond, une playlist en guise de retour musical sur la saga Bond (Shirley Bassey, John Barry, Nancy Sinatra...) Attention travaux : Il s'agit encore de premières versions, beaucoup de choses ont été déjà faites sur ces radios et des améliorations sont à venir. En attendant, faites-nous part de vos commentaires. Et remember : Internet didn't kill the radio stars, la preuve iciSi Peter Hook tapait sur un piano...En bon post-moderne qu'il est, James Murphy de LCD Soundsystem empile les allusions et les références dans cette vidéo d'"All My Friends", la chanson Steve Reich vs. New Order extraite de Sound Of Silver : maquillage à la Peter Gabriel, pluie et feux d'artifices très eighties et puis jeu de miroir au cas où on aurait pas pigé l'allusion. Ca ne s'arrête pas là puisque sur les myspace du groupe et du label de James Murphy, on peu entendre les reprises de la chanson par Franz Ferdinand et John Cale, qui résument assez bien son art du grand écart et sa philosophie du recyclage. Vladislav Delay : Les multiples vies de l'ectomorphe.
En cela Whistleblower, produit sur son propre label Huume, ne départ pas de ses précédents travaux sur les labels Mille Plateaux et Chain Reaction. Mouvant, en constante évolution, tendant vers des formes de vies imprévisibles et généralement inconnues, l'éponyme "Whistleblower" qui ouvre l'album, comme "Wanted To (Kill)", "I Saw a Polysexual", "Lumi" et les autres morceaux (particulièrement le révélateur "He Live Deeply", comment en effet, mieux représenter le travail de Delay, lui qui vit décidément "dans les profondeurs" ?), les compositions du Finlandais sont des messages venus du fond d'un océan primordial de la création, qui remontent lentement à la surface. Ce faisant ils prennent forme. Le rythme arrive par vague, d'abord aléatoire, en utilisant tout l'espace. L'écho d'un dub ancien affleure doucement dans ce ressac de sons. L'ensemble, sons indéterminés et rythmes, s'associent. Ils deviennent de plus en plus précis et s'accouplant tant bien que mal dans ce chaos évanescent, parviennent finalement à une étrange symbiose. Partagés entre mouvement et immobilisme. L'essence de l'ambiant serait-on tenter de dire. Même si la musique d'avant-garde de Delay, forme de vie mutante par excellence, accepte difficilement ces critères purement terrestres. La musique de Delay développe un étrange pouvoir d'attraction. On aimerait y vivre. On y revient. Mais on sait qu'à l'instar des lointaines planètes inhospitalières ou des abysses, les conditions y sont beaucoup trop étranges pour nous. Pourtant, avec Whistleblower, Delay se fait plus concret. Ses toms et roulements de batteries, ses appels de caisses claires hérités de sa formation initiale de batteur de jazz, ses gargouillis synthétiques teintés d'humeurs électriques, ancrent subtilement sa musique dans la réalité. D'aquatique elle devient chtonienne. Volcanique. De la terre, mais brûlante et liquide. Un peu plus réel peut-être. Avec Whistleblower on dirait bien que Delay se prépare à quitter ses branchies pour regagner la terre ferme. Qui sait si nous ne le regretterons pas. Il était le seul après tout, à encore oser s'aventurer si loin. Vladislav Delay - Whistleblower (Huume/La Baleine, mai 2007) Robert Hood : Mr. Man-Machine en concert exceptionnel
PAF Rex Club : 13 euros. 14 euros en prévente / 15 euros sur place pour Rennes. Inventaire : La tortue y va plein pot Il va sans dire que je comptais ressortir pour la chronique de ce premier album du vainqueur de la Nouvelle Star 2006 un jeu de mots à la noix du type Christophe La Torture ou je ne sais quoi d'autre. A l'arrivée et même s'il serait exagéré de dire du bien de cet Inventaire très typé gay pop, survendu et sur-acheté dans les supermarchés de France, Christophe Willem met sur la table un album qui, bien que sans aucun intérêt (et qu'on ne me ressorte pas que ce mec a une voix originale ou jamais entendue), repose sur un travail suffisamment sérieux et marketé pour être musicalement écoutable. Bénéficiant du renfort de quelques professionnels estimés (Valérie Lemercier et Philippe Katerine notamment), le son de la Tortue est très travaillé et évoque successivement le cabaret (piano seul sur le "Jacques a Dit" d'ouverture), le disco-punk ("Quelle Chance", "Kiss The Bride", meilleur morceau de l'album entre Daft Punk et les Pet Shop Boys) ou l'electro-soup des Scissor Sisters ("Double Je"). Les titres variétoches à la ligne pop-romantique sont les plus difficiles à subir avec une mention spéciale au slow mouille-culottes "Chambre avec Vue" et aux funky-slammé "Le Lycée", "Pourquoi tu t'en vas ?" font penser à un titre parodique façon Goûte mes Frites en moins marrant. Le catastrophique "La Tortue" pose au pire titre des 13 chansons qui constituent cet album, et "Safe Text" à celui de plus idiot de ces 10 dernières années. L'Inventaire pourrait faire figure de médiocre sous Kylie-Pet Shop-Abba-Elton-Disco Queen et s'écouter en paix dans les clubs s'il n'était plombé par des textes incroyablement mauvais. Si la sincérité du chanteur compositeur n'est pas en cause (Zazie l'a aidé à trouver le ton juste, ceci explique cela), il faut un sacré courage pour chanter "Quelle Chance / On est en vie quand on y pense / On est en vie à l'évidence" ou "Tous ceux qu'on aime bien /Sur un temps très court/ Moi ça me convient/.../ Tous mes amis pour m'écouter / Chanter Billie Jean de Michael/ Comme je m'en souviens.. Comme je me sens bien/ Si un jour tu viens / C'est que j'ai l'amour/ De ces temps anciens..." ou "Ne nous arrêtons pas / Ce qui se passe entre toi et moi à un côté temporel Eternel.". Je passe sur l'homosexualité du chanteur (dont on se fout par ailleurs) évoquée ici plus ou moins frontalement (quelques "il" bien placés viennent suggérer que l'aimé(e) est un homme) qui continue à brouiller une écoute sans a priori de sous-entendus libidineux. A l'arrivée, Inventaire est un disque personnel, affreusement mauvais mais qui peut s'écouter lors d'une soirée entre ami(e)s entre un medley de Dalida, Dave et des Pet Shop Boys. Pour ceux qui veulent assister en direct à une grande opération marketing, un simple clic sur ce site dédié au chanteur ouvre une bonne vingtaine de pop-up publicitaires, dont une très opportune pub pour les buralistes (marchands de tabac), du plus bel effet quand on sait que les acheteurs sont majoritairement des 10-17 ans. Bravo l'artiste et merci pour tout. www.christophe-willem.com Les Stones et les ravages de la drogue
Avec tout ce cirque, on en oublierait presque que ces papys sont un groupe dangereux, qui promeut un style de vie à base de groupies, de drogues et de millions de dollars gagnés en travaillant dur. Certes, on ne se pose plus vraiment la question "laisseriez-vous votre fille sortir avec un Rolling Stones ?" mais plutôt "Réussiriez-vous à lui refiler votre grand mère ?". Pourtant les Stones en tournée restent un vrai groupe dangereux, pas seulement une blougui-boulga night pour quinqua et un spectacle de monstres pour leurs enfants. Pour preuve cette triste nouvelle : trois-cent chevaux serbes se seraient mis à la drogue à l'annonce du passage des stones à Belgrade. Une chance pour nous que la plupart des voisins du Stade de France ne gardent pas leurs chevaux chez eux. Super chansons, clips pourrisJ'aurais voulu être une artiste et si je l'avais été, d'une j'aurais fait des super chansons (c'est évident) et de deux je les aurai accompagnées de clips magnifiques (croyez-moi...vous ne pouvez que me croire de toute façon). Alors quand je tombe sur le très bel album de Laura Veirs, le dernier en date, Saltbreakers, je me dis "mince alors, cette nana, depuis le temps que je la suis je l'aime de plus en plus". Une voix claire et lumineuse, un songwriting bluffant de simplicité. Un disque au premier abord, fade et banal et qui au bout de plusieurs écoutes révèle ses embruns marins, dégage l'horizon pour donner à voir le ciel et la mer jusqu'à se sentir tout bleu, tout heureux. Seulement, la petite n'est pas douée pour ses clips, en témoigne celui de "Cast A Hook". Rien de grave en fait, juste un clip inutile. Moins ratée, la vidéo de The Shins pour "Australia". Une chanson pareille aurait mérité le clip du siècle...le message n'est pas passé. |
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