Archives > Août 2007Japan dream pop over the Rainbow
Penchons-nous donc tout d'abord sur le cas Gutevolk, aka Hirono Nishiyama, une demoiselle que nous avions croisée il y a quelques temps sur Happy, le label que Taylor Deupree dédie à la pop japonaise contemporaine. Son électronique luxuriante et rêveuse réunit avec bonheur ritournelles pop, complaintes folk, electronica gracile, bossa languide ou jazz mélancolique, tout en donnant à l'ensemble un moelleux inégalable que l'on doit, comme souvent dans les productions de l'archipel, à la perfection de la production. Heureusement pour Gutevolk, c'est le compositeur et producteur Kazumasa Hashimoto qui a chapeauté l'enregistrement de cet album hors du temps, et a veillé à ce que l'ensemble trouve son équilibre entre électronique et acoustique sans sonner trop "évaporé". Sur Tiny People Swinging over The Rainbow les comptines laptop succèdent aux hymnes légers comme des bulles de savon et c'est bon. Hirono Nishiyama, semble s'inspirer des petits bonheurs simples : un rayon de soleil au milieu d'un jardin d'enfants, quelques souvenirs privilégiés, une atmosphère d'intimité partagée. Mais ne vous y trompez pas, sous cette fausse candeur on retrouve également le plaisir de l'exploration ludique et la complexité qui caractérisent souvent l'exercice du folk, et surtout de l'electronica cérébrale.
Piana - Eternal Castle Gutevolk - Tiny People Swinging over The Rainbow Youtube de l'été #46 : OutKast - Hey Ya! (2003)Posté par LovelyRita le 31.08.07 à 17:22 | tags : hip hop, pop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
En 2003 sort Speakerboxxx/The Love Below, double album d'Outkast. Double-album, car chacun des membres qui constitue l'entité Outkast a en composé un seul volet. Tandis que Speakerboxxx est l'oeuvre de Big Boi, André 3000, lui, a fourni The Love Below. Alors que Big Boi s'attache à rester dans la pure lignée du style Outkast, le projet "solo" d'André s'en éloigne un peu, allant flirter du côté de la funk, ou de la pop comme en témoigne le premier single extrait de The Love Below, "Hey Ya!". Sonic Youth ne se reformera pas !
Sonic Youth, par contre, tourne encore et toujours et malgré quelques tapes dans le dos bien méritées à l'occasion de la tournée "Daydream Nation", tout le monde s'en fout un peu. Sonic Youth, alors qu'ils sont bien meilleurs qu'à peu près tous les groupes qui se reforment en ce moment (et je ne parle même pas de Police), on les prend pour acquis, on n'imagine pas qu'ils pourraient nous quitter et on les néglige. Du coup, même s'il plaisante, Thurston Moore l'a un peu mauvaise : "La reformation des Pixies a été un vrai succès et Dinosaur Jr semble cartonner aussi et ces deux groupes jouent aussi bien que jamais. Mission Of Burma m'a estourbillé quand ils sont revenus mais un groupe comme nous ne s'est jamais séparé, ce qui a été à notre propre détriment. Que ce serait-il passé si on s'était séparés après Daydream Nation ou même après Dirty et que nous soyons reformés il y a deux ans ? Vous seriez en train de m'interviewer au Château Marmont alors que j'attendrais ma Limousine. Nous aurions probablement gagné tellement d'argent. Ca aura été le plus gros faux-pas de notre carrière, ne pas nous séparer". La séparation, c'est la clé du succès. Personne ne s'en souvient mais même les Rolling Stones se sont séparés à une époque. Au lieu de remplir les stades, Sonic Youth est resté un groupe vivant et intéressant même quand il joue ses vieux morceaux et, à défaut d'être pauvres, ils ne sont sans doute pas particulièrement riches. Albums cultes des géants du bizarre #13 : Joy Division - Unknown Pleasures
A partir des singles "Digital" et "Atmosphere", puis sur Unknown Pleasures, Martin Hannett mettra subtilement en relief l'aspect mélodique du jeu de basse de Peter Hook et les riffs alcalins de la guitare de Bernard Sumner inlassablement soutenue par la batterie métronomique de Stephen Morris. Il exploitera à fond les tons d'aluminium froissé de cette musique tandis qu'au fond, tout au fond, comme enfermée dans une pièce poussiéreuse s'élève la voix caverneuse de leur chanteur, le tristement célèbre Ian Curtis. En studio, celui que l'on nommait "le psychopathe du son" pousse véritablement le groupe dans ses retranchements. Bourré de dope jusqu'aux yeux, Hannett n'hésite pas à déstabiliser une formation déjà fragilisée par un chanteur constamment au bord du gouffre, en imposant points de vue et idées excentriques (comme de pousser la climatisation à fond durant tout l'enregistrement d'Unknown Pleasures). C'est donc dans la douleur, et un froid polaire, que naquit le son inoubliable d'un groupe qui traversa le ciel du post-punk à la vitesse d'une comète en laissant derrière lui les agrégats ionisés d'un mythe en devenir. Mythe qui formera plus tard les fondements de ce que l'on nommera la cold wave. Ignorant les canons du punk rock qui voulaient que la production d'un album se fasse dans les mêmes conditions qu'un enregistrement live, ou presque, Hannett a travaillé sur le premier album des quatre de Salford comme sur un disque de rock psychédélique. Compartimentant chaque musicien, Hannett ira jusqu'à obliger Stephen Morris à démonter entièrement son kit de batterie pour lui faire jouer de chaque éléments séparément. Faisant feu de tout bois on raconte qu'il alla même jusqu'à construire un dôme de plâtre au dessus du batteur pour donner à son instrument cet écho mat que l'on entend sur les sommets du groupe comme "She's Lost Control", "Disorder", "Insight" ou "Wilderness". Fan de dub, Hannett use du studio comme les pionniers du genre. Dispensant sa science de la manipulation des machines, l'intéressé use et abuse d'effets électroniques, du delay AMS, du Marshall Time Modulator (qui étouffe le son de la guitare) et de la chambre d'écho, sur des titres comme "Candidate", "She's Lost Control" ou "New Fades Down". Pionnier, Hannett l'est aussi dans l'utilisation de samples dont le producteur s'est confectionné une impressionnante base de données (aujourd'hui disponible sur le net) pour les besoins de la session. C'est lui qui imposera le son d'une porte d'ascenseur métallique sur "Insight" et celui d'un verre qui se brise sur le titre de clôture "I Remember Nothing".
Paradoxalement, et malgré les manipulations extrêmes expérimentées sur Unknown Pleasures, Closer, l'album suivant, sonnera encore plus déstructuré et expérimental. Toujours produit par Hannett, ce deuxième opus devra son atmosphère à la fois plus éthérée et plus sombre, à l'utilisation récurrente de synthétiseurs que le producteur avait déjà testé sur Unknown Pleasures. Mais c'est clairement ce dernier qui restera dans les annales de l'histoire du post-punk comme l'un des albums les plus aboutis du genre. Une pièce, à la fois totalement originale et parfaitement révolutionnaire, tout en restant relativement accessible. Essentielle.
Joy Division - Unknown Pleasures(Factory, 1979) Youtube de l'été #45 : Electric Six - Danger ! High Voltage (2002)Oui, danger ! Ce titre d'Electric Six est une petite tuerie. Guitare funk, paroles sans équivoque ("Danger! Danger! High Voltage!, When we touch, When we kiss"), un featuring de Jack White. Un single dédié à la tension sexuelle, au magnétisme des corps et un clip fendard. "Danger ! High Voltage", tout simplement très excitant !
Tiny Vipers, garmonbozia musical
Tiny Vipers, c'est donc une fille seule avec une guitare qui joue un folk minimaliste et dépressif. Son chant tout en roucoulements étranglés évoque immanquablement une Joanna Newsom qui ferait moins de manières. Si elle est d'ailleurs capable de laisser ses chansons errer pendant près de dix minutes, elle est par bien des côtés à l'exact opposé de la harpiste. Quand les morceaux de Newsom semblent toujours complexes et surchargés même sans les orchestrations baroques de Van Dyke Parks, Fortino elle, est de l'école minimaliste : drones et répétitions. On ne qualifiera pas Tiny Vipers de projet expérimental, mais elle a certainement pas mal écouté John Fahey. "Hands Across The Void" ne compte donc au total que sept titres, une voix un peu limitée, une petite poignée d'accords de guitare et quelques rares synthés torturés et dissonants tout au fond. Avant même qu'on se penche sur les mots, pourtant, le disque est fascinant. il a une capacité à s'insinuer dans l'esprit le lus distrait. Quand on fait plus attention (ce que, donc, je n'avais pas vraiment fait au début), les paroles sont pas mal non plus : des histoires tristes, des mauvais choix, des responsabilités difficiles à assumer... je ne cesserais jamais de m'étonner du point auquel on peut comprendre de quoi parle une chanson avant d'en avoir compris un mot. Bref, vous ne détestez pas ces chroniques au bout desquelles vous vous rendez compte qu'on ne vous a pas dit si le disque était bien ou non ? Surtout quand elle est suivie de trois/quatre étoiles qui n'engagent à rien ? Moi si, alors je vais être clair : celui là est très bien. Il devrait nous permettre de passer l'automne et ses matinées de gueule de bois où on se réveille dans une cabane en forêt avec du sang sur les draps qui n'est pas le votre et aucun souvenir de la soirée passée et juste une envie de s'autobercer et de se dire que tout est la faute de Bob. Quatre poissons d'or et une demi sardine d'argent.
Tiny Vipers - Hands Across The Void(Sub Pop/PIAS, juillet 2007) Albums cultes des géants du bizarre #12 : cLOUDDEAD – st
Tout d'abord, malgré sa parution chez Big Dada, cet album de cLOUDDEAD fut certainement l'occasion pour beaucoup, de ce côté de l'Atlantique, de découvrir la clique du label Anticon, leurs pléthoriques productions et la tripotée d'artistes qui la compose, soit Why?, Dose One, Odd Nosdam, les fondateurs de cLOUDDEAD justement, mais aussi Alias, Sole, Pedestrian, Jel, Martin Dosh et bien d'autres. D'autre part, ce disque est aussi pour beaucoup dans l'avènement de ce que l'on nommera par la suite, les "hip hop backpackers", une congrégation de vrais fans de hip hop, souvent blancs, portant barbes, bonnets et chemises de bûcherons, plus au fait des sorties de labels obscurs comme Mush, Lex, Definitive Jux ou Anticon, et de celles de figures officieuses comme Sage Francis, Buck 65 et Sixtoo, que des dernières bouffonneries d'Eminem, Jay-Z ou Puff Daddy. Pour finir, et comme tout bon disque culte à sa sortie, cet album de cLOUDDEAD réussit à la fois à passer totalement inaperçu du grand public et à être largement célébré par une critique enthousiaste.
Honnêtement, à moins d'être un incurable snob, on excusera la perplexité dans laquelle fut plongé tout auditeur hip hop à l'écoute de cet ovni sonore. Perplexité certainement partagée par le plus grand nombre sans que cela ne démente pour autant les qualités de ce drôle d'album. On pense parfois à Boards of Canada à l'écoute de "apt.A (1)", le morceau d'ouverture, mais si vous vous laissez entraîner par cette impression trop facile vous allez vite redescendre de votre nuage. Usant des ficelles du hip hop, bien sûr, avec ses batteries de samples, scratchs, beat lourds, etc. mais aussi du psychédélisme, de l'ambient, du post-rock et de l'electronica, les trois lascars de cLOUDDEAD développent une vision entièrement nouvelle du genre. Très logiquement, ils en utilisent toutes les ressources techniques et artistiques, très vastes il est vrai, abandonnant dans le même temps tous les clichés qui lui pèsent avec une telle liberté que c'en est un vrai bonheur. Il faut dire que cLOUDDEAD est le fruit de trois artistes emblématiques du hip hop alternatif de ce début de 21ième siècle. D'un côté, Odd Nosdam (David Madson), le producteur à l'origine du travail de studio proprement dit, de l'autre les deux MC's cabriolants, Why? (aka Yoni Wolf) et Doseone (alias Adam Drucker). Ce dernier est l'attraction numéro un au sein de cLOUDDEAD. Sa voix si particulière évoluant entre le strident, le nasal et le canard garrotté (selon les goûts et les appréciations de chacun) rivalise de maestria dans le domaine du MCing tandis que son compagnon, Yoni Wolf, pousse la chansonnette en contrepoint et fait les chœurs. Les textes totalement surréalistes de Dose et Why? sont incompréhensibles, qu'à cela ne tienne, Odd Nosdam nous concocte une foule de paysage évanescents se déroulant au ralenti sur une cascade de beat déroutants. L'ensemble est tout simplement magique et très enfumé ! Evidemment, sur pas moins de 74 minutes, cet album de cLOUDDEAD doit s'envisager comme un voyage. Ce qu'il est. Un voyage désorienté dans la psyché hip hop de trois petits gars blancs de la baie de San Fransisco, l'année des fameux évènements du 11 septembre. Une époque où, clairement, plus rien ne pouvait plus être comme avant. cLOUDDEAD - Clouddead(Big Dada/Pias, 2001) Youtube de l'été #44 : Kylie Minogue - Can't Get You Out Of My Head (2001)Au départ, c'était Sophie Ellis Bextor qui aurait du fredonner ce "la la la" dans "Can't Get You Out Of My Head". Le titre, composé par Cathy Dennis et Rob Davis, lui avait été originellement proposé, on pourrait même dire offert. La chanteuse anglaise a refusé ce beau cadeau, et c'est Kylie Minogue qui en a hérité. Publiée en 2001, la chanson a été un succès mondial, atteignant la 1ère place des charts dans une quarantaine de pays. Autre signe de sa popularité, le titre a été repris plusieurs fois (par les Flaming Lips, Garbage, Coldplay, Tori Amos...) et remixé/mashupé par Soulwax avec le titre de New Order, "Blue Monday". Après une diffusion réussie en club et à la radio de "Cant' Get Blue Monday Out Of My Head", Minogue, a elle-même, interprété cette version lors de la cérémonie des Brit Awards en 2002.
Delivery : pas de rentrée sans DohertyIl n'y a pas de rentrée sans Pete Doherty, pas plus qu'il n'y a d'hiver, d'automne ou de printemps d'ailleurs sans une arrestation du rockeur préféré des mannequins pour possession ou consommation de stupéfiants. Si sur la scène judiciaire on s'attend à des développements sérieux le 4 septembre, jour de la comparution du chanteur pour quelques délits mineurs commis ces derniers mois devant son juge d'application des peines (la tournée des Babyshambles a de fortes chances d'être annulée et Doherty de se retrouver derrière les barreaux - cote 3 contre 1 chez les bookmakers), l'avenir de l'ancien leader des Libertines a repris ces dernières semaines un tour musical avec la présentation du premier single tiré du deuxième album des Babyshambles. "Delivery", clippé à l'ancienne et en noir et blanc, n'est clairement pas la meilleure chanson de Doherty mais semble suffisant pour faire patienter les foules, rencontrant même, à ce qu'il paraît, un certain succès. Le titre très Mods (Doherty y fait référence à une année 1969 infiniment prolongée) repose sur un gimmick de guitare plutôt accrocheur et sur des paroles habiles : "What use am I to anyone?/Forlorn, frozen, Beneath the summer / Don't sing along/Or you'll get what I've got, oh/Here comes a delivery/Straight from the heart of my misery/ So, comes a delivery/Straight from the heart, to you". L'heure est, vous l'aurez compris, à la sincérité du côté du couple star. Rappelons que l'album des Babyshambles sortira le 1er octobre, s'appelle Shotter's Nation et comprendra plusieurs titres co-composés par Kate Moss. En attendant, une rumeur enfle tout de même pour dénoncer sur "Delivery" un emprunt au groupe Count Five et à son titre "Peace of Mind". A l'écoute, la chose ne semble pas évidente, évidente, mais jugez par vous-même. Count Five est, pour ceux qui l'ignoreraient, un groupe de garage rock californien qui n'a pas franchi le seuil des années 70 mais a donné son nom au célèbre ouvrage de Lester Bangs, Psychotic Reactions. Fennesz – Sakamoto : Les cendres du temps
Si l'on peut généralement faire confiance à Fennesz pour nous ravir, on remarque également combien les goûts de Sakamoto s'affinent et perdent de leur clinquant avec l'âge. Ses multiples collaborations incarnées depuis plus de 10 ans par la production de fabuleux albums en compagnie de DJ Spooky, Amon Tobin, David Sylvian, Christian Fennesz, culminant avec Insen, album difficile mais passionnant réalisé avec Alva Noto dont on parle beaucoup, ont-ils eu une telle influence sur le compositeur japonais ? Il faut le croire et c'est plutôt une bonne nouvelle. Le fait est que ce Cendre ne mérite que des superlatifs. De "Oto" qui ouvre l'album, à "Abyss" qui le clôt (avec mention spéciale au psychédélique "Kokoro" où les distorsions hendrixiennes sous tranxene de l'Autrichien se nappent lentement d'un glacis de piano givré), tout n'est que calme, luxe et volupté. On a peine à croire que pareil album a réellement pu être réalisé par correspondance à des kilomètre de distance, tant les deux musiciens s'accordent parfaitement. Fennesz et Sakamoto se passent mutuellement la main, s'accompagnent ou jouent les contrepoints selon l'inspiration. Quand le guitariste dilue sa poussière de guitare aux effets sablés et moirés, les notes du Japonais quant à elles, semblent apparaître, ça et là, comme des trous de lumière à travers les nuages. C'est cliché de le dire, mais avec un tel album, on se prend à rêver à un Eric Satie de retour parmi les vivants. Le petit homme jouissant enfin de la reconnaissance de ses pairs et des plaisirs de cette terre dans de périlleux exercices de somnambulisme sonore, ou encore d'un Arold Budd débarrassé de ses oripeaux ambient new age, et rien, vraiment, ne vient gâcher notre bonheur, si ce n'est l'inévitable retour à la réalité en fin d'album bien sûr. Cendre s'avère donc un parfait exercice de combustion artistique. Un moment intense pendant lequel deux musiciens s'embrasent et incinèrent littéralement leurs ego au seul profit de la musique. Il s'avère aussi l'album idéal pour en finir avec cet été maussade au goût de cendres justement (on pense à nos voisins Grecs). "Incontournable", comme on dit. Fennesz - Sakamoto - Cendre (Touch/La Baleine, juin 2007) Tool vs Björk à Rock en Seine Après Arcade Fire, très belle tête d'affiche de vendredi à Rock en Seine, Tool et Björk ont eux aussi tenté de remplir cette mission. Samedi pendant la journée, quelques porteurs de t-shirts Tool ou A Perfect Circle parsemaient ici et là le Domaine National de St Cloud. L'effet grande scène d'un festival oblige, le public était déjà assez nombreux avant le début du concert ; certes rien à voir avec celui venu en masse pour les Canadiens la veille...je me demandais alors combien on serait à la fin du concert, voire dans une demi-heure. Chez Tool, il n'y a presque rien à voir, ou du moins ce n'est pas vraiment sur scène que ça se passe. Le groupe propose une sorte de concert virtuel, une sorte car les membres de Tool sont quand même bien présents. Ils sont quatre, et Maynard James Keenan, le chanteur, se place à l'arrière de la scène sur une estrade. En ombre chinoise, Keenan entretient le culte que les fans vouent à sa voix si particulière dans le domaine du rock métal/progressif. Une voix étonnamment douce et apaisante à certains moments et d'autres fois carrément plus rageuse. Les autres membres se cachent derrière leurs instruments ou leur cheveux. Le spectacle n'est à pas à proprement dit sur la scène, mais plutôt sur l'ensemble du dispositif qui comprend deux écrans disposés aux cotés de la scène. Deux écrans qui diffusent continuellement les clips et autres créations visuelles apparentées au groupe. Certaines images sont assez vilaines et relèvent au mieux des animations du lecteur Windows Media, tandis que le reste frôle étrangement le très beau. Etrangement oui, car l'univers de Tool est sans lumière et habité de corps désarticulés et malades. Difficile de ne pas se laisser happer par ce concert, par cette chape de plomb sonore qui s'abat, par ces images en boucles... L'aspect visuel prend parfois beaucoup trop le dessus sur le concert en lui-même. Pendant la première partie du set le groupe plante son ambiance pesante et atmosphérique. Côté setlist, j'ai retenu "Stinkfist" et son riff en intro qui ravit à chaque fois comme un coup de massue, et "Vicarious" extrait du dernier album. A une bonne moitié du concert, le temps se fait pourtant long, il se fait tard et avouons-le, même si le succès du groupe n'est plus à prouver, leur programmation en tant que tête d'affiche d'un festival assez grand public comme Rock en Seine m'interpelle. Le lendemain, la présence de Björk en tant que tête d'affiche n'étonnera personne, son statut n'est plus à prouver. Tout concorde à faire de son concert, un moment d'exception : sa présence vocale, la section de cuivres qui l'accompagne, la qualité des chansons, sa capacité à réinterpréter ses compositions...Et Björk en elle-même, petit bout de femme aux pieds nus et empapillotée dans une robe-couverture de survie. "Yoga", "Pagan Poetry", "Earth Intruders", "Declare Independance", "Army of Me", "Hidden Place" interprétés avec savoir-faire par Björk et ses musiciens. Le concert alternera moments calmes et passages techno sur la fin. Tout est savamment mis en oeuvre pour magnifier ce concert. La scène a été redécorée à l'aide d'étendards (à l'éffigie d'animaux), certains musiciens/choristes ont le front maquillé et le bouquet final c'est cette explosion de cotillons dorés. Tout était donc là pour en faire un concert parfait. Etait-ce trop ? Trop préparé, trop parfait ? Björk a-t-elle encore les moyens de nous suprendre en live ? Youtube de l'été #43 : The Avalanches - Since I Left You (2000)En 2000, les Australiens de Avalanches sortent leur seul et unique album à ce jour, Since I Left You. Cet album qui s'est très bien vendu en Australie et dans le reste du monde a été en grande partie, pour ne pas dire entièrement, composé à base de samples. On lit un peu partout que le nombre de samples utilisés varie de 900 à 3500. Sorti en single en Anglettere, le single "Since I Left You", se classe parmi les 20 premiers dans les charts. "Since I Left You" n'est pas le genre de titre que l'on danse, mais plutôt le genre de chanson qui ensoleille une journée. Pour voir la liste des samples utilisés sur l'album, c'est ici. Ça va jazzer à la Villette du 29 août au 9 septembre![]() "3 univers singuliers, 3 générations d'artistes, 3 cartes blanches", c'est le programme proposé par la Villette et son édition 2007 du festival Jazz à la Villette qui se tiendra cette année du 29 août au 9 septembre. Les amateurs pourront se régaler des prestations d'une pléthore d'artistes invités. La soirée d'ouverture du 29 août à 20h (grande salle de la Villette) verra intervenir Sonic Youth accompagné de Mats Gustafsson, Jean Marc Montera et Michel Doneda. La première partie étant confiée à Caspar Brötzmann & Hann Bennink en duo. De son côté, Julien Lourau, invite Fred Wesley, Eric Legnini Trio, le Vincent Courtois Quartet, Maxime Delpierre, et surtout Tom Jenkinson a.k.a. Squarepusher, Anthony Joseph & The Spasm Band (avec Tikiman, le fameux MC's des berlinois électros de Rhythm & Sound). Steve Coleman propose quant à lui d'explorer les différentes facettes de ses travaux : Coleman et Ravi Coltrane, The Pro-verb Trio, Steve Coleman & Five Elements, etc. Mais Coleman lance aussi des collaborations étonnantes comme cette rencontre de Doug Hammond, batteur de Mingus face aux Français Joakim et Discipline de Tigersushi, ou Aka Moon, où se rencontreront Magic Malik, Baba Sissoko, Sivaraman, etc. Pour finir, Wayne Shorter sera aussi à l'honneur avec l'hommage rendu par le Thomas Savy "Ugetsu" sextet, le rencontre du Wayne Shorter Quartet et de l'Orchestre National d'Ile-de-France et le Gretchen Parlato Quintet & Wayne Shorter. Les plus curieux profiteront également de la Nuit Electro avec Jeff Sharel, DJ Oil (Troublemakers), Charles Webters et Simbad. De nombreux films seront également proposés à la projection, dont Do The Right Things de Spike Lee, Mad Dogs de Larry Bishop, Les aventures du baron de Münchausen de Terry Gilliam, Blue Velvet de David Lynch et La Planète Sauvage de René Laloux, ainsi que des débats, master class et rencontres. Toutes les informations et de plus amples détails sont présents sur le site Jazz à la Villette. Albums cultes des géants du bizarre #11 : Captain Beefheart - Trout Mask Replica
Sur Trout Mask Replica Don Van Vliet, alias Captain Beefheart envoi bouler 50 ans d'histoire du blues et une décennie de rock'n'roll d'un ample mouvement rageur. Dégoûté par la production de son précédent album Safe As Milk et de la censure par A&M de ce qui deviendra Strictly Personnal, il recrute une bande de musiciens amateurs pour s'attaquer frontalement aux canons, selon lui éculés, du rock classique. Pas fou, le "capitaine coeur de boeuf" reprend tout de même Jeff Coton à la guitare et John French à la batterie, deux musiciens qui furent pour beaucoup dans l'élaboration du son du Magic Band, qu'il rebaptise, comme le reste du groupe, des noms d'Antennae Jimmy Semens (Jeff Coton) et Drumbo (John French). Les autres seront The Mascara Snake (basse, clarinette et chant), Rockette Morton (basse et "narration ?") et Zoot Horn Rollo (guitar, flute, "glass finger" ??) Tout au long des sessions à venir, Beefheart n'aura de cesse de prouver qu'il est capable de démanteler la musique. Trout Mask Replica comporte pas moins de 28 titres dont beaucoup ne dépassent pas les 2 minutes. Un collage bruitiste et dadaïste qui doit autant au blues du delta, qu'au free jazz d'Ornette Coleman, d'Albert Ayler et de Cecil Taylor. Beefheart y laisse aller sa voix gutturale à la Howlin' Wolf et ses syllabes explosives sur des morceaux comme "Frownland", "Moonlight on Vermont", "Sweet Sweet Bulbs" ou "Hobo Chang Ba" et exploite à fond l'inventivité débordante de ses textes d'inspiration surréaliste. Même si les lyrics sont souvent obscurs, le son même des mots, leur résonance, leur puissance d'évocation ("Pachuco Cadaver", "She's Too Much For My Mirror") et leur rythme, font tout l'art de Captain Beefheart. Concernant la musique c'est bien simple, chaque instrumentiste se comporte comme un soliste. La basse, la guitare et la batterie jouent souvent plusieurs mélodies en même temps accompagnant tant bien que mal les mélopées de leur leader, qui, il faut le signaler, n'a jamais su écrire la musique et dicte ses décisions en donnant des indications sonores souvent vagues et difficilement compréhensibles. Cela donnera une "cacophonie cohérente", où traînent les fantômes déchiquetés du jazz, du blues, du folk et du hilly billy, barbotant dans une soupe psychédélique bouillonnante et épicée ("Hair Pie: Bake 1", "Bills Corpse", "My Human Gets Me Blues", "Pena", "Wild Life"). Plus qu'un disque, Trout Mask Replica s'avère être un "gumbo" musical, à l'image du plat cajun dans lequel baignent écrevisses, crabes, poissons divers, poulet et parfois même d'autres choses dont il ne vaut mieux pas connaître l'origine. De fait, l'album a été enregistré sous l'influence de tellement de substances psychoactives différentes que la question n'est pas de savoir s'il est bon où non, mais plutôt "quelqu'un a t'il été blessé durant sa production ?" Blague à part, l'album EST bon ! Ne serait-ce que pour ses morceaux de poésie lo-fi étrange et poignante comme "The Dust Blows Forward 'N The Dust Blows Back", où l'on peut entendre les gémissements du désert en arrière plan, ou encore "Dachau Blues", le blues de "China Pig", "Ant man Bee", le boogie frappadingue de "Veteran's Day Poppy" et bien d'autres encore, cités plus haut. Précurseur des déconstructions post-punk (avant le punk), inspirateur de la scène krautrock allemande, mais aussi de Pere Ubu, de The Fall et même de PiL, on retrouve aussi du Trout Mask Replica dans le fameux III de Sebadoh ou le Skellington de Julian Cope, bref, dans tout ce que la musique a produit de culte et bizarre. Captain Beefheart & his Magic Band - Trout Mask Replica (Straight, 1969) Youtube de l'été #42 : Beck - Mixed Business (1999)Derrière sa pochette toute suintante avec ce fond vert et cet affreux pantalon moulant en latex, Midnite Vultures de Beck, dissumule bien ses tubes de l'été, oui ses, car en plus de "Mixed Business", "Sexx Laws" avait aussi toutes ses chances. "Mixed Business" et son potentiel funk évident...malheureusement pas de clip officiel, alors je vous ai balancé une vidéo amateur. Rock en Seine sous une arcade en feu![]() Un titre poétique pour un concert au lyrisme assumé. Un concert oui, mais aussi un spectacle, une mise en scène. L'arrivée du groupe est précédée par une vidéo pour le moins étrange : une bonne femme aux allures de prédicatrices parlant dans une langue indéterminée. Il fait noir sur le Domaine de St Cloud et Arcade Fire arrive devant un public plein d'attentes et sur une scène transformée en choeur d'église. Un orgue trône à l'arrière de la scène tandis que des grands livres ouverts, pour ne pas dire des bibles, en néon illuminent le décor. On ne les compte pas, les Arcade Fire sont assez nombreux sur scène mais chacun d'entre eux y trouve sa place. Un violon pour souligner la finesse de leurs compositions, une section de cuivres pour magnifier le tout et des choeurs sur scène et dans le public pour la communion. Pour sa setlist, pas de fausses notes : équilibre parfait entre leurs deux albums Arcade Fire et le dernier en date Neon Bible. Expérience mystico-spirituel quand Régine Chassagne se place derrière l'orgue pour jouer les premières notes de "Intervention". Petit temps mort au moment du titre "Neon Bible" puis le concert reprend de ses forces grâce à l'enchaînement parfait des titres suivants (de mémoire) : "Ocean of Noise", "Neighborhood 1 (Tunnels)", "Power Out" et "Wake Up". Un final, avant un rappel, époustouflant et magnifique. Comme si les gens n'attendaient que ça, comme si le public pressentait la fin du set et ses derniers moments d'émotions, tout le monde chante et gueule sur "Wake Up", comme s'il ne restait plus que ça à faire. Oui, Wim Butler a des allures de prêtre, oui, on l'a vu faire le signe de croix à la fin d'une des chansons et oui, l'image est facile mais flagrante. Ce concert avait tout d'une messe, d'une communion exceptionnelle entre le groupe et son public, le plaisir était sur scène et en dehors. Voir et entendre des milliers de personnes chanter derrière un groupe reste une des plus belles images de ce concert, qui a été le plus réussi de ce festival. Crédit photo : Nicolas Joubard Pour cent balles t'as plus rien
Il y a un petit problème cependant : ne seront produits que cent exemplaires du disque avec dix pochettes différentes réalisées pour l'occasion par dix jeunes artistes britanniques qui montent. Les cent livres sont justifiées par autre chose que la musique, du coup : ce n'est pas la chanson que vous payez, c'est l'objet. Si vous n'êtes qu'un cynique calculateur ce ne sera peut-être pour vous qu'un investissement spéculatif à risque. Peu importe en fait, on ne va pas reprocher à un jeune artiste de se faire de la pub d'une façon un peu maline. Peu importe aussi que la chanson soit un peu nulle, ça arrive. L'arrangement de cordes est pas mal. C'est un peu dommage d'apprendre qu'il a passé deux ans dessus mais que voulez vous y faire ? Il est moche aussi, ce jeune homme, le pauvre. Au fait, ce billet était le premier billet à cent euros de Playlist. Envoyez votre réglement à 2goldfish@fluctuat.net via paypal, merci. Youtube de l'été #41 : Fatboy Slim - The Rockafeller Skank (1998)Posté par LovelyRita le 25.08.07 à 17:31 | tags : électro, pop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
On aurait du rebaptiser l'année 98, l'année Norman Cooke, tellement le Brightonien d'adoption a court-circuité les charts, les ondes radios et bon nombre de soirées. Son album You've Come a Long Way, Baby peut se vanter d'avoir au moins trois candidats pour le tube de l'été de cette année. "Right Here, Right Now" et son clip retracant l'évolution de l'homme, "Gangster Trippin" et ce "Rockafeller Skank". 1998 a donc été l'année où on a le plus entendu ce "Right about now, the funk soul brother. Check it out now, the funk soul brother"... Flu en remet une couche. Le magic de Les Hives![]() Ce Pelle Almqvist a tout de l'empereur mégalo : grand, ego surdimensionné, toujours au devant de la scène, toujours en train de blablater, de se croire sur la scène d'une tragédie romaine. Le concert de The Hives ce n'était finalemrnt pas qu'une pièce de théâtre, mais juste un pur moment de bonheur à base de "j'ai des crampes dans ma jambe droite", "j'ai la hanche qui me démange"...mais qu'est-ce qui m'arrive ? Derrière leurs costards bicolores, les Hives ont quelque chose de coincé, mais au contact de leur instruments les cinq Suédois sont fantastiques ! Ce n'est pas le chanteur du groupe qui vous dira le contraire. Le jeune homme s'était fixé comme mission de nous faire passer un bon moment et pour s'en assurer chaque titre était précédé de son petit show. Dans le rôle du Suédois qui parle anglais avec l'accent français, Almqvist interpelle donc la foule à base de "Hmm, les Hives c'est bon", "c'est fantastique", "alors les french people"...et ce "c'est le magic de Les Hives". Quand il ne discourt pas, le leader des Hives chante également et s'agite comme un pantin. Le concert en lui-même a été fort en décibels, en riffs claquant sur les fesses, en cris sauvages. Le temps d'une setlist où presque aucun tube du groupe n'a manqué, le public de la Grande Scène s'est vite transformé en une armée de poings levés...des manifestants prêts à suivre au pied de la lettre, les instructions de leur leader bien-aimé....Walk Idiot, Walk !!! Moi, c'est tout vu, demain je m'achète une paire de chaussures blanches et je fais le grand écart...comme Pelle. Ce qui transparait déjà à l'écoute de leurs cds, éclate ici au grand jour. Le constat est simple et sans appel : si The Hives c'est bien sur CD, en concert c'est juste magique et on ne peut que constater les dégâts ! The Hives ou l'art de rendre au live rock ses lettres de noblesse. Crédit photo : Miller Extraits de Rock en Seine![]() Rock en Seine et ses trois pôles : la Grande Scène, la Scène de la Cascade et la Scène de l'Industrie. L'espace ne manque pas au Domaine National de Saint Cloud, alors on passe plus de temps au téléphone et à faire des aller-retours telles des fourmis travailleuses entre chaque scène. Conclusion de la première journée et là je ne vous apprends rien : il est assez difficile de voir un concert en entier, si ce n'est le tout premier de la journée, celui de Dizzee Rascal. Oui, le festival en question s'appelle ROCK en Seine et inaugure sa 5ème édition avec le plus connu des représentants de la scène grime. Et voilà comment on se retrouve à 15h30 à écouter le phrasé percutant et le son froid de ses compositions. Il était certes tôt, et on aurait plus vu, Dylan Mills se produire en soirée, dans la nuit noire, mais tout de même, il était là, accompagné d'un autre MC et d'un Dj. Equipement minimal donc : "2 MCs and one Dj !!", mais à eux trois ils ont réussi à éveiller l'attention du public massé devant la Grande Scène. Le titre "Temptation" en duo avec Alex Turner des Arctic Monkeys (présent sur la platine, pas sur scène !), son "Fix Up, Look Sharp", Dj Semtex (lointain sosie de Shaun Ryder des Happy Mondays) qui "mixe" avec son nez et le tour est joué, Rock en Seine a commencé, sans riffs de guitare et sur un très bon concert. Pour les bouts de concerts : M.I.A., vu de loin, ça ressemblait à une petite poupée en legging doré et en veste de sécurité routière orange. Un son qui crachait un peu, elle qui chante faux, la sauce n'a pas vraiment pris...enfin sur 3 titres mon jugement n'est pas défintif. Côté extraits, les 2 Many Dj's sont des experts en la matière. Impossible de se poser sur un seul titre pour danser et profiter de l'instant présent...un remix de Gossip qui commence et hop on vous coupe l'herbe sous les pieds, agaçant sur la fin. La première journée, prendra fin, sur le final du concert de Unkle, que je croyais presque mort. Arrivée au moment de "Rabbit In Your Headlights"/"An Eye for An Eye", je me demande alors s'ils ont joué des titres plus récents. Albums cultes des géants du bizarre #10 : Excepter - Alternation
Avec Excepter, J.F Ryan aspire à la création live direct d'une "dance music" débarrassée de ses clichés et de son mercantilisme. "Créer une musique que votre frère de huit ans serait capable de faire sur un Casio bon marché, développée par un groupe d'adultes sur un équipement cher et sophistiqué", tel est donc le credo dadaïste affiché par le quatuor sur Alternation, leur dernier album en date. Connu pour ses live sets sauvage désordonnés et quatre E.P. réellement inouïs (au sens propre de "jamais entendu"), Excepter est à l'origine d'une musique inclassable, un croisement déjanté de Suicide sous tranquillisants et de transcendantalisme occidental parfaitement azimuté. Sur Alternation, le groupe tente de réconcilier l'exaltation de leurs prestations scéniques hallucinées ("If I Where You", "Back Me Up") avec des productions plus calibrées singeant la techno sans vraiment y parvenir ("Ice Cream Van", "Knock Knock"). Imaginez les deux moines de Pan Sonic sous acide, vous y êtes ! Electro pour dancefloor éthylique, la musique d'Excepter est de celle qui se titube plutôt qu'elle ne se danse, ou alors, "en claudiquant sur le dancefloor". Hésitant constamment entre post-punk, musique improvisée, techno et krautrock contemporain, Excepter réussi même à signer un hymne à la déglingue à faire pâlir d'envie LCD Soundsystem, "The Rock Stepper". Enorme ! Excepter - Alternation (5 Rue Christine/Import, 2006) (merci à Stoun pour m'y avoir fait penser) Youtube de l'été #40 : Chemical Brothers - Block Rockin Beats (1997)Posté par LovelyRita le 24.08.07 à 10:29 | tags : électro, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
Au moment où j'écris ces lignes, je suis encore en train d'hésiter, hésitation au sujet du Tube de l'été de 1997 entre le "No Money, No Problems" de Notorious BIG, le "Da Funk" de Daft Punk et ce titre des Chemical Brothers. Même après avoir réduit aux Chemical Brothers, je me demande si je n'aurais pas du choisir un autre de leurs singles ("Hey Boy, Hey Girl" en 1990 ou "Galvanize" en 2005). Après tout, il suffit des quelques secondes de l'intro de ce morceau et de cette ligne de basse pour faire voler en éclats toute hésitation. Avec "Block Rockin Beats" et leur précédent single, "Setting Sun", le duo s'impose comme le premier groupe britannique de musique électronique à percer dans les charts américains, et dans le reste du monde la place numéro 1 leur est réservée. Albums cultes des géants du bizarre #9 : James Chance & The Contortions - Buy
La première mouture de son groupe se nommait Flaming Youth et les "contorsions" de son saxophoniste inspirèrent un critique pour finir par en devenir le nom. C'est donc James Chance & The Contortions qui apparaît aux côtés de D.N.A., Mars et Teenage Jesus & The Jerk (conduit par Lydia Lunch) sur No New York, la mythique compilation réunie par Brian Eno en 1978. La musique des Contortions est violente, chaotique et totalement frénétique. C'est un funk tout droit sorti des entrailles du Lower East Side de la fin des 70's, le dernier cri d'agonie du jazz. Le lyrics ne sont pas en reste. Au programme, violence conjugale, bondage, addiction aux drogues et obsessions morbides en tout genre. C'est pourquoi James Chance choqua tout le monde en sortant Buy. A l'époque, le disco était une musique indigne pour les punks. Comme l'écrit Simon Reynolds dans Rip it Up and Start Again (éditions Allia) : "Les punks ignorant pour la plupart que le disco était né dans l'underground gay, ne voyaient en elle que la bande son d'une vie de fuite et de complaisance, une musique d'ascenseur à laquelle on avait ajouté un beat et qui ne s'adressait qu'aux esclaves des apparences et autres nantis du New York uptown. Il y avait la culture disco du Studio 54 et il y avait eux." Comprenez, le disco allait jusqu'à dominer les ondes des radios new wave, et pour un punk virer disco était une abomination. C'est pourquoi à la sortie de Buy, personne ne comprit le choix de Chance et de sa troupe. Pour le musicien, l'idée était avant tout une provocation qu'il entérina par ces propos : "J'ai toujours été intéressé par le disco. D'accord cette musique a quelque chose de dégueulasse, mais il y a aussi quelque chose qui m'a toujours intéressé : c'est sa monotonie. C'est une sorte de jungle music qu'on aurait blanchie et pervertie". Et "perverti", le disco allait l'être encore plus avec cet album. Présenté tout d'abord sous le nom de "Contortions" sous une pochette représentant Terry Sellers en maillot de bain arty, futur auteure d'un livre sur la domination sexuelle, Buy contient des perles de barjerie comme "Design to Kill", "I Don't want to be happy", l'hymne SM "Bedroom Athlete" et bien sûr l'incontournable "Contort Yourself", morceau manifeste de la "James Chance Attitude" récemment remixé par le duo écossais Optimo pour Tigersushi. Sur "I Don't Want To Be Happy", Chance declare : "I prefer the ridiculous to the sublime". Tout est dit ! Mais par delà la provocation ("My Infatuation"), Buy est avant tout un fabuleux album de punk funk. Tout à fait plaisant, il est bourré de trouvailles et de clins d'oeil ("Throw Me Away", "Twice Removed"). Enthousiaste, Buy célèbre en quelque sorte la rencontre (rêvée) de Sonic Youth et de James Brown ("Roving Eyes", "Contort Yourself"). A conseiller à ceux qui n'ont jamais pu écouter un album de funk de leur vie. James Chance & The Contortions - Buy (ZE/Discograph, 1979) Youtube de l'été #39 : Dj Shadow - Organ Donor (1996)Posté par LovelyRita le 23.08.07 à 15:35 | tags : électro, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
Si on aime Dj Shadow, c'est pour plein de choses et surtout pour son "Organ Donor", qui, à chaque fois qu'il le joue en live, nous donne des secousses sismiques. Ce titre présent sur le premier album studio de Shadow, Endtroducing, repose essentiellement sur un morceau original de Moroder, "Tears". Sur cet album reconnu par le Guinness Book of Records comme le premier à avoir été entièrement composé avec des samples, DJ Shadow réussit à transformer l'orgue spectral de Moroder en orgue "dancable". Rock en Seine, le grand départ![]() La vie est belle pour les rédacteurs de Playlist : tandis que certains sont envoyés en Bretagne à la Route du Rock, d'autres sont expatriés à la Porte de Saint-Cloud à Rock en Seine...mouais, pas très équitable tout ça. Donc pas de galette-saucisse, pas de Fort de St-Père, pas de navette, a priori pas de bottes Aigle chopées au Décathlon du coin, non, juste son ticket de métro et un courage absolu pour affronter la ligne 10 du métro parisien et atteindre Rock en Seine. Donc 3 jours à arpenter le Domaine National de St Cloud à la recherche du ou des concerts ultimes parmi tout ça : VENDREDI 24 AOÛT Dizzee Rascal, Mogwaï, The Hives, Arcade Fire, Dinosaur JR, The Shins, M.I.A., Emilie Simon, 2 Many DJ’s, Rodeo Massacre, Rock & Roll, Hey Hey My My, Biffy Clyro, Noisettes, Unkle SAMEDI 25 AOÛT The Fratellis, Cold War Kids, Jarvis Cocker, The Jesus And Mary Chain, Tool, Puppetmastaz, Hellogoodbye, Erik Truffaz, CSS, Les Rita Mitsouko, I Love UFO, Pravda, Calvin Harris, Terry Poison, Alpha DIMANCHE 26 AOÛT Björk, The Horrors, Mark Ronson, Kings Of Leon, Faithless, Bat For Lashes, Devotchka, Kelis, Just Jack, Craig Armstrong, Housse de Racket, Nelson, Albert Hammond JR, Bromheads Jacket, Enter Shikari Verdict à suivre à partir de demain ! Youtube de l'été #38 : Supergrass - Alright (1995)Gaz Coombes, tu avais quoi, 18/19 ans quand tu chantais "We are young, We run green", maintenant tu en as plus de 30. "Alright" a été le succès, le tube, le morceau culte de Supergrass et l'est encore, puisqu'il n'est pas rare de l'entendre encore régulièrement sur les radios anglaises. De son piano guilleret en intro, à ses paroles naïves et propices à la déconne, en passant par le clip vidéo, ce morceau vente les mérites du bien-être, de la fête, de la vitalité de la jeune génération, mais aussi de ses dérapages et de ses capacités à se remettre sur pied en un rien de temps ("Lost control, hit a wall, But we're alright"). Même si on voit mal les trentenaires de Supergrass interpréter cette chanson aujourd'hui, le titre lui, est une vrai cure de jouvence. Total 8 : Kompakt nous refait la totale !
Bon, tout le monde le sait maintenant, la série des Total est l'occasion de réunir sur un double CD ce qui fait l'esprit Kompakt. Ce que d'aucun nomme encore la minimale allemande, tout en n'étant pas vraiment sûr de ce dont ils parlent puisque le son du label l'est de moins en moins, minimal, mais passons. D'abord, il y a de bonnes surprises sur ce Total 8, c'est vrai. Ça commence même plutôt bien puisqu'on y retrouve Burger/Voigt que les connaisseurs ont déjà eu la chance d'écouter sous le nom Burger/Ink sur Las Vegas, un magnifique album paru chez Matador en 1998 (à l'époque les labels pop/rock indés signaient de l'électro). Il s'agissait alors bel et bien de minimal, dans la lignée Chain Reaction/Basic Channel. Et même si on retrouve sur "Man Lebt Nur Zweimal" les échos de ce qui fit la grandeur du duo : intro vaporeuse, rythme au ralenti et lointains arpèges de guitare western, on se rend compte à quel point aujourd'hui leur style a évolué et n'a plus rien de minimaliste. Ceci dit, pas de problème, le titre est très bon et rappelle les meilleurs moments du dernier album d'Isolée pour faire une bonne comparaison. Autre "vétéran" de retour, Jürgen Paape , qui nous étonne avec une track vocale, "We Love", poussée par un gros pied, c'est la parfaite pop song électro pour soirée autour de la piscine, un doux rêve d'été romantique quoi. C'est après que ça se gâte. En fait, hormis ces deux premiers morceaux, rien n'accroche vraiment sur le CD 1. "Rainy Night in Georgia" de Superpitcher est très bien, mental et tout, mais ne vaut pas le "Enzian" présent sur Speicher 3. Partial Arts (alias Ewan Pearson et Al Usher) sont bof, Rex The Dog, Steadycam, Nightcats (Jonas Bering et Thierry Mbaye), idem... Même le remix de Gui Boratto ("Mr Decay") par Robert Babicz et l'habituellement impeccable Justus Köhncke ne cassent pas des briques. Ah tiens, le Thomas/Mayer est joli, vraiment joli, spatial et mélodique, rien à redire. Jörg Burger en solo revient à ses racines, basses filtrées et échos dubby très Berlin 90. Supermayer, hé bien, espérons que l'album sera meilleur. The Rice Twins est "gentil". Mais je vais pas vous faire les deux albums comme ça... Donc, de ce double volume de Total 8, exception faite de Burger/Voigt, "We Love" de Paape et la pop spatiale de Thomas/Mayer ("Überwiesen"), on retiendra plutôt sur le CD 2, le "Polyform 1" de Burger solo, le très fin "The Closer" Hervé AK digne d'un Plastikman c'est dire, et très minimal pour le coup, le "Mariposa" de DJ Koze, un poil trancey comme on aime en ce moment, le très dark "Nord" de Jürgen Paape (CD 2), l'inclassable "Cold Wind" de Schaeben & Voss (des habitués de FirmRecords) avec sa basse slappée et ses vocaux funky et ce sera tout ma bonne dame ! Bon, ce n'est déjà pas mal, bien qu'il s'agisse d'un double CD. Comprenons-nous bien, en vinyle 12", sur un dancefloor, je ne doute pas que ces morceaux soient imparables, sympas et tout, mais là, tous réunis d'un seul bloc, bon c'est indigeste je crois. Kompakt nous avait habitué à plus de finesse dans la construction de ses compilations. Rappelons-nous de Total 7 l'an dernier, incroyable ! Ou du volume 6, énorme ! Bref, cela ne remet en rien en cause la qualité des productions du label, mais révèle bien à quel point à une grande année avec de grands albums (Gui Boratto, Micheal Mayer, The Field) il est difficile de faire succéder une simple compilation fut-elle double, et ça, c'est plutôt bon comme bilan annuel non ? Kompakt - Total 8 (Kompakt/Nocturne, août 2007) Le funk dans l'ère quadra![]() Le funk est né il y a 40, ce serait James Brown qui lui aurait donné naissance en composant "Cold Sweat", morceau considéré comme le 1er titre funk de l'histoire. La plupart des pères fondateurs de ce courant musical sont aujourd'hui morts et pour célébrer l'anniversaire d'un genre encore ignoré des grandes institutions, 2007 a été décrété année funk. A cette occasion le site bien nommé, 40 ans de funk, associé à d'autres acteurs médiatiques (Fonkadelica, Wegofunk, Muziq...), propose une série d'événements et de contenus en ligne pour témoigner de la vivacité du funk et de son patrimoine. Dans la rubrique A la découverte du funk, plein de topos sur le funk (sa définition, les sous-genres du funk, une bibliographie...). Côté événements : concerts de Maceo Parker, Little Barrie, Amp Fiddler... Une programmation, tout de même assez pauvre, qui aurait mérité d'être agrémentée de quelques conférences histoire de fêter comme il se doit "un style fait pour ceux qui veulent danser et s'amuser, un style permettant de lever d'emblée toute inhibition." 50 Cent vs. Kanye West : la catastrophe du 11 Septembre ?
Ce qui ne pourrait être qu'un malencontreux incident industriel s'est cependant vite transformé en drame personnel pour Curtis "demi dollar" Jackson III qui a d'abord invité Kanye à une rencontre télévisée style "débat présidentiel" pour déterminer quel disque était le meilleur. La réponse de Kanye : "je pense que c'est le truc le plus stupide que j'ai entendu". Un point pour Kanye, même si j'aurais aimé qu'il dise ça en acceptant l'invitation, pas en la refusant.
Oh, et puis il y a la musique : si les premiers extraits de l'album de Kanye ne nous ont pas emballé plus que ça, ceux de l'album de 50 Cent sont catastrophiques. Certes, il a prouvé par le passé qu'il savait vendre du "catastrophique" mais aux dernières nouvelles, Ayo Technology n'a pas vraiment fait bouger les foules, qui peut-être en ont marre comme tout le monde de voir Timbaland et Timberlake partout et je n'ai même pas retrouvé le titre de cet autre morceau, un peu jazzy, dont la vidéo semble avoir disparu (désolé mais la pop comme ça ne devrait demander aucun effort) Malheureusement, malgré le passé soi disant plein de flingues de 50 Cent et les dons de casse cou automobile de Kanye West, les deux ont en fait construit leur personnage comme victimes plutôt qu'assaillants et je doute que cette petite guerre que 50 Cent se fait pour l'instant tout seul n'aboutisse à autre chose qu'une fausse réconciliation aux MTV Video Awards avec peut-être un baiser façon Britney/Madonna. Youtube de l'été #37 : Blur - Girls and Boys (1994)Cette année-là, où nous avions tous fatalement 13 ans de moins qu'aujourd'hui, était une année décisive où il fallait faire un choix, ou du moins c'était comme ça qu'on nous présentait la chose. La Brit Pop que les médias nous vendaient à l'époque, était tout sauf un mouvement de réunification. En quelle année ça a commencé, quel en est l'album fondateur (Parklife de Blur, Definitely Maybe d'Oasis, I Should Coco de Supergrass...? Tout comme ma mère me demandait de choisir la cassette que j'aurais pour Noël (I Should Coco ou Definitely Maybe), on nous demandait de choisir entre Blur et Oasis, entre les riches et les pauvres, entre le sud et le nord de l'Angleterre. Encore toute petiote à l'époque, j'ai donc opté pour les frères Gallagher. En 1994, Oasis sort "Supersonic" et voilà qu'aujourd'hui je lui substitue "Girls and Boys". Je me suis réconciliée avec moi-même, vous me direz ? Oui, non, enfin c'est surtout que "Girls and Boys" hante toujours les playlist de soirée tandis que "Supersonic" n'y a pas sa place. Sa basse est une invitation à la danse, son refrain est fédérateur, et pourtant, "Girls and Boys", ce titre à l'apparence culture club détient son lot de sarcasmes sur la culture de la fête, justement. "Following the herd, Down to Greece, on holiday" chantait Damon Albarn, pour dénoncer les bandes de gamins en vacances, dont le seul but était dans l'ordre de boire, danser et baiser. Critiquer la culture de la sur-fête avec un titre aussi festif, c'était un pari, qui n'a pas été remporté à 100%, puisque le single a été plébiscité en 94 par bon nombre de boîtes de nuit estivales. Titre évocateur du Blur, première mouture, jeune et affilié à la Brit Pop, "Girls and Boys" nous ramène à une certaine époque, tant pour nous que pour le groupe, parti quant à lui explorer d'autres horizons depuis. Et c'est là, que je vous conseille d'aller faire un tour sur le site de Travaux Publics, qui propose à la vente une série de compilations dont une spéciale reprise...compilation sur laquelle vous trouverez une sublime version indian-like de "Girls and Boys". Joue-le maintenant![]() De ma seule expérience avec l'apprentissage d'un instrument je n'ai que de vagues souvenirs épars : une flûte à bec, "j'ai du bon tabac", une prof dépressive et une décision rapide de consacrer cette heure de ma semaine pour les quatre prochaines années à discuter de sujets plus intéressants tels que Dragon Ball Z ou la Super Nintendo que j'aurais à Noël. Peut-être que si j'avais eu un professeur cool, qui n'aurait pas éclaté en sanglots pour un rien et qui n'aurait pas essayé de me faire chanter du Céline Dion, peut-être que si mon prof avait été Gaz Coombes de Supergrass, peut-être alors jouerais-je d'autre chose que du stylet de ma DS. Si je dis ça, ce n'est pas pour que vous pleuriez sur mon sort (vous pouvez le faire, cependant, j'adore ça) mais parce que le site Now Play It va permettre aux jeunes générations de vivre ce que moi je n'ai pas vécu. Il est certes trop tard pour moi mais je vous communique le lien comme ça, sans amertume, bande de connards. Bref, donc, ce site propose des vidéos d'une poignée d'artistes anglais qui vous explique en long et en large comment jouer leurs chansons. Il y a pour l'instant des membres de Blur, Supergrass, KT Tunstall et tout un tas d'autres artistes anglais mineurs. Le site n'en est qu'à ses débuts et devrait voir son line up s'agrandir considérablement (nous promet-on). Bien sûr, les vidéos sont payantes mais vous n'allez pas vous plaindre tout de même : j'ai gâché ma vie, moi. Albums cultes des géants du bizarre #8 : Ui - Sidelong
Ceci étant, il a fallu un certain temps au groupe de Sasha Frere-Jones pour s'extirper du carcan rock et devenir l'ovni sonore expérimental que l'on sait. Créé au début des années 90 dans la grande vague post-rock, le groupe sort une tripoté de maxis étonnants et méchamment barrés, avant de signer un véritable premier album. Après ce Sidelong paru en 1996, sortiront donc Lifelike en 98, The Iron Apple en 99 et enfin Answers en 2003. Au même titre que, disons, Tortoise, Ui explore le vaste champs des musiques populaires, country, folk, rock, en y ajoutant là une pincé de dub, là une référence krautrock, une pointe de jazz. Pourtant, on se demande si le groupe a réellement "pensé" sa musique de cette manière, si les effets dub ne sont pas simplement là par hasard, si l'étiquette "krautrock" ne leur a pas été collée de force. La musique d'Ui semble trop naturelle pour être inscrite au sein d'une quelconque filiation. C'est particulièrement évident sur Sidelong, où le groupe est à l'origine d'une musique à la fois profondément marquée par le folklore américain, tout en étant totalement avant-gardiste. Pourtant, le terme "arty" leur va très mal. Alors comment décrire leur americana-krautrock ? Leur dub post-rock ? Leur country funk ? Sur des morceaux envoûtants comme "Golden Child", on jurerait entendre le batteur de Can, Jaki Liebezeit. Sur "Panted Hill", le groupe oscille entre jazz et free rock contemplatif pour finir en ballade de cowboys avinés. Et que dire du dub urbain de "Butterfly Who" et du funk invertébré mais pourtant entraînant de "The Piano" ? Quant à "Johnny", le morceau qui clôt si superbement cet étrange album, on le jurerait extrait d'une session improvisée extirpée des répétitions du Unknown Pleasure de Joy Division, tout en basses (Ui en comptait deux!), motifs rythmiques répétitifs et guitares rappeuses. La folie d'Ui, sa totale liberté, ses montées psychédéliques en font toujours, 4 ans après leur explosion, un groupe unique. Comment, après ça, voulez-vous écouter sereinement Animal Collective ? En attendant de trouver la réponse à cette question, vous pouvez vous rendre sur la courte page officiel de Ui sur le site de Southern Records et regarder des extraits du documentaire que leur a consacré Christopher Wilcha juste avant leur séparation. L'art du bruit, du 20 au 24 août sur France Culture
Make Some Noise, c'est le titre de cette série en 5 volets, traitera de manière extrêmement vivante et avisée de l'histoire du son dans les musiques populaires du XXe siècle, du phonographe au son surround 5.1, en passant par le hip-hop, le rock, la pop', la techno, les musiques électroniques, l'ambient, etc. L'emission s'attachera donc à expliquer et décrypter "comment la technique crée des mondes sonores". Avec les voix de David Toop, Brian Eno, DJ Shadow, Juan Atkins, Michel Geiss, (ingénieur du son, spécialiste de l'enregistrement sonore) Richie Hawtin, Bruno Heuzé, (journaliste, spécialiste averti des mondes sonores) et Tony Herrington, (directeur du magazine The Wire) ! Inutile de vous dire qu'il ne faut pas rater ça. Playlistien, à vos agendas ! Émission 1. Lundi 20 août. Émission 2. Mardi 21 août. Émission 3. Mercredi 22 août. Émission 4. Jeudi 23 août. Émission 5. Vendredi 24 août. Pour plus d'infos sur le programme, les sujets traités et ses invités, rendez-vous également sur le profile myspace de l'émission. Youtube de l'été #36 : Snoop Doggy Dogg - Who Am I (Wha'ts My Name) ? (1993)Posté par LovelyRita le 20.08.07 à 14:48 | tags : hip hop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
En 1993, Calvin 'Cordozar' Broadus sort son premier effort solo sous le nom de Snoop Doggy Dogg. A sa sortie, Doggystyle, se hisse directement à la première place des charts grâce à ses singles bien sentis ("Ain't No Fun", "Gin & Juice" et "Who Am I (What's My Name) ?"). Après quelques collaborations dont la récente avec Dr Dre sur son album The Chronic, Snoop réussit avec succès le passage du 1er album. Morrissey, so addictive
L'idôlatrie est une connerie (j'ai presque l'impression de dire un gros mot). On en a notre dose de fans hystériques et décérébrés sur Playlist, et pourtant ceux de Passions Just Like Mine semblent bien atteints. J'essaie de me rappeller et de fouiller mentalement tous les artistes que j'apprécie et qui se rapprocherait du statut d'idole pour moi... Ian Curtis... épileptique, raciste sur les bords, mort pendu... Bob Dylan... born again christian.... et c'est tout, et encore ces deux-là ont juste eu le luxe de m'initier au rock. Je n'ai pas d'idoles, ni même quelquonque artiste pouvant remplacer l'image d'un quelquonque Dieu auquel je pourrais croire. L'idolâtrie artistique est en soi un magnifique oxymore, car l'idôlatrie tue toute nuance, toute tentative d'objectivité, l'idôlatrie ou le fanatisme anéantit l'art en tant que moyen d'expression si le message est biaisé au départ pour ne finir que dans une seule et unique expression. L'art est constructif, et meurt dès lors que ses référentiels sont altérés par l'irrationalité du fanatisme, et s'éteint lorsqu'il est substitué du contenu par le contenant. M'enfin, porter la banane pour un fan de Momo passerait encore, imaginez les fans de Michael Jackson qui souhaiterait ressembler à leur idole. Brrr. Chacun sa merde. Youtube de l'été #35 : House of Pain - Jump Around (1992)Posté par LovelyRita le 19.08.07 à 14:33 | tags : hip hop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
House Of Pain fait partie des rares artistes blancs à avoir cartonné dans le milieu du rap, encore n'ont-ils pas eu le succès des Beastie Boys ou d'Eminem. Fondé par Erik Schrody, dit Everlast, House of Pain sort son tout premier album en 1992, album sur lequel on trouve le single "Jump Around". Ce titre a permis au groupe de quitter son Irlande natale pour partir en tournée aux USA. Le groupe a rencontré avec "Jump Around" un succès commercial auquel il ne s'attendait pas et qu'il n'a pas réussi à réitérer par la suite. Trois albums et des soucis avec la justice pour port illégal d'armes ont eu raison du groupe. De House of Pain, il ne reste aujourd'hui qu'Everlast et sa carrière solo et ce "Jump Around" bondissant. Putain de Sonic Youth![]() "Trop long ?!!" Cette phrase (à prononcer dans un étranglement), je l'ai répété quelques douzaines de fois après le concert aux gens qui me donnaient leur impression générale du set. Dix neuf ans après sa sortie dans le commerce, Sonic Youth joue Daydream Nation, ce monolithe, dans l'ordre et en live. Ces 70 minutes d'indie fondateur, passées à la moulinette des années, renaissent en live avec une fureur et une arrogance bienfaitrice. Tout a déjà été dit sur ce disque bien avant que je ne le découvre, et avec un groupe en aussi bonne forme, il paraît naturel que le live ait été aussi énorme. Les fans de Sonic Youth auront vu passer la performance comme un rêve, électrique et cotonneux à la fois, expérimental, rentre-dedans, frappant de bâtardise et de grâce. Les autres auront été destabilisés par les parties expérimentales du disque/set, et les violences que Thurston Moore inflige régulièrement aux cordes de sa guitare, pour en tirer de très diverses conclusions sur la qualité du concert. "Les vieux groupes qui marchent encore, c'est ceux qui ne se sont jamais arrêtés." Un addage récupéré dans le public des convaincus, alors que le groupe quitte la scène et que le public crie tout de même sa joie en masse. Les minutes s'écoulent, durant lesquelles certains descendent du nuage. Juste à temps pour voir revenir la bande et un nouveau venu, introduit par Moore avec cette phrase : "Back to the 21th century ! My boy is gonna play some songs with us." Et voilà le fiston de Thurston fraîchement débarqué, guitare en main, qui accompagne le groupe sur six titres de Rather Ripped. Parce que jouer Daydream Nation tout seul et se casser était vraiment trop chiant et opportuniste pour eux. Côté public, c'est la cerise sur le gâteau ou la goutte de trop. La vérité, que bien évidemment je suis le seul et unique à détenir, c'est que les deux heures durant lesquelles Sonic Youth a brûlé la scène, les amplis et les tympans font partie, avec LCD Soundsystem, des meilleurs moments de tout le festival. C'est pourtant pas si compliqué, le rock est question d'audace, de son et lei fameux "esprit rock" n'est qu'un synonyme d'"intégrité artistique". "I ripped your heart out from your chest, replaced it with a grenade blast." Comment ça "trop long" ? LCD Sounsystem, I Love You
En bref, LCD Soundsystem est juste un des meilleurs groupes actuels et, comme leur set de la Route du Rock l'a démontré, il n'y a pas à s'en étonner. Quand tout fonctionne parfaitement et quand le batteur joue très vite et très bien et quand le chanteur tire le maximum de ses capacités relativement limitées et que la basse fait bouger des milliers de fesses à l'unisson et que le set compte deux prétendants à la chanson de l'année avec "All My Friends" et "New York, I Love You" (manquait juste "Someone Great", donc) tout ça semble le plus naturel du monde. Bien sûr, c'est juste ça que tous les autres groupes auraient du faire ! Pourquoi n'y ont-ils pas pensé alors que ça parait si facile, si évident ? Ca ne l'est sans doute pas tant que ça mais qui a envie de savoir comment les saucisses sont faites ? Dans la fosse on oublie vite le côté "petit malin" du James Murphy studio qui empile les clins d'oeil comme des boîtes de conserve au supermarché. On retient juste un set ultra efficace, joué à fond et sans temps morts. Au moment de se dire au revoir, on s'est partagé les tâches avec Flyer. Je voulais Sonic Youth et lui aussi. "Je ne me souviens absolument pas de LCD Soundsystem" m'avoue-t-il en usant du ton de petit garçon grâce auquel il m'a déjà refilé les Smashing Pumpkins. Je comprends pourtant parce que j'ai moi-même plus de souvenir dans mon corps que dans ma tête. Outre la ferveur du public (qui pour cet ultime concert était, reconnaissons-le, dans un état qui facilitait grandement la tâche au groupe), ce dont je me souviens c'est de notre amie paralytique dont le stoïcisme n'avait pas été perturbé une seule fois du festival. Dansant comme un fou derrière elle, je lui jetais régulièrement un oeil et je l'ai bien vue, je vous promets, elle a remué doucement la tête. Youtube de l'été #34 : REM - Shiny Happy People (1991)Posté par LovelyRita le 18.08.07 à 15:16 | tags : pop, tubes de l'été, usa, vidéos musicales, youtube
Qui aurait cru retrouver un titre de R.E.M. dans un classement des tubes de l'été ? Certainement pas moi et encore moins Michael Stipe au moment où il décide de consacrer sa carrière au groupe d'Athens au début des années 80. Huit ans après un premier, beau et triste album, Murmur, REM publie Out Of Time, opus incontournable dans la carrière du groupe car il contient deux titres, deux hits qui les exposeront à la face du monde. Après la complainte de "Losing My Religion" qui les fait passer du statut de groupe fétiche des "college radios" à celui de gros fournisseur mondial de pop-rock, le groupe sort en single le pire titre qu'un meilleur groupe du monde ait pu écrire ! "Shiny Happy People", un titre "anti-REMesque" au possible, une erreur de parcours, un moment de faiblesse vestimentaire (oui, Michael Stipe, le jaune Amora ne va pas à tout le monde !)...mais un vrai tube de l'été. Un titre que l'on fredonne inconsciemment, qui se glisse en nous sans qu'on ait rien demandé. Un titre qu'on ne devrait pas trop aimer, car REM c'est tout sauf ça, mais "Shiny Happy People" est à prendre tel qu'il est, avec son riff de mandoline entrainant, sa mélodie généreuse, le duo entre Kate Pearson des B-52's et Stipe. Bien qu'il s'agisse de l'un des titres les plus connus de REM, Michael Stipe l'a exclu du tracklisting du best-of sorti en 2003 et le magazine Q l'a classé dans les "10 pires titres de grands groupes" (qu'est-ce que je disais plus haut ?). Youtube de l'été #33 : Deee Lite - Groove Is In The Heart (1990)Posté par LovelyRita le 18.08.07 à 11:16 | tags : funk, gro, pop, tubes de l'été, vidéos musicales, youtube
Après les Beatles qui nous assènent que "All You Need Is Love", voilà que Lady Miss Kier se donne corps et âme pour nous faire comprendre que "Groove Is In The Heart". Lady Miss Kier, c'est la voix de Deee-Lite et la crevette rousse qui ondulait si psychédéliquement dans le clip de "Groove Is In The Heart". Deee-Lite fait partie de ces groupes one shot (un tube sinon rien !), bien qu'ils aient sorti 2-3 albums, on les associera ad vitam eternam à ce seul et unique titre. La recette de ce succès ne tient pas seulement à la présence de Bootsy Collins et de Q-Tip de A Tribe Called Quest mais aussi à ce mélange jouissif de funk, disco et groove, de fun et merci à ce refrain aux paroles facilement mémorisables et chantables à 4h du matin, bourré ! Electrelane, stoner romantique![]() Il n'y a pas grand chose de générique chez Electrelane si ce n'est leur propre musique. En quelques albums et à force de concerts implacables, les quatres Anglaises se sont imposées dans la liste fermée des chouchous de festivals, attendues avec délice et entendues avec ravissement sans coup férir. Une fois n'est pas coutume, leur noyau dur de fans, qui s'étend de plusieurs rangs chaque année, se déhanchait à s'en déboîter les os, tandis que la foule, au début clairsemée, gagnait en densité avec les troupeaux de curieux séduits par leur son. Ces nanas font du stoner, alignent les riffs, carrées et régulières comme des trains, et maltraitent la masculinité du genre par leurs voix, leurs paroles et leurs nappes mélodiques. Flottantes et suaves, elles insufflent une véritable romance dans leur tempête de rock à chaud. Mais ? Oui, un tout petit "mais". Même si leur set paraît (comme à chaque fois) très court, la vague qu'elle jette sur le public a toujours la même saveur. C'est exquis, certes, mais comme sur album, Electrelane n'est pas tant un groupe qui surprend qu'un groupe qui emporte. En tout cas, ces filles-là ont des tonnes de choses à apprendre à énormément de groupes de mecs en cuir ou en Armani qui jouent les rock stars du pauvre. Et oui, les crevards à guitare : la révolte est une affaire d'émotion. Route du Rock en JPEG, les têtes d'affichesRoute du Rock en JPEG, les amuseursLa Route du Rock en JPEGOn a loupé l'accréditation photo cette année pour vous ramener de beaux clichés du devant de scène, alors on fait avec les moyens du bord pour vous donner quelques idées de ce qui s'y passe.
Pictured by 2goldfish The Smashing Pumpkins : Heavy Metal Circus
Les Smashing Pumpkins, j'ai du mal à m'en défaire. J'ai été les voir par pure nostalgie au Grand Rex en mai, je les ai croisé par hasard à Barcelone en juin et là ils viennent dans MA Route du Rock comme si je n'avais pas assez entendu "Today" et "Zero" cette année. Une bonne chose donc, que le groupe se soit radicalement transformé en quelque mois. Exit les tenues de super héros et les robes de mariée, bonjour le look euh.. clodo-chic ? La setlist, si elle fait toujours la part belle aux vieux tubes (on est dans un festival après tout) laisse heureusement peu de place aux extraits du nouvel album qui sont cependant tout à fait corrects une fois défaits des artifices de production de Zeitgeist. Des vieilleries totalement réarrangées et d'autres raretés asurent le contentement de tous, du fan (venu en masse. en grosse, grosse masse) et du passant improbable, peut-être venu pour le concert annulé de Peter Bjorn & John. Même si les sentiments exprimés par Billy Corgan semblent aujourd'hui loin de nous, lui à quarante ans assume totalement ses paroles de goth de quatorze piges et des solos de guitare à la Van Halen entre quelques roulements de batteries spectaculaires de l'excellent batteur Jimmy Chamberlin. Avec l'âge, ils semblent avoir abandonné toute fausse modestie et se lancent dans des jams parfois prétentieux, souvent trop longs mais aussi terriblement satisfaisants par moments. Corgan et son nouveau guitariste Jeff Schroeder se lancent dans des duels de solos avec la jubilation d'un joueur débutant de guitar hero. La foule est devenue une masse compacte violemment secouée par le métal et unie par les hymnes universalistes pré-émo comme "Tonight, Tonight" ou "Disarm". Ces citrouilles sont peut-être le groupe le moins dansant de tout le festival mais qui pourrait danser, de toute façon, quand il se bat amicalement avec son voisin pour assurer son espace vital ? Situé un cran au dessus de toute considération esthétique, ce bon gros show rock a emporté le public et nous avec, nous vidant de toute notre énergie. On est vraiment désolé pour CSS, d'autant plus que le bruit court que Lovefoxx a terminé le show vêtue uniquement de paillettes. Un type bourré et nu me l'a dit, en tout cas. Italians Do It Better : C'est ce qu'on va voir !Posté par Maxence le 17.08.07 à 16:01 | tags : culte et bizarre, disco, disques de l'été, électro, label
Concernant After Dark soyons clair, il s'agit encore de disco. D'italo pour être précis, et c'est important ici car il faut bien séparer les choses. Au milieu du vaste continent disco qui n'en finit plus de remonter à la surface comme un Atlantide inespéré de la musique électronique, d'un côté nous avons l'italo et de l'autre le cosmic (ou space) disco. Le tout faisant actuellement un grand retour comme vous le savez si vous lisez régulièrement le fil disco de ce blog, au sein de la nébuleuse nu-disco. Cousin germain du cosmic, l'italo disco est plus porté sur les machines et leurs effets (rétro)futuristes. Alors que le cosmic disco aime les percussions tribales, les rythmes alanguis du balearic, les ambiances exotiques, le funk et la soul, l'italo aime la synth pop, les hymnes 80, la pose "camp" et le kitsch un rien ébouriffé de la new wave de garçons coiffeurs d'Heaven 17 ou d'Ultravoxx (celui avec John Foxx, notez les deux X). Faire l'historique du genre prendrait trop de place ici, mais on peut déjà dire que le genre refait surface en 1997, quand le DJ hollandais I-F sort son fameux dj mix, Mixed Up in the Hague, Vol. 1. Citons également Unclassics par Morgan Geist, qui fait aujourd'hui figure d'incontournable compilation de raretés. Ainsi After Dark ne pourrait être qu'une compilation italo de plus si ce n'était véritablement celle du nouvel étalon italo. Réunissant une pelleté de morceaux uniquement trouvable sur des 12" et de nombreux inédits des poulains du label Italians do it Better, Glass Candy, Chromatics, Mirage, Professor Genius et Farah, After Dark s'impose comme une vision nouvelle du genre, plus 80 que jamais. Mirage propose par exemple un remix du fameux "Last Night a DJ Save My Life" de Indeep, tout en nappes de synthé spatial et en basses compressées, et quand Glass Candy reprend le "Computer Love" de Kraftwerk c'est pour le faire sonner comme un morceau de Blondie sous tranxene. L'obsession des artistes d'Italians do it Better pour les années 80 se traduit aussi par les adaptations de Dark Day, obscur groupe post-no wave de l'ex-DNA Robin Crutchfield (que l'on retrouve sur le volume 3 des mythiques compilations New York Noise), dont Chromatics reprend le "Hands in the Dark" et Glass Candy "The Chameleon". La mélancolie urbaine et l'expression du növo spleen de cette décennie réactionnaire placée sous le signe du fric facile, de la magouille politique et de l'absence de scrupule sont également omniprésentes dans des ballades mélancoliques comme "In The City", ou le futur morceau culte de Farah, "Law of Life". Originaire du Texas, Farah est à l'origine d'une descente aux enfers vraiment unique dans l'histoire de l'italo. Sur une base rythmique monotone et hypnotique proche du "I Feel Love" de Summer/Moroder, la chanteuse pose sa voix spectrale dans un spoken word mêlant l'anglais et une mystérieuse langue orientale, tandis que les synthés serpentent et que l'auditeur se laisse embarquer sur les pentes savonneuses de la transe la plus noire. Mais After Dark regorge aussi de perles électros vintages digne des B.O. de John Carpenter ("La Grotta" de Professor Genius), de space disco envoûté ("Miss Brodway" de Glass Candy), de cosmic sound dilaté ("Lake Of Dreams" et "Lady Operator" de Mirage), le tout animé des infinies pulsations du funk synthétique tridimensionnel de la fin des 70's. Clairement, After Dark oscille entre hommage et pastiche ("Pegaso" de Professor Genius), tendresse et distance post-moderne, qui font de lui un excellent prétendant au double titre d'album "culte et bizarre" et de "disque de l'été" à ranger aux côtés de Kathy Diamond, du Cosmo Galactic Prism de Prins Thomas ou du White Magic de Sorcerer. Du coup, il faut relativiser. "Oui, c'est peut-être les Italiens qui le faisaient le mieux, dans les années 80". Aujourd'hui, force est de constater que les Américains se débrouillent plutôt bien aussi. VA After Dark - Italians Do it Better (Italians Do it Better/Import) Universal rachète V2
Lorsqu'on se souvient de la vision de Nègre sur la musique "Si Jim Morrison ou Jacques Brel entraient aujourd'hui dans mon bureau... et bien je ne signerais pas avec eux !" on peut effectivement prendre peur quant à la lignée artistique que s'était fixée V2. Avec un catalogue hétéroclite et comprenant de belles grosses cylindrées mais ne vendant pas forcément autant que - piochons au hasard - Anais, Isabelle Boulay ou Henri Salvador, on sait d'avance ce qui adviendra des équivalents de petits vendeurs mais talentueux Blood Red Shoes, Absentee, Simian Mobile Disco ou autre Black Keys au niveau national... Universal 1 ; Musique : 0. Fujiya & Miyagi résistent à tout
Certains pissent entre copains contre la barrière pendant les instrumentaux kraftwerk-iens, mais recommencent à danser avant d'avoir refermé leur braguette. D'autres s'asseoient pendant les chansons funky/new-wave et ils ne peuvent pourtant s'empêcher de remuer la tête en rythme. Même quand je perçois avec étonnement une ressemblance avec INXS (c'est donc pour ça que Maxence les aime tant ?) je me dois de reconnaître que ça reste très bon. INXS est pourtant à ma connaissance toujours resté loin de l'esprit de tous les réhabilitateurs de la pop. Qu'y-a-t-il de si mal dans un peu de guitare funk à la javel ? Oui, Fujiya & Miyagi sont bons comme ça : j'ai presque envie d'écouter Suicide Blonde. Je n'en ferais rien, rassurez-vous. The Go! Team : Should I Stay or...
Sur disque comme sur scène, ils souffrent de toujours sonner pareil et surtout d'un songwriting faiblard qui n'est jamais caché qu'un temps par l'agitation qui l'entoure. Parfois pourtant, tous ces éléments que j'aime tant chez eux s'unissent en un tout consistant, la sauce prend - un peu par hasard semble-t-il - et le concert devient merveilleux. Ils s'échangent leurs instruments en courant, la rappeuse Ninja danse n'importe comment, le guitariste devient deuxième batteur, la choriste prend le devant de la scène et je me fends d'un de mes célèbres mouvements de danse tueurs, qui suscitent l'admiration de tous autour de moi. En tout cas l'ambiance est suffisamment enjouée pour que j'imagine cette admiration dans le regard des autres et ça me suffit amplement. Au final on reste sur une impression en demi teinte, hésitante, le concert était tour à tour moins bon et meilleur que je ne l'aurais cru, l'enthousiasme de toute l'équipe et les déclarations bancales entre les chansons de la part ailleurs charmante Ninja peuvent basculer de l'insupportable à l'irrésistible à la vitesse du vent qui fait flotter l'écran géant comme une bannière animée du futur. A la fin, l'écran aura disparu, peut-être s'est-il envolé et a-t-il pris aux pièges les VIP en dessous, peut-être a-t-il juste été décroché par l'organisation. Ainsi s'achève ce moment d'ambiguïté. Caribou : L'animal sort du bois
Donc oui, Caribou sort du bois et Dan Snaith semble avoir bel et bien tourné la page des machines chantantes. En effet, si son précédent sublime avatar de pop électronique, The Milk of Human Kindness, résonnait encore des sons très kitsch de la beatbox et fourmillait de samples malins, Andorra lui, se conçoit entièrement comme un album de psyché pop "classique" (si tant est qu'un tel mot ait un sens dans le contexte psychédélique qui nous occupe). Hormis la très discrète rythmique d'"Irene" et son electronica cliquetante ou la transe engourdie de "Niobe" façon "Chain Reaction rencontre The Beta Band", Andorra n'est qu'arpèges, clochettis, retour de manivelle shoegazer ("After Hours"), fond de distorsions et de dilatations accompagnant les couplets et refrains de "She's The One", ou accords bluesy déstructurés au ralenti (le très beau "Eli"). Alors bien sûr, même si justement les Byrds, les Beach Boys, les Zombies et The Left Banke ont déjà tout dit, on apprécie l'ensemble mélodique fait de lignes répétitives et joyeuses précieusement bâtit par Snaith ("Sundialing"). On regrette juste un peu que le Canadien n'ait pas osé expérimenter d'avantage et on se dit que, finalement il n'aurait peut-être pas du laisser tomber les machines. Ceci étant, Andorra n'aurait pas détonné dans notre sélection de pop 2007 et constitue certainement un parfait disque d'accompagnement pour cet été en demi-teinte. Allez hop, un petit tour sur myspace ne fait jamais de mal et vous donnera sûrement une idée plus juste que ce fatras d'adjectifs déguisés en avis personnel. Justice, c'est surfait de dire que c'est surfait
"C'est un album d'une modernité affolante, au tempo souvent lent, à la croisée du métal et de la techno, qui ravit autant les amateurs de house filtrée que les indie kids. Justice pour tous..." dit le Dossier De Presse. Menteur. Justice réanime la flamme Daft Punk avec une recette à peine mise à jour. On repassera pour la modernité. Mais est-ce que c'est mal ? Non. Est-ce que c'est pas mal ? Euh oui. Les filtres sont bidouillés, le mix balancé à la Route du Rock ressemble aux mix servis dans toute l'Europe, à un sample des Klaxons près. Pas d'avant-garde électro là-dedans. De toutes façons, ce n'est pas ce que quiconque y cherche.
Non, c'est pas nul, c'est très bien fait. Non, c'est pas bien non plus, leurs ficelles musicales ont des gueules de câbles pour paquebot. En une heure, on a le temps de danser, de sauter et de s'emmerder. Sans surprise (on est pas chez Fatboy Slim) mais avec conviction. On trouvera surtout chez Justice ce qu'on veut y trouver, du génie ou de l'escroquerie, parce qu'au fond ces mecs ne sont que des marchands de fun. Comme dans une montagne russe, tout l'intérêt réside dans la première fois. |