Archives > Octobre 2007Albums cultes des géants du bizarre #22 : Fantômas – Delirium Cordia
Disque monstre, Delirium Cordia est aussi un "disque monde" où se croisent sur un unique morceau de plus de 71 minutes, musique classique, ambiances de B.O. italiennes tarées pour films d'horreur de série B (ou Z), exercices électroacoustiques, bruitisme, exotica bâtarde, electronica, ambient sinistre, rituel satanique, musique industrielle, métal hors normes (deux riffs en tout et pour tout sur cet album) et chant grégorien. A ce propos il est intéressant de noter que bien qu'accompagné du guitariste et leader des Melvins, Buzz Osborne; du batteur de Slayer, Dave Lombardo et du bassiste de Fantômas - Delirium Cordia (Ipecac, 2004)
![]() A lire aussi sur notre site, l'excellent papier de Pacôme Thiellement sur la galaxie Mike Patton (portraits des 4 artistes du crime) Adieu Stylus, je t'aimais bien...
J'ai déjà écrit tout le bien que je pense de Stylus il n'y a pas si longtemps. Stylus était en quelque sorte un fantasme de journaliste, bourré d'articles aussi longs qu'ils le voualient sur des sujets aussi ésotériques ou aussi obscurs qu'ils le voulaient, de chroniques de singles à la chaîne, de listes et tops improbables, de papiers-confessionaux, de podcasts et de tout un tas d'autres choses qui n'intéressent que les gens qui aiment autant écrire sur la musique que l'écouter. On dit que plusieurs contributeurs de Stylus vont probablement être accueillis par Pitchfork (un certain nombre travaillait déjà pour les deux) mais la perte de Stylus est la perte d'un espace unique et il convient de verser une petite larme. Avant de s'en aller, le site offre une orgie de listes de fin d'année/de décade prématurées. A l'heure où j'écris ces lignes nous sommes hier et les listes musicales "importantes" n'ont pas encore été publiées et tout ce vers quoi je peux vous diriger c'est une liste des meilleures rééditions de l'année, des meilleurs films du millenium (ce qui sonne beaucoup que "des sept dernières années") et surtout un best-of de Stylus Magazine lui même, plein de liens vers des articles essentiels sur Mariah Carey, des listes des plus définitives aux plus inconséquentes et puis, côté inédit, les ultimes critiques en haïku, une idée à voler au plus vite. Minilogue mais il fait le maximum Sebastian Mullaert et Marcus Henriksson qui constituent le duo suédois Minilogue ont sévi dans les cercles techno depuis leur rencontre il y a plus de dix ans. Sous le pseudonyme de Son Kite and Trimatic, ils ont connu quelques succès avant de se réincarner sous l'enveloppe concept de Minilogue. Le nom du groupe, qui dit assez bien ce à quoi ressemble leur musique, est la contraction de minimalisme et de dialogue. Le Minologue est pensé graphiquement et musicalement comme un petit animal habile, inventif et sautillant, ce qui correspond tout à fait à l'ambiance et aux sonorités de ce nouveau single, baptisé "Ghost" et qui comprend trois titres enjoués dont 2 variations sur le titre principal justement. Le morceau est une petite merveille électronique qui n'est pas sans rappeler les meilleurs moments d'Aphex Twin. Il se développe sur un high tempo inventif et sur un beau et confortable matelas d'arpèges qui lui donnent un côté primesautier et vaguement malicieux. Plus loin, on sent de nettes influences funk qui semblent provenir en droite ligne des influences kraftwerkiennes du duo et de Henriksson, en particulier, ancien transfuge de la cold wave. (alors que son compagnon vient de la musique classique). Sans en faire trop sur ces trois compositions, la musique de Minilogue est une excellente introduction aux joies de l'electronica, à la fois intelligente, douce à l'oreille et follement pétillante. Ca se picore ici : http://www.myspace.com/minilogue
Franck Bretschneider & Signal (to Noise)![]() Etonnant Franck Bretschneider. En plus d'être musicien, compositeur, vidéaste et co-fondateur du prestigieux label Raster-Noton (avec Carsten Nicolai, aka Alva Noto, et Olaf Bender), cet Allemand touche à tout est un producteur hors pair. Sa particularité ? Il est un des principaux représentants d'un courant discret (mais bien vivace) que l'on nomme "microscopic-music". Le bonhomme est en effet aussi à l'aise avec les sons minuscules que d'autres le sont avec de gros pieds house. Il est même certainement beaucoup plus à l'aise dans le domaine de l'infiniment petit, il faut bien le dire, même si certaines de ses productions ne sont pas dénuées de groove (voir Balance, son fabuleux album micro-tribal réalisé aux côtés de Taylor Deupree chez Mille Plateaux). De fait, Bretschneider est maître d'un groove à la Richie Hawtin, rigoriste et sévère, mais "sévèrement" ondulatoire aussi. S'il avait été chimiste ou physicien il aurait fait twister les quarks et les électrons ! Même si sa réputation n'est plus à faire (on l'a vu sur de nombreux labels, et non des moindres, comme Mille Plateaux, Force INC, Prototype 909, 12K, et Raster Noton bien sûr) ce pionnier des musiques électroniques allemandes fan de blues et de jazz, mais aussi de science-fiction et de "musique nouvelle" du 20ème siècle telle que György Ligeti, Olivier Messiaen, Erik Satie ou Terry Riley, reste d'une étonnante discrétion malgré la qualité de ses productions.
Franck Bretschneider - Rhythm et Signal - Signal - Robotron (Tous les deux chez Raster Noton/Metamkine) Arrêter la drogue, ça fait grossir des joues (le Point Doherty du mois) Pour ceux qui se posaient la question : arrêter la drogue, c'est bien comme arrêter le tabac, ça fait grossir des joues. Pete Doherty, de passage en France ces derniers jours pour promouvoir le Shotters Nation des Babyshambles, est devenue la risée des tabloïds britanniques qui ont mis en avant des photos de lui assez peu reluisantes et témoignant d'un réel et embarrassant embonpoint. Au premier rang des nouveaux surnoms donnés à Pipette, "Podgy Pete" (Pete-le-ventripotent) remplace assez poétiquement l'ancien "Potty Pete" (Pete le drogué). Côté informations pratiques, rappelons pour ceux qui avaient lâché l'affaire lors de notre dernier point :1. Que Pete Doherty a sorti un album qui tient à peu près la route. Shotters Nation vend bien en Angleterre mais tarde à décoller, semble-t-il, en France, malgré une campagne promotionnelle assez offensive. 2. Qu'il a remporté une belle bataille juridique il y a trois ou quatre jours. Sa juge préférée (dont on dit qu'elle est amoureuse de lui depuis le début) a réduit sa période probatoire (et de suivi juridico-thérapeutique) de 6 mois et lui a souhaité bonne chance dans sa nouvelle vie, après qu'il a aligné 2 semaines d'analyses négatives à toute substance illicite, une cure à peu près réussie (malgré une tentative de suicide aux médicaments révélée par la suite) et quelques paroles rédemptrices dans le NME ("pas sûr que je puisse fonctionner sans rien de rien, mais bon..."). Sur ce plan, Pete Doherty est donc à peu près dégagé (sauf rechute) de tout risque d'emprisonnement pour ces multiples arrestations. Le ménage a été fait dans l'entourage du groupe, même s'il se raconte que les Bilo et Wolfman, fournisseurs officiels, ont été remplacés par d'autres créatures de la nuit.
4. Que le deuxième single de l'album a été choisi : il s'agira du bon "You Talk", chanson imparfaite mais qui "se mumble" sans fin. Après "Delivery", on n'est pas près d'arrêter de chantonner des gnagnagna des Babyshambles en se levant le matin, dans le métro et au boulot. Malgré tout ce qu'on a pu dire sur l'incapacité chronique des Babyshambles et de Doherty à composer une chanson qui se tienne de A à Z, de la première à la dernière seconde, il faut reconnaître que le groupe est à l'origine de séquences pop qui ont un haut potentiel de pénétration dans les esprits. Un vrai cauchemar pour ceux qui ont horreur de se retrouver avec des airs qu'ils n'aiment pas dans la tête. 5. que l'une des photographies de Moss (tirée d'une campagne de pub pour Agent Provocateur) choisie pour garnir le livret de l'album a été définitivement abandonnée pour des raisons de droits. 6. Que les Babyshambles seront bien en escale française en janvier, à Lille (13), Paris (14 à l'Olympia) et Lyon (le 15) et que ça se réserve dès maintenant.
Egographie #2 : de la liberté de ton et comment on en use.![]() En lisant le post de 2Goldfish sur Britney Spears et ses déboires avec la drogue, j'ai enfin compris l'acharnement que les fans ont à défendre leurs idoles sur le net. En effet, pour nous c'est évident, la différence entre le net et les autres médias, c'est que sur le net les journalistes, chroniqueurs et autres, peuvent se permettre de dire ce qu'ils pensent et non pas ce que les majors labels et l'industrie du divertissement leur demandent de dire ! Or, finalement les gens sont tellement peu habitués à user de cette liberté, même de la simple liberté de ton ou d'expression, que celle des autres, bien souvent, les dérange plus qu'autre chose. Pour beaucoup d'entre vous lecteurs de Flu', j'imagine que cette liberté d'expression, est justement ce qui vous fait aimer internet. A contrario, les fans (pour la plupart), utilisent ce média non pas pour exprimer leur avis propre, mais pour défendre un avis déjà prédéterminé par les médias traditionnels. En gros, si les fans de Britney n'aiment pas voir d'autres personnes exprimer des avis libres sur leur idole, c'est tout simplement parce qu'ils n'appréhendent pas le net comme un vrai média. Pour eux, il ne s'agit toujours, au mieux, que d'un grand supermarché mondial, un lieu de rencontre amicale ou érotique, ou un repaire de bloggeurs adolescents et de sites de potes qui déconnent entre amis et, au pire, un nid de pédophiles et de pirates, comme leur serinent les "old medias" à longueur d'années. Surtout, ces fans n'ont pas l'habitude de voir s'exprimer des goûts "différents". Comprenez, pas "différents des leurs", mais "différents" tout court ! Au final, plus que Britney ou ses producteurs, managers ou labels, ce sont ses fans et leur manque patent de personnalité, que le chroniqueur touche et pointe du doigt quand il écrit sur elle. Et c'est ça qui fait vraiment mal. Of Montreal a touché terreDepuis des mois je m'interroge sur le choix des singles extraits d'Hissing Fauna, Are You The Destroyer ? l'album de l'année et d'Of Montreal. Heimsdalgate Like A Promethean Curse est une excellente chanson, comme toutes les autres de l'album, et elle a eu droit à un clip surréaliste génial. Suffer For Fashion était très bien aussi (le clip moins) mais bon sang, me suis-je dit toute l'année, LE single évident dans cet album, c'est "Gronlandic Edit" ! Etre un single, de nos jours, ça veut bien sûr surtout dire avoir droit à une illustration vidéo trop compressée dans une petite fenêtre de 425 pixels de large sur Youtube, avec un peu de chance être mis en avant sur iTunes et quelques sites/blogs et éventuellement être pressé sur des disques au tirage limité que n'achèteront que les fans hardcore qui ne sont intéressés que par les faces B. Ce nouveau clip, comme beaucoup d'autres vidéos d'Of Montreal, a été réalisé par David Barnes, frère de Kevin (monsieur Of Montreal), et Nico Danger. L'incongruité du mariage de ces animations cheap et surréalistes avec la musique de l'Of Montreal de 2007 est saisissante. Quand le groupe de Kevin Barnes jouait à ses débuts une pop psyché infantile et beaucoup trop clairement influencée par Syd Barrett et les Zombies, David Barnes était déjà là pour produire leur visuel et bien qu'il semblait alors bien plus talentueux que son frère leurs travaux allaient de paire de façon évidente. Aujourd'hui quand Kevin Barnes démultiplie sa voix sur ses chansons, il évoque plus Jeff Lynne que Brian Wilson et ses paroles ont tout du plus terre à terre des journaux intimes. Son frère David continue lui, à dessiner des squelettes qui dansent comme des marionnettes de papier et des poissons mécaniques sortis du film Yellow Submarine comme si la chanson n'était pas ancrée au dance floor par le groove de la basse. Tout clip qui contient un singe qui fait un calin à un chien ne peut être totalement mauvais, cependant, et je suis toujours aussi fan du travail des deux frères Barnes. La Guitare de Coke
![]() Les douanes romaines ont effectué une saisie impressionante à l'aéroport Fiumicino à Rome : une guitare entièrement faite de Cocaïne, soit trois kilos de poudre pour une valeur de deux millions et demi d'euros. L'instrument a été saisi et sera détruit par les autorités italiennes, au plus grand dam des audiophiles. Il est en effet un fait peu connu mais totalement certain pour qui à l'oreille (ou le nez) : le meilleur rock mainstream des années 1980 était toujours joué avec des guitares faites entièrement en coke, comme en attestent ces vidéos des chansons les plus motivantes des eighties. Malheureusement, l'aventure a très mal tourné, la plupart des concerts d'Europe et Foreigner se terminaient systématiquement à l'air guitar et il semble qu'aujourd'hui plus personne n'a les moyens ou l'envie d'une guitare de coke. Si vous cherchez un morceau "motivant" pour aller en salle de gym ou vous prendre pour Karaté Kid, le moment de vérité, vous devez de nos jours vous tourner vers le hip hop où la coke est disposée en rails biens sages sur la console de mixage, pas dedans. Une bien triste époque pour les amateurs de musique cocaïnée. Allez, on arrache les manches de son sweat, on met son bandeau anti-transpiration, on envoie un peu de Van Halen et on se fait dix pompes et un rail, en souvenir du bon vieux temps. Chrome Hoof : Metalheadz
Après une telle description, vous l'avez compris il ne s'agit pas de fusion "metal funk" ici, on n'est pas chez Living Colors (quel horreur !). Chrome Hoof expérimente constamment. Sur "Tonyte", par exemple, cela donne une intro pilonnée par le staccato martial d'une énorme basse rebondie, un 4x4 très four to the floor et une envolée de cordes synthétique. Du disco analogique comme on en avait jamais entendu, même à l'époque ! Plus loin, la folle Lola Olafisoye, geint, feule, hurle, scande follement des lyrics endiablées sur du metal de dessin animé ("Circus 9000", "Leave This Ruined Husk", "Spoke of Iridium"), tandis que le groupe au grand complet nous offre des cavalcades de free funk à danser en tournant en rond comme des derviches de plus de 9 minutes ("Moss Covered Obelisk") ou d'étonnants morceaux abstraits et spatiaux qui ne se terminent jamais comme on l'imaginait ("Symbolik 180°", "Egg n' Bass"), quand ce n'est pas de pur moment de heavy rock à vous décoffrer les tympans et vous briser les vertèbres ("Death is Certain"). Transcendé par le jazz cette folie donne "Astral Suicide", au croisement de Black Sabbath et Tex Avery. Sur "Pronoïd" enfin, l'un des meilleurs morceaux de ce disque diabolique avec "Tonyte", "l'Arkestra" se livre à un exercice de punk funk science-fictionnesque de haute volée, de ceux que l'ont avait plus entendu depuis... oh et bien presque jamais en fait ! Même Sun Ra ne s'y serait pas risqué, c'est dire la folie du machin !
![]()
Téléchargez et écoutez "Pronoïd" et visitez le profil myspace du monstre.
Chrome Hoof - Pre-Emptive False Rapture(Southern/Differ-ant) !!! roule sur ton chatUn jour j'ai écrasé un chat avec ma voiture. Il se tenait au milieu de la voie, j'ai tourné pour l'éviter, lui aussi, mais au lieu de foncer sur le bas côté cet idiot s'est jeté contre mon pare choc. Ca a fait POC. Peut-être était-il suicidaire, me suis-je dit. Je n'aurais pas vraiment pu faire quoi que ce soit d'autre. j'ai essayé de l'éviter, bon sang ! J'ai beau plaisanter tout le temps sur mon aversion pour les chats et les choses que je voudrais leur faire, j'étais en fait tout retourné par l'incident. Si j'avais du écrire une chanson à ce moment-là, elle aurait ressemblé à du Radiohead. Brrr, ça fait froid dans le dos Fort heureusement pour nous, !!! n'est pas le genre de groupe à se laisser aller à la contemplation et à la déprime. Quand ils écrasent un animal sur la route dans ce clip pour la chanson "Yadnus" extraite de leur dernier album Myth Takes, c'est parce qu'ils étaient défoncés et qu'ils roulaient à fond vers le couchant et de toute façon, tout ça est une super expérience mystique et on danse et même l'animal mort chante et tiens on a perdu un membre en route, on est plus que sept mais, oh, voilà qu'une fille s'ammène et maintenant on est huit à nouveau et en plus c'est une fille. Trop. Bien.
Albums cultes des géants du bizarre #21 : The Fall, 3 albums cultesEn matière d'albums cultes et bizarres, impossible de passer à côté de The Fall (surtout que cela fait bien 2 semaines que nous n'avons pas évoquer Mark E. Smith sur nos pages, n'est-ce pas Myoso ?). Il en fallait au moins un, mais impossible de se contenter d'un seul album dans la discographie (plus d'une trentaine d'albums officiels sans compter le double de lives !) d'un groupe comptant autant de bizarreries. C'est pourquoi j'en ai choisi 3. Trois disques de The Fall, symbolisant trois périodes différentes de ce groupe incontournable et inclassable.
Attention, il ne s'agit pas là des "meilleurs" albums de The Fall mais des plus bizarres (hormis peut-être en ce qui concerne The wonderful and frightening world). Les curieux désireux de se mettre à The Fall sans tomber dans l'excès d'excentricité devraient plutôt se pencher d'abord sur The Frenz Experiment (le plus accessible), Extricate (le plus équilibré en valeur expérimentation et accessibilité), idem pour The Real New Fall Album. Ecoutez également Bend Sinister, Perverted By Langage, Code:Selfish, les 2 merveilles que sont Infontainement Scan et The Unutterable ainsi que l'avant dernier Fall Head Rolls (le plus rock).
The Fall - Hex Enduction Hour (Kamera, 1982, réédité en 2007 chez Sanctuary La rentrée de Dominique A Une bien belle rentrée pour Dominique A et ses fans. Le chanteur a sorti mi-octobre un album live, Sur nos forces motrices, et en septembre est paru Dominique A, Les points cardinaux, un ouvrage sur sa carrière, sorte de biographie sous forme de carnet de voyage. Un livre à feuilleter, une ballade au sein de la carrière du chanteur à travers ses souvenirs d'enfance, matériaLisés ici par des reproductions de ses écrits de jeunesse, ses illustrations et bande-dessinées. Une mise en page agréable qui fait place à l'espace, au blanc, au vide entre les textes. En même temps que l'on suit la chronologie de Dominique A, on suit sa trajectoire à Bruxelles, New York ou en Espagne. "Pour raconter par touches le chanteur, c'est l'image des points cardinauux qui s'est imposée. Parce que Dominque A oscille entre eux tous, psychologiquement, biographiquement, ethétiquement. Parce que, surtout ils dessinent un espace par où on peut le deviner un peu mieux que par un autre sans l'enfermer."Dominique A, Les points cardinaux, par Bertrand Richard (Textuel Musik, sept 2007) A l'occasion de la sortie de son album live, lisez l'interview de Dominique A. Sauvons Britney Spears, sauvons le monde
Oui, oui, c'est encore un de mes billets sur Britney Spears et je suis un peu lourd avec ça mais comprenez, je me sens coupable. Britney Spears, c'est le produit ultime de notre civilisation, la pauvre fille créée par la société du spectacle, notre fantasme collectif devenu chair, le résidu de millions d'heures passées devant nos télévisions et nous ne pouvons pas juste l'enterrer comme un vulgaire déchet radioactif. Evidemment vous non plus n'avez jamais acheté un de ses disques, vous ne l'avez jamais activement poussée sur le chemin qu'a pris sa vie. Nous avons cependant tous un jour dit du mal d'elle, rit de sa superficialité, son ridicule ou son malheur. Et kiffé grave Toxic aussi. Certains d'entre nous l'ont fait plus intensément et plus publiquement que d'autres - je veux bien sûr parler de moi, là- mais nous sommes tous coupables. Nous devons sauver Britney Spears parce que son sort, c'est celui de notre civilisation. Nous ne méritons collectivement pas mieux qu'elle. A nous de nous débrouiller pour qu'elle passe les prochaines années en haut des charts, pas au fond d'une prison. Bien qu'en y réfléchissant, elle fera probablement les deux. Zombie Zombie : Debout les morts !
Oink ne grouinera plus
Oink faisait partie de ces sites sans lesquels un tas d'artistes "alternatifs" ou "indépendants" d'Arcade Fire à MIA en seraient encore à tenter de rameuter trois amis sur myspace et sans lesquels tout un tas de mp3blogs n'auraient rien à poster et personne ne lirait des sites comme Pitchfork, la Blogothèque ou celui-ci qui parlent de beaucoup trop de musique différente pour que vous l'achetiez tous. Evidemment, Oink opérait dans l'illégalité la plus totale et nous connaissions tous la règle du jeu. Sa fermeture n'est pas véritablement une surprise et les amateurs de musique trouveront de toute façon bientôt un nouvel endroit où se réunir et partager. Il paraît, d'ailleurs, que les majors sont très en colère après leurs chasseurs de pirates car ceux ci resteraient inefficaces face à ce bon vieux Soulseek. Jahcoozi : Move your ass, and your mind will follow
Sur Blitz'n'Ass Robot Koch et Oren Gerlitz, pratiquent en effet de subtils (et radicaux) décalages r'n'b (on n'est pas à Pop Star ici !), technoïdes et noirs, en usant d'instruments sans pour autant négliger les dérapages numériques impromptus et les moments de pures transes industrielles ("Double Barrel Name"). De son côté, Sasha Perera, un improbable mélange de Grace Jones (voir la pochette rappelant le Slave to The Rhythm de la Jamaïcaine) et de Nina Hagen période African Reggae, cultive une sensualité de tigresse et un sens de la syncope à vous faire tomber à la renverse. Ce qui ne l'empêche pas de s'engager aussi, en relevant discrètement le niveau du booty originel. Car, contrairement à ce que son titre laisse penser Blitz'n'Ass (en fait un clin d'œil au classique stéreotype du "tits'n'ass"), l'album ne se contente pas d'aligner les tracks dansants au groove malsain comme "BLN", le très dubstep "Style", "Disposable" (feat. Stereoptyp) et "Gameboy", le quarté gagnant de cet album, il fait également étalage du talent de songwriting de sa chanteuse. Celle-ci défend par exemple la cause gay sur "Rainbow Colored Rizzla" ou dénonce la dictature d'une certaine image de la "plastique" féminine sur "Collagen". Le groupe excelle également dans la composition de morceaux baroques et insolites comme le provocateur "Getyoshitout", une track non dénuée de mélancolique, le mélodique et sombre "Your hand in your pocket", l'imparable "Chill Jill" ou l'inquiétant "Takin' Your Street". A noter que des invités de marque sont également présents sur l'album, parmi lesquels MC Sayid, l'ex-Antipop Consortium et actuel Airborn Audio, et rien que pour ça, il faut poser une oreille attentive sur Blitz 'n' Ass "tropical grindcore" !
Jahcoozi - Blitz'N'Ass (A-Sound/PIAS, octobre 2007) L'oeuf de Sony pour concurrencer la poule aux oeufs d'or d'Apple
Dans le jukebox de John LennonVoilà le jukebox que John Lennon aurait acheté en 1965 et aurait trimbalé avec lui en tournée. Racheté en 1989 par John Midwinter lors d'une vente aux enchères, ce jukebox contient une quarantaine de titres que Lennon affectionnait particulièrement. Son acquéreur, Midwinter, a retrouvé un à un les disques et est à l'initiative de ce projet de documentaire. John Lennon's Jukebox détaille donc le contenu du jukebox et rassemble des commentaires de certaines personnalités présentes dans ce dit-jukebox. Dix ans de musique (1956-66) balayés par cette boîte à musique, une quarantaine de titres qui auraient joué un grand rôle dans le songwriting des Beatles et 40 min de documentaire sur l'histoire du rhythm'n'blues et de la pop music.
Basteroid : La confédération des batards
Basteroid: Upsets Ducks (Areal/Nocturne) La machine à Hype redémarre
Je suis surpris en recherchant dans les vieux billets de Playlist de n'en trouver aucun consacré à Hype Machine, un des sites les plus cools et les plus smples pour se tenir au courant de ce qu'écoutent sur le moment les gens à peu près jeunes et à peu près branchés à travers le monde. A la base Hype Machine est un simple aggrégateur, qui récupère les mp3 postés sur les blogs inscrits (soit à peu près tous les mp3blogs cools du monde, plus les autres) et vous permet d'y accéder via un moteur de recherche et de regarder lesquels sont les plus populaires, fournissant ainsi une sorte de top 50 alternatif, celui d'un monde merveilleux où Radiohead est premier, Arcade Fire avec Bruce Springsteen second et le dernier artiste un peu important qui vient de mourir est troisième. Hype Machine vient tout juste de se relancer dans une nouvelle version pleine de petits gadgets web 2.0 inutiles qui évoquent un sous last-fm. La mise en page est bancale mais le principal reste en place et hype machine reste une bonne adresse pour découvrir de la musique et des blogs intéressants. Bryan Ferry sait chanter Dylan mieux que Hugues Auffray... ou en tout cas il a su le faire autrefois. Je suis encore tombé aujourd'hui sur une de ses horribles reprises de l'album Dylanesque et comme à chaque fois, j'ai serré les dents et pensé à ce "A Hard Rain's A-Gonna Fall" de 1973 et à sa vidéo qui fait peur :
En 1973, alors que Roxy Music débutait à peine, Ferry avait sorti un premier album solo, These Foolish Things, entièrement constitué de reprises. C'était pour lui l'occasion de donner libre court à ses aspirations de crooner souvent contrariées par les excentricités de son groupe. Hard Rain avait connu un certain succès comme single en transformant la protest song hallucinée en protest song hallucinée ultra-glam, un mélange qui reste largement inédit à ce jour... en dehors de l'horrible Dylanesque, album sans nul doute inspiré par ce succès mais totalement à côté de la plaque. Hard Rain est terrifiante, comme l'originale, alors que les chansons de Dylanesque sont terrifiantes mais plutôt à la manière d'une reprise jazzy par Rod Stewart. Roisin Murphy le clip et le concoursLe clip de "Overpowered", le dernier single de Roisin Murphy pour vous annoncer, d'une qu'elle a sorti un nouvel album et que deux on vous en fera gagner quelques exemplaires à partir de lundi dans la rubrique concours de Flu. I wanna be your dog, Manoeuvre et la Nouvelle Star
Au vu de l'excellent post de notre ami 2Goldfish sur l'arrivée prochaine de Philippe Manœuvre sur le plateau de la Nouvelle Star, je me demandais si tout le monde se rendait bien compte des implications de la présence d'un tel personnage dans le jury d'une émission censée fabriquer des stars de la variété. Il s'agit d'une révolution culturelle, pas moins... enfin au moins aussi importante, je veux dire, que l'explosion du Golf Drouot et sa participation à l'essor de la scène yéyé en France dans les 60's ! Hein ? Je ferais mieux de me taire ? Ok... Mais quand-même. Imaginez que vous allez entendre tous les soirs sur TF1, les mots "The Stooges", "The Ramones", voir carrément "Flaming Groovies" ! (les "groovies" comme ne manquera pas de le dire Manœuvre avec son accent inimitable, tandis que les autres s'exclameront : Qui ça ???) Manœuvre à la Nouvelle Star cela veut dire entendre débattre à une heure de grande écoute, des mérites respectifs de Naast et des New York Dolls, des Plasticines et de Blondie ! Imaginez vos déjeuners dominicaux quand votre père habillé d'un tee-shirt Richard Hell acheté à Auchan, devisera avec votre grand-père autour de la dernière reprise de Johnny Thunder par Gustave de Naast, ou de Television par The Teenagers ! Vous vous voyez, l'été prochain sur la plage, entouré de mecs affublé de tongs Ramones, de bandana Iggy Pop... Pour ne rien dire de votre cousin, garçon coiffeur et fan de Tektonik, qui chantera tous les matins "I Wanna Be Your Dog" sous la douche, en mimant la basse d'Asheton. "I Wanna Be Your Dog" qui deviendra certainement l'hymne de l'émission. On attend d'ailleurs l'accord de l'Iguane pour savoir s'il trouvera le temps de passer sur le plateau pour chanter avec les lauréats entre deux pubs Bouygues Telecom (et accessoirement après une ou deux gâteries aux côtés des petits "choristes" rock de service). Quel bonheur ! Avec quel impatience on attend l'avènement du rock le plus underground au sommet de notre belle culture populaire (comme le disait si bien 2Goldfish)... Non ? Ah bon ? Mais vous avez sans doute raison. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur la gérontocratie du rock actuel, et sa façon d'abuser (de) la jeunesse actuelle en lui bourrant le moue (entre autre) avec sa culture "rebelle" et si belle, farouche et surtout si authentique, dont Manœuvre est la vivante incarnation. A propos, il serait temps pour toute une génération, de se souvenir de la petite phrase de Johnny Lyndon, alias Johnny Rotten (qui lui au moins est à sa place quand il fait des pitrerie, lui le lecteur de Guy Debord, le situationniste revendiqué), au premier concert des Sex Pistols : Vous n'avez pas l'impression de vous faire enculer ? (Merci à Id, pour l'idée de la photo) Alter Ego : Fuckoff Machine
Braillard, rigolard et carrément cake parfois, Why Not? porte bien son titre. Et pourquoi pas ? L'album apporte sa part de plaisir brut et décomplexé. Danser chez soi sur Why Not?, c'est un peu comme d'écouter les pires groupes de metal au casque pour ne pas que vos voisins apprennent votre goût caché pour le gras. Prenons par exemple, l'énorme "Gary", un des meilleurs morceaux de l'album décrit par le critique Phil Sherburn comme la rencontre d'un "Gary Glitter électro et d'un Gary Numan sous stéroïde", le morceau nous déverse ses riffs de synthés à la Blade Runner dans les oreilles et finalement c'est un tel pied, qu'on en redemande. Sur "Blank", Alter Ego exécute un parfait pied de nez à cette scène minimale si "raffinée" en se permettant un titre carrément aussi puissant que le "Mouth to Mouth" d'Audion ! Croyez-moi celui-là, vous ne l'entendrez pas que dans votre salon. Disque jouissif, Why Not? se moque bien de la bienséance et du bon goût. Il joue, point. De "Jolly Joker", totalement extraverti dans le genre acid techno détraquée, au bizarre "Third World Food on Upper East Side" qui semble singer les tics et les tropes d'un Villalobos tout en en ironisant, Why Not? regorge de clin d'œil et de plaisanteries de ce genre. Un disque malade fait par des malades. Illustration avec ce "Pleasure Island" au titre totalement inapproprié : brutal, idiot et dévastateur, porté par un pied lourd et totalement épuisant, il restera certainement dans les annales de l'histoire de la techno comme le plus fabuleux "fuck off" lancé à la face de la culture new rave. Pour autant Why Not? n'est pas si éloigné du son de leurs productions plus "cérébrales" des débuts. Sur "Fuckingham Palace" par exemple, hormis le titre en forme de grosse blague au premier degré et le gros pied, on n'est pas si loin de l'ambiance de leur mythique Decoding the Hacker Myth de 1996 réédité l'an dernier. Même petits sons idiots, à cheval entre IDM 90's et techno, même répétitions éreintantes, même structure tordue, bien loin de l'idéal techno classique. Bref, si Why Not? s'annonce déjà comme un album ambigu, adoré ou détesté, c'est avant tout un bel exemple de décontraction et d'intelligence, contrairement à ce que voudrait nous faire croire ces rythmes bornés et ces blagues de potaches. Un peu comme le dernier de la classe, nul en maths, celui qui squatte le fond de la classe, mais dont on apprend des années plus tard que c'était pour lire Conrad, Dostoïevsky et Philip K. Dick... Why Not?, c'est un peu la guerre à l'intelligence faite par des mecs brillants. A essayer donc, pour ne pas mourir idiot.
Alter Ego - Why Not?! (Klang electronic/Nocturne, oct 2007) Guillermo Scott Herren aka Prefuse 73 en concert au Batofar
De la monstruosité des solos de guitares : Steve VaiCe qui est pire que le air guitar, c'est la guitare elle-même. En révisant mes classiques de la monstruosité faite rock du côté de chez Frank Zappa (j'aime pas Frank Zappa !), je suis retombé par hasard sur l'un de ses anciens guitaristes, le sinistre Steve Vai, homme guitare qui tourne dans ses bons moments à 250 notes minute et qui tire sur son manche comme un forcené. Dans ce clip qui est un VRAI clip, réalisé sans trucage et sans doute avec ses vrais cheveux (bon sang!), Steve Vai nous interprète un joli morceau qu'on peut supposer de sa composition et qui s'appelle : "For The Love of God". Pour ceux qui aiment les leçons d'histoire, il faut rappeler que Vai (comme Clapton et quelques autres guitar heroes) peut être rattaché à un courant musical (une technique, plus justement) qui s'appelle ou s'est appelé le "shred". Le shred est une sorte de mouvement, de jeu, de concours parfois qui a pour but de faire faire au shredder (Vai, ici, donc) les trucs les plus techniquement improbables et difficiles pour se faire mousser. Evidemment, dans ce registre, il y en a un certain nombre qui perdent la musicalité et le goût en chemin, pour se laisser embarquer dans des solos (des soli pour les latinistes) qu'on ne souhaiterait même pas retrouver en enfer. Cet Amour de Dieu est, si on regarde le paysage, un bel échantillon de ce qu'on peut faire de mieux et de pire à la guitare, une bénédiction pour les uns, un cauchemar pour les autres. Les Pixies ont beaucoup aidé à faire haïr le solo de guitares, art difficile s'il en est et qui peut vous faire verser, à tout moment, et pour quelques secondes de trop, du sublime (Dinosaur Jr.) à l'infâme (Queen?). Attention pour ceux qui décrocheraient en route, la chute du clip réserve une petite surprise. Peace... Let's Get Technical Il y a un article sur Stylus qui tente de réintroduire la notion de technique dans la critique musicale après sa réinsertion façon ours dans les Pyrénnées par toute une série d'artistes tels que Battles et Marnie Stern. C'est intelligent et intéressant aussi certainement beaucoup trop pour que la plupart d'entre nous le lise, aussi je vais vous le résumer de façon honteusement grossière : 1- Nous ne sommes plus dans les années 1970 et les charts ne sont plus dominés par des super-musiciens et il n'y a plus a priori de raison de les détester. Et on devrait parler de la technique des groupes qui n'en font pas forcément la démonstration. 2- Stylus continue à produire du porno pour critiques (ce qui est trop pas con au niveau marketing quand tout le monde se croit critique, même moi). Bref, c'est promis je me souviendrais dans ma prochaine chropnique d'album que derrière les instruments il y a des hommes et des femmes qui travaillent et je ne dirais plus que le prog rock c'est nul par principe, juste par expérience. Et puis j'expierais mes péchés passés en m'entraînant tous les jours à jouer de l'instrument impossible, la véritable raison d'être de ce billet est le joujou le plus geek du monde dans un monde qui en est déjà rempli : le séquenceur rubik's cube. Via MusicThing, bien sûr. Common : finding forever... mais quoi ? Petit rattrapage pour cette sortie de juillet qu'on avait lâchement zappé après quelques écoutes. Common a beau être un gars qui a la cote, un gars respecté de l'underground de Chicago, un gars qu'on a pu apprécier par le passé avec les Soulquarians ou sur son Like Water for Chocolate acidulé, Common est surtout et depuis son retour en forme commerciale avec Be dans le mainstream et les mégastores, devenu mou du genou. Produit lui aussi par Kanye West (j'aime pas Kanye West), Finding Forever est un peu trop r'n'b à notre goût, même si on accorde au rappeur qu'il s'affiche un soupçon plus lugubre et compliqué que son prédécesseur. Les textes de Common restent au dessus du niveau moyen qu'il s'agisse de ses récits de ghetto (des histoires de putes, de jeunes filles et de misère sociale) ou d'escapades narratives chez les bobos blancs qui pratiquent le yoga et baladent leurs clebs en manteau de fourrure (bonjour les clichés). Plus "profond" et conscient (sûrement un peu trop pour ce qu'il a à dire), on trouve d'assez fastidieuses séquences sur la morale, le rapport à la maman (Zidane sort de ce corps) et j'en passe, mais toujours torchés avec suffisamment de manière pour que ce ne soit pas là où le bât blesse. Ce qui lasse ici alors que c'était une des principales qualités du MC, c'est la façon dont il a lui même neutralisé son flot, jadis un peu plus varié, dans l'atone et le sirupeux. Finding Forever est plus doux, soul et r'n'b que ses précédents albums. Si l'on excepte l'électrique "Southside", on se situe ici presque toujours en terrain connu et sur une morne plaine musicale, certes agrémentée de jolies trouvailles (les pétillants et old school "Misunderstood" et "The Game", le dynamique "Close to Me"), mais un rien barbante sur la longueur. Sur "Drivin Me Wild", Common résume assez bien sa philosophie en chantant : "Love's not a mystery. It is everything" On peut trouver ça très cool mais aussi trouver ça un peu trop court pour asseoir un vrai travail de séduction. Il ne faut néanmoins pas en faire trop dans le lynchage, dans la mesure où c'est plus le genre que cet album là qu'on aime pas. Finding Forever, malgré l'excellent accueil critique qu'il a reçu, est un disque qui passe, qu'on écoute d'une oreille sensuelle (tout de même) mais qui ne restera pas dans les annales. Common n'évite plus les clichés du genre et nous fait trop respirer son savoir-faire pour qu'on adhère à ce qu'il faut désormais appeler une "formule".
Common - Finding Forever(Universal, juill. 2007)
Robyn, des boîtesMalgré toutes mes bonnes intentions, je ne parle toujours pas assez de bonne pop qui s'assume, je ne dis pas assez de bien ici de Rihanna ou Justin Timberlake pour compenser tout le mal que je dis de Madonna et le bien que je dis de Celebration ou M.I.A.. Je vais essayer de rééquilibrer un peu les choses avec ce très bon clip de Robyn pour la chanson "Handle Me". Le morceau avait en fait déjà fait l'objet d'un clip européen beaucoup moins intéressant dans lequel la charmante suédoise jouait les durs. De façon assez significative, le clip américain est plus rigolo et bizarre (sans atteindre les sommets de "Konichiwa Bitches"). Sans doute quelqu'un s'est-il dit que la seule façon de vendre une Suédoise qui chante sur un beat hip hop minimaliste aux USA était de lui coller un emballage vaguement "alternatif". On ne s'en plaindra pas, les images conviennent en fait beaucoup mieux à cette petite merveille de pop moderne, et tant pis si on est tombé dans un piège à bobo.
Rodion : Romance à l'italo
Avec ses faux (vrais) airs populaire, son imagerie à la Top Gun, Romantic Jet Dance évoque immanquablement une période de l'histoire que certains d'entre vous préfèreraient peut-être oublier, les années 80. Forcément, qui dit "italo disco", dit couleur fluo, néon, menthe à l'eau, culte du corps et de la vitesse. Un certain idéal, accompagné des rêves de fric facile et de pouvoir pas toujours mérité. Ce serait pourtant oublier une forme d'innocence, un peu égoïste c'est vrai, mais bien présente au cœur de cette décennie. Une époque où l'on croyait encore dans l'avenir. C'est peut-être ce qui donne à cet album de Rodion ces teintes mélancoliques noyées dans une exultation toute adolescente. Ses synthés pleureurs qui répondent à ses basses morodesques ("Fisico"), ses rythmes un peu kitsch sur lesquels vous ne pourrez pas vous empêchez de bouger ("Electric Soca", "Via Lactea", "Donq"), ses harmonies en cascades nappées de voix traitées au vocoder (imparable "Luna Dark" et "Atala Ride" le bien nommé, envoûtant "Tokyo Deca Dance") et ses mignardises electro bizarres mais adorables ("Bilancia Blu", "Dolce Futbole"), bref, tout un univers rutilant comme les seins chromés d'un androïde hollywoodien, ou les turboréacteurs d'une fabuleuse machine de guerre/machine d'amour, traçant impitoyablement sa route dans votre tête pendant que votre corps ne répond plus. Voilà ce qu'offre généreusement Romantic Jet Dance, un peu de nostalgie facile et d'abandon. Du strass et des paillettes, mais surtout une fraîcheur et une naïveté doublée d'un don certain pour la composition, qui fait étrangement échos à ces sons que l'on est persuadé d'avoir déjà entendu mille fois, mais qui ne cessent de nous charmer. C'est ça, c'est ce que l'on appelle le talent, et Rodion en a à revendre, croyez-moi. Ils sont forts ces italiens !
Rodion - Romantic Jet Dance(Gomma/Discograph, oct 2007) A noter qu'une vidéo est consultable ainsi que de nombreux morceaux sur le profil myspace du bonhomme. Par ailleurs une petite interview sera également publiée dans le numéro 2 du magazine Tsugi. Qu'on se le dise ! Moby est un vendu, OK. Mais les autres ?
![]()
Le Washington Post, auquel on ne connaissait pas une telle propension à la déconne, vient de créer le Quotient Moby, soit le résultat d'une équation complexe qui nous permet de déterminer avec précision à quel point on doit être scandalisé de l'usage d'une chanson dans une pub. Le quotient est bien sûr nommé d'après Moby, l'homme qui refuse de porter des chaussures cuir mais qui vend sa musique au premier fabriquant de voitures venu. Vous aussi, calculez le quotient Moby du Velvet Underground dans une pub pour Renault ou de KT Tunstall pour Alice Télécom et découvrez lequel est le plus grave ! Vous pouvez même vous en servir pour estimer le rapport coût en crédibilité, gain en chèque géant avant d'accepter cette offre d'un marchand d'arme pour votre chanson de Death Metal. The World is Yours : Ian Brown rules Ian Brown a beau être un personnage agaçant, poseur souvent, crâneur toujours, hâbleur quand il en a l'occasion, il n'en reste pas moins une figure emblématique du rock anglais d'aujourd'hui et l'auteur, en marge de ses historiques Stone Roses, d'une oeuvre solo de plus en plus consistante. Présenté comme son "nouveau chef d'oeuvre", The World Is Yours est un album assez étrange qui navigue entre l'exceptionnel et le grand-guignol. Pour l'enregistrer, Brown qui n'est pas connu pour sa rigueur, a fait défiler son carnet d'adresses, invitant une ribambelle de stars (mancuniennes) comme Sinead O'Connor, Andy Rourke (ex-Smiths), Paul Ryder (le frère du Mondays n°1) ou encore les anciens Pistols Paul Jones et Steve Cook. Paul McCartney qui avait été pressenti un temps se serait défilé à la dernière minute, gâchant les effets du Roi Monkey (son surnom préféré) qui pensait tenir là une juste reconnaissance de ses immenses talents de songwriter. Cette démonstration de moyens ne paie pas plus que ça et se remarque à peine à vrai dire, si ce n'est sur le single chanté effectivement par O'Connor.Côté prétention toujours, Brown enchaîne des paroles assez grotesques sur ses rapports avec son père (titre éponyme) mais s'est surtout mis en tête de se lancer dans une sorte d'engagement politique et social qui ne lui réussit pas. Cela nous vaut un single aux paroles ineptes sur le Moyen Orient chanté avec O'Connor ("Illegal Attacks") qui ne donne pas envie sur son seul refrain... ("How many mothers to cry? / How many sons have to die? / How many missions left to fly over Palestine? / 'Cos as a matter of facts / It's a pact, it's an act / These are illegal attacks / So bring the soldiers back.)... de revoir les boys vivants. Plus loin, Brown joue au moraliste sur un "Save Us" qui vaut son pesant de cacahuètes grillées : "Save us from imbeciles who think they rule world / Save us from hypocrites whose twisted plans unfurl / Save us from warmongers who bring on Armageddon / Save us from all of those whose eyes are closed to the plight of the African child" (m'ouais) ou encore plus loin un "engagement" en faveur des enfants des rues ("Street Children", re-m'ouais). Malgré tout ça, l'univers sonore de The World Is Yours rattrape assez largement la vacuité de ses textes. Brown s'est payé un orchestre qui double les mélodies funk-pop qui constituent sa marque de fabrique d'arrangements de cordes assez réussis. Si Day One est le groupe le plus cool du monde, Brown est depuis longtemps le chanteur... le plus cool de la planète. Et ça ne se conteste pas. Son phrasé à plat, son chant atone et son ton si laidback qu'il peut passer sous une porte fermée sans se baisser confèrent à chacune de ses interventions une décontraction et une classe incroyables. Musicalement, le mélange de sonorités classiques, funk et pop emmène l'album vers des territoires assez emballants qui rappellent l'univers de Massive Attack ou d'Alpha, mais avec un soupçon de glam rock en plus. Du coup, et si on se résume, on dira que l'album (assorti dans son édition limitée d'un second CD instrumental intégral, qui se laisse écouter) est un disque assez bon pour être écouté mais sûrement pas acheté (si vous voyez ce que je veux dire), un disque qu'on appréciera d'autant plus si on ne parle pas un traître mot d'anglais. Loin d'être le chef d'oeuvre annoncé par son auteur (Brown concurrence Robert Smith sur ce terrain-là), ce disque de l'ex frontman des Stones Roses, 44 ans, et privé de fumette pour l'occasion, démontre, comme le chante Brown, que le passé est sûrement derrière nous, mais le futur pas forcément devant. Ou vice versa, ce qui ne serait pas plus con.
Ian Brown - The World Is Yours (Polydor , sept 2007)
Circus Devils is REAL
Musicalement, Sgt Disco est d'une richesse incomparable, guitare, basse, batterie, mais aussi bidouillages électro-cacophoniques, chaque morceau est unique et il faudrait réellement le passer en revue track by track pour en rendre toute l'originalité et l'étrangeté. Volontairement expérimental, le chant de Pollard frôle parfois le spoken word et rappelle le poète punk John Cooper Clarke dont nous parlait Myoso il y a peu. Clairement ce disque n'entre dans aucune catégorie actuelle, si ce n'est le psychédélisme. Je disais sidérant, mais je pourrais ajouter étonnant, saisissant, captivant, ou tout simplement enthousiasmant. Sgt Disco est de ces albums qui vous forcent la main, vous donnent envie de téléphoner à votre meilleur ami pour le partager avec lui. Envie surtout, d'y revenir en boucle, encore et encore (pensez donc, 32 morceaux ! Il faut du temps pour en faire le tour). On pense souvent au psychédélisme californien flamboyant de Love ou des Left Banks, mais aussi à Sebadoh, Julian Cope, au premier Beck, à Captain Beefheart, Butthole Surfers, Devo ou à Rocky Ericsson (le grand timonier du 13Th Floor Elevators), c'est dire si Circus Devils est décalé, loin, très loin de nos préoccupations habituelles. Mais qu'attendre après tout, d'un groupe oeuvrant à Akron, dans l'Ohio ?
Sur ces 32 vignettes allumées où l'intrigant ("New Boy", "Bogus Reactions", "In Madonna's Gazebo") croise le magnifique (les belles mélodies de "Zig Zag" ou "Summer Is Set"), Tobbias et Pollard s'amusent à visiter les méandres de l'esprit, lancent de petits cailloux dans les gouffres sans fond de l'inconscient ("Happy Zones"), se font peur ("Nicky Highpockets"), s'engueulent ("Love Hate Relationship With The Human Race") se perdent, s'appellent et finalement se retrouvent épuisés sur une plage inconnue. Tout comme l'auditeur qui les accompagnera durant tout le voyage. Sur ce très beau digipack réalisé par Pollard himself, il manque d'ailleurs cet avertissement : "Toi qui entre ici, sache que tu n'es déjà plus le même que celui qui sortira". Si l'on devait comparer Sgt Disco à un film, se serait certainement au Lost Highway de David Lynch. Les chansons de Circus Devils seraient le couloir obscur de la maison de Fred et Renée Madison, un passage dans lequel on ne s'enfonce pas gratuitement. Et pendant que des femmes inconnues quittent leurs corps en rêvant de piscine et de garçons bronzés, un type bizarre se balade sur votre tombe en secouant des osselets, c'est la fin de l'été, il est temps de se trouver un endroit heureux où les maris disparaissent sans raison et où les animaux du zoo sont inoffensifs les jours verts. Pour le reste, n'ayez pas peur, vous sortirez de cet état second au bout de 67 minutes, promis, mais évitez de regarder dans un miroir immédiatement après, un clown sinistre et ricanant vous y guette peut-être encore en attendant votre retour. Parce que vous reviendrez, forcément. Circus Devils is REAL ! Déjà culte et bizarre.
Circus Devils - Sgt. Disco (Ipecac/Southern/Differ-Ant)
Quelques vidéos donnent une idée de l'univers de Circus Devils, ici. Des morceaux de l'album sont en écoute ici. Paperlung : le retour en bonne pop de Sice Cela faisait quelques années qu'on avait perdu la trace de Sice, l'ancien chanteur des Boo Radleys, et l'une des voix les plus harmonieuses des années 2000. Après la dissolution de Brave Captain, groupe projet de la part créative des Boos, Martin Carr, il était devenu difficile de pister les travaux des anciens membres de ce quatuor emblématique de la Brit Pop, auteur de quelques chansons mémorables ("Wake Up") et d'albums encore meilleurs (Come On Kids) et boudés par à peu près tout le monde. Associés malgré eux au duel Blur-Oasis, les Boo Radleys étaient beaucoup plus que ça : des têtes chercheuses inspirées qui tentaient de mêler les leçons des shoegazers et de My Bloody Valentine aux enseignements de McCartney, Lennon et Wilson. Sice avait sévi, peu après la fin des Boos, sur un album solo (Eggman, en référence à son crâne sûrement) passé inaperçu malgré les belles qualités d'écriture mélodique affichées alors. En revenant aujourd'hui sous l'enveloppe Paperlung, Sice rappelle qu'il sait écrire des chansons et que sa voix est toujours aussi séduisante. Associé au bassiste Simon Gardiner, Sice présente un album aux mélodies légères mais subtiles, aux arrangements soignés et aux textes résolument nostalgiques, qui fait figure de petit joyau pop. Balance, dont le premier single "Do What Thou Will" donne une idée assez juste, contient un paquet de chansons très agréables à l'écoute ("How Can You Sleep ?", "What You Said", "Where were you then ?") qui, sous une apparence assez anodine, cachent, comme chez son compère Carr, un travail extraordinaire de mise en forme. Originaire des bords de la Mersey, le chanteur en a ramené une tristesse et une douceur qui sont les deux ingrédients clés d'une pop réussie. Pour les Paperlung, la révolution se donne en sourdine et se cherche par une prise de liberté permanente, un déserrement noeud à noeud des liens qui nous attachent au quotidien. La dimension élégiaque et quasi mystique des approches de Sice croise ici sur certains titres (le très très beau "The Ashes of Your Life") une approche plus brutale et prosaïque du quotidien, qui n'est pas sans rappeler le travail d'Aidan Moffat sur les premiers Arab Strap. On reprochera à peine devant tant de beauté à Sice de ne pas prolonger le travail des Boos (c'est Carr qui s'en charge) et de ne pas chercher à pousser le format pop dans ses retranchements. Histoire de dérives individuelles, d'amitié et d'amours malheureuses, font l'ordinaire extraordinaire de cette collection de chansons déjà précieuse et formidablement anecdotique. A découvrir de toute urgence, donc, en commençant avec les titres disponibles sur leur page myspace.Paperlung - Balance (Shifty Disco , oct2007) Cantat libre
Tout est dans le titre. Bertrand Cantat, chanteur de Noir Désir, condamné pour avoir porté des coups mortels à Marie Trintignant, une nuit de juillet 2003 est finalemennt libre. Après 4 ans de détention, Cantat a été libéré ce matin à minuit. Le juge d'application des peines de Toulouse a prononcé sa libération hier dans la matinée. Plusieurs facteurs ont permis cette libération. Tout d'abord le comportement modèle de Cantat et enfin son projet de réinsertion sociale et professionnelle. Par projet de réinsertion professionnelle, on attend bien sûr un nouvel album de Noir Désir. Dans le cas Cantat, il faut mettre en évidence deux mesures particulières qui s'ajoutent aux contraintes habituelles de la libération conditionnelle. Le chanteur du groupe devra "se soumettre à des mesures d'examen de contrôle, de traitement ou de soins appropriés à son état, à savoir la poursuite de la prise en charge psychothérapeutique suivie en milieu carcéral", et autre mesure il devra "s'abstenir de diffuser tout ouvrage ou oeuvre audiovisuelle dont il serait l'auteur ou le co-auteur et qui porterait, en tout ou partie, sur l'infraction commise et de s'abstenir en outre de toute intervention publique relative à cette infraction". D'après Olivier Metzner, l'avocat de Cantat, ce dernier n'envisage pas de remonter sur scène dans un futur proche. Compte tenu de la polémique autour de sa libération et d'un possible retour de Noir Désir dans les bacs, Bertrand Cantat tente tout simplement de se mettre à l'écart des attaques qui ne manqueront pas de fuser à son encontre .
Einmusik : Intelligent Dance Music !
Double CD regroupant un album de titres inédits et un autre proposant la réédition de tous leur maxis sortis sur Italic entre 2003 et 2007, De'Medici est donc l'occasion justifiée de découvrir l'approche unique de ce trio. La recette Einmusik est pourtant très simple (mais cela ne dévalorise en rien leur musique). Kindermann, Bastian El Zohbi et Buys composent à partir de boucles rythmiques répétitives et le plus souvent totalement hypnotiques ("E Keli", "The Runaway Child", l'éponyme "De'Medici") et ajoutent de discrets éléments répétés à des moments clés. Dans le genre on évoquera le parfait "Mouth To Mouth" d'Audion par exemple, et si Einmusik n'a pas encore la notoriété de l'Américain, gageons qu'un morceau comme "Half Moon Triger" présent sur le deuxième CD ne va pas tarder à les faire monter au sommet. Mais revenons à l'album. Le premier CD s'ouvre sur "69", une intro douce et introspective (leur côté electronica) et prend tranquillement de l'assurance avec un "Arp Milk" qui semble dire "back to techno kids !", suivit de "De'Medici" et "Runaway Child", le diptyque minimal halluciné et mélodieux qui annonce avec juste ce qu'il faut de fièvre la montée de "Nichts, WDH", pur morceau dance music raffinée, à la fois futuriste et nostalgique, porté par une rythmique savante parsemée de notes synthétiques mélancoliques et rêveuses. Une langueur qui habite tout l'album mais qui n'exclut pas le décollage à la vertical sur n'importe qu'elle piste de la planète. Pour vous en assurez, jetez donc une oreille sur des morceaux comme le tripant "Tisuca", ou "Fleur de Lis" et son groove infernal, ses cordes pincées complètement insolites et ses vagues de synthés cosmique ! Et tandis que "Breakbeat Culture" réussit l'exploit d'immanquablement évoquer le drum'n'bass (son rond, basses profondes, échos, gimmick) sans pour autant utiliser un seul des clichés du genre, le trio conclut sur le trancey "Scarborough Feat. KSVH", proche de l'electro psychédélique de Nathan Fake. Sur le deuxième CD, les Allemands balancent tout, du "Jetty Heritage" sus-cité, au lancinant "Kleine Nachtmusik", "Half Moon Triger" ou "Shaw", sans oublier l'incroyable "Devotion" où l'improbable rencontre des synthés de New Order avec les pulsations primitives de Detroit, qui achèvera de vous faire transpirer, que vous soyez en club ou dans votre salon. Virtuose je vous disais !
Einmusik - De ' Medici (Italic/Nocturne)
In Rainbows : premier bilanLa semaine dernière Fabrice nous avait donné ses impressions à chaud du dernier album de Radiohead (lire le track by track de In Rainbows), aujourd'hui 2goldfish revient sur les répercussions de la sortie de cet album dans l'industrie musicale.
Sur son site un fabricant de badges déclare avoir payé le disque mille dollars, On aura aussi vu dans la semaine passée énoncer une liste d'artistes qui auraient décidé de suivre l'exemple de Radiohead. Il paraît prématuré de prendre une telle décision et dans les faits seul Trent Reznor de Nine Inch Nails a véritablement annoncé vouloir suivre l'exemple de Radiohead, une décision qu'il murissait certainement depuis longtemps. Le nom d'Oasis a été balancé à tort et à travers : actuellement sans maison de disque le groupe a effectivement mis en vente un single sur itunes sans passer par un intermédiaire mais ce ne serait qu'exceptionnel, un nouveau deal avec une major ne saurait tarder. On a parlé de Jamiroquai et des Charlatans, deux groupes qui n'ont encore rien déclaré mais qui de toute façon ont leur avenir financier sur scène et pas en studio et pour qui effectivement une maison de disque ne servirait peut-être plus tant que ça. A moins que nous n'ayons à faire à une manoeuvre pour faire monter les enchères lors du renouvellement des contrats de ces artistes. Madonna a fait beaucoup de bruit mais si son mouvement est intéressant, il n'a rien à voir avec celui de Radiohead. Elle a en effet signé un deal avec LiveNation, le pendant "concerts" de Clear Channel (le géant de la radio qui vous veut du mal). Madonna court-circuite les maisons de disques pour ne plus travailler qu'avec son promoteur pour les concerts ET les disques. La nouvelle est au moins aussi mauvaise pour les majors que si elle avait imité Radiohead mais Madonna n'a pas du tout choisi l'indépendance. Le moins que l'on puisse dire en tout cas c'est que l'avenir est sombre pour les maisons de disque. Si le succès du téléchargement d'In Rainbows est au rendez-vous, il est presque inévitable que d'autres groupes iront plus loin que Radiohead et abandonneront réellement les maisons de disque. Radiohead pourrait même changer d'avis. Si on consièdre les choses de leur point de vue, des artistes dans lesquels elles ont beaucoup investit et qu'elles ont rendu très riches les quittent pour profiter seuls des fruits d'un travail commun. Comment financeront-elles les futurs Radiohead ? On verra bien. En attendant, on peut jeter un oeil à cette liste récapitulative des modèles émergeants. Day One : (très) sûrement de l'art On ne les espérait plus vivants. Notre avis de recherche, lancé il y a trois ou quatre ans, n'avait rien donné, mais les revoilà, ressuscités dans leurs anciens meubles (la reprise d'un album vieux de 4 ans chez One Little Indian, re-encarté avec une pochette un peu moins crado comme s'il avait été composé il y a 2 mois) et aussi bons et percutants qu'au premier jour. Les Day One, auteurs en 2000, d'un unique album, et chef d'oeuvre baptisé Ordinary Man, reviennent et nous rappellent qu'ils ont été les lointains ancêtres de la vague trip-lad, avant Mc Devvo, The Streets et tous les autres. Emmenés par l'impeccable chanteur et lyriciste Phelim Byrne et par le multi-instrumentiste Matthew Hardwidge, les Day One sont d'une certaine façon le groupe le plus cool du monde, capables de poser des titres pop sur des nappes de cordes ou des medium beats sur des guitares acoustiques, du trip hop sur du classique et de la soul dans du n'importe quoi. Probably Art est, dans le registre de la diversité, un album plus complexe et riche que son prédécesseur : les titres empruntent à des ambiances sonores très différentes et jonglent avec les environnements de production. On a droit à quelques cordes un rien "nouveaux riches" et à une apparition de célébrité avec le pompeux Will.i.am. Derrière cet habillage tape à l'oeil (et parfois un peu forcé), on retrouve trait pour trait ce qui nous avait enthousiasmé alors : un univers fait de descriptions réalistes du quotidien, des mélodies qui tiennent la route et évitent les nids de poule, un bon sens populaire aussi amusant que précieux et une mélancolie romantique qui caractérisait à cette époque le son de Bristol.Day One n'est pas un grand groupe, on en était convaincu, mais est un groupe qui écrit de grandes chansons. Sur Probably Art, "Bad Before Good" rappelle les alternatives hésitantes d'un Babybird branché, "Cosmopolita" parle dans une mise en scène virtuose d'une boîte en vue et de son barman anonyme. On retrouve quelques thèmes qui indiquent l'ancienne progression du groupe vers une célébrité évanouie ("Feet Firmly On the Ground", sur la grosse tête post-succès). On passe sur le démonstratif et médiocre "Money", le simpliste "Give It to Me", pour mettre en exergue une belle série de titres intelligents et particulièrement émouvants : l'élégiaque "Saturday Siren" sur une fille du...samedi soir, le poétique "Who Owns the Rain ?", le pop "Probably Art", l'efficace "Travelcard Traveller" et surtout le grandiose "Now I'm A Little Older" qui rappelle le très beau "Autumn Rain", sur Ordinary Man. En 12 titres, Day One livre un album qu'on aime tout autant pour la nostalgie qu'il nous inspire que pour ses qualités propres. Sorti au moment de son enregistrement, il aurait enfoncé le clou du succès. En 2007, il risque de passer complètement et injustement inaperçu. Eux (comme nous) n'ont pas pris une ride mais un peu de plomb dans la cervelle et dans les ailes. En quittant (très temporairement) notre rubrique Les Oubliés de la Pop, ils nous tirent une larme pour hier et des sourires pour demain.
http://www.myspace.com/dayoneprobablyart (malheureusement une seule chanson du nouvel album disponible et c'est la moins bonne) Day One - Probably Art(One Little Indian/Virgin, oct. 2007)
Pas facile d'interviewer Bob Dylan...On n'a pas eu la chance à Flu d'interviewer mister Bob Dylan, mais si l'occas se présente...p'tet qu'on refusera. La faute à qui, la faute à Bob lui-même et à ses interviews indigestes. Le New York Enterainment a publié sur son site internet une liste des 10 pires interviews de Dylan, sous le nom de "The Ten Most Incomprehensible Bob Dylan Interviews of All Time". Petit coup de coeur pour l'interview avec Santana où Dylan a l'air de se faire vraiment chier ! Merci à Jordan pour le sujet The Hives en concours et en vidéoNos furieux suédois The Hives font leur come-back en noir et blanc. Bon, ils n'ont jamais été absents, puisqu'on les as vu s'acoquiner récemment avec un rappeur, mais là ils reviennent avec un nouvel album à l'image de leurs costards bicolores et qui s'appelle donc The black and white album. Trois ans qu'ils n'avaient pas sorti d'album, trois ans durant lesquels on avait du se "contenter" de Tyrannosauraus Hives. Pour leur dernière galette, le groupe a fait appel à Pharrell Williams. A l'occasion de cette sortie, Flu vous offre des exemplaires de leur album sur sa page concours.
Et les liens vers les 3 autres: http://www.spring69.com/clients/thehivesbroadcast2.mov http://www.spring69.com/clients/thehivesbroadcast3.mov http://www.spring69.com/clients/thehivesbroadcast4.mov http://www.spring69.com/clients/thehivesbroadcast5.mov
Prefuse 73 : Abstract hip hop sous perfusion electronica
De fait, les esprits chagrins n'ont pas tout à fait tort, retrouver Scott Heren c'est toujours un peu la même chose, mais c'est également comme de retrouver un vieux copain, du moins pour ceux qui le suivent depuis ses débuts sous les différents pseudos avec lesquels il explore ses univers sonores divers et variés (le post-rock avec Savath and Savalas, l'electronica avec Delarosa & Asora, l'expérimental hip hop avec Piano Overlord et un peu tout ça sur Prefuse 73). Sur Preparations par exemple, les fans reconnaîtront immédiatement la science du cut up de Scott Heren, ses mélodies gracieuses toujours étrangement éthérées ("The Glass of 73 Bell, feat School of Seven Bells") même quand elles sont chaleureuses et terriennes ("Aborted Hugs", "Girlfriend Boyfriend"). Avec Prefuse 73, Heren parsème ses albums d'interludes alambiqués (ici "17 seconds Interlude"), de méandre sinueux ("Spaced + Dissonant"), d'orchestrations savantes cachées derrière les scratch de voix et les saccades (l'extraterrestre "Let in Ring"). Bien sûr, tout ça est déjà vu chez Heren, et alors ? Les repères familiers sont là, mais les surprises aussi. Parmi celles-ci, il serait dommage de passer à côté de l'admirable "Prog Version Slowly Crushed", célébrant la rencontre inattendue d'une pure abstract electronica warpienne (on pense aux titres les plus symphoniques du Amber d'Autechre) et de samples de cordes décalés à la Massive Attack, première période. Idem pour le frénétique "Smoking Red", où l'Américain s'accompagne du batteur de Battles, John Stanier. Un morceau à l'énergie imparable et communicative, à la fois classique et excitant, qui doit beaucoup au free jazz pour la forme et au rock dans l'esprit. Un exercice de déconstruction à la virtuosité accrue par les technologies numériques. En écoutant ce disque au casque, ou sur un bon équipement hi-fi, l'auditeur pourra naturellement apprécier ces finesses. L'ampleur du travail de producteur de Scott Heren, son don pour les harmonies discrètes, les sons subliminaux, les clins d'œil. Si au premier abord la musique de Prefuse 73 peut sembler du papier peint pour les oreilles, faites moi confiance, c'est tout le contraire. Evidemment, un album comme Preparations nécessite du temps pour l'apprécier, et ça, tout le monde le sait, nous en avons de moins en moins. Pour une fois, faites exception, prenez-le... A noter qu'une longue interview du bonhomme paraîtra le 1er novembre dans le prochain numéro de M&CD (Musiques & Cultures Digitales).
Prefuse 73 - Preparations (Warp/Discograph, parution le 15 oct. 2007) http://www.myspace.com/prefusion1973 Que faire de John Lydon ?
Le NME, sur qui on peut toujours compter, a bien lancé une campagne pour faire monter "God Save The Queen" sur la première place des charts britons qui lui aurait été "volée" en 1977 (et c'est vrai que si les disquaires avaient tous accepté de vendre le disque, peut-être que...). Imaginez qu'ils y parviennent ça voudrait dire que... euh, les vieux punks ont de l'argent à foutre en l'air aujourd'hui ? John Lydon, transformé depuis quelques années en bouffon médiatique professionnel à plein temps, un peu comme Paris Hilton, s'est beaucoup mieux débrouillé pour faire parler de lui en choquant le bloggueur lambda avec des déclarations du style "Pour moi les Ramones n'ont jamais été vraiment punks, ils étaient plus proches de Status Quo" et "Je n'ai jamais aimé le Clash... et je ne l'ai jamais considéré punk". Les réactions en général ont été de l'ordre de "Oh mon dieu, comment ose-t-il ?" et "Pour qui se prend-il, ce vieux bouffon ?". Le mot d'ordre du punk, ça a bien toujours été le respect des vieux et des idoles, hein ? Généralement, je ris bien en lisant les déclarations de Johnny. Je suis aussi toujours autant fasciné par les gens qui, trente ans après, prennent encore les Sex Pistols au premier degré. Ils étaient une blague élaborée et géniale et chaque reformation ridicule, chaque réédition "trop abusée" sont un prolongement de cette blague. Leur film s'appelait "la grande arnaque du rock'n'roll", bon sang ! Le temps passe cependant et les meilleures blagues sont souvent les plus courtes (vous savez : six mois, un an). Une première reformation ? Très drôle. Une deuxième, je ris encore un peu. Et pourquoi s'arrêter s'il y a toujours des couillons pour croire qu'il y a quelque chose à dégrader, une légende à détruire ? Pourquoi monsieur Rotten ne ferait pas une apparition télé ridicule de plus ? Le message est toujours d'actualité, tant qu'il en reste pour s'outrer. Oui, mais le message, ceux qui veulent bien le comprendre l'ont fait depuis longtemps. Il serait peut-être temps de passer à autre chose, non ? John Lydon pouvait jouer au con tant qu'il voulait quand il produisait encore quelque chose d'un peu plus intéressant à côté. Aujourd'hui, on doit se demander : qu'est-ce qui différencie un type qui fait semblant en permanence d'un type sincère et honnête ? Dans le showbiz, rien du tout. Keb Darge & Cut Chemist tournent rockab'
Keb Darge & Cut Chemist - Keb Darge And Cut Chemist Present - Lost And Found: Rockabilly, Jump And Blues(BBE/Pias) Imagine : Philippe Manoeuvre à la Nouvelle StarLa rumeur en faisait état depuis longtemps, c'est maintenant confirmé : le jury de l'émission "La Nouvelle Star" d'M6 sera composé cette année de Lio, la chanteuse toujours partante pour un nouveau gimmick (fut-ce Jacques Prévert ou Teki Latex), de Sinclair, l'homme le moins funky de France qui doit être bien content de trouver un boulot et André Manoukian, AKA "l'autre, là" qui était déjà dans l'ancien jury mais qui n'a jamais réussi à s'enregistrer dans mon cerveau (ce que les autres ont fait sans que j'ai jamais eu besoin de regarder l'émission) et que j'oublierai dès la fin de cette phrase. Voilà. Il y aura aussi, et c'est là ce qui nous vaut cette notule, ce bon vieux Philippe Manoeuvre, toujours fidèle à lui même. OK, un tas de lecteurs innocents de Rock'n'Folk vont crier à la trahison, mais La Nouvelle Star c'est un peu comme un soirée baby-rock au Gibus. Le but c'est de nous faire dévouvrir les jeunes artistes pénibles qui grouillent en France, non ? Et puis il paraît que leurs directeurs de casting approchent même des vrais groupes de rock comme les Four Black Taxis. Ne faites pas comme si ces deux mondes étaient si différents. Dans mes rêves les plus fous, j'imagine que Manoeuvre perdra définitivement toute crédibilité (même si, selon toute logique, ça aurait du être fait depuis longtemps), que ses lecteurs laissent tomber les armes, cessent de faire semblant de croire qu'Eudeline et Steeve Estatof n'ont rien à voir, qu'ils aillent rouler des pelles aux fans de Julien Doré, que tous les mythes du rock s'effondrent enfin totalement sur eux-même, qu'on ne lise plus nulle part "Kurt Cobain est mort pour...", qu'on cesse de traiter Pete Doherty et Britney Spears si différement, que plus personne n'achète de bouquins étroits d'esprit qui s'appellent "les cents super disques les mieux" ou "l'encyclopédie du rock"n"roll de R à L", que la production de perfectos s'arrête et que plus de deux bons disques de rock sortent cette année. Vous pouvez dire que je ne suis qu'un rêveur, mais je ne suis pas le seul. Tsugi : Next Wave
Foin de pinaillage étymologique, Tsugi se présente donc comme une suite logique à l'aventure Trax, sans pour autant copier l'ancien magazine phare de la culture electro. Au sommaire (exhaustif) : Miss Kittin & The Hacker "le retour" (logique après leur maxi tueur - et tuant - de l'été), l'idiotisme serein de Modeselektor, un formidable portrait de Tony Wilson (RIP) et l'épopée Factory, également prétexte à une présentation de Control, le film, un dossier Shoegazing in the 00's (par votre serviteur), la scène electro à Cuba, une belle évocation de notre Chloé nationale à l'occasion de la sortie de son excellent album, une enquête sur le business du remix, des interviews de Trentemoller, Swayzak, Boyz Noise et un micro-trottoir Tektonik (si, si). Du côté des nouvelles rubriques, Kill your Television (le titre parle de lui-même), un portfolio carte blanche mensuel offert à un photographe (non ce n'est pas des "pages modes"), un panorama des pistes chez nos amis belges et suisses et surtout, une très belle idée, la rubrique "Inspiration/expiration" qui retrace en une poignée d'albums le parcours d'un artiste. Tout ça au prix de lancement de 5 €. Pour finir, l'avis d'un de nos lecteurs sur le blog Tsugi : "Tsugi déchire, déboite, explose toutes les barrières... !!!", c'est peut-être un peu fort, mais il faut avouer que l'ouverture du mag est certainement son point fort, en plus de nous régaler tous les mois d'une tonne de références, de pistes musicales, de bons mots et de bons conseils. La presse française était en manque de culture électronique (et affiliée) depuis 3 mois, Tsugi vient pallier ce manque flagrant. Alors, souhaitons lui bon vent !
Outside a new day is dawning Tsugi, le blog du mag (et bientôt, Tsugi le site)
A noter que le mag donne une "Fête de soutien" le 24/10 Paris à La Loco, le programme est ici. Albums cultes des géants du bizarre #20 : My Bloody Valentine – Loveless
Pourtant, par delà la légende, nul ne peut nier qu'il reste un pur chef-d'œuvre, une œuvre phare, d'une intensité unique, comme si ses auteurs en connaissaient déjà l'épilogue. Alors forcément, pour les fans de par le monde, cet album s'accompagne également d'un petit arrière goût d'amertume, incarné dans une question récurrente : Que nous aurait offert MBV si ses membres avaient su surpasser les épreuves et les affres de la création ? En ce sens, Loveless fait aussi un peu figure d'album maudit, malgré sa beauté formelle et l'incroyable actualité de ses ritournelles hypnotiques. Car on l'aura peu dit (enfin si, un peu), mais en 2007 peu d'albums sonnent aujourd'hui aussi actuel. Un bon signe d'ailleurs, celui du renouveau de la pop et du rock expérimental, celui d'un retour aux bonnes références, les Brian Eno, Phil Spector, Martin Hannett ou Joe Meek (qui ça ?), des producteurs qu'adorait (et adore certainement encore, il n'est pas mort !) Kevin Shields, visionnaire en chef de ce Loveless d'exception. Finalement, qu'est-ce qui fait de cet album monstrueux, un disque majeur et incontournable ? D'abord, c'est un condensé de ce qu'il s'est fait de meilleur dans la pop du 20ième siècle : intransigeance de ses créateurs, qualité de ses mélodies, originalité totale et paradoxalement, emprunts multiples (la batterie répétitive et monolithique de Colm O'Ciosoig doit beaucoup à Can, le mur de guitares à Spector, la production électronique et l'usage de samples, à Brian Eno (dont Kevin Shields explique régulièrement l'influence, particulièrement de l'album Here Come The Warm Jet). Ensuite, bien que parfaite incarnation de la pop britannique du début des années 90, Loveless incarne aussi son total dépassement. Ses mélodies entêtantes et hypnotiques préfigurent l'acid house (à ce titre le morceau "Soon" qui clôt l'album, remixé plus tard par Andrew Weatherhall, est imparable) et parlent tout autant aux amateurs de musiques de dance (de transe ?) qu'aux aficionados de rock expérimental et psychédélique. La production proprement stupéfiante de Shields, lui permet de plonger dans un même bain d'ondes vibrantes noyées d'échos et de réverbs, attaques de fuzz sauvage ("Only Shallow", "When You Sleep", "What you Want"), pop songs éthérées jusqu'à l'inaudible ("Loomer", "To Here Know When", "Blow a Wish"), ballade dub ("Come in Alone") où fleure toujours une profonde neurasthénie ("Sometimes") et sons inouïe, voir inaudibles, donnant à ces morceaux des teintes étranges dans lesquelles certains entendront des violoncelles ("I Only Said", "Touched"), des cuivres ("Blow a Wish") et d'autres instruments subliminaux. Il aura donc fallut trois ans à Shields et son groupe pour accoucher d'une production d'une rare cohérence, dans un album surpassant aisément tout ce que l'on a pu entendre à l'époque. Mais à quel prix ? Les fans de My Bloody Valentine ne s'en sont encore jamais remis... Et vous ?
My Bloody Valentine - Loveless (Creation, 1991) Radiohead : In rainbows track by track![]() NB Easywriter : Fabrice Colin a téléchargé (légalement) le dernier Radiohead, In Rainbows, il nous fait part de ses impressions, track by track :
15 step : ballade orientalisante assez surprenante. Commence comme un morceau électro-world avant qu'une guitare électrique très douce, surgie à 00:41, ne souligne la progression de l'ensemble. Puis des cymbales. Puis des synthés, extraterrestres un peu 80's, et des cris joyeux d'enfants. Magnifique.
Bodysnatchers : le 2+2=5 de l'album : un morceau très enlevé, toutes guitares dehors. Très rugeux dès le départ et procédant, comme beaucoup de titres, par accumulations successives entrecoupées de brèves et trompeuses accalmies. La fin, hystérique, prouve si besoin était que le groupe n'a rien perdu de son mordant (putain, voilà que j'écris comme un journaliste de Marie-Claire).
Nude : assez différente de la version entendue en live ; penser à Morning bell sur Amnesiac mais avec moins d'emphase. Un clip possible : une centrale nucléaire abandonnée en plan fixe. L'un des plus beaux morceaux jamais enregistrés par le groupe - de la trempe d'un Morning bell, justement, ou d'un No surprises.
Weird fishes / Arpeggi : encore un morceau souvent joué sur scène. Rapide, contemplatif. Le titre ne prend toute sa dimension quà 03:03, quand il s'enfonce dans des territoires souterrains, suffocants avant que, quarante secondes plus tard, la batterie ne re-émerge, accompagnée de plaintes séraphiques.
All I need : entrée de cordes crépusculaires pour une ballade gothique plombée de basses marécageuses. Un saurien, donc, magnifié par une orchestration inventive, et qui se termine en apothéose.
House of cards : parfois entendu en concert aussi ; un titre étrangement lumineux, avec une voix toute de reverbérations éthérées et une fin somptueuse. Encore des influences black, subtiles et joyeuses.
Faust arp : morceau d'une glaciale élégance, une voix plus une guitare sèche. Force est de reconnaître que le groupe aurait été incapable d'enregistrer une telle merveille il y a dix ans. Sidérant.
Reckoner : aurait eu sa place sur Kid A ou, plus sûrement, sur Amnesiac. Rythmique sautillante, voix aigüe, mode mineur. Et puis à 2mn25 le morceau s'arrête et se mue en une complainte angélique, gospel nappé de cordes - qui rappelle la fin de Paranoid Android - avant de retrouver sa route quasi funk.
Jiggsaw falling into place : Thom chante beaucoup moins haut. Encore un morceau rapide déployé en spirales, volutes & guitares sèches.
Videotape : déjà un classique, déjà entendu mille fois - ici, un piano, des choeurs obsédants, quelques filets de synthé, et une boîte à rythme trébuchante. Un morceau d'une mélancolie assez aveuglante.
Verdict : Au final ce qui frappe sur In rainbows, c'est d'abord une impression d'absolue cohérence (cohérence issue d'une sélection de titres méticuleuse & restreinte, nécessairement drastique et qui, d'une façon ou d'une autre, faisait défaut aux trois albums précédents), impression qui poussait déjà les fans hardcore du groupe à comparer In rainbows à OK Computer dix jours avant sa sortie. Billet sans titre dans lequel Joanna Newsom joue une chanson sans titreEn règle générale, j'évite de façon maladive les nouvelles chansons quand elles ne m'arrivent pas sous la forme d'un enregistrement studio masterisé, d'un truc gravé dans la pierre. Je suis le genre de mec qui détourne les yeux et les oreilles des bandes annonces au cinéma, alors je ne vais pas prendre le risque de me gacher la découverte d'une nouvelle chanson d'un artiste que j'aime avec un enregistrement d'une version prématurée fait à bout de bras avec un téléphone portable dans une fosse pogotante. Et puis bon, l'âge venant, j'ai de plus en plus de mal à maîtriser mes impulsions et aussi tout ça me semble de moins en moins important. J'ai donc craqué pour cette nouvelle chanson de Joanna Newsom jouée au Brésil et trouvée sur Stereogum. Et flûte alors, je n'ai aucun regret, c'était un excellent moment et le son est correct.
Avec trois mouvements et sept minutes, le morceau est plutôt léger par rapport à ceux de Ys. Il est aussi beaucoup plus simple mélodiquement, dans la lignée de "Coleen" sur l'EP Joanna Newsom & The Ys Street Band, ressemblant finalement pas trop mal à une chanson pop, du genre qu'un vieux groupe de hard rock prétentieux met au milieu de son album, certes, mais de la pop quand même. C'est surtout très beau et en plus Joanna chante sans tous les petits tics qui ont rendu Ys si inaudibles pour beaucoup. Sa voix semble avoir gagné en maturité pour approcher de celle de Kate Bush à dix-sept ans. J'écoute vraiment trop de trucs de filles, moi. Trentemøller vu par Trentemoller
Pour l'instant contentons nous d'analyser l'objet. The Trentemøller Chronicles se présente comme un beau double album, toujours marqué de l'emprunte d'une certaine mélancolie new wave (la pochette, déjà, offre une version minimaliste des arbres noyés dans la brume du précédent CD) qui propose sur une première moitié les morceaux les plus ambient de son répertoire, "The Forest", "McKlaren" un remix du duo Klovn de Copenhague et le grandiose "Snowflakes" d'une part, et de l'autre, ses compositions les plus dancefloor. Le disque est parfaitement coupé en deux (6 tracks pour le Trentemoller ambient et downtempo, 6 aussi pour le Trentemoller "techno") et offre également la primeur de deux luxueux inédits : "Klodsmajor" et "Blood in The Streets", des titres presque acoustiques, guitare et piano, pour des ambiances précieuses qui creusent le sillon de son précédent album, tout en en accentuant le côté "rock". On y retrouve l'emphase typique du producteur, son goût pour les basses très en avant, façon post-punk 80, l'art avec lequel il manie les échos tournoyants à la Basic Channel/Chain Reaction sur les morceaux plus "4 to the floor" (c'est particulièrement évident sur "Kink", "Gush", "Physical Fraction"). Tout au long de The Trentemøller Chronicles, les titres ne sont jamais dénués de romantisme, ni de mélodies et son amour de la pop, fut-elle electro transparaît idéalement sur "Always Something Better" feat Richard Davis ou "Moan" feat Ane Troll, tous deux tirés de The Last Resort. Un second CD présentant un large éventail des travaux de remixes du Danois (Röyksopp, Mathias Schaffhäuser, Moby...) vient compléter ce Trentemøller Chronicles de haute tenue, même si l'on n'en comprend pas réellement l'utilité, si ce n'est d'annoncer quelque chose, "d'autre". Un nouveau Trentemoller, nous dit-on (mes sources resteront anonymes) qui prépare une nouvelle mue, un voyage vers des continents encore plus pop et rock, voire une tournée mondiale accompagnée d'un groupe, guitare, basse, batterie et chant... A suivre donc. En attendant, gageons que ce producteur danois élevé aux Smiths et aux Cure, nous réserve encore bien des surprises.
En prime, Fluctuat vous offre cette magnifique (bien que très simple) vidéo de "Evil Dub", tirée de The Last Resort, enjoy !
Trentemoller - The Trentemoller Chronicle (Poker Flat/Audiomatique/La Baleine)
Faustine Seilman : Vallée, Valse, Valeureuse
Pourtant, je n’enterre pas le disque malgré la légère déception produite par l’effet d’annonce, moi qui imaginais déjà cris, chœurs et morceaux de vingt minutes. D’abord parce que Silent Valley est plaisant : bien écrit, bien réalisé, il porte les stigmates des premiers albums où la crédibilité passe par l’extinction de toute vraie folie. Il y a l’envie d’en découdre dans ces morceaux complexes aux rythmes chahutés, il y a la volonté d’imposer une forme d’écriture "à la française" (accordéon, piano et balais) mais on sent encore que le lion rugit plus fort afin de ne pas laisser voir sa fragilité. Ensuite, parce que Silent Valley cache derrière ses ambiances mortuaires ("The Ballad of The Starving Man"), dépressives (tout l’album) ou faussement enjouées ("Keys Are Bound To Be Found", "Nocturne, Italy Square") une vraie richesse musicale qui tente de s’affranchir de ses références : Cat Power, Shannon Wright… Aussi, les passages intimistes ramènent de ce côté-ci de l’Atlantique : on songe à Pascal Comelade dans les pianos jouets et les senzas disséminés, à "Rue des Cascades" de Yann Tiersen dans le duo piano violon tourmenté de "The Man Who Said No" ou au Solo Piano du "Parisien "Gonzales sur l’instrumental "Nocturne, Italy Square".
Finalement, le jeu des ressemblances s’estompe, et Silent Valley ne brille plus que de sa noire lumière intérieure. Distillant ce mélange imparable de pop et de neurasthénie, le premier opus des Nantais est porté par une batterie gorgée d’émotions et des canevas mélodiques élégiaques, entonnés à l’harmonium ou au violon. L’auditeur bercé pardonnera sans peine les déroulés de piano quelquefois un peu facile, car la promesse d’un groupe émouvant est bien réelle. A découvrir en concert un peu partout en France et notamment le 20 novembre au Nouveau Casino.
Faustine Seilman - Silent Valley (Collectif Effervescence, oct 2007)
Brian Wilson, le retour de la revanche du Beach Boys
Brian Wilson a beau porter le jaune poussin, on ne peut pas s'empêcher lorsqu'on le voit sur scène de lui trouver un air gâteux. Lors de ses derniers concerts, à Paris et à Londres, partout en Europe pour présenter l'album mythique, enfoui pendant trois décennies, sous ses névroses, Smile, Wilson paraissait parfois perdre pied, laissant à ses musiciens le soin de donner corps à ses inspirations géniales. La voix fragile entravait à peine les harmonies célestes composées jadis pour ses frères, cousins et amis Beach Boys et aujourd'hui interprétées seul ou avec des choristes professionnels. Revigoré par ce tour triomphal, Brian Wilson a remis le turbo et achevé l'écriture d'un nouveau cycle de chansons, donné pour la première fois sur scène, il y a quelques semaines, dans son nouveau fief londonien, le Royal Festival Hall. That Lucky Old Sun est le titre de ce nouveau cycle de chansons (qu'on trouve depuis en téléchargement un peu partout), ensemble de 10 chansons entrecoupées de textes composés pour l'occasion par Van Dyke Parks, son complice et parolier préféré, et évoquant la vie in Los Angeles. Le nouveau cycle nous ramène près de quarante ans en arrière, à l'époque de Smile et de la Californie de l'Age d'or : les textes sont enjoués mais traversés parfois de doutes et de cicatrices. La musique, un rien kitsch et qui peut paraître dépassée par son temps si l'on ne dépasse pas l'écueil que peuvent représenter les arrangements wilsoniens, se hisse néanmoins sur plusieurs des titres au niveau des meilleurs morceaux de l'époque. Il ne faut pas plusieurs écoutes pour qu'on ait l'impression d'avoir déjà entendu "Forever You'll Be My Surfer Girl", titre au romantisme et à la beauté instantanée, ou le mélodique et gracieux titre éponyme. "Midnight's Another Day" est un modèle de précision minimaliste, tandis qu'Oxygen vous procure au bout de trois mesures un afflux d'ondes positives dans le cortex. S'il est difficile de promettre une postérité à That Lucky Old Sun, l'expérience sonore est suffisamment vivifiante pour qu'on y prête une oreille. On a coutume ici de considérer qu'il n'y a pas de bonne musique joyeuse. Avec sa délicatesse élégiaque, Wilson est, depuis toujours, l'exception qui confirme la règle.
Burnt Friedman : Future Funk
C'est donc sous la houlette des Sun Ra, Lee Perry, James Brown, Parliament Funkadelic et autres Sly And the Family Stone, qu'il échafaude le groove profond qui parcourt First Night Forever de bout en bout, comme un fil rouge. De "Where Should I Go" (feat Steve Spacek), une track qui rendrait verte de jalousie même sa seigneurie The Artist alias Prince himself, en passant par l'étrange "Machine in The Ghost" porté par la voix grisante de Barbara Panther, tout en saccades africaines et collages rythmiques, sans negliger l'ambient funk de "Walk With Me", le skank spatial de "Need is all you Love", le blues funk de "The Healer" ou le jazz transcendant (et funk toujours) de "Western Smoke, feat Enik", ce nouvel album conceptuel mais crédible, toujours accompagné d'un backing-band fictif mais d'invités bien réels eux (une habitude depuis Burnt Friedman & The Nu Dub Player) impose le plus groovy des producteurs allemands comme un outsider - et un modèle - de l'electro contemporaine. Son album gorgé de funk du troisième type, jette une nouvelle fois un pavé dans la mare des habitudes et des clichés de la scène electro actuelle en nous offrant les effluves d'un air plus pur que celui auquel nous sommes ordinairement habitués, celui des cimes de la création. C'est tout du moins ce que l'on se dit à l'écoute attentive de sa production si particulière sur "Thumb Second" ou "Chaos Breeds" 1 & 2, qui clôturent l'album. Deux morceaux manifestes ("Chaos Breeds" égale "les dompteurs de chaos" en VF) pour celui qui apprivoise manifestement si bien les échos bondissants folâtres et imprévisibles du dub électronique depuis plus de 20 ans déjà. Virtuose ! Burnt Friedman - First Night Forever(Nonplace/Nocturne, oct 2007) Concours Sigur Ros : places pour l'avant-première On a évoque la sortie du DVD des Islandais il y a peu de temps et on ne peut s'empêcher d'en remettre une couche. Heima sort le 5 novembre dans une édition simple et collector. A cette occasion, Sigur Ros a entamé une petite tournée de promo et d'avant-première. L'avant-première mondiale a eu lieu à Reykjavík fin septembre, le groupe passe ensuite par la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et par la France. Le groupe sera de passage le 16 octobre à Paris pour une projection de ce film et en profitera pour assurer un set acoustique de 3 titres. On a raté le coche pour la première mondiale, mais pour la projection de Paris, Flu vous offre des places pour 2 personnes. Comment faire ? Allez sur la page concours de Fluctuat. Scout Niblett aime Will OldhamElle est fidèle à elle même : minimaliste et emperruqué. Lui non plus n'a pas changé : il a un drôle de look et surtout, il est là, parce qu'il est toujours partout. Scout Niblett et Will Oldham jouent Kiss, la comédie romantique de la rentrée (à moins que ce ne soit Peacebone. Je crois en tout cas qu'il s'agit d'une adaptation de la relation imaginaire de PJ Harvey et euh... Will Oldham. Julia Roberts et Hugh Grant auraient refusé les roles principaux, heureusement. Excusez moi, je ne sais pas écrire sur l'amour. Rentrée electro 2007
La rentrée électro c'est bien connu, c'est en octobre ! Et à ce propos, c'est toujours un grand moment de bonheur puisqu'on attend avec une impatience non feinte le numéro spécial des Inrocks ! Encore une belle tranche de rigolade en perspective (il paraît qu'ils ont découvert un petit groupe français, "Justice" ça s'appelle, ou "Daft Punk", je sais plus, bref...) Cette année encore nous sommes spécialement gâtés avec le volume 36 de la collection Fabric, drivé cette fois par le dieu vivant, Ricardo Villalobos. On attend aussi le nouveau Trentemoller, tout plein d'electro-disco balearic chez Smalltown Supersound (merci Differ-Ant), un magnifique mix des Japonais référence du Cosmic Sound, Force of Nature et l'excellente nouvelle signature Warp (qui reviennent à l'electro) Flying Lotus ! Sans oublier les surprises comme cette réédition de Pylon, de la disco-punk new wave chez DFA, Chrome Hoof (un son "de ouf!" héhéhé) chez Southern, Rodion chez Gomma et Jahcoozi chez A-Rec. Du bon, du beau, donc et on en parle très bientôt sur Flu'. Et dire que novembre annonce le Fabriclive 36 de JamesMurphy et Pat Mahoney !! L'annonce bidon d'Arcade Fire
Or, et je ne vous apprends sans doute rien vu que si vous êtes intéressé vous avez sûrement déjà cliqué sur BeOnlineB.com et que si vous n'êtes pas intéressé vous ne lisez sans doute déjà plus, tout ce qu'on a eu, c'est une espèce de mini clip interactif en flash pour la chanson titre de l'album/site d'Arcade Fire. Une chanson qu'on connaît depuis des mois et quelques animations sympas qui montrent que le groupe a soit un peu plus d'humour que ce qu'on croyait (pas difficile) ou peut-être beaucoup moins encore, atteignant ainsi un niveau digne de celui de U2 sur l'échelle du non-drôle. Quoi qu'il en soit, pas de quoi surexciter le passant ou contenter le fan qui surveillait le site à minuit (heure canadienne). C'est un peu, beaucoup même, la faute à Radiohead. Ils ont augmenté la mise et celui qui met encore maintenant un compte à rebours bidon pour annoncer qu'il a filé deux cent euros à un pote au chômage qui connaît un peu flash, celui là ne peut pas suivre et ferait mieux de se coucher. Même si In Rainbows est nul, il aura au moins eu ce mérite de ridiculiser par comparaison toutes les prochaines annonces événementielles du prochain groupe à avoir l'idée révolutionnaire d'un green screen contest, la générosité exceptionnelle d'ofrir deux remixes en streaming pendant 24 heures ou l'exclusivité pour ses amis Myspace d'un extrait de trente secondes de son prochain single. Certains, heureusement, ont toujours la classe, comme Blur qui vient de confirmer sans faire de manières les rumeurs selon lesquelles le groupe se réunirait, Graham Coxon inclus. Ils se sont en effet retrouvés tous les quatre pour... déjeuner ensemble. Tant mieux pour eux. Roots, Rock, Remixed : Bob Marley reloaded
Bob Marley & The Wailers - Roots, Rock, Remixed (Quango/Discograph) Cadence Weapon : Ici l'ombre
Filons la métaphore militaire (facile, je l'admets volontiers) pour décrire cet album explosif. En franc-tireur du hip hop, Pemberton déstabilise son auditeur en usant de sons électroniques agressifs que l'on jurerait tout droit sortis de jeux d'arcade millésimés 80, mais il parsème aussi son album de clins d'œil à la pop, au metal et à la techno. De fait, on ne sait plus trop où est le grime, où est le hip hop dans Breaking Kayfabe. C'est donc sous un feu nourri de break beat pervers, de cuts et de scratch déchaînés, bafouant toutes les lois de la convention de Genève, que Cadence Weapon avance, balançant de pure grenade grime-hop (l'excellent "Sharks" qui rappelle les meilleurs heures d'Antipop), quand il ne s'agit pas de morceaux d'anthologie comme le claustrophobe "Oliver Square" ou "Grim Fandango", parfaite B.O. pour un film de science-fiction malade (du type Ghosts of Mars de John Carpenter) le tout dans une ambiance urbaine et glauque (disons froide, comme la "colère froide", pour être plus juste) noyé sous un flow ardent. Pemberton a l'art de manier le chaud et le froid. Sur l'hypnotique "Turning On Your Sign", il aligne les loops de guitares et de cordes contre un mur pour mieux les flinguer à la fin. Un peu comme sur les troublants "30 Seconds" et "Lisa's Spiders", ou les très dark et pop "Holy Smoke" et "Vicarious", tous trois habités d'une tension continue qui finit par vous hérisser les poils sur la nuque. l'ensemble se conclut sur "Julie Will Jump The Broom", un exercice de hip hop expérimental de plus de 10 minutes rappellant les audacieuses opérations de déconstructions de Sixtoo ou de Spanck Rock. Au final, on retiendra de ce Breaking Kayfabe, un album fort en gueule placé sous les auspices d'un hip hop sans concession, énergique et belliqueux, qui n'exclut pourtant ni la subtilité, ni l'originalité (mais ça, vous l'aviez compris). On vous aura prévenu, cet album doit vous plaire, de toute façon, Breaking Kayfabe ne fait pas de prisonniers !
Cadence Weapon - Breaking Kayfabe(Big Dada/PIAS, oct 2007) Miossec en brest-of : un très bon bilan La seule chose qu'on pourra reprocher à Miossec avec ce Brest-of (lol!) c'est d'avoir définitivement perdu le goût des belles pochettes. Ceci mis de côté, cette collection de 20 chansons dont quelques unes ont été ré-enregistrées pour l'occasion (avec une fortune diverse), agrémentée d'un DVD-captation d'un concert donné en mai 2004 à Lille réussit un presque sans faute. Après 12 ans d'activité et des albums diversement accueillis par le public et la critique, ce best-of en forme de retour arrière sur sa discographie nous place devant un bilan globalement très favorable. Depuis l'excellent Boire découvert en 1995 et représenté ici à hauteur de 6 titres jusqu'à l'Etreinte, on est surpris de voir que Miossec, sans révolutionner sa formule musicale (voix limitée, chant faible mais beaucoup d'idées sur des mélodies la plupart du temps squelettiques), a su maintenir tout au long de son parcours un certain standard qualité. Les titres qui sont réunis ici ne permettent pas d'accréditer la thèse d'une chute de régime ou de périodes creuses. Sur chaque album et avec les années, on peut ressortir sans trop de mal quelques belles chansons, quelques séquences accrocheuses et vers qui sonnent plus juste que juste. La pugnacité matinée de critique sociale des débuts, symbolisée par le "Non, non, non" qui ouvre et ferme le disque a laissé la place à une approche exclusivement analytique du couple, du vieillissement masculin et de l'amour au quotidien. On aura beau gloser sur la faiblesse de certaines approches (la fameuse "Facture d'électricité" dont on s'était moqué alors, le foireux "Rose", le médiocre "Maman" ou cette histoire de bières qui aujourd'hui s'ouvrent manuellement), Miossec est, pour tous ceux qui approchent ou ont franchi la trentaine, écoutent du rock et ont aimé le football et les amitiés viriles, l'unique chanteur fédérateur, l'unique Français (avec Bashung peut-être dans ses meilleurs moments) susceptible de parler la même langue que nous, de mettre en mots branques et brutaux nos émotions et nos doutes. Ces titres les plus rudimentaires en viennent même, avec le recul, à être ceux qui ont le plus de charme : "La mélancolie" qu'on avait pu trouver too much à l'époque prend des allures de "Ne me quitte" pas breliennes et des titres comme "Brest", "Je m'en vais", le beau "Tonnerre" ou "Recouvrance" des allures de symphonies pastorales du pauvre. L'une des qualités premières de Miossec durant toutes ces années aura été d'oser : oser intituler une chanson "La Guerre" et s'en tirer avec les honneurs, oser prétendre qu'il était un cheval de retour sur "Evoluer en Troisième Division" alors qu'il était alors un... véritable pur-sang taillé pour la conquête des troquets et des coeurs. Miossec a osé jouer au rocker anglais sans l'être tout à fait et a réussi à le devenir au delà de ses propres espérances.
Le DVD bonus adjoint à ce best-of est à lui seul un bon investissement. Les clips ne présentent pas d'intérêt majeur mais le concert, pour ceux qui ont vu l'homme sur scène, comme pour les autres, rappelle qu'un désastre technique (voix, attitude) peut déboucher (parfois) sur un enchantement live. Miossec est parfois à la peine, souvent joueur, en confrontation permanente avec son public qu'il drague, cajôle ou emmène dans ses voyages intimes. L'homme rappelle le belge Arno pour sa manière de broder autour de sa gêne physique à se présenter devant les gens. Comme lui, il donne le sentiment permanent de s'émerveiller devant sa propre position, de prendre un plaisir craintif à endosser le rôle qui est le sien. Le concert répare, en outre, un oubli du disque principal en proposant une version impeccable du titre "Je Plaisante", l'un des meilleurs morceaux du chanteur. Pour fêter la sortie du tout, le brestois en profite pour relancer une petite tournée dont il a le secret, histoire d'écumer les petites salles de province et de maudire la campagne. Allez y sans peur et achetez pour une fois français. L'occasion est suffisamment rare pour qu'on y cède. Miossec - Brest Of (Tout Ca Pour Ca) chez Pias, septembre 2007
http://www.christophemiossec.com/
John Cooper Clarke : prince des slammeursSalford, banlieue de Manchester, est avec Portland (USA) l'une des zones les plus riches en musiciens de génie au m2. Un homme, une drogue (des drogues), une voix : John Cooper Clarke ou l'un des princes du spoken word, art beat des Ginsberg et Orlovsky, devenu aujourd'hui et après de multiples re-créations : le slam. Voir John Cooper Clark sur scène faire claquer les mots dans sa langue anglaise originale ravale les Grand Corps Malade et Abd Al Malik au rang de joyeux farceurs. John Cooper Clarke qu'on aperçoit quelques dizaines de secondes dans son propre rôle, maquillé pour faire 25 ans de moins dans le film Control sur Joy Division, est une légende urbaine, un poète qui a les traits usés et marqués d'un Keith Richards, l'homme qui a scandé des vers, ses vers, ses textes devant des foules punk médusées et qui se surprenaient à l'acclamer et à sourire alors qu'elles étaient venues pour en découdre. John Cooper Clark est l'homme dont on envierait pas la place pour un trésor. La personne qui a joué les faire-valoir, parfois jeu égal, avec Joy Division, Elvis Costello, avec les Buzzcocks, Joe Strummer et évidemment Mark E. Smith dont il est un complice de longue date, pour le meilleur et pour le pire. On lui prête, parmi ses aventures innombrables, une liaison poudreuse avec la chanteuse Nico et une consommation de drogue égale à une année de production de la Colombie. John Cooper Clarke qui a dû faire trois cents fois le tour des Iles Britanniques à la tête de son petit numéro d'habileté caustique a connu, ces derniers temps, un regain d'intérêt lorsque son poème le plus connu et le plus simple Evidently Chickentown (donné ici dans une version un tantinet différente) a été utilisé en clôture de la saison 5 de la série américaine les Sopranos. Ceux qui voudront en savoir plus iront faire un tour sur le site de l'auteur qui regorge de textes et de poèmes savoureux. Parmi eux, mon préféré à la fois drôle, cynique et terriblement lucide : Part-Time Loser : "STOP THAT HORSE/HE WEARS MY SHIRT/REGRET REMORSE/ O HOW THEY HURT/I KNOCK ON DOORS/THEY TURN TO DIRT/ ALWAYS THE BEGGAR/NEVER THE CHOOSER/ HALF-CLEVER/ FULL-TIME LOSER// FROM THE SLUMBERLAND/ THAT TIME FORGOT / TO THE WONDERLAND/ OF A SPINELESS CLOT/ WHO UNDERSTANDS/ WHO CALLS THE SHOTS / YOU MIGHT KNOW/IT'S ANOTHER USER/ PART-TIME POET/FULL-TIME LOSER." Côté album, on conseille Me and My Big Mouth, sorte d'album best-of sorti en 1981 et qui comprend quelques belles pièces dont "Bronze Adonis" et "(I married a monster) From Outer Space". ![]() Strings Of Consciousness : Syndicat du dream
Un casting impressionnant en forme de name dropping, mais aussi un exercice incontournable pour nous aider à situer cet étrange objet, et le niveau de son ambition. Concentré abrasif de rock libéré de son carcan de clichés divers, "objet sonore non identifié" bardé d'effets électroniques discrets, Our Moon is Full est une œuvre schizophrène dont les personnalités multiples semblent finalement très à l'aise ainsi à cheval entre musique expérimentale et primitivisme rock. A ce titre, le puissant "Cleanliness is next to Godliness" marmonné et bafouillé avec le talent que l'on sait par Eugene Robinson d'Oxbow, est exemplaire. Tout comme l'incandescent "Crystallize it" interprété par McCLoud. D'une profondeur insondable, ces deux titres présentent la face psychopathe de Strings of Consciousness. Ici, la musique puissante et cathartique de l'une, répétitive jusqu'à l'aliénation pour l'autre, répond parfaitement à la folie qui habite ses interprètes. Cela dit, les 8 titres de cet impossible album n'excluent pas les plages de détente. Comme cet étonnant "Asphodel" qui ouvre l'album, un titre easy listening tordu interprété par J.G. Thirlwell sur fond de trompette envoûtée, de crissements insectoïdes et de slide guitare hantée, ou encore, un "Defrost Oven" minimaliste et léger. A la manière du Dream Syndicate (celui de Tony Conrad, John Cale, La Monte Young et Angus MacLise, pas celui de Steve Wynne, quoique...) les huit musiciens échafaudent une anti-cathédrale, vibrante d'ambiances mystérieuses et urbaines. Des titres dépassant généralement les 8 minutes, qui doivent beaucoup au jazz, au film noir ("Sonic Glimpse" feat Barry Adamson) et à New York en général. Pas de doute, Our Moon is Full est bel est bien un album unique, au moins en ce qui concerne les productions rock et affiliées actuelles qu'elles soient free, post ou expérimentales au sens large. Strings of Consciousness y navigue les yeux fermés même si c'est souvent dans les eaux troubles de la possession au sens vaudou du terme. Futur culte et bizarre, à n'en pas douter.
Strings of Consciousness - Our Moon Is Full(Central Control/La Baleine, sept 2007) Kevin Drew : disque solo à vingt
Dans les faits, une vingtaine de musiciens ont participé à l'enregistrement, à peu près tout Broken Social Scene. Charles Spearin et Ohad Benchetrit de Do Make Say Think ont co-produit avec Drew. Le résultat ressemble à un disque de BSS en plus calme, moins bourratif et avec plus de guitare accoustique, quelque chose d'assez proche des sessions de BSS pour NPR. Il y a même quelques thèmes d'anciens morceaux de Broken Social Scene recyclés/remixés (l'évident "Gang Bang Suicide" basé sur "Shampoo Suicide" et une apparition plus discrète de "Stars & Sons" ailleurs). Et puis le disque est un peu trop long, comme ceux de BSS. Dans n'importe quel autre contexte, Spirit If... mériterait certainement toutes nos éloges. Il est plein d'idées, contient quelques superbes chansons et d'autres véritablement fun (en particulier le bordélique hommage à Dinosaur Jr "Backed Out On The..." avec le vrai Jay Mascis en guest star), Leslie Feist et Amy Millan qui chantent un peu partout... Sauf que nous ne pouvons nous empêcher de juger le disque de Kevin Drew à l'aune de ce qui lui manque. Il a toujours été difficile de dire qui faisait quoi dans les disques de BSS, mais apparement, Brendan Canning était responsable du groove. Il était aussi, en tant qu'un des principaux songwriter, une partie importante d'un équilibre alchimique complexe qu'on ne retrouve pas dans Spirit If... pour faire simple, les morceaux les plus moyens de Drew auraient pu laisser la place au meilleurs de Canning. Le bon côté, c'est que le prochain album de ce dernier n'en sera que plus intéressant pour qui souhaite apprendre à discerner ces personnalités fascinantes. Kevin Drew s'est révélé être celui qui aime le désordre, les paroles emo/porno et une sorte de spiritualité de caniveau. En fait on se demande ce qui peut bien rester à Canning dans tout ça. On devrait le découvrir dans quelques mois. Ce qu'on a en attendant, c'est juste un des meilleurs albums rock de l'année, avec quelques chansons formidables comme "tbtf" (pour "Too Beautiful To Fuck") qui parvient à être aussi cool que son titre, un "Lucky Ones" aussi cathartique que l'était "Almost Crimes" et trop d'autres bons moments pour les citer tous.
Borken Social Scene Presents : Kevin Drew, "Spirit If..." (Arts & Crafts, 2007) Séance Karaoké : Dirty Old Town (The Pogues)"Dirty Old Town" est par excellence une chanson à chanter au karaoké, chez vous et entre amis, devant ou dessous une bière brune de préférence, une chanson triste et urbaine, née en 1949 de l'imagination d'un folkeux (un autre) de Salford, ville de la grande banlieue de Manchester et à qui l'on doit bon nombre de grands artistes (Curtis, Mark E. Smith, entre autres). Dans ce coin de paradis musical, Ewan Mac Coll, disparu il y a presque 18 ans, est un compositeur de légende, estampillé communiste et épinglé en son temps pour ses sympathies gauchistes par le MI5. Mc Coll écrit le titre en "hommage" à sa ville, d'abord pour servir d'interlude pendant un changement de décor à une pièce de théâtre de sa composition intitulée "Paysage avec cheminées". Popularisée par le groupe irlandais The Dubliners à la fin des années 60, la beauté de "Dirty Old Town" éclate lorsque Shane Mac Gowan décide d'en faire une reprise mémorable sur Rum Sodomy And The Lash, le deuxième album des Pogues en 1985. Coincée entre le sublime "Sally Mc Lennane" et l'instrumental endiablé "Jesse James", la poésie urbaine de Mc Coll prend toute sa saveur, rencontre dans le phrasé chanté/craché du barde de Tipperary son interprète le plus juste et le plus poignant. Frank Black, Rod Stewart et d'autres auront beau s'y essayer, "Dirty Old Town" a trouvé sa voix pour la vie et sa signification cachée : dire la beauté des paysages post-industriels, le romantisme des pierres noires et des fumées d'outre-ville, la simplicité d'un amour consommé sur un bas-côté. A sa manière, elle deviendra, sous l'impulsion de Mac Gowan, une chanson associée au Nord de l'Angleterre, à l'immigration irlandaise, au chômage et à l'errance. Sa portée politique (critique des institutions, colère et résignation contre l'ordre établi) n'est sans doute pas étrangère à son impact sur les générations qui suivent. Oasis et quelques autres la citeront en référence lorsqu'il s'agira de dire d'où ils viennent. En attendant, elle se chante n'importe où. Albums cultes des géants du bizarre #19 : The Modern Lovers - Modern Lovers
Hélas, les sessions enregistrées en une journée, véritables pépites de punk rock avant l'heure, ne vont pas convenir au label et elles sont mises au placard. Erreur ! Grave erreur ! Les titres enregistrés alors, parmi lesquels on retrouve les désormais classiques "Roadrunner" (la #1, dans une version plus rugueuse que celle que nous connaissons généralement), "She Cracked", incroyable morceau de new wave avant-gardiste qui préfigure le Joy Division de "She's Lost Control", avec 20 ans d'avance et la ballade mélancolique "Astral Plain" compte aussi des chefs d'œuvre oubliés comme "Don't let Our Youth Go To Waste", certainement le morceau le plus sombre et poignant de l'histoire du rock, "Dance With Me", "Walk up The Street" et "I'm Straight" véritable déclaration d'intention dans laquelle Richman explique qu'il est "straight", ne doit rien à la drogue, ni l'alcool, n'est pas homo et préfère l'amour romantique à la pseudo-liberté sexuelle des années 60 et 70. Un manifeste en forme de provocation à une époque où les principaux slogans revendiquaientt l'amour libre et l'usage de tout ce que la planète comptait de stupéfiants. Pour autant, la musique des Modern Lovers n'est ni molle, ni aseptisée. De cette rectitude revendiquée par le chanteur, le groupe tire son inspiration et compose des morceaux tendus à l'extrême, rigides oui, mais comme du Fugazi, ou plus près de nous, du Art Brut. Et nous sommes en 1971.
De retour en studio, en 1972, c'est John Cale, alors Pygmalion de service, qui se met derrière la console. Il affine le son des Modern Lovers et enregistre avec eux de nouveaux titres. Certains ne sont pas mauvais. On notera par exemple l'hilarant "Pablo Picasso" dans lequel Richman compare son manque de feeling avec les femmes au succès du célèbre peintre dans ce domaine, "Hospital" ou "Modern Wolrd", mais rien qui ne dépasse les sessions de Fowley. L'album que la plupart d'entre vous ont dans les mains subit de multiples rééditions, dont une double accompagnée d'un live. Mais il s'agit toujours du mix de John Cale. On aurait pu s'attendre à ce que l'album réédité ce mois, contienne enfin ces versions perdues, ce n'est malheureusement pas le cas (et malgré la très bonne note que lui attribue Pitchfork, Modern Lovers version Cale, ne mérite qu'un gentil 5.5). Il existe cependant une édition des mythiques Fowley Session, The Original Modern Lovers. Parues en 1981 sur le confidentiel label Mohawk, il n'existe malheureusement que quelques copies vinyles (et bien évidemment, votre serviteur en a une en face de lui pendant qu'il écrit cette chronique). Heureusement, le disque bénéficie d'une réédition chez Bomp Records en 2000. Vous l'avez compris, l'important est de noter que l'album généralement daté de 1976, année de naissance du punk rock US, fut en fait enregistré entre 1971 et 1972, ce qui en change radicalement la portée visionnaire et en fait avec presque 5 ans d'avance un digne précurseur du punk tout court.
Modern Lovers - Modern Lovers (John Cale tracklisting) : 1. Roadrunner
Modern Lovers - Modern Lovers (Kim Fowley tracklisting) : 1. Roadrunner #1
Une version de "I'm Straight" (indispensable) est en écoute sur le myspace unofficiel du groupe. Amazon vend du mp3
Amazon a en effet l'avantage de disposer d'une large clientèle pré-établie, d'un prix de base de 89 cents la chanson et 8,99 dollars l'album simple (soit un cent/un dollar de moins que chez Apple), sans DRM ni watermark (ou presque) et les mp3 sont encodés en 256kbps, ce qui n'est pas mal du tout. Le catalogue est encore relativement limité (des majors, seul EMI propose tout son catalogue) mais risque vite de s'étoffer selon la rumeur. Le seul hic, en fait, c'est que le "prix de base" ne s'applique pas à tous les morceaux : la plupart des nouveautés sont à 99 cents et le prix des albums va de 5 à 10 dollars. Contrairement à iTunes, Amazon accepte de varier ses prix. Tous reste abordable pour l'instant mais il va bien falloir convaincre les autres majors de venir et, si celles ci réclament à Steve Jobs la possibilité de varier les prix depuis des années, ça n'est pas que pour vendre moins cher. Drive XV : A Tribute To Automatic For The People
Il y a encore une fois du beau monde, avec les Meat Puppets (dont on ne sait trop s'ils se moquent ou pas de "Everybody Hurts"), Shout Out Louds (qui jouent à Donkey Konga dans son "Man On The Moon" parce que "Andy Kaufman était un super joueur de bongos"), The Wrens (qui ont choisi "Night Swimming" comme moi je l'aurais fait) ou Dr. Dog (qui fait du joli avec "Find The River". Ils sont spécialistes en joli ces gars-là). Chaque chanson est accompagnée de quelques mots des "repreneurs" et aussi de Mike Mills et un petit essai accompagne le tout, bref, les choses sont très bien faites et surtout, donnent une grande envie d'aller ressortir mon vieil Automatic For The People, l'original, pour une écoute anniversaire. Lo Recordings : Milky Way to Disco
Comme son nom l'indique, Milky Disco est dédié au nu-disco dans ce qu'il a de plus spatial et mélodique. Le but avoué du label étant d'ailleurs de proposer un équivalent actuel des riches heures du Loft de David Mancuso ou du Cosmic Club de Daniele Baldelli, en mieux serait-on tenté de dire, tant le son du disco moderne, cosmic ou autre, s'est affiné et diversifié au fil des années. C'est donc à un véritable festival de sonorités astrales et flamboyantes auquel nous avons droit dès les premières notes enchanteresses et naïves (aussi naïves en tout cas que le terme "enchanteresses", qui pourtant, leur convient parfaitement) d'un "All Flower Must Fade" directement importé de la voie lactée ("Milky Way to Disco" oblige) par le prodige Daniel Wang. Cette track oscillant entre 4x4 four to the floor et electronica, est la parfaite introduction qui nous transportera dans la quatrième dimension disco. Une dimension en forme de sound scape infini au sein duquel nous allons naviguer d'un bout à l'autre de cette sélection. De l'electro kraut punk funk de Padded Cell et The Emperor Machine au balearic new look de Quiet Village (l'hyper hypnotique "Desesperate Hours") et Sorcerer (sublime "Surfing at Midnight", quel titre!), sans oublier Johan Agebjörn (raaah, "Spacer Woman from Mars" feat. Sally Shapiro) Kerrier District & Black Mustang, ils sont tous là les chantres du disco underground contemporain célébré par les papes nu-disco Lindstrom & Prins Thomas. Ici, tout n'est qu'arpeggios tourbillonnants, basses en cascade, effets de cordes synthétiques et planantes (à ce titre "Electric Bird" de Georges Vert est imparable), cuivres dans une chambre d'écho fantôme ("Konkorde Lafayette" de Padded Cell) et mélodies enivrantes. Milky Disco va même jusqu'à nous offrir un remix d'In Flagranti par un Black Devil qui retrouve décidement une seconde jeunesse, et un hommage de Morgan Geist à Black Devil sous le pseudo Jersey Devil Social Club ! Je le redis, cette compilation mixée est LA clé qui vous ouvrira les portes, toutes les portes, de la galaxie nu-disco. Alors, aussi méfiant que vous soyez, n'hésitez pas une seconde, suivez le lapin doré et surfez sur sa boule(tte) aux multiples facettes.
A noter qu'une fois n'est pas coutume, la compilation est intégralement en écoute sur la page d'accueil du site de Lo. Aaah, je vois d'ici l'ami Traske qui se déhanche... ("il m'entraîne au bout de la nuit, le... dé-mon de minuit !") Closer, Still, Unknown Pleasures : Joy Division remastered Maxence a parlé récemment d'Unknown Pleasures, unique album vivant de Joy Division et de son importance pour l'histoire des musiques modernes. Dans la foulée de Control, le film plein d'application réalisé par Anton Corbijn, ressortent dans une version remasterisée les 3 pièces principales de la discographie du groupe, augmentées chacune d'un appendice live et d'un superbe livret aux commentaires signés John Savage. Avec Unknown Pleasures, on (re)découvre un live à la Factory du 11 avril 1980 qui faisait partie des préférés des collectionneurs depuis des lustres et dont le son, malheureusement, ne sort pas du tout amélioré par la présente livraison. Ce concert bénéficie d'une belle énergie, d'un duo Hook/Morris absolument impeccable dans ses expérimentations et d'un Ian Curtis comme possédé par le diable. Le chanteur livre une prestation effrayante sur "Atrocity Exhibition" de plus de 6 minutes et un non moins impressionnant "Transmission" en bout de set.
Closer arrive accompagné par un live de février 1980 à l'Université de Londres (ULU), soit quelques mois à peine avant le précédent. Live in Ulu pour Closer de février 1980. Le son est plus métallique et plus cold wave que sur le précédent, le groupe ayant réussi à reproduire sur scène le son symphonique et synthétique proposé par Martin Hannett en studio. On retiendra surtout l'une des premières sorties sur scène du single "Love Will Tear Us Apart" et un "The Eternal" lugubre. Le concert à l'ULU est le compagnon parfait d'un Closer dont il reprend les meilleurs moments : "Colony", "Twenty Four Hours" ou "Isolation". La réécoute successive d'Unknown Pleasures et de Closer rappelle que la postérité du groupe repose en partie sur le caractère monolithique (et presque granitique) de l'oeuvre. C'est cette densité, cette dimension monumentale et monobloc, qui écrase par sa gravité et sa solennité, qui peut expliquer aujourd'hui pourquoi on reste 27 ans après baba devant Joy Division. Enregistrée sur une poignée de mois (12-13 guère plus), les deux albums bénéficient d'un son homogène, d'une inspiration qui n'a presque pas évoluée (Curtis épuise les billets-paroles de sa boîte à chaussures), si ce n'est pour creuser le même sillon : l'oppression, l'étouffement, le dérangement.
Le CD bonus qui accompagne Still (rappelons-le, disque live composé principalement du dernier concert du groupe, enregistré à Birmingham et agrémenté de quelques autres prises - dont un "Sister Ray" repris brillamment du Velvet) est enregistré une semaine à peine après celui de l'ULU, à la mairie de High Wycombe. La set list (soundcheck et titres live) reprend un mélange heureux des 2 CDs précédents, sans éviter (pas le choix) les répétitions, mais en prenant garde de ne pas doublonner avec ce qui avait déjà pu être vendu sur le coffret indispensable Heart And Soul. On insistera ici sur un enchaînement de milieu de CD qui voit Curtis et sa bande enchaîner "Love Will Tear Us Apart", "Disorder" et "Atrocity Exhibition", soit 3 monstres qui taquinent le punk, la pop et le rock new wave avec autant de succès. Malgré les textes, les rythmes, les graphismes, la production de Hannett, la musique de Joy Division sonne en live comme la plus humaine et la plus chaude qui soit. Les dernières notes qui poussent le groupe dehors sur "The Eternal" annoncent quant à elle les révolutions à venir. Curtis se tait, New Order n'attendra pas pour se faufiler dans son ombre. Il aurait été intéressant de voir, si la mutation qui s'engage parfois ici (les "synthétiseurs étourneaux") aurait pu se produire avec Curtis et comment il y aurait réagi. Le timide et candide Bernard Sumner, assez amusant dans le film Control, allait prendre le pouvoir.
Lex Luthor est leur dealer
"Evergreen", premier extrait de The Modern Tribe, nouvel album de Celebration à paraître très bientôt. Avec cette batterie primitive, ces couches d'orgues élégiaques et la voix de diva goth de Katrina Ford difficile à discerner, un peu comme si elle chantait sous l'eau, ce titre sonne comme comme le Wall of Sound d'un Phil Spector défoncé, sauf que là personne ne tire sur personne à la fin. C'est que, même si à en juger d'après le clip le groupe a consommé une grande quantité de kryptonite, celle-ci n'a heureusement d'effet négatif que sur Superman. A moins que ce ne soit pas de la kryptonite et que ce clip soit en fait la suite de celui du "Knife" de Grizzly Bear. Oh, et il faut que je précise ça pour Flyer : Dave Sitek a produit le second disque du groupe, comme le premier, et il a encore rammené quelques potes de Tv On The Radio dans le studio. Iggy Pop a-t-il inventé la Tecktonik ?Quelques jours après la sortie officielle du biopic d'Anton Corbijn, Control, adapté de la biographie de Deborah Curtis Touching from A distance, notre collaborateur Myosotis, posait malicieusement la question suivante : Ian Curtis a-t-il inventé la tecktonik ? La "danse" épileptique du chanteur de Joy Division qui réussissait l'exploit d'être à la fois rigide et chaotique y était comparée, non sans humour, à "la danse du papillon crevé". Une comparaison qui tient bien la route, aussi irrévérencieuse soit-elle (mais sur Playlist, on aime ça l'irrévérence) puisque Curtis, tenait cette chorégraphie d'un savant mélange de l'école Iggy Pop (dite "du papillon englué dans sa toile et bientôt bouffé par l'araignée qu'il a au plafond") et des postures rigoristes des Allemands de Kraftwerk (certaines mauvaises langues diraient même, "Ach, tes Zallemands tout courte"). Et moi de rebondir, en posant la question suivante : Iggy Pop a-t-il donc inventé la tecktonik ? Rien n'est moins sûr, mais on ne peut pas non plus se permettre de rater une occasion de parler des Stooges. Et à la question de savoir si l'iguane a participé ou influencé cette danse de "garçon coiffeur technoïde avec un pied dans la douche et un doigt dans la prise", on répond donc NON, nous aussi sans autre commentaire. No fun my babe no fun No fun my babe no fun No fun to hang around Feeling that same old way No fun to hang around Freaked out for another day In Rainbows : vraie ou fausse bonne idée de Radiohead ?MAJ : Lire aussi notre critique de l'album In rainbows track by track. Radiohead n'a signé avec aucun label et, à la manière de Prince dans les années 90, n'offrira son disque à la vente que via le site inrainbows.com (qui, ce n'est pas étonnant, a l'air un peu surchargé pour l'instant). Il est d'ores et déjà pré-commandable sous deux formes : digitale (des mp3 sûrement, mais on en sait encore rien) ou "discbox", soit un coffret contenant l'album sous la forme d'un CD et de deux vynils plus un second CD de bonus plus un joli artwork et un livret avec les paroles et le droit au téléchargement de l'album dès le 10 octobre parce que votre Discbox ne sera disponible que le 3 Décembre. Mais mais mais... ce n'est pas tout ! Ce qui je crois est LA vraie bonne idée de Radiohead, c'est que le groupe vous laisse totalement libre de payer le prix que vous voulez pour le téléchargement. Vous êtes riche et vous voulez payer cinquante livres ? Pas de problème. Vous êtes radin ou pauvre et vous voulez l'album gratuitement ? Servez-vous (pour les incrédules : j'ai testé, ça marche. Je paierais peut-être plus tard, si la musique est bonne). Vous l'auriez téléchargé "illégalement" ailleurs sinon, le groupe a su reconnaitre ça et c'est très malin de sa part. Surtout que, on imagine que beaucoup de gens qui auraient téléchargé l'album sans état d'âme autrement vont se sentir obliger de donner au moins une livre symbolique. Le seul petit hic dans tout ça, c'est pour le fan de Radiohead. Il a certainement très envie d'avoir un objet entre ses mains, un peu de l'artwork toujours si important avec Radiohead et les paroles aussi. Il peut commander la discbox, mais elle coûte quand même 40 livres, soit à peu près 60 euros. Il n'a pas d'autres choix s'il veut avoir un peu de son groupe favori entre les mains que de débourser quatre cent balles pour deux CD et des vynils pour lesquels il n'a probablement pas la platine pour les lire. C'est un peu dur, les mecs. Toujours est-il que voilà la tracklist : Sur le premier CD, le téléchargement et les vinyls: Réagissez sur le forum Radiohead. Jeu Rock de l'automne : derrière mon loup, je fais ce qu'il me plaît
A la demande générale d'au moins deux d'entre vous, voici un nouveau Jeu Rock qui, une fois n'est pas coutume, fait la part belle à aux artistes français (2 sur 6, c'est un record). Comme souvent et afin de décrocher le superlot (des CD dans votre boîte aux lettres), il vous suffit d'être le premier à donner dans l'ordre, les réponses complètes aux questions suivantes : 1. Identifier les 6 artistes rock qui sont photographiés ici, en indiquant en plus de leur nom et s'il y a lieu, leur groupe d'appartenance. 2. Trouver le point commun que 5 d'entre eux partagent (et qui n'est pas leur sexe). Pour ceux qui ont depuis fait une carrière solo, il s'agit bien de revenir à l'activité de leur groupe originel. 3. Trouver l'intrus, c'est-à-dire celui qui ne répond pas à ce que vous trouverez en 2. Bon courage. (celui qui trouve du premier coup et en moins de 50 minutes aura droit à tout mon mépris) Le retour du robot Anti-TecktonicLa tecktonik, c'est un mot que je n'avais jamais entendu il y a quinze jours et que depuis j'entends partout, tout le temps. Je suis bien sûr totalement à la ramasse puisqu'on en parle depuis longtemps sur les forums de flu. Après avoir entendu ce mot pendant quelques jours dans des phrases du genre "oué vas-y tu t'la raconte toi mais t'écoute de la tecktonik" ou "lol tu cé pa danC la tecktonic" (je vous assure, il y a des gens qui parlent comme ça dans la réalité), j'ai fini par apprendre ce qu'il désignait. Enfin à peu près : la page wikipedia de la tecktonik est un monument à la gloire du grand n'importe quoi collaboratif ("la tecktonic a débuté dans les soirées parisiennes en 2000. En 2006 elle arrive sur Paris."). Le consensus qui se dégage de mon enquête, c'est que tecktonik serait une danse des bras pratiquée par une jeunesse souple et stupide sur de la mauvaise musique électronique hollandaise. Keepon, le robot qui aime Spoon dont je vous avais déjà parlé, est incapable de danser la tecktonik parce qu'il n'a pas de bras. Il danse par contre mieux sur "Well, Don't You Evah" que je ne le ferais ou que quiconque, humain ou robot, ne le fait après tout dans cette trop uber-mignonne vidéo. Que voulez vous ? J'ai un truc pour les robots. Rita, on peut créer un tag "robots" ? |
Discussions en cours sur le forum musique :
|
||||||||