Archives > Novembre 2007Le Gibus a 40 ans, chapeau !
Du twist au rythm'n'blues, du rock au hip hop, de la house à la jungle, de la techno au RnB, cette salle mythique, drivée de mains de maîtres par les frères Taïeb, sera le temple de la musique, quel que soit son style ou son école. Il faut le dire, peu de gens eurent assez de flaire et de talent pour surfer sur l'avant-garde comme le fit ce clan familial issu de Tunisie. Une équipe à qui l'on doit les premières soirées punk rock en 1977 mais aussi les premières soirées electro. Le Gibus fut pour beaucoup dans l'émergence de la French Touch et l'arrivée des rois de l'electro de Chicago, Detroit ou Berlin, à Paris. A la fin des années 90, c'est au Gibus que naissent les soirées dédiées aux Baby Rockeurs avec les festivals "Passe ton bac d'abord"... C'est ce que racontent Philippe Manoeuvre, Damien Almira, Busty et l'ex-manager de Bijou Jean-William Thoury dans ce très beau livre commandé pour l'anniversaire du club. En 192 pages et plus de 300 photos couleurs et noir et blanc, de nombreux documents d'archives et de témoignages plus nombreux encore, 40 ans de musiques au Gibus (notez le pluriel) retrace l'histoire d'un lieu unique sans lequel l'impact de ce que l'on nomme communément les "musiques actuelles" ne serait certainement pas le même. Un beau livre et un beau cadeau pour Noël d'un coup d'un seul. Chapeau !
40 ans de musiques au Gibus par Damien Almira, Busty et Jean-William Thoury sous la direction de Philippe Manœuvre (éditions Hugo Image)
Plastic Operator, le charme retrouvé de l'electropop : Album de l'année ?![]() Cette fois ça y est, j'ai trouvé mon album de l'année 2007. Il m'aura fallu un certain temps (l'album est sorti il y a 5 mois maintenant) mais il s'est maintenant incrusté sur mon lecteur CD, mon PC, mon lecteur MP3, ma TVHD (menteur, j'ai un vieux poste de 300 kilos), mon téléphone portable avec une telle évidence qu'il n'en saurait être autrement. Je comptais garder l'info pour moi seul et jouir en paix mais j'ai été pris par l'envie de partager. Different Places est l'album que j'attendais depuis un bail : un mélange du meilleur des Pet Shop Boys, d'Aim (il faudra qu'on parle un jour du dernier Aim), de Dat Politics, d'Adam Green, de Spearmint et de je ne sais trop quelle mixture electropop. Il ne faut pas avoir étudié l'histoire du rock très longtemps pour savoir que les électroniciens qui se mettent en tête de faire de la pop ou vice versa ont potentiellement de l'or entre les mains. Cela peut donner d'étranges résultats (Norman Cook qui quitte The Housemartins pour le big beat, New Order qui pousse sur les cendres de Joy Division, Marr qui joue de l'electronic) mais c'est souvent intéressant. On peut penser que les popeux ont tout à gagner à chanter sur des beats et qu'il n'y a rien de plus touchant qu'une machine qui pleure et appelle à danser. C'est exactement ce que réussissent les deux belgo-québécois, Pieter Van Dessel (Belg.), le vocoivocaliste du groupe, et Mathieu Gendreau (Can.), sur ce Different Places à la fois mélancolique, dansant et furieusement optimiste. Le duo transcontinental évoque par son allégresse et le minimalisme de son electronica des groupes comme The Notwist ou les incontournables The Postal Service mais avec une chaleur et un sens de l'intimisme bien plus prononcés. L'album démarre par 5 titres quasi parfaits qui mêlent ritournelles casio-compatibles, beats lourds cafardeux et chant aérien. "The Pleasure Is Mine" offre sa part de rêve. "Peppermint" agit comme une madeleine de Proust, nous ramenant au temps de notre premier amour. "Folder" pose au single interplanétaire, répétitif, moderne et élégant comme un roman de Douglas Coupland. "Couch" s'étire avec grâce et ouvre sur l'indépassable Home 0207, le meilleur titre de l'album et l'un des morceaux les plus tristes et hypnotiques de la galaxie. "i dont know when i'll be coming home / 'cause you dont have the time / You dont know where i am coming from / 'cause you dont care" : Tennant et Lowe n'avaient pas réussi à faire plus simple. Avec une femme au chant, "Parasols" amorce un virage vers plus de légéreté et dançabilité ou quand les Young Marble Giants rencontrent les Bronzés. "Special Case" rappelle les Air de la première heure et "Another Sound" peut être taxé d'opportunisme kitsch. La dernière ligne droite est d'une pureté à donner la chair de poule : "Why Dont you ?" dépose sa plainte aux pieds d'une fille cruelle aussi vaporeuse que la nymphe de "Just Like Heaven", tandis que "Singing All The Time" redonne de l'espoir à ceux qui ne croyaient plus en la femme idéale. "The Long Run" referme ce beau voyage en apesanteur, évoquant le passage du temps et le besoin de durer. "It should be alright in the long run...", chante naïvement Van Dessel et l'on veut croire qu'il a raison. Tout est bien, tout est bon chez Plastic Operator, jusque dans sa pochette qui représente un sas d'aéroport ouvert sur un avion parti ou pas encore arrivé. Les deux musiciens sont au sol, sous forme de mannequins en plastique rikiki. L'un a les bras en l'air et appelle à l'aide (?); l''autre fixe le terminal, en survêtement bleu. Charme & modernité. Amour, anonymat et beauté. Olé !
Chloé : Rêve ambigu d'un dancefloor transgenre Le moins que l'on puisse dire c'est que Chloé (Chloé Thevenin de son vrai nom) cultive l'ambiguïté. Pour commencer, la Française est DJ mais c'est une enfant du rock. Elle se joue d'ailleurs, des clichés de la techno comme de ceux de cette musique primitive des origines. Sur les photos de presse distribuées par son label, elle apparaît en jeune femme sérieuse, bien droite devant l'objectif, chemise blanche et col boutonné. Pourtant, derrière l'apparente austérité, une fièvre couve. Les joues sont rouges, les lèvres pleines et les mains fines semblent nerveuses, comme déjà ailleurs, occupées à de plus intéressantes activités. Sa musique comme l'imagerie qui l'entoure est donc emprunte de paradoxes, de grands écarts, de contradictions qui n'en sont pas, puisque totalement assumées. Après tout, son label se nomme "Kill The DJ". Et quoi de plus normal d'ailleurs, à une époque où le mixage, le métissage, et en un mot, le crossover, est véritablement devenu une seconde nature ? Comme je le disais plus haut, Chloé passe les frontières, déjoue les pièges des conventions, se moque de la hype et finalement, sait mieux qu'aucune autre (excepté peut-être son compère Ivan Smagghe) s'affranchir des canons de la techno tout en captant ce qu'il y a de mieux dans le minimalisme, comme dans le rock : la constance et la répétition. Ce rythme martelé, électronique ou analogique pratiqué du blues à la techno, et qui se prête si bien à l'hypnose et au dérèglement des sens. Un effet que l'on retrouve aussi bien chez Can que chez Derrick May, chez The Fall que chez LCD Soundsystem, chez Carl Craig que chez The Velvet Underground.
Et de fait, il y a du "Sunday Morning" (emblématique morceau du Velvet), dans l'intro de "The Waiting Room", le morceau d'ouverture éponyme de ce très bel album. Les arpèges tintinnabulant, plus electronica que proprement techno (et on devrait même dire, plus pop que proprement techno) ressemblent même à un clin d'œil, si ce n'est à un hommage. Comme pourrait l'être "Around the Clock" d'ailleurs, dont le quatre temps de guitare saturée et le trombone fatigué font office de base rythmique pour un morceau minimaliste évoquant autant le jazz ou le blues du delta que leur arrière-arrière petite fille volage, la techno. Cette ouverture, cet esprit d'aventure, c'est certainement ce qui fait de ce disque un des meilleurs moments de musique de l'année, il faut bien le dire. De l'hypnotique "I Want You", un hymne à la sensualité à la fois débridé et tout en retenue, à "It's Sunday", sa saturation électrique et son psychédélisme rampant, en passant par le romantisme electropop de "Be Kind to Me", la comptine electronica gazouillante de "Amour" ou la ballade electro-folk (chantée !) de "Beneath the Underground", autre grand moment du disque, la musique de Chloé sait varier les genres sans se perdre. Qu'elle compose à partir des machines d'aujourd'hui ou des instruments d'hier, Chloé fait preuve d'une unité de ton évidente et d'une personnalité étonnante, qui unit tous les habitants de cette "salle d'attente" imaginaire. Côté clubbing, ses rythmes en décalage constant ("No One Can"), qui nous laissent danser sur une jambe, déséquilibrés et incontrôlables, comme ivres, sont souvent envoûtants et ne laissent que peu de choix au danseur ; bouger, bouger comme on peut, comme on veut, mais toujours bouger. Et pour cela bien sûr, on retiendra les imparables "Suspended", "Over The Dose" et pour les plus rock d'entre vous, le très dark "Brashov".
Vous l'avez compris, si elle est meublée de manière minimaliste, pour ne pas dire spartiate, The Waiting Room n'est pas vide pour autant, loin de là, elle est même habitée d'entités hybrides, mi-féminines, mi-masculines, qui nous chuchotent à l'oreille et nous tiennent compagnie. Ça tombe bien, on comptait rester un bon moment, histoire aussi d'attendre le prochain, qui sait...
Chloé -The Waiting Room (Kill The DJ/Nocturne)
http://www.myspace.com/chloekillthedj
Voulez vous Céline Dion chez vous ?
René a ajouté qu'il surveillait ce qui s'écrivait sur sa femme sur le net quotidiennement. Ce qui veut dire que René est un de ces malades qu'on voit débarquer en masse sur notre humble blog chaque fois qu'on ose dire du mal de leur artiste préféré. Ca veut dire qu'il est peut-être en train de lire ces mots, là en même temps que vous et aussi qu'il va peut-être lire vos commentaires. Bon, je n'en dirais pas plus parce que je m'en fous, moi, mais au cas où ça vous intéresse, sachez qu'à moins d'une annulation comme celle d'Halifax, l'an prochain Céline passera par Paris, Nice et Genève. Vous savez ce qu'il vous reste à faire..
Fred Chichin est mort, que deviennent les Rita ?Posté par LovelyRita le 28.11.07 à 16:26 | tags : chanson française, cimetière, news, pop, vidéos musicales, youtube
Les derniers concerts des Rita Mitsouko avaient été annulés en raison de l'état de santé de Fred Chichin. Leur dernier album, Variety, ne nous avait pas totalement convaincu, par contre on était convaincu que les Rita étaient l'une des figures majeures de la scène musicale française des années 80. Annulations de concerts, aggravation de l'état de santé de Fred et mort des suites d'un cancer fulgurant. Diagnostiqué il y a à peine 2 mois, le cancer a eu raison du guitariste et des Rita Mitsouko, à présent il ne reste plus que Catherine Ringer, seule à bord des Rita. Hommage d'une Rita à la moitié des Rita : Interpol à Forest National (Bruxelles) : toujours du solide !
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Deux jours après leur passage convaincant au Zénith, les New-Yorkais d'Interpol était en transhumance au Forest National de Bruxelles, l'une des plus grandes salles belges (entre le Zénith et Bercy), bourrée à craquer pour accueillir les jeunes prodiges et leur album Our Love to Admire. Précédés des peut-être surcôtés Blonde Redhead dont la prestation aura pâti d'une sonorisation médiocre, les 4 membres historiques d'Interpol et leur nouveau clavier ont emballé un set plus que sérieux et inspiré, mettant de leur côté un public conquis bien qu'assez peu remuant en dehors des "PDA" et "Slow Hands" d'usage. Si la qualité de leurs albums studio va decrescendo (on est en droit de préférer le 1er au 2ème et le 2ème au 3ème), les prestations du groupe sont en revanche meilleures avec le temps, laissant plus de place à de légères variations qui, si elles ne peuvent pas encore être assimilées à des improvisations, suffisent à donner un peu de vie à l'ensemble. Quelques mots entre les titres, un salut en français, un merci et, par exemple, une splendide intro instrumentale qui amène, lors du premier rappel, "PDA" et qui sont autant de preuves que les Interpol se sentent à l'aise et s'affranchissent (légèrement) du modèle ultraprofessionnel de leurs premières tournées. Sur scène, la voix de Paul Banks semble avoir encore gagné en puissance et s'affiche comme un double sonore aussi inquiétant, maniable et gracieux que celle de Ian Curtis. Le principal atout d'Interpol, mis en valeur par les dernières compositions ("Rest My Chemistry", longuet mais joliment interprété, "Pioneer to The Falls" très bon), est plus hallucinant que jamais. Banks s'époumone sans ouvrir la bouche, monte en volume et module sans donner l'impression de fournir le moindre effort, réussissant le prodige d'emplir de ses menaces et de ses plaintes une arène de quasiment 10 000 personnes par dessus des guitares tapageuses. Daniel Kessler assure, derrière l'élégance de ses comparses, un spectacle assez dérangeant et ridicule de danse vaudevillesque, fendant la scène d'un pas qui rappelle celui de Bourvil. Carlos baisse les épaules à la basse et enquille cigarette sur cigarillos. Le batteur Fogarino, qu'on dit le véritable leader du groupe (car le plus âgé) réunit de temps à autre ses troupes autour de sa caisse pour un briefing d'équipe de rugby. En milieu de set, le groupe place un "The Lighthouse" expérimental qui n'a malheureusement pas, dans cette salle immense, la récompense à l'applaudimètre et la poésie escomptées. Le moment même décevant reste impressionnant de cohésion et de mélancolie. "Heinrich Manoeuver" fonctionne bien mais ce sont les titres les plus connus du 2ème album qui recueillent le plus de succès : "Evil" et "Slow Hands" en tête, signent que les kids (trentenaires pour la plupart) ont vraiment mordu à l'hameçon à ce moment-là. Sur le plan musical, on continue de chérir particulièrement les morceaux de Turn On the Bright Lights qui trouvent sur scène une énergie et une densité extraordinaires : "PDA", "Obstacle 1", "NYC" et "Stella Was A Diver" (en rappel) figurent parmi les meilleures chansons indie rock de ces 5 dernières années. Le nombre des titres joués tirés de l'album de 2002 ne laisse pas dupe et laisse à penser que le groupe sait déjà (sans se l'avouer) que le meilleur est... derrière lui. Arc-boutés sur un son cold wave qui rappelle les belles années de Cure, les Interpol dégagent alors une vraie force collective qui ne s'assied jamais sur les mélodies. Le "romantisme noir" du groupe, au bruit clair comme de l'eau de roche, fait fondre les Belges comme des gauffres. "Leif Erikson" et "The Specialist" (mes deux titres préférés) manquent à l'appel des 1h45 de concert (Interpol rajoute un second rappel) mais je me console en rêvant du quatuor en groupe de vieux briscards à la Cure, jouant d'ici 10 ou 15 ans des sets de 2h30 et leur premier album dans l'ordre comme s'ils y croyaient encore. Le gros Robert est annoncé au Forest National pour février ou mars 2008 et les spectateurs promettent de s'y retrouver. D'une grosse machine splendide et sans âme, le groupe a grandi pour proposer un spectacle sans sueur mais globalement émouvant et ultrasolide. On peut dire de la musique et du style du groupe qu'ils appartiennent au passé et non à l'avenir du rock; mais de ce passé, on ne se fatiguera pas de si-tôt.
Katerine part en live, vous aussi ! Deux ans de tournée, deux années à s'exhiber en col roulé rose pâle, deux ans de "Et je coupe le son, et je remets le son". Fatigué, certainement, Katerine met fin à cette série de concerts qui l'a emmenée partout en France de 2006 à 2007 en sortant Border Live + Studio Live. Studio Live c'est un peu un faux live ! Même si le nom comporte le mot "studio" on s'attendait, au moins moi, à un live, un vrai, avec clap, clap et pains à la guitare ! Studio Live c'est au final une session enregistrée en studio mais dans les conditions du live, le CD reprenant les titres de l'album "Robots après tout".Le DVD, lui, contient un doc de 90 min que Gaetan Chataigner a réalisé durant la tournée (21 titres), des clips extraits de "Robots après tout" et des clips des personnages que Katerine a inventé, Boulette et Le Général Fifrelin. A cette occasion, le site Borderlive organise un concours de réalisation de clips... ...De notre côté, on organise aussi un concours pour gagner des CD/DVD. La vidéo illégale de Britney SpearsPlus de trois ans après, le clip de "Do Something" par Britney Spears est enfin interdit en France. Ce n'est même pas parce qu'il s'agit d'une des pires choses qu'elle ai jamais faite (elle a réalisé elle-même le clip et, à l'instar de Justin Timberlake, plus Britney touche à ses chansons, moins elles sont bonnes). Ce n'est pourtant même pas pour ça qu'elle est interdite mais parce que chez Louis Vuitton on n'a pas apprécié l'utilisation du célèbre motif "LV" sur la boîte à gants de Britney qu'on voit à peu près UNE SECONDE sur UN PLAN dans le clip. OK, c'est de très mauvais goût et s'il y avait eu "2goldfish" d'écrit sur cette boîte à gants, je ne l'aurais peut-être pas apprecié... Pourquoi cependant se fatiguer à obtenir l'interdiction de diffusion d'un clip que tout le monde avait oublié (sauf moi, je ne l'avais jamais vu avant aujourd'hui) ? Louis V, avec tous ces rappeurs qui te name-checkent constamment, je croyais que t'étais cool, moi. Albums Cultes des Géants du Normal #2 : Marit Larsen - Under The Surface
Si on va faire un tour sur Wikipedia, on apprend qu'elle a fait partie d'un horrible duo de teen-pop au début du siècle, M2M dont les titres de gloire sont une apparition dans un épisode de Dawson (la saison 5 en plus, quand ils sont à la fac) et sur la BO américaine de Pokémon, le film. Tout ça c'est vrai, malheureusement. La jeune femme a beau avoir publiquement renié son ancien groupe, son travail solo n'a pas l'air tellement plus brillant, de loin. L'album s'appelle Under The Surface et je vous inviterais bien à regarder sous la surface mais... il n'y a pas grand chose à y trouver. Marit Larsen fait de la pop légèrement folk, elle écrit des chansons sur sa vie amoureuse et les enregistre avec un peu de piano, de guitare (acoustique hein, attention) et rajoute quelques violons, harmonica ou trompette dessus. Pour expliquer en quoi ce disque est brillant, on pourrait en faire un peu trop à propos de l'instrumentation et des arrangements, faire croire que les envolées de cordes sur la chanson titre relèvent de l'excentricité symphonique ou bien que le banjo sur "Only A Fool" évoque Sufjan Stevens ou Neil Young. La verité est que bien qu'elle change un peu de l'aridité de la pop adulte la plus standardisée, Marit Larsen n'invente rien, tout juste fait-elle preuve de personnalité. C'est déjà pas mal si on l'imagine sur RTL 2 mais ça ne nous suffira pas à nous, auditeurs exigeants. On peut plutôt considérer Larsen comme une traditionaliste de la pop scandinave, dans la lignée d'ABBA. Ce qu'il y a de vraiment exceptionnel chez elle, en fait, c'est le talent avec lequel elle fait vivre cette pop ancestrale, comment chaque inflexion de sa voix exprime avec une puissance, une clarté et une justesse les sentiments soit disant simples que ses consoeurs cherchent en vain à communiquer. Chacune de ses compositions s'impose avec l'évidence d'un vieux tube qu'on aurait toujours connu sans jamais l'avoir entendu. Si la trompette qui clôt "The Sinking Game" n'est pas la première à nous faire ce coup-là, dieu qu'elle est bien amenée ! On peut regarder un film pour le suspense, pour le "twist" inattendu et inédit... mais non seulement on sera déçu neuf fois sur dix, mais on ne pourra le regarder ainsi qu'une fois. Under The Surface est un album qu'on n'écoute jamais pour la première fois, c'est plutôt comme un vieux film qu'on aurait à demi-oublié et dont on savoure les surprises au moins autant que les passages attendus. Un petit chef d'oeuvre qui laisse espérer les plus grandes choses de la part de celle qui pourrait bien être une nouvelle Fiona Apple, en plus heureuse et équilibrée (et, par conséquent, plus productive, on peut l'espérer).
Marit Larsen - Under The Surface (EMI - 2006, disponible uniquement en import) Deezer : Selection Winter / Fall 2007 - 2008Alternative sympa à la goinfrerie généralisée du P2P (la plupart des usagers n'écoutent pas 10% de ce qu'il download) Deezer (ex-blogmusik.net) propose un lecteur flash capable de générer des playlist. Ce sont les utilisateurs eux-même qui alimentent le site mais dans une parfaite légalité puisque les ayants droits sont rémunérés au forfait à la Sacem par les recettes publicitaires du site. Vous pouvez ainsi écouter de la musique toute la journée (pas sur votre ipod par contre, sauf en l'achetant au morceau) et créer votre propre jukebox gratuitement. Evidemment, réouvert depuis avril pour des raisons légales, l'aventure Deezer ne fait que commencer et le choix est encore restreint, mais vous pouvez vous inscrire et participer. Alimenter Deezer pour le bien de la communauté. En attendant, voici ma playlist du week-end. Bonne écoute. Rapport Olivennes : la tôlée de la "réponse graduée"
En PDF : télécharger le texte du rapport Olivennes. Avant de parler du contenu (et surtout du vide) du rapport remis par la mission Olivennes à notre über-Président, je voudrais vous faire un petit rappel des principes du libéralisme économique de base : les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre se rencontrent sur un marché et discutent ensemble des modalités de l'échange (traditionellement ça donnait : "OK, j'te prends ton album de Linkin Park plein de fillers si ça me revient moins cher que trois CD singles avec les seules chansons qui m'intéressent"), l'Etat n'intervenant qu'un minimum pour empêcher les gens de se taper dessus. Nicolas Sarkozy a commandé un rapport sur la lutte contre le téléchargement illégal à Denis Olivennes, patron de la FNAC, et a décidé d'adopter les mesures qu'il propose en accord avec les maisons de disques, les fournisseurs d'accès internet et la SACEM. Hmmm, c'est moi ou on a oublié de demander l'avis de quelqu'un dans cette histoire ? Le consommateur, bien sûr ! Ah, et les artistes aussi, tout du moins une bonne part d'entre eux qui ne se sent pas vraiment représentée par la SACEM.
Le rapport lui-même a été rendu public ce matin mais la principale mesure était connue : la création d'une "haute autorité" qui inspectera les transferts de données des plus gros utilisateurs de bande passante à la recherche de téléchargements illégaux auquel cas viendra une "réponse graduée" (vous savez, comme celle que le conseil constitutionnel a virée du DADVSI) allant d'un simple avertissement à la résiliation de votre abonnement internet. Non seulement c'est donner à une administration le pouvoir d'un juge (le conseil constitutionnel risque de sourciller) mais ces mesures s'ajoutent aux précédentes ce qui pourrait donner des situations ubuesques où, si vous êtes pris en flagrant délit de téléchargement, on vous condamnera à trois ans de prison, trois cent mille euros d'amendes ET on vous enverra un mail d'avertissement pour vous dire que si vous recommencez, votre connection pourrait être suspendue. C'est disuasif, faut le reconnaître. Répression sans contrepartie
En "échange" de cette inefficace mesurette (les logiciels de peer-to-peer se mettent au cryptage et comme d'habitude, ce sont les petits poissons, ceux qui ne sont au courant de rien et téléchargent avec des logiciels démodés qui risquent d'être victme des sanctions) la commission a parlé à nouveau d'interopérabilité parce que ça fait bien dans le reportage de France 3 (mais personne ne s'engage réellement à rien, bien sûr) et obtenu un seul engagement concret : les films seront disponibles en DVD et VOD six mois après leur sortie en salle. Ca reste beaucoup quand on sait qu'ils restent en moyenne trois semaines à l'affiche et surtout ça ne fait qu'un mois et demi de moins qu'avant. A côté de ça, rien sur la baisse des prix du numérique ou une hausse de la qualité, aucune mesure pour la rénumération des artistes... bref, rien pour encourager le téléchargement légal. Evidemment : Mr Olivennes est PDG de la FNAC, pas d'iTunes.
Ces propositions de la mission, qui devraient être directement incorporées dans une proposition de loi au printemps prochain, n'apportent finalement pas grand chose de nouveau. La loi DADVSI prévoyait en effet qu'une évaluation de son efficacité soit faite un an après le début de son application. L'évaluation n'a jamais été faite. On pourrait croire qu'une nouvelle loi sur le sujet serait une sorte d'aveu d'échec... sauf qu'elle continue exactement dans la même direction. Alors, en attendant le printemps vous pouvez y aller, lancer des pétitions, écrire à votre député, manifester même... mais rassurez-vous, on ne vous écoutera pas. Steve Vai joue de la triple guitare !Go Steve, Go ! Le Shredding, c'est trop mon nouveau kif. Jetez donc aussi un oeil à Slash et Santana qui shreddent avec tous leurs amis. (merci à Jeph Jacques) Usher - Dat Girl Right There : RnB décadent
Rien de bien inhabituel dans les paroles : Usher voit une fille dans un club, passe en mode prédateur et lui explique qu'elle et la seule pour lui etc... Ludacris joue le rôle du pote resté au comptoir et qui commente, romantique, "Peu chère, celle là elle va se faire ramoner la cheminée ce soir". L'important bien sûr, ce n'est pas l'histoire mais comment elle est racontée et c'est le producteur Rich Harrison qui s'en charge. On savait qu'il était talentueux depuis "Crazy In Love", on avait découvert qu'il était bien plus malin encore avec "1Thing" et sur ce nouveau morceau il a l'air d'avoir décidé de nous montrer qu'il est aussi complétement dingue. Ca commence avec un gros synthé qui joue le rôle de la pulsion érotique primale ascendante. Mixé bien au dessous de tout le reste il tient lieu de basse mais la boucle monte aussi dans les aigües avec un son comparable à deux ballons de baudruches frottés l'un contre l'autre. Ce son est si choquant et dominant qu'on n'entend que lui pendant toute la chanson lors des premières écoutes (un peu comme avec "Yeah", souvenons-nous).
"Dat Girl..." c'est le son de types qui ont vendu suffisamment de disques pour s'enfiler tout ce qu'ils veulent dans le nez, le genre de pervers qui s'amuse à faire fumer des crapauds et à qui on laisse les clés du studio. Un morceau admirable, vraiment. David Hasselhoff vs. Boards Of CanadaAttention, cette vidéo fait froid dans le dos, vous grille quelques dizaines de neurones et vous pousse un pas plus près de l'aliénation totale et définitve. Dis comme ça ça peut paraître mauvais et ça l'est certainement un peu mais quand le monde moderne vous a transformé en un être froid, sans coeur, misanthrope et paranoïaque et que vous êtes trop chochotte pour vous mettre au crack, vous prenez votre plaisir comme vous pouvez. Cette chose est un mashup vidéo et audio de David Hasselhoff et Boards Of Canada réalisé par un certain WashingtonBeUpInThis. La simple réalité de The Hoff' chantant du Roy Orbison est déjà suffisamment horrible en elle-même mais mariée avec l'electronica des mystérieux écossais, on atteint des sommets de perversion. Pole : Steingarten reloaded
D'emblée, on est séduit par la relecture d"Achterbahn remix" par le prince du dark dubstep Shackleton. Un morceau sombre, entêtant et hypnotique sur lequel on revient continuellement sans se lasser. Si les meilleures relectures, comme le "Sylvenstein" de Deadbeat dont le remix polyrythmique est un des grands moments du disque, ou le ragga dancehall obsédant du Canadien Ghislain Poirier sur "Winkelstreben", sont signées par des artistes proches du son dub abstrait de Stefan Betke, d'autres personnalités tirent remarquablement bien leur épingle du jeu. C'est le cas du producteur Colin de la Plante, plus connu sous le nom de The Mole, qui balance "Pferd" sur le dancefloor et revisite le track façon clubbing underground inspiré. Inspirée, Gudrun Gut la patronne du label electronica et electropop Monika Ent, l'est également, elle qui reprend admirablement "Mädchen" en y ajoutant des vocaux de son cru. De son côté Mike Huckaby déshabille "Düsseldorf" et produit une track minimaliste en forme de clin d'œil aux productions Basic Channel/Chain Reaction auxquelles on a souvent rapproché Betke, tandis que le boss de Perlon, Dimbiman, assèche radicalement "Achterbahn", le transformant en une déambulation electro funk à mille lieux de la vision dark ambiant dub de Shackleton. On le sait, l'exercice du remix peut souvent s'avérer lassant, pourtant ce Steingarten Remixes est globalement une réussite. Peut-être même l'un des meilleurs album electro dub de l'année aux côtés du Untrue de Burial, et certainement beaucoup plus marquant que l'original.
Pole - Steingarten Remixes (~Scape/La Baleine)
Moins d'artistes, plus de profits
Les patrons des radios ont déclaré que cette augmentation des tarifs les pousserait à diffuser moins de musique. Axel Duroux de RTL a menacé de remplacer l'émission musicale de la nuit de George Lang par des rediffusions des Grosses Têtes. Pierre Bélanger, patron de Skyrock, déclare : "Les radios portent le risque, la diversité et la découverte. Vouloir les taxer est donc ahurissant et sucidaire". Là on commence à rigoler. Il suffit d'écouter un petit peu ces radios pour savoir que leur direction se fout bien de nous faire découvrir de la musique. Les mêmes morceaux des mêmes artistes sont diffusés en rotation ultra-lourde sur toutes les plus grosses radios et il y a fort à parier qu'une réduction du temps d'antenne consacré à la musique ne se traduirait pas par moins du dernier Pascal Obispo mais plutôt encore moins d'artistes et de morceaux différents. Le pire ? C'est peut-être bien ce que les maisons de disque souhaitent.
Ces contrats ont deux conséquences négatives prévisibles. La première c'est que les maisons de disques, puisqu'elles investiront plus dans chaque artiste, devront nécessairement réduire le nombre d'artistes signés. Je veux dire : les réduire encore plus qu'elle ne l'ont déjà fait ces dernières années. La seconde, c'est qu'elles pourraient mettre en oeuvre un système de bakchich similaire à celui qui leur permet de vérrouiller l'accès aux radios FM pour vérrouiller de même l'accès aux salles de concerts (comme si la situation n'était pas déjà suffisamment sombre comme ça). On ne pourra en tout cas plus dire que la seule réaction des majors aux nouvelles technologies, c'est de faire des procès à ses clients. Youpi. Albums cultes des géants du bizarre #25 : Scorn - Gyral
Aujourd'hui parlons de Gyral, troisième opus de Scorn, qui est peut-être celui qui relie le plus Harris à la forme de drum'n'bass ralentie matinée de dub qui nous intéresse. Resituons d'abord ce monolithe dans le contexte. Nous sommes en 1995 et le dub est omniprésent. De Kingston, sa ville natale à Munich (Kruder & Dorfmeister), en passant par Washington (Thievery Corporation) ou Berlin (Pole, Mille Plateaux, Chain Reaction, Basic Channel) sans oublier Lyon (Jarring Effect et tout sa crew), les échos enfumés de cette musique fantômatique font vibrer tous les floors de la planète. Le drum'n'bass se porte également très bien, il a même pignon sur rue (ce qui n'est plus le cas aujourd'hui). Avec Scorn, Mike Harris se place en héritier de la fusion ambiant, musique électronique, dub et musique industrielle initiée par Bill Laswell, John Zorn ou Kevin Martin. Plus subtilement il fait directement partie de ces pionniers puisqu'il entame son projet Scornien avec Vea Solis aux côtés de Nic Bullen (fondateur de Napalm Death) en 1992. Mais c'est avec Colossus et Evanescence qu'il trouve réellement sa voie, abandonnant progressivement l'industrial music lourde et saturée pour une forme de trip hop ambiant sombre et pesant.
Avec Gyral, Harris passe une frontière. Il est attentif aux échos de la drum'n'bass en temps que genre dominant de l'époque (au milieu des années 90, qu'il s'agisse du post-rock, du trip hop, de l'electronica ou du jazz, tous font au moins une fois l'expérience de cette musique) et tente lui aussi l'hybridation avec le dub tout en gardant ses sons hypnotiques d'une profondeur inouïe. La lenteur de ses break beats et le ronronnement surpuissant de ses basses font de Gyral un album pionnier en matière de dubstep. C'est particulièrement évident sur des morceaux comme "Six Hours One Week", "Far in Out" ou la jungle au ralenti de "Hush", quand celui-ci s'accompagne de gazouillements électroniques et de notes de piano éparses ("Stairway") qui viennent animer ses rythmes tourbillonnants, répétitifs et syncopés. Enfin, comment ne pas penser à Memories of The Future des tenants du dubstep actuel, Kode 9 and Spaceape, à l'écoute du complexe et subtil "Trondheim - Gävle", un must d'hypnose qui relie d'un coup le Consumed de Plastikman et l'electrodub minimaliste des productions de Chain Reaction avec la drum'n'bass mécanique et futuriste du label Metalheadz de Goldie. Une fusion que Mike Harris continuera d'explorer avec Logghi Barogghi en 96 puis avec Zander, en 97. Assurément culte et bizarre dans sa volonté de mixer des cultures antagonistes (le dub et la musique industrielle, mais aussi le hip hop et la jungle/drum'n'bass) Gyral est de ces albums intense et novateur qui marque leur époque d'une manière indélébile.
Scorn - Gyral (Scorn Recordings/Hearache) http://www.mickharris.net/ & http://www.myspace.com/mjhscorn Etienne Daho : l'invitation à régresser Il y a les anti, les pro-Daho et ceux qui ne savent pas trop quoi en penser. Pour les premiers, Etienne Daho, malgré sa longévité et l'évidence de quelques tubes bien placés, est tout sauf un artiste intéressant : une inspiration pop qui n'arrive pas à la cheville de ses modèles britanniques malgré des goûts assurés (My Bloody Valentine entre autres) rabâchés au fil des interviews, une voix qui ne mérite pas d'être gravée sur CD et des textes inégaux. Pour les pro, Daho est ce que la chanson française a fait de mieux avec Bashung depuis des décennies. Daho serait le seul représentant français d'une pop...anglaise, déterminée, classieuse et qui ne sombre pas dans le plagiat. Pour les troisièmes (ceux qui s'en foutent), Daho est anecdotique, n'existe pas mais bénéficie d'un capital sympathie qui lui épargne les critiques et les moqueries habituellement réservées aux artistes français. Il faut dire que le bonhomme a de beaux états de service et depuis son Mythomane de 1981, quelques décennies de succès à opposer à la populace. L'L' Invitation, son neuvième ou dixième album studio, devrait satisfaire les 3 catégories pré-citées et ne pas faire bouger les uns et les autres sur leurs positions : l'invitation est un album d'Etienne Daho, beau pour son âge et son genre, mais pas forcément surprenant et irréprochable. Peu mélodique mais très musical, le disque fait penser sur ses ambitions au Vauxhall And I de Morrissey (en moins bien), beaucoup de mélancolie, peu de... notes et une manière feutrée et ouatée d'habiller les titres. Daho n'a jamais été réputé pour sa violence musicale et semble grandir avec cette idée de trouver la paix et gagner l'apaisement. Cela donne un album étrange qu'on peut trouver somptueux et plein d'élégance, mélancolique et sublime ou alors dépouillé et ennuyeux, peu inspiré et morne. A vrai dire, la vérité sort toujours du titre à titre et le bilan d'une écoute approfondie est plutôt en demie-teinte. L'Invitation souffre de deux tics principaux. Le premier concerne les mélodies abandonnées trop souvent au profit d'aplats répétitifs qui "symbolisent" le temps qui passe et la morne plaine du désamour. Le titre éponyme se développe autour de quelques phrases rappelées ad lib sur un faux rythme bashungien mais sans grand souffle. On peut dire la même chose de "La Vie Continuera" et de "Cap Falcon", dont le dépouillement cache-misère parvient toutefois à produire au bout de 5 minutes en apesanteur une ambiance onirique. A chaque fois, les morceaux déroulent sur quelques accords avant de s'élever en fin de morceau sur une "originalité", un final enlevé sur "La Vie Continuera", un éclairage nouveau sur "Les Fleurs de l'Interdit", ou un rattrapage de dernière minute sur le très moyen "Cet Air Etrange". L'autre tic de composition qui tire l'Invitation vers le bas est cette sorte de syndrome MC Solaar qu'on avait isolé dernièrement et qui consiste, en matière de textes, à reprendre sans fin les mêmes 2 ou 3 vers sur 4 ou 5 minutes. Cela fonctionne plutôt bien parfois ("Toi. Jamais. Toujours", au son plus dur et colérique) mais souvent ça tourne court lorsque les 2 ou 3 vers en question ne sont pas à la hauteur : "que tous les autres sont vraiment trop cons, et vraiment pourris. Chienne de vie !" sur "Cet Air Etrange" ou les rimes laborieuses d'un "Obsession" désinvolte ("la parure du souvenir viendra tout embellir."). Sur ces quelques titres, le travail de production savoureux n'en arrive pas moins à créer une ambiance décontractée et lascive qui reste la marque de fabrique de l'ancien Rennais et qui rend sa compagnie agréable. Malgré ses défauts, Daho réussit par moment à hausser le niveau et à aligner quelques titres épatants. "Boulevard des Capucines" (6ème titre) dont on a pas mal parlé (Daho y raconte du point de vue de celui-ci la rencontre avec son père un soir d'Olympia) est le premier morceau qui bénéficie d'un vrai texte. L'autobiographie est simple et basée sur les fantasmes du chanteur : la starification, l'idole, le devenir pop star, la filiation. La description de son propre show est émouvante et donne l'impression que Daho pose sa carrière sur la table :"J'observe lorsque tu chantes, que brillent les yeux des filles." L'Invitation ne serait rien sans deux titres somptueux : "Sur la terre comme au ciel", à la mélodie répétitive mais obstinée, qui sonne comme un nouvel hommage de Daho à ses racines anglaises. Elégance. Equilibre, tout y est. Jusqu'à ce refrain "je suis libre comme l'air" qui donne envie de s'envoler avec lui. L'album réussira à faire une seule fois mieux que ce titre-là sur "Un Merveilleux Eté", sans conteste le meilleur morceau du tout. Le titre est une vraie chanson... chantée sur l'amour et la séparation, un thème qui réussit bien à Daho et qui nous rajeunit le bonhomme de trente ans. On trouve sur ce titre la moelle de l'auteur, celle d'un homme de 51 ans maintenant qui n'a jamais cessé d'être cet amateur de pop enfermé dans sa chambre d'ado. Sur ce merveilleux été, ça donne ça : "tu pleures en secret toutes les larmes de ton corps, comme si j'étais mort.". C'est beau, pur comme le verre et ça tutoie le sacré à grands renforts de cordes pincées et caressées. L'Invitation laisse au final une impression mitigée, celle d'avoir traversé l'album en somnanbule parfois, de n'avoir été surpris ou épaté que rarement, mais aussi d'avoir vieilli avec Daho, d'avoir partagé avec lui un bout de chemin entre averses et éclaircies. La conclusion est un peu convenue mais, par les temps qui courent, on a pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent. Daho n'est jamais meilleur que lorsqu'il arrive à nous faire régresser jusqu'au temps où nous étions jeunes et n'avions pas à porter ce fardeau d'une demie-vie passée à faire n'importe quoi. L'Invitation n'est pas un album mémorable mais un album qui fait passer le temps... en l'arrêtant. Ce n'est pas une petite prouesse.
Burial : Le groove funèbre relève la tête
Au milieu se trouve Burial, producteur emblématique et occulte, dont l'art est certainement celui qui ouvrira toute grande les portes du succès au dubstep, qu'il le veuille ou non (le genre et ses acteurs étant obsédés par l'anonymat et la discrétion). Si son précédent album affichait une mine bien plus sombre et était presque entièrement instrumental (excepté sur le groove De Profundis de "Spaceape" scandé par le MC du même nom et quelques vocaux samplés), Untrue affiche d'office des couleurs un peu plus gais. Oh, ce n'est pas encore la Jamaïque hein, nous sommes toujours en pleine grisaille londonienne, mais on va dire qu'une faible lueur brille au bout du tunnel. La profondeur des arrangements spatiaux de son producteur est constamment contrebalancée par les mélodies hantées des vocaux féminins omniprésents. C'est sur ces climats éthérés emplis de réverbérations et de cliquetis que les ambiances se développent portées par des voix dont il est difficile de deviner les origines. Samplées ou organiques ? Le mystère reste entier, d'autant qu'une audition distraite finit par provoquer le même trouble que provoquait certains enregistrements des Cocteaux Twins, la voix ne faisant plus qu'un avec la musique. Pour faire simple, disons que sur Untrue, les voix sont utilisées comme des instruments à part entière, et c'est tout simplement magnifique. Alors bien sûr, certains regretteront peut-être l'aridité du précédent album, et lui reprocheront peut-être sa facilité. On entre en effet dans ce disque avec plaisir, et l'on en ressort de même, mais les amateurs d'expériences sonores et de voyages aux limites de l'audition se féliciteront d'avoir su trouver le bon chemin, et se donneront certainement corps et âme pour faire partager ce savoir. Avec Untrue, le dubstep devient enfin global !
Ne passez pas à côté du très beau profil d'hyperdub, son label, vous y découvrirez encore des merveilles.
Burial - Untrue (Hyperdub/Differ-Ant) Sexe, drogue et tout sauf rock'n'roll
Les chercheurs ont inclu un intéressant classement par genre : le hip hop arrive largement en tête (77% des chansons parlaient de drogues) suivi par la country (37%) puis le RnB (20%), le rock (14%) et enfin la pop (9%). On n'est même pas choqué de découvrir que le rock est devenu plus politiquement correct que la country. Une étude similaire menée dix ans plus tôt apporte un éclairage intéressant : le rap n'a pas beaucoup bougé (75% à l'époque) mais le rock à chuté (de 20% à l'époque à 14% aujourd'hui) pendant que la country devenait alcoolique (passant de 14% à 37%). Au milieu des années 90, des faux grunges comme Bush, Silverchair, héritiers d'une tradition rock macho, dominaient les charts rock aujourd'hui plus ouverts à des groupes de rock métrosexuels comme Fall Out Boy ou Panic At The Disco! pas vraiment les premiers à chanter les mérites de la drogue et de l'alcool. Ils laissent ça au hip hop. De l'autre côté, la country est passée d'une période où elle faisait profil bas sous l'administration Clinton, trouvant son champion dans le cow-boy sensible Garth Brooks, à une période où elle jouait les fiers à bras sous la seconde présidence Bush mais qui vire doucement à la dépression, les deux étant prétexte à une forte consommation d'alcool (l'unique drogue évoquée par les chansons country selon les études). Crazy Madonna : 37 secondes de vulgarité assuméeMadonna est la reine de la communication. Il est normal dès lors qu'elle s'expose à des satires dont celle-ci à défaut d'être la plus subtile est l'une des plus amusantes. En 37 secondes, cet affreux personnage revisite le clip de "Hung Up", premier single tiré du 10ème album de Madonna, le joli "Confessions on a Dancefloor". Le titre (je me suis documenté) fait aujourd'hui partie des plus grands succès commerciaux de tous les temps, ayant atteint le sommet des hits parades dans 45 pays différents. Le titre se classe 3ème au rang des morceaux les plus vendus de ces dix dernières années, et 43ème meilleure vente dans toute l'histoire de la musique. L'histoire veut que Madonna ait réalisé ces mouvements de contorsionniste à l'arrache, ayant subi un accident important quelques semaines avant. En tout cas, la parodie est bien mieux que la version originale. The Red Krayola with Art & Language : Sha la la contrapuntique Retour aux valeurs traditionnelles de la pop couplet/refrain, Sighs Trapped By Liars est le cadeau d'un radicalisme lumineux de Mayo Thompson de Red Krayola à ses auditeurs, après des années d'activisme expérimental et underground.
Il faut dire que depuis 1966 Mayo Thompson a tâté à presque tout ce qui pouvait se faire, se jouer et s'expérimenter dans le domaine musical. Du rock d'avant garde et du psychédélisme freeform freakout (autrement dit, libre et "barje") de The Parable of Arable Land, un album composé avec l'aide de plus d'une centaine de participants, qui mériterait les honneurs de notre rubrique "culte et bizarre", sous le nom The Red Krayola, au lo-fi, folk, noise, new wave rock et minimalisme. Pionnier proto-punk, Thompson participa également à l'élaboration du concept d'avant-garage cher à Pere Ubu. Pere Ubu qu'il rejoignit au milieu des années 80 apportant son jeu de guitare dissonant, ses melodies aux structures complexes, alors inspirées de la musique arabe et du free rock (principalement sur les albums The Art of Walking et Song of the Bailing Man). On ne compte plus ses nombreuses collaborations (Tortoise, Jim O'Rourke, Gastr Del Sol) ni ses travaux de producteurs pour des groupes cultes aussi variés que Scritti Politti, The Raincoats, Blue Orchids, Cabaret Voltaire, The Fall, les Néo-zélandais de The Chills ou Primal Scream, mais vous trouverez tout ça sur Wikipedia, venons en donc à ce dernier album sur lequel le maître est accompagné du collectif artistique Art & Language.
Dès les premières notes, l'auditeur informé est forcément saisi ! Si, comme l'écrivait notre confrère François Clos, "l'originalité aujourd'hui est d'effectuer un retour radical à la pop et au classicisme", alors Sighs Trapped by Liars est d'une originalité incontestable. L'album affiche en effet un classicisme forcené, tout d'harmonies soft rock, jazz et pop sha la la. Charmé, on suit donc les harmonies vocales de Sandy Yang et Elisa Randazzo, desquelles émergent Thompson et son jeu de guitare si particulier ("Jumping Through The Mirror"), accompagné pour l'occasion (exceptionnelle) par un Jim O'Rourke discret, alignant des lignes de basses synthétiques tintinnabulantes ("Il ne reste qu'à chanter") et égrenant quelques notes d'harmonica, quand il ne joue pas le jeu du backing vocals affable et même charmeur. On retrouve également le leader de Tortoise, John Mc Entire, dont la batterie offbeat et les interventions jazzy donne le ton sur tout l'album. On pense au moments les plus apaisés du Velvet Underground, l'album Loaded ou des morceaux comme "Ocean", à la pop laidback de High Llamas... Mais surtout malgré sa douceur et ses comptines enjôleuses, l'écoute attentive de Sighs Trapped by Liars révèle que l'amour de Mayo Thompson pour les constructions en équilibre et les arrangements étranges est resté intact (écoutez la guitare subtilement "indiannisante" de "Jerry Fodro's Story", les glouglous électroniques de "The Big Vacation" et "Igor Zabel's Song", les dissonances et contrepoints décalés de la plupart des accompagnements, particulièrement sur "Four Stars : The Ideal Crew"). Sighs Trapped by Liars a failli nous tromper, avec l'âge et après une longue carrière, il semblerait simplement que Thompson privilégie la subtilité dans l'expression de son univers baroque et dérangé, sans n'avoir finalement rien perdu de son indépendance et de son anti-conformisme.
The Red Krayola with Art & Language - Sighs Trapped By Liars (Drag City/Discograph) Radiohead joue (plutôt bien) aux SmithsLa proximité d'univers entre Radiohead et les Smiths ne m'avait jamais sauté aux oreilles et aux yeux avant cette saisissante session diffusée récemment sur Youtube. Le groupe de Thom Yorke, comme à l'entraînement, y reprend l'un des chefs d'oeuvre du groupe de Manchester et, le moins que l'on puisse dire est que le résultat est plutôt bon. "The Headmaster Ritual" est la chanson qui ouvre Meat Is Murder, le deuxième album du groupe, sorti en février 1985. C'est une chanson qui, à y réfléchir, correspond bien au personnage de Calimero Rock de Yorke, puisque Morrissey y évoque admirablement ses années d'éducation, entre les brimades des camarades, la peur du sport et surtout la règle qui tape de ces méchants professeurs tortionnaires qui hantaient alors l'éducation. Ce qui frappe dans cette reprise, plus que le choix d'une chanson qui fait partie du patrimoine rock, c'est le mimétisme des approches et la facilité qu'a Radiohead à reproduire un titre à la texture aussi complexe. Greenwood tient sa place et envoie le riff de guitare juste au bon moment et surtout à la bonne vitesse. C'est toute la difficulté du titre qui est aujourd'hui régulièrement ralenti et saboté par le groupe qui accompagne Morrissey et essaie tant bien que mal de reproduire la dynamique du duo Marr/ Rourke. Côté voix, il est amusant de voir que Thom Yorke, pour employer le vocabulaire Star Ac, ne "s'approprie" pas complètement le morceau et singe la mélodie du crooner Morrissey. Le "la la la i lay" qui signe vocalement le morceau n'est ni déformé, ni transformé, juste rendu à l'identique et sans afféterie. Au final, Radiohead, à l'échauffement et pour le fun, réussit ce que Morrissey lui-même ne fait plus à chaque concert : jouer des chansons des Smiths comme elles devraient l'être, soit avec vigueur et cette hargne mélodique qui les caractérisaient il y a 20 ans. Perceval Music : sommeil agité
Et pourtant, "Dormir Sommeil !", second album de Perceval Music se tord bien moins que le chemin qui a mené les chevaliers au Graal. Il est même assez frappant de s'habituer aussi vite à une écriture relativement mouvante, plutôt montagnarde dans ses dynamiques. Ca mollit et repart, comme ces bateaux miniatures dans les bassins des Tuileries, portés par une bourrasque improbable. Les longues préparations au voyage rendent honneur à une batterie finalement libérée ("Vision"), les saxophones rêvassent, les clavecins clavecinnent dans l'ondine troublée d'un mode mineur simple ("Velasquez"). Rapidement, l'érudition s'estompe, certainement grâce à un matériau mélodique réussi et très en avant sur le disque. Le ton peut se durcir, le fil narratif ne se romp pas ("Rituel Rythmique", dans la série "un titre, mais pour quoi faire ? ah oui, il y a des critiques qui aiment nommer les morceaux"). C'est non sans fierté chauvine que l'on associe alors les noms de Berg Sans Nipple, pas si loin dans la rythmique euphorisante de "Brocéliande", Les Clochards Célestes pour cette écriture qui respire et ces éclairs de saxophones, et évidemment Chevreuil... dont on retrouve le guitariste. C'est ensuite avec tristesse que l'on mesure la faible audience rencontrée sur la toile de ce "Dormir Sommeil !" ambitieux (joué live par 2 musiciens !) et réussi jusque dans son kitsch assumé (synthés old school et boucles entêtantes). Mais relevons la tête : le duo est demain en concert au Nouveau Casino en compagnie de Faustine Seilman dont on dit tout le bien qu'on en pense ici et des non moins excellents et speedés Papier Tigre.
Perceval Music - Dormir Sommeil ! (Effervescence, 2007) Rap Graphique![]() ![]() Un petit malin anonyme a créé une page pleine de raps traduits en graphiques. Il y en a approximativement dix mille et c'est beaucoup trop mais l'idée est trop maline pour ne pas faire le tour du web. En plus si vous êtes à moitié inculte dans le domaine, comme moi, il y a des liens vers tous les morceaux sur youtube. Inévitablement, quelqu'un va piquer cette idée et l'appliquer à d'autres genres. Laissez moi essayer d'être le premier :
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Vous avez trouvé ? Kode9 & Spaceape : Bloody Bass Music !J'ai longtemps été un bass addict de la pire espèce, un fan de dub électronique versant dark et indus, un courant représenté par des artistes comme Scorn (qui sort un nouvel album), The Bug (idem), Bill Laswell, Justin K. Broadrick ou les oubliés Sub Dub. Je collectionnais alors les productions de Kevin Martin, les deux volumes de Macrodub Infection, les parutions Illbient d'Asphodel et toutes les sorties du label Wordsound de Brooklyn (et dire que la plupart pensent que le dubstep est né à Londres !) A l'écoute de ses perles de subbasses trafiquées et torturées, il est pourtant évident que le genre est né avec Scorn (à Birmingham donc !) et qu'il ne date pas d'hier. Cela n'enlève rien cependant, au plaisir de découvrir tous ces jeunes groupes dubstep qui reprennent allègrement le flambeau de leurs aînés dans les rues de L'East London. Cela pour vous annoncer une grande semaine dub et dubstep donc, avec des chroniques du dernier Burial (une magnifique surprise, vous allez voir !), la double compilation des singles du label Souljazz, le volume 2 de la collection Boxe of Dub avec Skream, Kode 9, Digital Mystikz, Ramadanman, Cotti & more et l'énorme (New) Dub Excursion drivée de main de maître par le boss de Sounds Around. En attendant, et pour vous mettre dans l'ambiance (hum), "dégustez" ce clip magnifique (mais traumatisant) du "9 Samurai" de Kode9 and Spaceape. Attention, âmes sensibles s'abstenir, couchez les enfants...
Le groove tentaculaire de Luciano & Cadenza
Ainsi, Cadenza Contemporary 01 fourmille de découvertes et de surprises, incarnées par les producteurs directement importés de Bucarest que sont Rhadoo et Petre Inspirescu, dit "Pedro", deux prodiges roumains à qui l'on doit les meilleurs moments du premier CD, comme le spot pour subwoofers "Woa Ovuls", ou le tourneboulant "Racakadoom" et la montée ascensionnelle intergalactique de "Galantar". Sur Contemporary 01, ceux qui connaissent le label reconnaîtront immédiatement la house très deeeeep et toute en finesse des productions Cadenza. Les autres découvriront un son minimal mais toujours organique et subtilement hypnotique ("Amplified" d'Argenis Brito, "Honolulu" de Digitaline), avec une propension à cultiver les basses rondes et dubby ("L Delay" de Audomat 3000 & Jan). Une musique naturellement enfumée, aux structures souples et aux géométries variables. Parfaitement addictive (à ce propos, matez attentivement la pochette), cette sélection mixée par le boss himself vous laisse immanquablement béat et ravi, le nez en l'air noyé sous un déluge de percussions, un sourire idiot aux coins des lèvres ("Honolulu" Digitaline & Luciano mix). Côté, Cadenza Classics, on retrouve les arrangements innovants et les séquences polyrythmiques virtuoses qui font la réputation du label depuis 5 ans. Luciano réunit sur la même galette le "hit", "Orange Mistake" où il s'accompagne de Quenum, le soyeux "Amael" avec Pier Bucci, la randonnée groove de plus de 12 minutes de "Funk Excursion" par Luciano & Serafin et nous achèves avec l'énorme "Bomberos" (qui porte bien son nom, une bombe pour dancefloor terrassante) qui nous laisse sur les genoux. La feuille d'info parle de groove flexible et instable, on ne pouvait pas dire mieux !
Luciano - Cadenza Contemporary 01/Cadenza Classics (Cadenza/Nocturne) La Chute de Venetian SnaresLe Docteur C, auteur de renom, nous a fait la grâce d'une analyse du dernier Venetian Snares, champions de la drum'n'bass extrême et de la lutte contre Rondo Veneziano. Vous aussi, comme lui, vous pouvez nous proposer un billet. --------------------------------
Plus tard "Integraation" commence comme un quatuor à cordes désespérant dans lequel l'Amen Break particulièrement bien séquencé s'introduit avec le plus de légèreté possible, se fait même pizzicato avec quelques violons avant une magnifique envolée quasi-symphonique. A la moitié du titre, l'Amen Break se fait plus agressif et une basse saturée enragée va boucler et sursaturer l'espace sonore jusqu'à la destruction totale. Une merveilleuse métaphore de la rage de l'impuissance. Second meilleur titre de l'album, "My Half" mêle ambition symphonique, instruments rocks - guitare wah wah - et rythmiques endiablées. Le morceau frôle la destructuration, mais retombe toujours sur ses pieds mélodiques particulièrement solides. Le disque est parcouru par une série de quatuor à cordes "Hollò Utca" (2, 3, 4 et 5) tristes comme un Chostakovitch et s'achève presque avec le terrible "If I Could Say I Love You", au choeur d'enfants poignant et au violon synthétique au bord du dégoulinant. C'est le plus triste et le plus beau morceau jamais produit entièrement par ordinateur. L'album s'échoue comme il devait s'échouer sur une mélodie disharmonique au piano solo accompagné d'un vague instrument à vent. My Downfall est à mon sens parmi les albums les plus brillants de Venetian Snares. En tout cas c'est de loin le plus atypique, car le travail de composition et de programmation qu'il représente est terrifiant, fou, impossible. C'est sans doute ce qui fait qu'Aaron Funk surpasse tous ses prédécesseurs en musique électronique contemporaine. Sa musique dépasse l'entendement. On peut apprécier ou pas le talent d'un créateur, on ne peut que constater un génie. Albums cultes des géants du bizarre #24 : Pylon - Gyrate (Plus)
Avec Gyrate Plus, Pylon réussit l'exploit de vous faire effectuer les contorsions les plus sauvages tout en restant parfaitement rigide ! La dance du zombie quoi ! C'est la quintessence du disco punk américain, à la fois dansante et désossée, tel qu'entendue chez les tenants de la no wave new yorkaise, comme James Chance, DNA ou Bush Tetras, et dont le slogan pourrait clairement être : "Contort Yourself !". On peut aussi oser une autre comparaison en déclarant que, tout en cultivant le même sens du rythme monolithique et en jouant dans la même cour, celle du punk funk, Pylon c'est un peu ESG à l'os, sans les rondeurs et sans la soul. Deux groupes exécutant le même genre de musique à la fois funky et janséniste, mais dont les origines diamétralement opposées aboutissent au final à un résultat aussi totalement différent qu'étonnamment proche. C'est ce que j'appelle le paradoxe du funk blanc. Sur Gyrate Plus, le combo interprète donc une forme parfaitement froide et minimaliste du funk, mais il l'exécute avec une frénésie communicative et jouissive. Un peu à la manière de Talking Heads période Stop Making Sens, sans les apports ethniques "kora, sanza, balafon et blablabla" ! Musicalement on pense aussi au Wire de Colin Newman, si les Anglais avaient jamais su (et surtout voulu !) nous faire danser, ou encore à une troupe de robots répétant les tubes de Gang Of Four. Soutenu par la voix de félin famélique de Vanessa Briscoe Hay qui nous déchire littéralement le cœur sur "Feast on My Heart", Pylon balance ses bombes dancefloor disco punk avant l'heure, avec une telle facilité qu'on finit par se dire qu'il y a des chances pour que ce soit eux qui aient inventé le genre ! Leur musique aussi répétitive et saccadée soit-elle ("Cool", "Volume") n'en est pas moins rageuse et engagée (écoutez "Human Body", "Driving School" ou "Read A Book" !). Le groupe pond aussi de véritableS tubes en puissance, comme l'hypnotique "Dub", ou "Danger", le morceau que LCD Soundsystem aurait rêvé signer, et c'est ce qu'il a fait en quelque sorte puisque grâce à cette magnifique réédition tout le monde va pouvoir écouter Pylon. Loué soit DFA et son saint patron (on ne le dira jamais assez !)
Une fois n'est pas coutume, de nombreux morceaux (dont les excellents "Cool", "Stop it", "Volume" et "Danger 2", la version dub de "Danger", sont disponible à l'écoute sur leur profil myspace. PYLON - Gyrate Plus (DFA/Differt-Ant) Ian Svenonius présente... le meilleur show indie du monde Ian Svenonius est un type formidable. Non content d'être le meilleur showman rock du monde (si,si,...) et le leader d'un groupe qui sait ce que le mot "frisson" veut dire, les admirables et funky Weird War, Ian Svenonius écrit des livres super-balèzes (l'excellent The Psychic Soviet, dont on a déjà parlé), des articles de presse pertinents et présente, depuis quelques mois, une émission de télé en ligne en passe de devenir la référence indie télévisuelle... mondiale. Soft Focus, le nom de cette émission, dont on peut retrouver la plupart des shows ici http://www.vbs.tv/softfocus, vaut tant pour les qualités d'intervieweur de Svenonius (c'est en anglais évidemment) que pour la qualité de ses invités. Svenonius a été le premier à sortir le scoop des scoops de la bouche de Kevin Shields : My Bloody Valentine se reforme et sortira un album prochainement. Le NME en rêvait depuis des décennies; Svenonius l'a fait. Mark E. Smith dans un fauteuil, Chan Marshall de Catpower en pleine confession ou Will Oldham sous toutes les coutures : c'est ce qu'on peut voir sur ce site tout à fait passionnant. En attendant, vous pouvez toujours écouter un petit Make Up (lancé par Philippe QuelqueChose ?), histoire de remuer les pieds.
Ricardo Villalobos : The Medium is The Message
Lire la suite de la chronique du Fabric 36 de Ricardo Villalobos, sur Fluctuat.net, le mag. Prince n'aime pas ses fans
La semaine dernière il envoyait ses avocats menacer les sites de fans www.housequake.com, www.princefams.com et www.prince.org de poursuite pour violation de copyright, demandant que soit retiré de ces sites toute musique, vidéo, parole de chanson ou image de Prince ou représentant Prince (jusqu'aux photos des tatouages à son efigie que se sont fait faire quelques fans). Non seulement il n'a pas légalement le droit d'obtenir tout ça mais ce qui choque c'est surtout que Prince s'en prenne ainsi à ses propres fans. Les fans, persuadés que le véritable but de Prince était de les faire taire et d'étouffer toute critique, ont créé le site Prince Fans United pour expliquer leur décision. Ils seraient en pourparler avec les avocats de Prince, tout devrait s'arranger selon eux... Sauf que Prince vient de créer le site Prince Fams United (la différence est dans le M) qui consiste en une simple page sur laquelle vous pouvez écouter le morceau "PFUnk", une espèce de longue diatribe à moitié incompréhensible adressée à ses fans : "La seule raison pour laquelle vous dites mon nom c'est pour avoir vos quinze secondes de célébrité, personne ne sait ce que vous faites vraiment" puis finalement "J'vous aime tous mais ne m'emmerdez plus jamais". Une série d'insultes ("big fat punk") et de menaces est réservée à un dénommé "Weemolicious". Les forums de fans débattent de son identité, plusieurs sont même persuadés d'être Weemolicious. Tout ça serait pathétique - Que dis-je ? C'est pathétique. - Tout ça serait uniquement pathétique si la chanson "PFUnk" n'était pas plutôt excellente, un vrai morceau de P Funk avec une méchante guitare funkadélique, des trompettes façon JB's et, parce que Prince est Prince, de l'hélium dans la voix et d'amusantes cochonneries jazzy sur la fin. C'est le genre de morceau que le nain pourpre est capable d'écrire et enregistrer d'une main en se curant le nez de l'autre et c'est pour ça qu'on l'aime toujours. Il a toujours été capable de ça, son problème aujourd'hui, c'est surtout que la plupart des morceaux sur lesquels il se donne de la peine ne sonnent pas aussi bien que ça. Soutenez la Belgique : Belgique United, jeudi soir au Triptyque![]() La Belgique va mal ! Certains s'en sont peut-être aperçus, le pays va droit vers la scission. Histoire de rappeler que la patrie d'Hergé et de Franquin (bordel !) est aussi celle de soirées et de clubs qui n'ont rien à envier aux plus grands dancefloor européens, le Triptyque organise sa première grande soirée consacrée à la Belgique. Afin de vérifier que mes assertions sont justifiées, les représentants des excellents labels Dirty Dancing et Eskimo (The Glimmers, Headman, Optimo, Prins Thomas, etc.. ) se succéderont aux platines le jeudi 15 novembre à partir de minuit. Au programme (merci Traske) : COZY MOZZY (Dirty Dancing) A ne rater sous aucun prétexte si vous êtes dans les parages histoire de soutenir les artistes de ce petit pays voisin (entrée libre !) Albums cultes des géants du normal #1 : Stevie Wonder - Fulfilingness' First Finale
La question que vous vous posez peut-être, c'est "pourquoi Fulfillingness' First Finale?". Personne ne cite jamais cet album perçu (avec de bonnes raisons) comme un remake de Talking Book ou un brouillon de Songs In The Key Of Life. Je suis peut-être le seul qui vous dira que Fulfilingness' est le meilleur mais peu importe, c'est moi qui écrit. Cet album contient tout : l'intro pop parfaite "Smile Please" qui contrairement à d'autres ne vous fait pas penser à Cofidis malgré vous, le gospel spacial avec "Heaven Is 10 Zillion Light Years Away", un précoce et rare reggae américain réussi en "Boogie On Reagge Woman", un morceau samba, des chansons d'amour à pleurer et un sens de la mortalité rassurant (je ne sais pas vous, mais moi c'est plutôt les gens qui chantent des "never get old" et des "live forever" qui me font froid dans le dos). Ce qui fait la force des disques de Wonder des seventies et en particulier de celui ci, c'est que Stevie Wonder nous aime. Qu'il chante sur sa mort dans le sombre gospel "They Won't Go When I Go" ou qu'il pousse Nixon hors de la Maison Blanche avec le furieux funk "You Haven't Done Nothing" (avec les Jackson Five aux choeurs), Stevie garde toujours au coeur son indéfectible foi en la nature humaine. Je suis un pécheur et vous aussi et au moment de l'Ecstase ou de Ragnarok nous prendrons tous cher. Nous ne nous en sentons pas forcément pas digne mais Il nous aime. Cet amour, qui aurait chez un être moindre viré amer, aura donné à la suite de la carrière de Stevie Wonder des accents sirupeux mais peu importe, en 1974 cet amour a trouvé son expression parfaite. Je n'écoute jamais Fulfilling en été (qui est plutôt la saison d'Innervisions et Music Of My Mind) parce qu'en hiver il me tient littéralement chaud. Project Song
La plus intéressante de ces nouveautés c'est "Project Song", une série de courtes vidéos pour lesquelles un artiste sera filmé en studio pendant quarante-huit heures au cours desquelles il devra composer et enregistrer une chanson en s'inspirant d'un mot et d'une image qu'on lui aura donné au préalable. Le premier (et unique, pour l'instant) épisode nous montre Stephin Merritt des Magnetic Fields composer un morceau intitulé "Man Of A Million Faces" en se basant sur la jolie photo que je vous ai mises là, à gauche. Le morceau est sympathique, bien qu'évidemment très "léger". Vingt-quatre heures de plus n'auraient sans doute pas fait de mal mais pour nous autres pauvres hères sans une once de créativité, voir l'auteur composer et entendre la chanson prendre forme reste un spectacle rare et magique, à savourer en attendant les prochains épisodes. Egographie #3 : Us vs Them, Over and over againPosté par Maxence le 12.11.07 à 18:02 | tags : egographie
Liars chauffe les internautes en vidéo et concoursNe passons pas par quatre chemins pour d'une, vous balancer la vidéo flippante de Liars pour "Plaster Casts Of Everything", de deux vous annoncer qu'on vous offre des places de concerts et des CD de Liars dans notre rubrique concours et de trois vous inviter à voir notre interview vidéo avec Liars et lire la chronique de leur album Liars. Et en quatre, je rajouterais que Liars c'est achement bien !
PU$$Y, NSFW, NSFHPosté par 2goldfish le 12.11.07 à 10:34 | tags : hip hop, myspace, rigolo, sexe en musique, vidéos musicales
Bangers & Cash, c'est l'hommage de Spank Rock au 2 Live Crew. Evidemment, la vidéo est Not Safe For Work. En fait, si vous n'êtes pas un célibataire désespérement seul et que vous ne voulez pas le devenir, elle est aussi Not Safe For Home. Yoyoyoyoyoyo n'était pas beaucoup plus subtil dans ses paroles mais, que dire... Il y a le poids des mots et le choc des dessins, maintenant. Ce genre de clip, ça vous rend incapable d'écouter la musique juste pour elle-même. Est-elle bonne ? Je n'en sais rien. Les mots me manquent, sincérement. Après ça, oserez-vous jeter un oeil à leur page myspace ? (Via Stereogum) La gâterie du week-end : Prins Thomas - Resident Advisor Mix![]() Le fameux site Resident Advisor nous propose un mix exceptionnel de Prins Thomas. Pour ceux qui auraient loupé Cosmo Galactic Prism (les malheureux !) et ceux qui se demandent encore "mais qu'est-ce donc que ce néo disco dont on nous rebat les oreilles ?" Epoustouflant, rien à redire ! Resident Advisor Tracklisting Bon dimanche ! Daft Punk en live, c'est clairement...... "Harder Better Faster Stronger" !!! Non ? Bin si ! Dévoilé officiellement sur MTV, le clip officiel du single "Harder Better Faster Stronger" (Alive 2007) de Daft Punk est enfin disponible. Réalisé par Olivier Gondry (le frère de Michel), le clip exploite les images prises par 250 caméras confiées au public lors du concert de Brooklyn, le 9 août dernier. (via Unblogged.fr)
New York City Neo-tribalismeAux Etats-Unis, plus particulièrement à New York, nous assistons depuis environ une dizaine d'années à l'explosion de formations multiformes et mutantes, qui semblent avoir retenu les leçons des maîtres du chaos germaniques que furent Amon Düül, Ash Ra Tempel, Popol Vuh, Faust ou dans une moindre mesure, Can. Des groupes comme Animal Collective, Liars, Excepter, The No-Neck Blues Band, ou bien ceux qui nous préoccupent ici, soit Sunburned Hand of A Man, Gang Gang Dance et Black Dice. Hors, des différences flagrantes sur le fond et la forme, ces artistes partagent tous un enthousiasme commun pour la transe. Une transe dominée par les pulsations hypnotiques et décousues de machines en déroute, ou par les constructions en équilibre d'un rock sans aucune retenue. Une forme de danse déstructurée donc, aux rythmes complexes et alambiqués, composée pour la jungle urbaine et ses habitants. Une forme de néo-tribalisme en somme.
Black Dice - Load Blown (Paw Tracks/La Baleine)
http://www.myspace.com/blackdicemyspace Les raps préférés des blancsPeut-être est-ce parce que je me suis senti sale après avoir écrit un billet si politiquement correct dans lequel j'appellais les bloggueurs du monde à se donner la main et à arrêter de se traiter de raciste et après tout personne dans le monde ne marche du même pas... mais j'ai particulièrement apprécié ce top raciste (raciste-fun, rassurez-vous) des "dix morceaux de hip hop préférés des blancs" sur catsandbeer.com. Le pitoyable blanc-bec que je suis s'y est bien sûr reconnu, même s'il y manquait les quelques morceaux de hip hop français qui peuvent faire danser même dans une boîte de province. Un manque que j'ai ressenti si profondément en moi que j'ai du le combler en composant ce top 5 :
Ménélik, si quelqu'un se souvenait de lui, aurait pu être dans cette liste. Tout comme James Deano, qui y sera certainement d'ici quelques années quand "Les Blancs Savent Pas Danser" aura gagné en notoriété auprès des vieux. Oh, et puis j'oubliais "Mon Papa à Moi est Un Gangster" ! Alliance Ethnik ! Tant de mauvais hip hop, si peu de temps...
Soirée Macumba au Festival des Inrocks 2007 20ème anniversaire oblige, le festival des Inrocks 2007 avait placé son ouverture sous le signe de la fête à neuneu : concert fiesta à la Cigale avec les Happy Mondays en tête d'affiche et sauterie en te-boî avec des surprises à la clé (que je ne connais pas, faute d'y être allé). Ayant échappé à la vague carnavalesque qui semble déferler sur les milieux rock branchés, j'ai pris dans la face le discorock (europop ? ploucmambo ?) des Parisiens de Koko Von Nappoo, groupe très looké qui envoie une musique transgenre entre Morcheeba et Beck. Bon flow, élégance branchée imparable et jolie fille au clavier qui permet de goûter à sa juste valeur (laquelle ?) ce revival dansant aux beats un rien passés de mode partout ailleurs. La prestation des très attendus brésiliens de Bonde Do Role, vendus, depuis un an, comme la nouvelle merveille musicale, m'a convaincu que les scènes électroniques avaient une longueur d'avance sur la sophistication sonore. A coups de samples, de raps qui font passer Mickael Youn, ses Bratisla Boys et n'importe quel groupe français pour Dr Dre, la prestation amusante sur ses 10 premières minutes, sautillante, vaguement dansante et évoluant entre musique de dancehall, saillie punk et spoken word hirsute, ne m'a pas convaincu. Le groupe nous ramène au moins vingt ans en arrière et serait parfait pour animer les fêtes de mariage ou les soirées dansantes de n'importe quelle boîte de nuit après un bon ball-trap. Le croisement entre l'esprit de Patrick Sébastien et le son de Daft Punk, période débile, ne séduit pas tout le monde. Le décalage s'observe dans la salle où un public tendance trentenaire avancée (tête d'affiche oblige) s'oblige à bouger le cou et les oreilles pour rester dans l'ambiance. Entre les deux pochades, une sorte de Beck ultradoué dont je n'ai pas capté le nom (une chanson sort du lot : "I know Karate") assure un interlude original et foutraque d'une dizaine de minutes qui enterre par son amateurisme et son énergie les 2 groupes dont il se devait d'être le faire-valoir. Il restait aux Happy Mondays la lourde charge de rattraper tout ça, ce qu'ils feront les mains dans la poche et avec un grand professionnalisme (malgré quelques problèmes de son qui gâcheront le meilleur titre de l'album Unkly Dysfunktionnal, "In The Blood", et interrompront en plein milieu le morceau précédent) pendant... 1 heure et 5 minutes (sans rappel).La bande de Shaun Ryder, presque aussi mince et classieux que lors de ses meilleures années (casquette blanche vissée sur le crâne, lunettes noires et qui ne bougera de son carré de 25cm de côté que pour aller s'asseoir, aller pisser ou aller chercher une mousse en coulisses), la joue légende vivante et se hisse presque à la hauteur de sa réputation, déjante et agonie sublime en moins. Bez assure le show en façade avec leur chanteuse-choriste black à voix, tandis que les Mondays alignent anciens tubes (un "Kinky Afro" incisif à l'ouverture, une version somptueuse de "Loose Fit", un excellent "Step On" et son classique "You're twistin my melon, man" et le très très planant et simbiotique "Hallelujah") et titre du très bon dernier album ("Jellybeans", "Unkle Dysfunktional"). Le rap de Ryder est toujours aussi bon et canaille et le son mi-funk, mi-raisin rock imparable. La comparaison entre les vieillards et les prestations précédentes laissent ces derniers à des années lumière dernière, même si, là aussi, l'effet nostalgique joue plein pot. La scène est régulièrement envahie par des trentenaires pacifiques et un rien grotesques : je ne savais pas qu'on pouvait monter sur une scène avec un sac à main. Toujours est-il que le show fonctionne et met le feu au dance-floor, mêlant un public bigarré entre rockeurs égarés, teufeurs et filles à franges. Un sentiment de mélancolie envahit parfois l'auditeur incapable de retrouver néanmoins l'effet que cette musique pouvait produire à sa grande époque. On imagine la détresse d'un Bez obligé de faire le clown pendant une heure, complètement sobre... O tempora, o mores, on s'amuse comme on peut. Le set s'achève un rien brusquement et la magie se dissipe aussi vite qu'elle était venue. Métro, dodo, sans extase, ni ecstasy. Bienvenue dans l'âge mûr.
LCD Soundsystem : l'heure du bilan ?
A noter que ces titres n'étaient auparavant trouvables que sur A Bunch of Stuff, une compilation en édition digitale qui inclut la reprise de "All My Friends" par Franz Ferdinand. Au moment où vous lisez ces lignes le 7" LCD Soundsystem/Arcade Fire, est lui aussi dans les bacs, en ligne, bref, partout (!) avec côté LCD, une reprise du "No Love Lost" de Joy Division et côté Arcade, "Poupee De Cire" de Serge Gainsbourg. Aujourd'hui, on a beau dire, on peut aimer ou pas LCD Soundsystem, difficile de nier pourtant que le groupe est sur tous les fronts et qu'il aura largement marqué l'année 2007. Sound Of Silver est pour ma par en bonne place dans le palmarès des "disques de l'année."
Nous reviendrons très bientôt sur le mix Fabriclive 36 de James Murphy et Pat Mahoney (aka "DJ Tyrant et Disco Dad") dans nos pages, so stay tuned ! En attendant, comme un bonheur ne vient jamais seul, ne ratez pas la winter 2007 edition des DFA free mix !
John Zorn fait son Malin![]() A 54 ans, John Zorn règne sur le jazz avant-gardiste et multiplie depuis quelques années les enregistrements, solo ou en groupes, les productions, les compositions, les projets sur un rythme qui ne permet plus au suiveur amateur de l'accompagner. Rien qu'en 2007 et avec ce From Silence to Sorcery, le pape du déconstructivisme a dû livrer 4 ou 5 disques qui auraient tous mérité un petit mot et qui, l'un chassant l'autre, ont rendu tout commentaire superflu. Bizarremment et alors qu'il aurait sans doute mieux valu parler du beau Astronome (2006) ou des Six Litanies for Heliogabalus (2007), c'est avec From Silence to Sorcery qu'on se remet à parler de Zorn.
Pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents, Zorn est un multi-instrumentiste (saxophoniste de prédilection) qui s'est attaqué dans sa longue carrière à à peu près tous les genres musicaux. Les seuls points de convergence dans son oeuvre sont à chercher autour de la notion de déconstruction qui lui permet de varier les travaux (jazz, punk, rock, compo de films) et les formes (voix qui tuent, orchestres qui pleurent, guitares saturées, objets en tous genres), sa fascination pour l'occulte (option kabbale) mais aussi une forte imprégnation juive (Zorn est le fondateur du label Tzadik records et son seul vrai directeur artistique). Au milieu de tout cela, trônent des projets comme Masada, cycle d'interprétation de la culture juive qui reste indépassable sur le plan musical, ou la série horrifique (pour les oreilles) des Painkiller, où l'avant-garde touche au supplice génial. From Silence to Sorcery consiste en une introduction en demie-teinte à l'univers incroyablement riche et varié mais peut consituer une porte d'entrée comme une autre vers une découverte plus approfondie de Zorn. Le disque qu'on peut découper en 3 sous-ensembles est entièrement dédié à l'occulte et plus spécialement à la kabbale qui semble obséder les productions solo de Zorn depuis 3 ans, et après l'album Magick notamment. Le premier ensemble appelé "Goetia" (numéroté de I à VIII) est une sorte de caisse de résonnance interprétée au violon solo pour des ensorcellements, des sorts et des formules magiques qui ne viendront pas. On entend sur ces séquences de quelques secondes à quelques minutes, la mise en place d'une ambiance lugubre, entre le vieux film d'horreur et les couloirs sordides traversés par des créatures mi-comiques, mi-effrayantes. Le rythme s'accélère de temps à autre ("Goetia III"), se fait plus solennel parfois ("Goetia IV") comme si une messe noire allait bientôt être célébrée. Rappelons, pour mémoire, que le violon est l'instrument du Diable par excellence et celui dont le cri de cordes est le plus susceptible de faire rappliquer le Malin. Les pièces restent assez en deça de ce qu'a l'habitude de servir Zorn mais ont le mérite d'amener rapidement aux deux plats de résistance que constituent les séquences suivantes. "Gris-Gris", inspirée (d'après ce qu'on peut en comprendre) par le vaudou africain ou d'Haïti, le chamanisme coréen et une scène du Port de l'Angoisse d'Howard Hawks, est une superbe composition interprétée uniquement par des percussions, soit une légion d'une douzaine de tambours. De longs passages quasi-silencieux viennent perturber l'organisation du morceau et créer une atmosphère à la fois envoûtante, confortable et inquiétante. Là encore, "Gris-Gris" est à inscrire dans la veine morne et expérimentale de Zorn et ne donne pas une juste image de son extrême dynamisme habituel. Le dernier ensemble, "Shibbolethis" est plus classique (clavecin, cordes et percussions) et rend hommage, sur fond de Shoah (récurrente chez Zorn) à la poésie de Paul Celan. Il faut évidemment pas mal d'imagination pour filer les liens entre Celan et ce qu'on écoute, mais l'influence biblico-poétique est opérante et suffit à nous projeter dans un Ailleurs qui est visé par ce nouvel opus.
C'est bien le talent de Zorn, quels que soient les moyens qu'il emploie pour y parvenir, de nous projeter chaque fois dans un univers sonore nouveau et presque tout le temps déconcertant. Si From Silence to Sorcery n'est (et de loin) pas son travail le plus intéressant, il constitue un jalon supplémentaire dans une oeuvre cohérente, qui vise à établir des liens logiques entre ce qui s'écrit (textes, musiques) et ce qui s'entend. Zorn, en bon kabbaliste, donne à entendre une totalité qui s'adresse à tous les sens et qui, de fait, ne peut pas s'apprécier comme de la seule musique.
Mais où est passé le top 50 ?
Les statistiques de Gracenote ne sont pas plus complètes que d'autres. Gracenote, c'est une de ces bases de données que votre ordinateur contacte sans souvent que vous vous en rendiez compte pour identifier un CD audio lorsque vous l'insérez dans votre ordinateur pour qu'il puisse vous dire que vous n'écoutez pas "Track 1" de "Unknown Artist" mais bien "96 Tears" de "? and The Mysterians". L'avantage du top de Grace Note par rapport à d'autres, c'est qu'il est présenté pays par pays sur une mappemonde en flash et qu'il donne envie de savoir ce qu'on écoute sur les Iles Caïman ou en Birmanie. Quelqu'un de plus intelligent que moi pourrait y ajouter les données pondérées de Last FM, Mediatraffic, Billboard, iTunes, Amazon et quelques sites de torrent pour produire un top 50 vraiment fiable, céer un petit site autour et devenir riche. Je serais très heureux d'aller sur son site toutes les semaines, moi. Albums cultes des géants du bizarre #23 : Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, or Fly
C'est donc en 1994 que paraît Crookt, Crackt, or Fly, un incroyable album de folk urbain qui doit autant à l'art unique de John Fahey, qu'aux ambiances spectrales de Pere Ubu, voire aux dérives enfumées de l'ambiant électronique et du free rock psychédélique des années 60. Sur Crookt, Crackt, or Fly, David Grubbs et Jim O'Rourke sont seuls, à peine accompagnés d'un clarinettiste (Gene Coleman tout de même) et de deux discrets percussionnistes (Steve Butters et McEntire himself), pour la forme. Aujourd'hui on peine à s'en souvenir, mais la découverte d'une telle musique en pleine vague grunge fut pour beaucoup une révélation. Oui ! Alors que des musiciens s'époumonaient en jeans déchirés et en chemises de bûcherons au milieu d'un déluge de fuzz et de saturations, il était encore possible de produire une musique d'avant-garde, pourtant intimiste et accessible, qui touchait l'âme et le cœur. Au sein de cet univers dépouillé, résonne le fingerpicking (ou technique des cordes pincées) inimitable du guitariste David Grubbs, tandis que les interventions mutiques de Jim O'Rourke, articulées d'une voix blanche et monotone évoquent une ballade à travers les friches industrielles d'un pays en ruine. Une atmosphère auquel fait écho la back cover de l'album, exposant docks abandonnés, cargos rouillés et cheminées d'usines. Le silence omniprésent sur le disque, laisse de la place aux réverbérations du son, un peu comme si l'album lui-même avait été enregistré dans un entrepôt à l'abandon. Chaque note semblent pesée et s'épanche comme au compte goutte, tandis que l'auditeur capte en fond sonore le souffle distant des machines encore actives. Pourtant, Crookt, Crackt, or Fly, n'est pas dénué de moments lumineux, comme sur l'introductif "Wedding In The Park", avec ces chants de grillons, sur lequel la voix habituellement terne d'O'Rourke évoque ce qui semble être des souvenirs joyeux, des heures heureuses. Mais le présent reprend rapidement ses droits et le duo nous abandonne au milieu de la fumée ("Work From Smoke"), nous laisse un peu perdu au milieu de la violence de certains échanges ("The Wrong Sounding" et son final oscillant entre krautrock et hardcore à la Fugazi) dialoguant toujours en contrepoint ("Every Five Miles") sans jamais oublier de tisser d'effarantes et bizarres mélodies ("The C in Cake"). C'est totalement séduit que nous revenons du voyage. Les paysages aussi déroutants soient-ils nous donnent immanquablement envie de revenir et d'en savoir plus. Qu'il s'agisse du grandiose Mirror Repair, le mini-album qui paraîtra un an plus tard ou d'Upgrade & Afterlife (1996) et de Camoufleur (1998), c'est dit, nous ne nous quitterons plus !
Gastr Del Sol - Crookt, Crackt, Or Fly (Drag City, 1994) Great Northern : les nouveaux Arcade Fire ? Mieux vaut tard que jamais. J'ai beau passer après le NME, Rolling Stone et quelques autres dizaines de webzines US, dire quelques mots de la nouvelle coqueluche du rock indie ne fera de tort à personne, d'autant plus que le succès critique de Great Northern et de son premier album sorti en juin 2007 Trading Twilight For Daylight n'a pas encore franchi massivement l'Atlantique. Le groupe est annoncé comme la relève du rock indépendant et vendu (contre son gré) comme un Arcade Fire plus rock, moins poli, une sorte de combo sophistiqué qui réussit à inspirer le respect aux amateurs de fanfares modernes (souvenez-vous de l'époque où vous aimiez The Divine Comedy) et de rock rythmé. Sur le papier, le groupe est structuré autour d'un duo de chanteurs/compositeurs qui est le noyau dur de Great Northern (Solon Bixler chante et joue de la guitare, Rachel Stolte chante et assure au clavier) et d'une section rythmique rapportée sur le tard (Ashley Dzerigian à la basse et Davey Latter, ami de longue date, à la batterie). A l'écoute de ce premier album, le moins que l'on puisse dire est qu'on n'est pas bouleversé par la démonstration du groupe dont l'attelage-duo évoque un croisement incertain entre The Dresden Dolls (pour le couple et la prééminence du clavier, les voix emmêlées), le Belly de Tanya Donelly (pour les inspirations rock), Arcade Fire évidemment (pour la capacité à habiller un peu trop chaudement des chansons qui n'en valent pas la peine) mais aussi pêle-mêle The Sundays, Black Box Recorder ou mieux encore The Boo Radleys et quelques autres groupes brit pop à leur meilleure époque.La véritable faiblesse de Great Northern réside dans la production assurée par le producteur Mathias Schneeberger (qui avait travaillé sur QOSTA) et qui donne à l'ensemble déjà assez précieux, une sophistication agaçante et un son FM désagréable. L'ouverture "Our Bleeding Hearts" donne le (mauvais) ton avec voix de femme acidulée (on préfère la voix de Bixler à celle de Stolte, disons-le), clavier-cordes intello à la Lisa Loeb et romantisme sans surprise. Les chansons ont beau être solides et dégager une certaine classe et une grande mélancolie, une bonne partie des titres de cet album sent le maniérisme et l'artisanat pour bobos plus que l'odeur du rock ("Just A Dream", morceau ampoulé de 6 minutes, "Telling Lies", passe-partout horripilant, le joli "A Sun A Sound"). "City of Sleep" évoque par son charme la poésie des Sundays, tandis que des titres ultramélodiques comme "Babies", qui ferme le bal, laisse à penser que les Great Northern auraient un meilleur impact s'ils déshabillaient leurs compositions ou les rendaient plus incisives. Dans le même genre (et pour des raisons qu'on explique mal), on préférera toujours les mornes plaines cultivées par des groupes comme Hood (avant l'électronique) ou même Dakota Suite plutôt que ce type de pleurnichards symphoniques. Malgré tout ça, les Great Northern réussissent à installer un climat dépressif et confortable qui peut séduire sur quelques morceaux. "Home" fonctionne à merveille autour de sa voix masculine et de sa rythmique efficace, rappelant le son des premiers Teenage Fan Club. "Low is A Height" (autre single fort) enrichit la formule de base de beats synthétiques et de reverbs très aboutis. L'économie de moyens dope les effets tristes et met les larmes aux yeux, sur l'un des meilleurs textes de l'album. Rebelote sur "Into the Sun", titre électrifié assez basique mais efficace, qui tombe sur le meilleur titre en plage 9 : le très bon "The Middle", où 3 minutes de satisfaction et de vraie complexité mélodique, autour d'un refrain qui ressemble comme 2 gouttes à une vieille compo de Luke Haines. Great Northern alourdit son son, le décortique et parvient à cet instant à trouver enfin la juste adéquation entre ses fins et ses moyens. Relevée par ces quelques titres réussis, l'impression générale reste bonne, même si on ne peut pas s'empêcher de trouver les Arcade Fire un rien plus inspirés et ce nouveau genre musical assez peu exaltant comparé à d'anciennes tentatives beaucoup plus amusantes comme celles de Jake Skillingford et My Life Story, ou de Neil Hannon de la grande époque. La veine mélancolique lorsqu'elle se chante en formule duo a tendance à fonctionner sur un single ou deux, puis à lasser assez vite, à moins d'être habillée d'autres intentions (Sonic Youth) ou d'être rythmée par une vraie alternance. A suivre donc, mais pas d'aussi près qu'on aurait voulu.
Great Nothern - Trading Twilight For Daylight (Eenie Meenie Records, 2007) http://www.greatnorthernmusic.com http://www.myspace.com/greatnorthern (Pour une fois, ce ne sont pas les plus mauvais titres qui sont sur myspace.) Kompakt inside : Gui Boratto au Studio 88 d'Aix en Provence !![]() Beaucoup de Chiliens, quelques Argentins et maintenant un Brésilien : la scène électronique internationale n'a pas fini d'être jet-laggée ! Surtout que le dernier arrivé n'est pas le moins doué : la finesse des tracks de Gui Boratto, volontiers progressive et trancey (dont les hits underground "Arquipelago" ou "Like You" sont remixés et joués par Supermayer et tout bon DJ qui se respecte) est comparée à celle de James Holden, Fairmont ou Trentemoller ! Ce que confirme le très accrocheur premier album du Brésilien, Chromophobia. Son premier passage au Studio88 il y a un peu plus d'un an a révélé un DJ au mix minimal très accessible, dans la lignée de son boss du label Kompakt Michael Mayer. De quoi faire de ce natif de Sao Paulo une des signatures qui comptent !
Gui Boratto au Studio 88 (Aix en Provence) + Résident : Pika & Jack Ollins, vendredi 9 novembre. Quizz qu'ouï-je ou les chats haut perchésDans la série "C'est rare mais ça arrive" : trouver ses blagues idiotes dans ses mails. ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Maintenant, on se la joue Myosotis. Je vous enjoins à retrouver, dans ce gros tas de matous, le style de musique approprié pour chaque image. Au choix, parmi : R'n'B - House - Céline Dion - Métal - Hip Hop - Techno Le premier à assurer recevra deux disques choisis au pif dans les nouveautés qu'on a reçues. (Merci Easywriter) Saul Williams lâche Niggy Tardust
Depuis Halloween l'album est disponible au téléchargement sur Niggytardust.com et nulle part ailleurs (a priori, il n'y aura pas de sortie "classique" comme pour In Rainbows). Vous pouvez choisir de payer cinq dollars (soit 3,45 euros à l'heure où je vous parle. Une misère, quoi.) pour le télécharger soit en mp3 d'une qualité supérieure à ceux de Radiohead soit en FLAC (fichiers compressés de qualité CD) ou bien choisir de ne rien payer et n'avoir "que" le choix des mp3. Dans les deux cas vous aurez aussi un PDF contenant l'artwork de l'album. La démarche semble un peu mieux pensée que celle de Radiohead (qui essuyait les plâtres, évidemment).
Ce qui saute aux oreilles à la première écoute, c'est le degré d'implication de Reznor. Il chante sur de nombreux morceaux, des guitares estampillées NIN s'entendent presque sur tout l'album, ainsi que des nappes de synthés et même quelques samples de vieux morceaux de The Fragile. Passé le choc de la première écoute on se rend compte que Williams a bien du faire quelques trucs sur son album mais le fait est que Niggy Tardust sonne comme du NIN jusque dans l'allusion à Bowie de son titre. La bonne nouvelle c'est que le résultat est beaucoup plus satisfaisant que Year Zero ou presque tous les disques que Reznor a jamais touché. Celui-ci n'a jamais réussi à dépasser les obsessions masochistes de ses débuts alors que depuis sa transformation en rock star en 1994, elles avaient de moins en moins d'objet. Sur son dernier album il en était à inventer un futur cyberpunk pour y trouver l'oppression qui lui manquait. En s'associant à Williams, il s'associe à des siècles de persécutions des noirs américain. Tant de souffrance semble lui avoir donné des ailes et Niggy Tardust est une merveille sonore. L'espace dans ces morceaux est utilisé avec un talent à faire rougir Philippe Demougeot et la richesse des textures employées ferait ramer une Playstation 3. Saul Williams n'est ni un très bon chanteur, ni un très bon rappeur mais avec l'assistance de Reznor au chant, il est enfin parvenu à faire rentrer ses slams dans un contexte musical en alternant les trois disciplines (quatre même, si on compte le peu de beatbowing qu'il pratique en plus du slam, du rap et du chant). On a toujours l'impression qu'il nous frappe la tête de ses mots mais il ne le fait que par doses suffisament réduites pour être digestes. Williams se pose en sauveur des âmes des jeunes noirs américains. Il pourrait être une caricature de "rappeur conscient" et il est certainement suffisamment paternaliste pour ça mais sa maîtrise du langage est telle qu'on accepterait n'importe quoi de sa part. Avec mes habitudes de radin, j'ai téléchargé l'album gratuitement. Deux jours après, j'ai téléchargés les FLAC pour cinq dollars et, si on m'avait demandé mon avis, j'aurais donné plus. Saul Williams - Niggy Tardust (nov 2007) Milky Globe : vider le dancefloor et tout l'immeuble !
Après Milky Disco, magnifique sélection de nu disco chatoyant et envapé dont nous nous faisions l'écho le mois dernier, c'est donc au tour de ce Milky Globe & Friends, de nous présenter une douzaine de paysages electros analogiques surfant du krautrock cosmique de "Velvet Space" (avec Isan), au trip progressif de "Sun Spots" (avec James Holden), de l'exotica bâtarde de "Cosmic Rider" (avec Andrea's Kit) à la trance electronica de "Magic Waves" (avec Aeroplane) en passant par les ballades downtempo de "Star Fungus" (avec DNCN) ou les breaks sautillants de "Mad As Hell" (avec Luke Vibert) et les moogeries de Secondo sur "Secondo Moogs". Parfois pures comme du cristal ("Moon Milk" avec Walltapper) ou lumineuses et enjouées ("Vortex" toujours avec Walltapper), parfois plus granuleuses et fracturées ("Lava Flow" avec Nathan Fake), ces collaborations exploitent toutes une forme de psychédélisme baroque remis au goût du jour par la modernité des machines (c'est particulièrement le cas de "Fade Away" d'Isan/Milky Globe). Une compilation en forme de friandise et beau cadeau de fin d'année pour les amateurs de musiques électroniques mélodiques et expérimentales.
Et, une fois n'est pas coutume (pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué), Playlist et le label, vous proposent d'écouter l'intégralité de cette compilation en streaming sur la page d'accueil de Lo Recording.
Milky Globe & Friends - Magic Waves (Lo Recording/La Baleine) Celebration, tribalisme moderne![]() En dehors de TV On The Radio, David Sitek a produit un tas de choses pour des gens comme Liars ou les Yeah Yeah Yeahs et s'est forgé une petite réputation d'avant-gardiste light, innataquable dans sa branchitude mais jamais assez radical dans ses expérimentations trop de monde, même quand il a travaillé sur l'abstrait et abscons Drum's Not Dead. Il avait aussi produit le premier album de Celebration mais on en a beaucoup moins parlé. Celebration est en fait un énième projet de Katrina Ford et Sean Antanaitis, couple à la ville et à la scène depuis le début des années quatre-vingt-dix. Ils furent d'abord membres de Jaks où ils jouaient un punk rock noisy et intello (je dis ça, mais je n'ai pas réussi à trouver un seul morceau à écouter en ligne, RIP Oink), puis ils formèrent Love Life, groupe tout aussi agressif mais qui permit à madame de donner libre cours à son chant théâtral façon Siouxsie Sioux et à monsieur de jouer avec toutes sortes de claviers pour un résultat qui donnait envie de se peindre les ongles en noir et d'hanter les cimetières.
Ford est une chanteuse exceptionnelle, capable de passer du mode cabaret berlinois à la girl-pop sixties et diva gothique dans une même chanson sans que jamais ses choix ne paraisssent artificiels ou aléatoires. Sean Atanatis enveloppe les chansons sous des couches de claviers subversifs, transformant tout ce qu'ils touchent en pop élégante et psyché avant d'invariablement virer vers des territoires plus expérimentaux à force d'insistance répétitive ou d'inflexions subtiles. Davis Bergander à la batterie évite soigneusement toute évidence, empruntant des voies rythmiques toujours originales et intelligentes pour souligner et soulever le travail mélodique des deux autres. Avec ces trois-là, on pourrait avoir le disque de l'année et, effectivement, sur quelques morceaux pop comme "Evergreen" ou "Our Hearts Don't Change" et sur les frénétiques pièces tribales, purement rythmiques que sont "Hands Off My Gold" et "Pressure", Modern Tribe est carrément merveilleux. Malheureusement le mix et les arrangements sont surchargés et le disque est usant. Il se passe toujours au moins trois choses en même temps dans ces morceaux sans que le bordel ne soit déterminant en lui-même comme dans beaucoup d'autres groupes d'indie rock ou qu'une direction n'émerge de ce mur du son spectorien. Celebration, sans les nombreux invités, ce sont trois musiciens qui ne demandent qu'a briller mais qui doivent encore apprendre à s'accorder l'espace pour le faire.
Celebration - The Modern Tribe (4AD, Novembre 2007) Lunatique de Jenifer : touche moi et tourne la page
L'album démarre sur deux chansons plutôt bizarres mais qui fonctionnent asez bien. "Touche moi" impose une Jenifer sensuelle et mutine sur un son pop vintage. "Touche moi, ici là, avec tes mots. Couche moi sur le papier." La métaphore vaut bien du Gainsbarre et nous rappelle quand la petite joufflue faisait du gringue à Jean-Pascal en agitant ses rondeurs accueillantes. Bon boulot de définition ambigue, à peine gâché par un solo à l'ancienne en fin de morceau, qui s'ouvre sur un single en demie-teinte agrémenté de cuivres reggae. "Pas trop le temps de faire l'amour à l'envers (...) Quand l'amour est là, il n'est jamais acquis. Quand il est parti, il nous laisse des pourquoi, pourquoi." Ca reste très chaud, voire bouillant mais ça redescend assez vite avec un "Comme un hic" pensé comme addictif (un gimmick répétitif au premier abord) mais qui tombe assez vite dans le passe-partout. Jenifer évoque ici après l'amour le deuxième thème fort de cet album : le cours de la vie, son passage, et les mirages qui vous font croire au bonheur. Le thème est sublimé dans "Nos futurs" au titre formidable (No Future, évidemment) et qui distille une belle mélancolie, au point qu'on pourrait carrément craquer et crier à l'imposture quand on nous parle de sexy Britney. La plus belle c'est Jenifer, pour sûr. Malheureusement, l'abus de métaphores vient plomber de verbosité un titre surécrit. Reste quelques beaux moments et surtout l'émerveillement devant la technicité du travail de production. "Comment s'écrit nos futurs ? Tu peux l'écrire comme le temps file... à l'anglaise." La classe. Les mots sont omniprésents ici, presque trop, comme si la composition de l'album avait consisté en un atelier d'écriture tantrique sur un canapé en velours. "Le parfum", en titre 5, est l'un des grands moments de Lunatique : balade orientale qui vire au reggae et évoque les musiques de films de John Barry par la qualité de ses cordes. Jenifer se casse la voix dans un sussurrement orgasmique et développe un contenu narratif des plus sûrs sur les faux semblants amoureux. "Même si tu es un mirage au loin, laisse la force de dissiper." Si elle était un homme, on appelerait ça un slow mouille-culotte. "Attention Douleur Fraîche" maintient le standard qualité au top pour un second sommet. Le piano et la rythmique tissent une atmosphère intéressante tandis que le morceau vire finalement au jazzy. La voix limitée de Jenifer assure par son phrasé étonnamment clair et précis et revient sur cette question des mots :"même les histoires d'amour s'écrivent en râture; ça nous laisse toujours des mots" Bien dit. La suite passe un peu plus vite : un titre plus rock à la Niagara (vous vous souvenez de Niagara), "Si c'est une île" (bof, bof), un troublant et très bon "Quitte à se Quitter" qui sonne comme du Bacharach coquin ("On ne sait rien d'aimer, mais quitte à se quitter, autant le faire au lit" (pfff)), le pas bon du tout "Portrait d'une femme heureuse" (on s'en serait douté rien que sur le titre) et quelques titres décevants : l'éponyme "Lunatique" et ses paroles dignes du berger des fruits "mon fruit cache un pépin, je suis mi-figue, mi-raisin", ou le gnan-gnan "Le bonheur me va au teint".
Avec 7 titres qui émergent sur 12 dont 3 ou 4 morceaux très très solides, Lunatique n'est pas loin d'être un chef d'oeuvre mainstream et d'imposer Jenifer comme le seul vrai espoir de la pop française. Vanessa est dans les cordes (faudrait pas qu'elle s'y prenne le cou), et Olivia Ruiz n'a plus qu'à aller brailler ses chansons de la France de Pompidou sous les lampions de Ménilmontant. Plus femme qu'Alizée, plus sensuelle que Birkin ou Noguerra, plus jolie que Nolween Leroy et moins plouc qu'Eve Angeli, Jenifer est la nouvelle bombina des coeurs, la seule qui peut s'appuyer sur un staff de cette qualité et emballer les pervers pépères du rock indie sur un malentendu par la grâce de ses compositions. En assumant encore plus de simplicité dans son écriture (STOP METAPHORES et tout sera pour le mieux), Jenifer peut espérer passer sa carrière au soleil et remuer son corps pendant plusieurs décennies.
http://jenifer-lepassage.artistes.universalmusic.fr
LCD Soundsystem : Une absence, une présenceUne silhouette sombre comme un trou dans la trame de la réalité. Une absence qui nous hante. Un(e) cher(e) disparu(e) qui est là, même quand il (elle) n'y est plus... On va dire que c'est la toussaint vu par LCD Soudsystem sur ce nouveau clip réalisé pour "Someone Great" et distribué avec la version "enhanced" du nouveau CD des new yorkais. On reviendra par ailleurs rapidement sur l'actualité de la bande à Murphy puisque, en plus de ce single débordant de bonnes surprises (un remixe de Soulwax, une autre de Carl Craig (excellent par ailleurs), un de Gucci Soundsystem, un autre encore, baléaric celui-là, de Windsurf ainsi qu'un extrait live), les mois d'octobre et novembre voient la sorti simultanée en vinyle et en CD du 45:33 de LCD et du Fabriclive 36 de James Murphy (accompagné de Pat Mahoney) ! En attendant degusté cette vidéo, illustrant ce qui est certainement l'un des meilleurs morceau de Sound of Silver.
LCD Soundsystem - Someone Great (enhanced CD, remixes + video) DFA/EMI/Labels Fennesz : Hotel Amnesia
Hotel Parale.l donne immanquablement envie de se laisser bercer par le doux murmure mécanique des robots laborieux et aimants qui nous entourent. Un sommeil que l'on voudrait paisible, seulement troublé par quelques sourds mugissements cycliques, des vibrations, le souffle des ventilateurs, le chuintement des processeurs, le claquement des fusibles et contacteurs. Tel un impossible voyage en profondeur au cœur des ténèbres électroniques et machiniques, Hotel Parale.l est un chef d'œuvre absolu marquant encore un point en faveur de la musique contemporaine germanique de la fin du XXième siècle (l'album date de 1997 !). Edité à l'origine par l'excellent label autrichien Mego, la réédition remastérisée propose une suite de quatorze morceaux, plus deux, savamment démembrés, construits et auscultés avec ferveur et finesse. La quintessence de la guitare passée à la moulinette du laptop. Peu d'albums électroniques peuvent à ce point émouvoir l'auditeur dix ans après. Un étonnant constat toujours vivace dix ans après, surtout quand on est attentif à l'aridité du ton. Paradoxe donc, que cette musique crissante comme des ongles sur du silicium et pourtant émouvante comme un cyborg en mal d'amour. L'explication vient certainement de la façon dont Christian Fennesz aime ses machines et donne envie de leur faire confiance. L'effet est encore augmenté par une magnifique vidéo de Tina Frank. Troublante électronique... "Do Androids Dream of Electric Sheep ?"
Christian Fennesz - Hotel Parallel Edition Mego/La Baleine) Naosol & Spidart : quand l'internaute devient producteurL'industrie du disque est en crise. Les concerts cartonnent et les sonneries pour téléphone portable rapportent des fortunes aux majors, mais celles-ci se disent sans le sou, et plus capables de financer les jeunes talents sur le dos des têtes d'affiches, surtout quand elles se font la malle comme Madonna ou Radiohead. Plus besoin de maison de disques, semblent prouver Thom Yorke et le dernier album du groupe distribué en ligne, au prix fixé par l'internaute. Mais Radiohead ne peut se permettre un coup pareil que grâce à une phénoménale notoriété. Le marché se transforme, et les modèles de demain sont encore à dessiner. C'est dans ce flou artistique que Spidart vient de naître : premier label français à impliquer le public dans le financement de la production et à l'intéresser aux gains. Inspiré du site allemand SellaBand, Spidart se veut révélateur de talents et accélérateur de carrières. L’artiste se présente sur le site, et l'internaute peut prendre des parts de production (10€ la part). Quand 50000€ sont réunis, un album est produit. Et s'il se vend bien, les gains sont partagés ainsi : 35 % pour l’artiste, 35% pour les internautes coproducteurs et 30 % pour Spidart. Plus d'une vingtaine d'artistes sont déjà présentés. En tête des participations, Naosol, un jeune chanteur/guitariste qui a déjà acquis une petite notoriété sur Dailymotion. Avec plus d'une centaine de reprises devant sa webcam, un passage télé et beaucoup d'amis en ligne, son premier album sortira peut-être bientôt, grâce à des milliers de cyber-producteurs. Naosol & PvNova - What is love? (Haddaway) Merci à Jordan pour cette proposition Miss Dominique A : crée ton propre cheap bootlegCréer un bootleg (synonyme : mashup ou medley) désigne l'art de mixer deux morceaux pour en faire un troisième. Le nom de "bootleg" qui fait référence aux périodes de prohibition de l'alcool et au trafic organisé par les bootleggers est alors de rigueur pour caractériser ces morceaux (et tous les autres, par extension) qui circulent la plupart du temps sur internet et dans les clubs de façon illégale et sans l'autorisation des artistes mis en cause. Les bootlegs se sont multipliés ces dernières années avec la démocratisation des outils de mashup et la mise en avant du caractère ludique (et accessoirement lucratif) de cette activité. Certains artistes (Bowie en tête) sont même allés jusqu'à en payer d'autres pour organiser leur propre artisanat. Pour illustrer cette manière originale de créer des tubes à partir de morceaux très connus (c'est mieux) ou non, petit exercice pratique à l'aide de 2 artistes non consentants : Miss Dominique, notre bien aimée chanteuse à voix de l'(Ancienne) Nouvelle Star et notre grand chanteur national : Dominique A. En plus de partager leur patronyme, faisons leur partager un bout de chemin musical. Au lieu d'appeler ça comme c'est la tradition Miss Dominique vs Dominique A, allons-y carrément pour une créature hybride : Miss Dominique A.
Say what you Fink ! Fink ! Quand on évoque cet imprévisible artiste anglais, impossible de ne pas parler de N-Tone, la fameuse sous-division expérimentale des Anglais de Ninja Tune, au catalogue duquel apparaissaient Flanger, Journeyman, Animal on Wheel ou Neotropic. Hélas, l'aventure pris fin en 2001 avec La Prochaine Fois, l'album de l'étrange Riz Maslen à l'origine du projet Neotropic justement. A l'époque, un jeune DJ originaire de Brighton connu sous le nom de Fink figurait déjà comme jeune espoir abstract electrofunk sur ce même label N-Tone. C'est aussi ce même Fink qui réalise, il y a un an, Biscuits For Breakfast, un surprenant premier album sur lequel l'artiste opte pour un folk moderniste et un blues urbain élégamment assisté de machines et d'électro discrètes (ce qui semblait logique sur un label comme Ninja Tune). Or, si la technologie est encore présente sur Biscuits For Breakfast, Distance and Time le nouvel album de Fink, se contente pour sa part d'une production brute de décoffrage, à l'os même, ce qui n'en exclut ni la profondeur, ni la subtilité, au contraire. Une profondeur entièrement revendiquée et inscrite à la fois dans les textes et dans la musique de l'ancien DJ que le passé de musicien électro ne semblait pas satisfaire entièrement.De "Trouble's What You're In" à "Little Blue Mailbox", chaque morceau de Distance and Time évoque la passion sincère et la tension intérieure d'un artiste souhaitant dépasser la superficialité d'une musique moderne peut-être un peu trop formatée. Fink semble avoir trouvé dans les racines du folk et du blues, revisitées par ses soins, les véritables vecteurs d'expression qui lui conviendraient enfin. Aussi dépouillé soit-il, le folk rock sombre de Fink résonne à nos oreilles d'une manière unique. On y retrouve par ailleurs ce rythme répétitif, hypnotique et posé, typique du blues ("If Only", "Blueberry Pancakes"), une aisance rythmique qui pourrait bien être le dernier lien formel entretenu par l'Anglais avec son passé électro. Des arrangements et un son à la fois primitif et sophistiqué donc, que l'on doit à Andy Barlow moitié du duo drum'n'bass/trip-hop, Lamb. Pas de mélodies sylvestres ici, pas de ballades hippies, ni de références passéistes, non. A la manière de Gravenhurst, qui sera l'unique comparaison de cette chronique, le folk de Fink est sourd au chant des sirènes du revival barbu, il préfère les rues sombres dans lesquelles se délitent des histoires d'amours condamnées d'avance ("This is The Thing"). Si Fink entretient la flamme du blues et du folk originel, c'est plutôt dans des textes souvent mélancoliques, soutenues par des arrangements aussi minimalistes que puissants. Nul besoin d'artifice en effet quand on bénéficie d'un tel songwriting et d'un don hors du commun pour poser les ambiances. Car vous l'avez compris, Distance and Time est avant tout un album d'atmosphères. A la fois fantomatique et chaleureux, il est un peu comme une vieille maison hantée par des souvenirs familiers et sentimentaux. Un lieu de recueillement dans une époque qui va trop vite... A essayer avant de passer à côté.
A noter, que (comme d'habitude) de nombreux morceaux (dont "This is The Think", "Little Blue Mailbox" et le single "Make it Good", sont disponible à l'écoute sur le profil myspace de l'artiste.
Fink - Distance And Time (Ninja Tune/PIAS) Rock et Racisme
L'article de Frere-Jones commence très mal en prenant l'exemple d'Arcade Fire. Certes, la musique des Canadiens ne comporte que très peu des signifiants traditionellement associés à la musique "noire". On pourrait s'arrêter là et dire "et alors ?". Y-a-t-il beaucoup d'artistes blacks qui prennent la peine d'essayer de sonner comme Arcade Fire ? Ce n'est pas pour faire mon Jean-Pierre Pernaud mais pour qu'il y ait la "fusion" à laquelle Frere-Jones aspire, il faut bien tout d'abord des courants musicaux distincts, un terroir qu'on doit entretenir et laisser évoluer indépendament. On pourrait aussi remarquer qu'Arcade Fire est largement influencé par les Talking Heads et Bruce Springsteen, et que même si en dehors du saxophoniste du E Street Band tous ces gens sont blancs comme neige, ils s'inspiraient du rythm & blues, du funk et des polyrythmies africaines. Et puis Frere Jones n'a pas du entendre Haïti.
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