Archives > Février 2008Le syndrome de l'écureuil
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Paul Mawhinney, le monsieur barbu et bedonnant de la photo, souffre du syndrome de l'écureuil : au cours de sa vie, il n'a jamais cessé d'accumuler les disques. Tous les disques qu'il trouvait, sans distinction de qualité. Beaucoup trop de disques pour les écouter tous. Je ne le juge pas : je viens justement de monter une nouvelle étagère pour ma propre collection et d'après une estimation au pifomètre, au rythme où je vais je finirais sans doute ma vie au milieu d'une bonne dizaine de millier de disques (et encore, imaginez si je ne me débarassais pas de tous les mauvais CD qu'on m'envoit... ou que j'achète, ça m'arrive). Ce monsieur est tout de même bien plus gravement atteint : sa collection compte trois millions de vynils et trois cent mille CD. Soucieux que sa collection, la plus grande du monde, ne soit pas dispersée et trouve sa place dans un musée, il n'a rien trouvé de mieux pour la mettre en vente que de passser par ebay. Je ne suis pas certain que ce soit le meilleur moyen... en même temps il est américain et je ne sais pas s'ils ont encore un budget pour la culture après huit années de George W. Bush. Je crois aussi que ce monsieur avait envie de frimer un peu avec sa collection, de la montrer à tout le monde avant de s'en défaire. C'est compréhensible. Bon, les enchères ont commencé à trois millions de dollars. Ce n'est vraiment pas cher quand on sait que rien que le disque que monsieur Mawhinney a dans les mains sur la photo est un très rare Rolling Stones estimé à dix mille dollars. C'est quand même beaucoup d'argent pour vous, je sais, et de toute façon la collection a été achetée au prix final de :
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Dude'N'Em m'a rendu fouSi vous lisez Playlist depuis suffisamment longtemps, vous avez probablement remarqué que je tiens une rubrique informelle (moins formelle en tout cas que "les albums culte des géants du normal"), une rubrique qu'on pourrait appeler "la meilleure vidéo que j'ai vu sur youtube cette semaine" mais avec un titre plus court et moins didactique. C'est une de mes rubriques favorites et pas seulement parce que c'est celle qui me demande le moins d'effort. Or donc cette semaine, la meilleure vidéo que j'ai vue sur youtube c'est celle de DudeN'Em pour leur chanson "Crazy". Ces types, déjà auteurs du brillant "Watch My Feet", sont avec Soulja Boy les leaders d'un mouvement qu'on pourrait appeler le "ringtone rap" qui semble être né des mutations du marché de la musique. Leurs morceaux ne sont que des accroches courtes et stupides idéales pour une sonnerie de mobile, leurs clips des infections virales conçues pour youtube avant MTV (avec des pas de danse que le fan reproduira en se filmant puis postera à son tour sur youtube) et tout espoir de vendre un album plutôt qu'un single abandonné en entrant (personne n'a été surpris que les ventes de l'album de Soulja Boy ne représentent qu'une minuscule fraction des ventes de "Crank That"). Le fait que ce soit la meilleure vidéo que j'ai vue cette semaine (et j'en ai pourtant vue plus que d'habitude) indique que soit c'était une très petite semaine soit youtube a fini par réussir à me réduire le cerveau en bouillie. A moins que cette polka hip hop avec son clip post moderne ne soit un véritable chef d'oeuvre de fun attardé.
Teo Macero et Miles Davis à nouveau réunis au studio "Heaven"
Teo Macero est décédé le 19 février dernier à l'âge de 82 ans. Pour beaucoup, Teo Macero restera le petit homme rondouillard derrière Mile Davis. Celui avec lequel l'autoritaire prince du jazz s'enfermait des heures durant dès que les musiciens avaient le dos tourné. Celui qui bricola comme un dieu sur Sketch of Spain, coupant, collant, raccordant à la sauvage, inventant l'échantillonnage et le cut-up sonore, à partir de bandes magnétiques (la technologie électronique high-tech d'alors !) pour un disque sur lequel l'usage de l'électronique justement, ne sera même pas créditée ! Et pourtant, ce disque doit tout aux outils techniques de son époque, aussi artisanaux soient-ils aujourd'hui, et il doit beaucoup plus encore à Macero, tout comme plus tard les fantastiques déconstructions influencées par Sly Stones et Jimi Hendrix de In A Silent Way, On the Corner et Bitches Brew.
Ce talent d'innovateur, le producteur, également saxophoniste et compositeur experimental, l'entretenait depuis les années. Déjà à l'époque de Porgy & Bess, en 1958, il copiait-collait des bandes, redonnant vie aux sons, transformant déjà la musique en flux d'information, s'investissant malgré lui précurseur des méthodes qu'utiliseront 40 ans plus tard, les musiciens et producteurs de house et de techno. Jusqu'à la fin, dans sa maison de Long Island, il fut le gardien du temple de la période électrique de Davis, couvant ses archives avec passion et donnant volontiers des interviews sur le sujet. Evidemment, Miles Davis est un grand du jazz, mais il serait injuste d'oublier les travaux de Macero avec Charles Mingus, Duke Ellington, Dave Brubeck, Thelonious Monk, Dave Brubeck, Leonard Bernstein, et j'en oublies, des années 50 jusqu'au début des années 70.
Grand ami des compositeurs d'avant-garde Edgard Varèse, Otto Luening et Vladimir Ussachevsky avec lesquels il fonde ce qui deviendra le Columbia-Princeton's Electronic Music Center, Teo Macero était de ces esprits curieux pour qui le jazz n'était qu'une ouverture parmi d'autre dans le vaste océan de sons offert par la musique. Pour preuve, au crépuscule de sa vie, ce fan de rock (il adulait Jimi Hendrix) collabora avec Prince Paul, Bill Laswell, DJ Spooky, DJ Logic et bien d'autres outsiders du dub et du hip hop. Autant dire que son lègue dépasse le cadre étroit des puristes jazz, et des autres. Respect. Egographie #5 : Devenir transparent, devenir machine
Je relisais récemment le livre du musicien, critique et essayiste David Toop, "Ocean of Sound, ambient music, mondes imaginaires et voix de l'éther", et il m'est apparu clairement qu'avec la prédominance actuelle des médias électroniques et la virtualisation de l'objet musical, ainsi que la multiplication des endroits dans lesquels nous étions amenés à écouter de la musique, la place du corps, et celle de l'auditeur, avait radicalement changé. La diffusion de plus en plus immatérielle de la musique, l'absence de visage de certains producteurs et DJ, la disparition du "jeu de scène", la distribution et l'échange de fichiers via internet, les lecteurs MP3, le iPod, etc. ont largement remis en cause la place du corps dans une musique qui fut il y a peu, entièrement dévouée au mouvement et aux regroupements.
Or, comme le fait remarquer David Toop, quand "l'océan des sons" devient numérique, ses frontières deviennent de plus en plus floues. Le champ de résonance musical mais aussi émotionnel perd ses repères familiers, "la musique n'est plus narrative - et donc forcément structurée - mais devient non-linéaire", selon les mots de l'auteur lui-même, or, l'auditeur attentif ressent fortement ce manque de structure. Il y a parfois une réelle frustration à l'écoute de certains disques. L'auditeur trépigne, hésite entre l'apathie, la concentration d'un long voyage sonore et les mouvements saccadés, les breaks et les bleeps. Il se produit alors une tension intérieure, car l'auditeur est partagé entre deux états : pas entièrement dématérialisé, mais déjà déterritorialisé, il touche aux limites de l'univers physique dans lequel il évolue sans pouvoir s'en échapper complètement. Pourtant c'est certainement ce que recherche l'auditeur en phase d'écoute prolongée : un dépaysement, une détente, une sortie du corps. Comment atteindre cet état de nirvana auditif et physique quand musique ambiante et design sonore se révèlent parfois aussi dérangeantes qu'une visite de centrale nucléaire (comme c'est le cas des œuvres d'Autechre par exemple) ? Nous vivons une époque sur-technologique où "l'envie de transcender le corps est un thème dominant (...)" dirait David Toop, et "les fantasmes de réalités virtuelles et de cyberespace, la science-fiction, expriment les désirs récurrents de quitter la "prison biologique" et de passer du stade humain, à celui de cyborg".
La tentative de fusion mentale et physique entre l'auditeur et les musiques électroniques contemporaines - particulièrement l'ambient et ses multiples dérivés (dub, industriel ou electronica) mais aussi la techno minimale, sa consoeur progressive plus psychédélique mais néanmoins mentale, ou encore le dubstep - représenterait donc peut-être une façon de renouer avec la spiritualité dans une société ou la technologie du virtuel semble pousser certaines personnes à devenir eux-mêmes des "machines". Certaines oeuvres électroniques (la techno de Detroit par exemple, Untrue de Burial, 37th Floor At Sunseth de David Toop justement ou encore les travaux les plus abstraits de Richie Hawtin ou Pan Sonic...) semblent réduire les limites entre l'homme et la machine, le temps d'un album ou d'un morceau. Elles permettent l'accomplissement fantasmé d'un accouplement momentané certes, mais efficace, entre l'homme et la technologie. Une fusion mystique en musique, en somme.
Qui sait, l'émergence de ces idées annonce peut-être une future "religion du virtuel désincarné", l'une des particularités de notre époque étant l'amalgame entre la spiritualité et l'univers informatique. Et il ne serait pas étonnant que la musique, dont toutes les évolutions se retrouvent à tous les niveaux de notre société, y soit en partie pour quelque chose... A suivre.
Eurovision : La dinde de la farce La marionette "Dustin The Turkey", une dinde, représentera l'Irlande à l'Eurovision avec la chanson "Irelande Douze Pointe", une satire du mesquin jeu géopolitique de distribution des points un samedi soir par an lors du concours le plus embarassant de la chanson mondiale (franchement, la Nouvelle Star, même avec Philippe Manoeuvre, ce n'est rien à côté). Je vous déconseille fortement de cliquer sur ce lien et d'écouter "Irelande Douze Pointe". Moi même j'en tremble encore.Vous allez me dire que je fais encore une fois mon grognon mais si j'ai ri avec Lordi en 2006, cette dinde me désole véritablement. Rappelons-nous qu'à une époque, l'Eurovision nous a permis de découvrir Abba. J'échangerais "Waterloo" contre toutes les candidatures "pour rire" d'Europe. Bien sûr on n'a pas eu ABBA tous les ans mais l'Eurovision, quand tout le monde essayait et le plus souvent se plantait lamentablement, ça avait quelque chose de touchant, de sincère. On pouvait se moquer de ce que la conception roumaine de la pop, le candidat français était toujours là pour nous remettre à notre place. L'union dans la médiocrité, c'était l'union quand même. Aujourd'hui on envoit des dindes et les Fatals Picards non pas pour ce moquer des autres mais surtout parce qu'on a trop peur de se ridiculiser soi-même.
J 'aimerais bien voir un peu de courage s'exprimer dans le choix du candidat français un jour. Qu'ils envoient un type célèbre comme Mathieu Chédid, au risque qu'il se plante, ou une inconnue talentueux avec une chanson écrite pour l'occasion par un des milliers de mecs à peu près talentueux de Paris qui ne rêvent que de jouer à Serge Gainsbourg et France Gall. A force de perdre et de changer de stratégie chaque année, on y viendra certainement mais pour l'instant, j'ai bien peur que les responsables français soient en train de chercher désespérement le numéro de tatayé. Aidan John Moffat : la b*te qui chante
I Can Hear Your Heart est une collection de 24 poèmes érotiques prononcés en mode spoken word et accompagnés d'arrangements qui évoquent les musiques de films des années 60-70 entre Hitchcock et Michel Legrand. Le disque est servi par un beau livret qui contient, en plus des lyrics, une nouvelle de quelques pages, plutôt bien tournée. Les titres sont d'une durée assez inhabituelle (rarement plus d'une minute et trente secondes) et peignent, pour la plupart, des scénettes tirées de la vie érotique (imaginaire ?) de l'Ecossais. On retrouve d'amusantes situations déjà croisées sur les albums de l'ancien duo, comme sur "Party At Your Boyfriends", où un ex retrouve son ex, une scène de coït en audiovision un rien embarrassante sur Fuck It. L'album de Moffat fait penser à cet instant à l'album Lovage de Dan Automator, entre sensualité réelle et ridicule jazzy. On y entend un peeping tom ahaner de la poésie à base de cunnilingus ou de double pénétration (l'affreux "Double Justice"), tandis qu'un piano inquiétant égrène quelques notes. I Can Hear Your Heart repose autant sur la qualité des textes de Moffat que sur l'étrange effet produit par l'enchaînement des séquences musicales, collages, extraits de musique militaire, chansons traditionnelles, messages répondeurs et autres piou-pious ("Beak") ou cris de bêtes. "I Will Walk" pourrait bien être la première chanson à boire expérimentale de l'histoire, un mélange des Pogues sans musique et de Philip Glass. Moffat a aussi l'humour ravageur et comme toujours le son du mot qui blesse. "We were talking about music and records, but every song you played me was shite / Then you got upset when I fell asleep halfway through that dreadful film that you insisted we rent last night" chante-t-il sur l'excellent "Nothing In Common". On se croirait dans la vraie vie.... La poésie érotique de Moffat est valorisée ici par cet incroyable environnement sonore, au point qu'il faut attendre assez longtemps avant de ressentir cette fatigue qui suit, en chair comme en disque, toute saturation de l'espace érotique disponible. I Can Hear Your Heart paraît alors un peu sec et arty pour nous mais rend compte de l'esprit aventureux et des obsessions d'un auteur que la ligne Arab Strap avait finalement tenu dans un cadre sûrement trop étriqué pour ses envies. Après l'album de Malcolm Middleton, on se dit que le plus insatisfait des deux, dans le duo écossais, n'était pas celui qu'on croyait. Peut-être après tout est-ce que Moffat en avait autant soupé d'avoir à tenir sa place au milieu de la scène et de jouer à la rock-star que son comparse d'être condamné à être son faire-valoir mélodique.
Albums cultes des géants du bizarre #32 : Miles Davis - On The Corner
Ce feeling on le doit à la trompette de Miles évidemment, ou devrais-je dire, la trompette "fantôme" de Miles en ce qui concerne On the Corner, car l'instrument fétiche de l'inventeur d'un certain minimalisme jazz, n'a jamais été autant à la fois présent et absent que sur cette œuvre au groove proprement chamanique. La trompette de Miles donc, électrifiée, branchée sur une pédale wah wah, ne se décline plus qu'en trilles hystériques, injonctions autoritaires, saillies et riffs désarticulés qui accompagnent la guitare de John Mc Laughlin quand elle ne singe pas carrément le jeu du guitariste au point que l'auditeur n'arrive plus à faire la différence entre les deux instruments. Ce qui est logique quand on sait ce qu'On the Corner doit au rock, autant qu'au jazz. Dans cette musique grouillante comme un "Maggot Brain", on sent l'influence de Sly Stones et de Funkadelic bien sûr, mais également celle de Jimi Hendrix ou de Santana, que Miles vient de découvrir par le biais de sa compagne d'alors, la chanteuse Betty Davis. Eternel curieux en quête de sons nouveaux, Miles Davis n'oubliera pas non plus d'inviter les musiques du monde, c'est pourquoi l'album résonne aussi de raggas urbains et de percussions tout droit importés du continent africain.
Mais au milieu de ce fouillis de textures et d'interventions extérieures, l'album bénéficie aussi d'étonnante plages de respiration, des pauses électroniques, qui elles, doivent beaucoup au Karlheinz Stockhausen de Mixture/Kontakt et Telemusik que Miles Davis écoutait avidement à cette époque. A propos de On the Corner les Allemands de Can diront même qu'Ege Bamyasi (1973) n'aurait jamais pu exister s'ils ne l'avaient pas écouté, et il suffit de se concentrer sur le jeu de batterie de Jack de Johnnette et Billy Hart, thème répétitif en constante mutation sur toute la première face d'On the Corner (et particulièrement sur "New York Girls") pour s'en convaincre. Injustement oublié, On the Corner restera l'un des albums les plus groovy du jazzmen emblématique qu'est Miles Davis, à des années lumières de ses expérimentations funk et hip hop des années 80, On the Corner synthétise avec brio la modernité du jazz et son aspect intemporel. Forcément culte !
Miles Davis - On the Corner (CBS, 1972) O, tragédie ! Mon préservatif est silencieux.![]()
Aujourd'hui je suis profondément déçu par le monde : alors que le brevet a été déposé en 1992, jamais le préservatif musical n'a été commercialisé. Une honte vraiment, quand on pense aux possiblités offertes par ce gadget futuriste ! Une petite puce sur le préservatif vous permet d'y enregister une musique (imaginez : "The Final Countdown", "La Chevauchée des Walkyries", "Benny Hill") ou votre propre voix (criant "buuuuuut" ou imitant le sensuel feulement de la panthère) qu'on entendrait à chaque fois que le "contact" se ferait. Le marché semble pourtant on ne peut plus mûr : les gens dépensent une fortune en sonnerie de portable alors que le téléphone ne sert qu'à se parler. Imaginez ce que les gens seraient prêt à dépenser pour s'assurer d'avoir la dernière sonnerie de préservatif à la mode. En attendant, nous allons devoir nous contenter des préservatifs Marky Ramone. Malcolm Middleton souffre toujours du coeur Les anciens comparses d' Arab Strap n'en finissent plus, depuis leur séparation, de se tirer la bourre par disques interposés. Aucune rivalité affichée ici ou expression de rancoeurs passées, juste une saine activité qui nous veut la multiplication à un rythme quasi-infernal selon les standards d'aujourd'hui (un album en 2007 et celui-ci côté Malcolm Middleton, un L. Pierre et un spoken word érotique pour Aidan Moffat, dont on a parlé il y a peu) d'albums solo et de tentatives pour exister en solitaire.Si ce nouvel album du guitariste de l'ancien duo écossais n'est (toujours) pas suffisamment décisif pour nous faire regretter le passé, Sleight of Heart s'écoute avec autant de bonheur triste que le précédent. Collection de seulement 9 titres (dont quelques reprises fameuses), l'album est nettement plus optimiste et apaisé (mou, diront ceux qui n'aiment pas) que le cru 2007. Middleton y évolue, sans rupture avec ses premières tentatives solo, dans le registre embouteillé mais toujours agréable des songwriters à guitare. La guitare est mélodique (12 cordes sûrement), la structure plutôt légère pour l'occasion (quelques cordes, une batterie rudimentaire mais lourde) et la voix "grain moyen" rarement ennuyeuse, d'un chanteur qui fait honnêtement son boulot. Emmené par un violon capricieux, "Week Off" donne le ton, introduisant un rythme faussement allègre autour des thèmes qu'on retrouvera tout au long du disque : la fatigue existentielle, les charmes et fardeaux du quotidien, l'amour et sa fragilité, le besoin de surnager avec sa liberté. "Total Belief" démontre une belle virtuosité et installe Middleton dans la lignée des folk singers des années 70, quelque part entre un Nick Drake avec les pieds sur terre et un Billy Bragg apolitique.
L'autodépréciation pointe le bout du nez sur le beau "Just Like Anything", emprunté à Jackson C. Frank, servie par des images particulièrement abouties "if i had a penny, i'd throw it in the sea to see if it would flow away and grow away a penny tree". "Follow Robin Down" est bouleversante de noirceur et d'espoir confondus sur la seule force de ses textes. Middleton cultive jusqu'à plus soif son image d'outsider malheureux dont la vie ne tient qu'à une corde de guitare. Le tempo ralentit encore un peu plus sur le classique et amoureux "Stay", repris chez... Madonna. "Love Comes In Waves", avec ses 7 minutes, constitue le morceau de bravoure de l'album. "Love is a battlefield", chante le rouquin qui ne dit pas autre chose que le gros Moffat. "Love is for boy racers and their cars. Love is a lie. I am a Liar. Love is a lie. You are a liar. Did you lie to me ?". La révolution ne sera pas pour cette fois mais on se contente de cette simplicité apparente d'ambitions et de moyens pour se lover dans un disque qui donne envie de se lamenter et d'être triste. Sleight of Heart est un compagnon de misère modeste mais estimable, une sorte de sécurité sociale pour les âmes en peine et les cœurs brisés. On ne lui demandera pas plus que ce qu'il peut nous procurer : une demi-heure de réconfort et de pop exemplaire. "Hey you. Dont ever leave and i'll never leave. Dont be scared of the universe. You are right. You come here and I hold you tight." C'est beau comme c'est con, le rock.
Malcolm Middleton - Sleight of Heart (Full Time Hobby/PIAS, mars 2008) Thomas Brinkmann : Lourd comme un cheval mort
It rocks !, c'est la première impression que l'auditeur éprouvera à l'écoute de ce nouvel opus de l'Allemand qui s'accompagne ici de Winston Tong de Tuxedomoon pour un hommage non déguisé à la new wave et au rock dans sa veine la plus electro. Rassurez-vous, cela reste très raffiné, les filiations ne sont pas évidentes et constamment reliées au présent, à l'ambient et à l'electronica. Avec When Horses Die, ne vous attendez pas à de l'electrorock. Oubliez les sempiternels quatre accords, les rimes faciles et les voix insupportables. A la manière de Suicide dans les années 70, When Horses Die est un album électronique qui véhicule une "idée" du rock, plus qu'il "n'est" rock. L'allemand saisit l'essence, l'ambiance, de cette musique sans en copier les tics et les tropes. Le rock pour Thomas Brinkmann, s'exprime dans toute sa noirceur. Sur "Words" morceau manifeste qui ouvre ce disque éminemment vocal, Brinkmann, tel un Chopin ténébreux, articule son texte d'une voix caverneuse sur fond de piano solitaire. Un sentiment d'abandon plane sur tout l'album d'obédience Velvet/Suicide. When Horses Die semble issu des trottoirs de New York, reflets contemporains des facettes les plus dérangeantes du groupe un temps chaperonné par Andy Warhol (la décadence, l'addiction) ou du duo Alan Vega/Martin Rev (l'obsession du contrôle, l'hypertension). Forcément transgressif et extrémiste, When Horses Die se pare également de stupéfiantes circonvolutions psychédéliques ou d'un tempo martial EBM (voir "Uselessness" qui évoque le croisement de D.A.F. et de Nine Inch Nails dont le leader Trent Reznor est d'ailleurs remercié dans le livret). Sur "Birth & Death" ou "It's Just", pure heroin music teintée d'electronique plutôt discrète, on pense même aux dérives hallucinées de Spacemen 3, le mythique trio de rugby, auquel Brinkmann emprunte le roulement de batterie de "Revolution". Mais le producteur ne se contente pas de cette matrice référentielle, il façonne également de drôle de morceaux hybrides. De l'ambient rampant lourd "comme un cheval mort" ("Spiral"), des ballades désenchantées ("40"), de la jungle amorphe ("Meadows"), du dub industriel ("Souls"), du grime de bikers ("2suns")... A l'image de son créateur, When Horses Die se révèle un album inclassable, innommable et pourtant parfaitement passionnant.
Thomas Brinkmann - When Horses Die (Max Ernst/La Baleine, fév 2008) Eels compile pour la gloire du songwriting On avait légitimement fait tout un foin à la sortie du premier album des Eels, en 1996, en portant notamment aux nues le songwriting bizarroïde de son leader Mark Everett, E pour les intimes. Il faut dire que l'album, assez bien représenté ici, reste plus de dix ans après sa sortie, indémodable et l'un des exercices de pop décalée les plus marquants de l'époque moderne. Aveuglé par cette entrée en matière puis éclipsé par les dépressions bien réelles de leur meneur, l'accueil critique des Eels est devenu au fil des années de plus en plus discret et confidentiel, même si le groupe peut se targuer d'avoir fidélisé, tout au long de sa carrière, une clique d'admirateurs inconditionnels. La sortie simultanée d'une sorte de Best-of décennal, Meet the Essentials (1996-2006), en 24 titres, et d'une ample collection (50 titres) de faces B et inédits (Useless Trinkets) vient rappeler à ceux qui l'avaient oublié que la place des anguilles DOIT absolument être réévaluée.Ces trois disques chargés à ras bord sont une démonstration de force sans équivalent et amènent à la conclusion suivante : tout est bon dans l'anguille. Qu'on se replonge dans les titres les plus connus (le tryptique sacré "Susan's House", "Novocaine for the Soul", "Beloved Monster") ou qu'on réécoute des morceaux moins évidents ("Last Stop : This Town" et sa construction alambiquée, le burtonien "Flyswatter", le triste "It's A MotherFucker" et ses 2 minutes 10 de mélancolie, le sautillant et extrapur "Fresh Feeling" ou encore l'énergique "Saturday Morning"), on est frappé par la virtuosité musicale d'un groupe qui évolue dans à peu près tous les registres rock-pop sans jamais perdre son identité et son inspiration. La poésie de E est aussi habile que les meilleurs twists d'un Babybird, suscitant l'émotion autour de "petits faits vrais" qui transforment la réalité en une bizarrerie faite d'accidents, d'épines dans le pied et déceptions. Les chansons d'Eels finissent et commencent mal en général mais sont des chansons qui font systématiquement lever les yeux au ciel et toucher des oreilles un monde (musical) meilleur. L'équilibre entre le clavier omniprésent et la section rythmique (impeccable tout du long et qui donne au groupe sa dynamique si particulière, cette impression de s'épancher sans jamais s'étaler) est un miracle de positionnement sur chaque morceau. On pourrait passer trois pages à aligner les titres marquants ("Love of The Loveless", le magnifique "I Need Some Sleep") ou insister sur la présence sur Useless Trinkets de titres réellement passionnants, enregistrés sur scène ou en studio, qui montrent la capacité d'exploration et l'ouverture d'esprit d'un groupe qui n'hésite pas à servir des variations incessantes de ses propres morceaux ("Susan's Appartement", la série des "Beloved Monster"). Parmi les 50 titres présents, on citera, entre autres, le beau "Manchester Girl", le parfait "Flower", enregistré pour la BBC, ou encore la reprise aventureuse (pas si réussie mais intéressante) du "If I Was Your Girlfriend" de Prince. Parmi les raretés relatives, l'impeccable "It's Gonna Be Cool This Christmas", le sinistre "Funeral Parlor", l'incongru et sarcastique "Vice President Fruitley", l'étrange reprise tronquée de "Cant Help Falling In Love", ou encore le beau "SkyWriting". On devrait, si on était honnête (et avec un peu plus de place), citer chaque titre un par un, s'attarder sur les qualités de la voix de E, qui contrebalance son manque de puissance par un grain et une âpreté remarquables, et même dire qu'on pourrait aisément trouver sur ces 74 titres, 4 ou 5 tentatives qui ne fonctionnent pas comme il faudrait.
Cette double livraison place les anguilles quelque part entre XTC, Felt et les... Beatles sur la carte de la pop moderne, soit, avec Grandaddy peut-être et les Beach Boys, le meilleur groupe de vraie pop américaine jamais né et pas encore mort.
Vampire Weekend ou le dandysme afro-pop
Vampire Weekend, c'est un peu les anti-M.I.A. : quatre jeunes garçons de la bonne société américaine pris de passion pour l'Afro-Pop qui décident d'en importer tous les signifiants musicaux pour les adapter à ce qu'eux connaissent, c'est-à-dire la vie sur les campus des meilleures universités du Massasuchetts. On comprend que la démarche puisse énerver le genre de type qui reprochait aux Strokes d'être riches mais elle a le mérite de l'honnêteté mais on peut surtout se dire que les débats moraux, éthiques et politiques autour de ce groupe sont des plus ennuyeux. Bref, écoutons plutôt la musique : elle est fraîche, même si le mélange tenté n'a rien que XTC, Orange Juice ou les Talking Heads n'aient déjà réussi dans les années 1980. Ce qui est peut-être plus remarquable, c'est en fait la légereté et la modestie du groupe, qui laissent la place à chaque instrument de s'exprimer clairement sans en faire des caisses. Le chanteur Ezra Koenig énonce ses paroles avec une décontraction et un détachement qui rappellent celle d'un slacker indie rock des années 1990 à la Stephen Malkmus, le côté branleur en moins. La décontraction de ces garçons n'a rien du laisser-aller mais évoque plus une aisance et une élégance de dandy. Quelques morceaux comme "A-Punk", "Cape Cod Kwassa Kwassa" ou "Mansard Roof" ont un pouvoir de séduction immédiat et énorme, on ne se lasse pas de les réécouter : leur simplicité et leur économie d'effet leurs permettent de nous rester en tête sans nous énerver. L'album globalement est cependant très inconsistant et quelques chansons du milieu comme "One" ou "Bryn" sont d'une faiblesse impardonnable : la simplicité et la décontraction, c'est bien quand ça marche mais quand c'est raté, ça ressemble plus à de l'arrogance et de la fainéantise. Rock en strophes, 5ème édition Avant Rock en Seine, la Ville de St Cloud organise un concours d'écriture en deux temps en partenariat avec le festival. Rock en Strophes, c'est dans un premier temps un appel aux meilleurs textes écrits par les Franciliens et c'est enfin la mise en musique de ce texte et une présence assurée sur la compil qui sera distribuée lors du festival Rock en Seine, qui se tient chaque année au mois d'août dans le Domaine National de St Cloud.Le principe est de permettre aux habitants d'Ile-de-France de proposer leurs textes avant le 29/02. Une fois choisi, le texte sera proposé à des musiciens de la région et mis en musique dans des styles différents : rock, hip hop, slam... Les cinq meilleures créations musicales pourront ensuite figurer sur la compilation Rock en Strophes. Après Jacques Higelin, Cali et Olivia Ruiz, c'est au tour de Mathias Malzieu, chanteur de Dionysos, de parrainer cette 5ème édition. En 2007, c'était le titre "Oubliez-moi" qui avait remporté le concours, écoutez les cinq versions sur le myspace de Rock en Strophes. Pour les modalités d'inscription, c'est sur le site de la Ville de St Cloud.
James Murphy & Pat Mahoney : Funky Homosapiens
Evidemment, James Murphy qui ne fait rien comme personne, prend ici des libertés avec l'image que la plupart des gens se font de lui. Murphy encore une fois, tourne le dos aux rumeurs qui font de lui un opportuniste uniquement motivé par la reconnaissance et la hype. Secondé par son comparse, le boss de DFA choisit d'exhumer une sélection impeccable de funk d'outre tombe et de disco gay obscur sur lequel flotte encore une odeur musquée de backroom mal ventilée. Pas de punk funk facile ici, pas d'electrorock bas de front, pas de velléités fluo qui piquent les yeux ou de titres vus ou entendus sur toutes les compilations mutant disco actuelles, non, rien que de la bonne vieille musique de dance (to the) underground, la vraie, celle qui sévissait sur les dancefloors de New York de 1976 à 1980. Murphy et Mahoney dégotent par exemple les trépidants "Beginning of the Heartbeat" et "Don't Don't", fameux titres du Love of Life Orchestra parus uniquement sur un single 12", sur lequels s'expriment entre autres, Arto Lindsay, Peter Gordon et David Byrne des Talking Heads, dont la guitare rythmique funky et sèche comme un coup de trique, accompagnée des distorsions géométriques de Lindsay, donnent tout son relief au morceau. Minimal electro funk (un "Primetime (Uptown Express)" pre-Detroit de Baby Oliver, "I Got My Mind Made Up" d'Instant Funk, "Adventures In Bickett Wood" de Mudd), funk à paillette ("Love Has Come Around" de Donald Byrd & 125th St, NYC, , "Lies", GQ), classiques indémodables ("I Feel Your Love Comin' On" de Chic, "Tell Me That I'm Dreaming" de Was (Not Was), tout ça fait à la main, avec en prime ce son compressé et approximatif généré par une bonne vieille Bozak, console analogique mythique et quasiment introuvable. Alors évidemment, on peut reprocher à cet album ses titres enchaînés comme une compilation plutôt que véritablement mixés par un James Murphy et un Pat Mahoney qui s'y connaissent visiblement autant que moi en matière de Djying, mais ce serait injuste, et surtout, hors-propos, Fabriclive 36 étant avant tout un effort de vrais fans de musique qui nous offrent et partagent tout simplement ce qu'ils aiment. Comme dirait Herbert Leonard, "pour le plaisir" et rien de plus". ; )
James Murphy & Pat Mahoney - Fabriclive 36 (Fabric/Pias) Ce soir, RIEN et c'est tout !Décidément, impossible de transiger au jeu de mot laid avec le groupe grenoblois Rien. Rien donne tout, ce soir, à la flèche d'Or, et c'est gratuit comme d'hab. (J'en profite au passage pour annoncer un peu à l'arrache une autre date immanquable que je vais manquer : le concert de Naïve New Beaters le 29 février...)
Rien sont au moins quatre garçons (et plein de potes qui gravitent autour) jouant une sorte de rock majoritairement instrumental, tantôt aérien (Pink Floyd et consort des 70's) tantôt violent (Mogwai et consort des 90's). Leur second album, "il ne peut y avoir de prédictions sans avenir" se pose encore de temps à autre sur ma platine et provoque à chaque fois cette même jubilation, celle d'une musique franche, directe et diablement bien fichue ! Aussi venez boire des demis à 4 euros (à consommer doublement avec modération, donc) et profiter d'un set parisien que l'on prédira extra... s'il ne leur arrive rien... En attendant, un showcase FNAC Grenoble a atterrit sur Dailymotion. No guitars, Just fun, Enjoy! Aidan Moffat : le retour du Grand SatyreSéparé pour de bon de son comparse Malcolm Middleton, Aidan Moffat, le grand gourou des Ecossais d'Arab Strap, se rappelle à notre bon souvenir avec un album intitulé I Can Hear Your Heart. Composé d'une vingtaine de morceaux originaux (la plupart ne dépassent pas la minute), ce premier véritable disque solo après l'expérience électro de Lucky Pierre et avant la mise sur orbite de son futur groupe The Best-Ofs, I Can Hear Your Heart est un album de spoken word érotique. Moffat y revient brillamment, souvent seul, mais accompagné d'une bande-son vintage entre musique de chambre, piano à queue et vieux film porno allemand des années 70, sur ses obsessions habituelles : le couple, sa décadence et surtout sa sexualité. Les quelques titres disponibles sur son site, dont le "Super Sexxxy Real Live" présenté ici, donnent un aperçu du travail salué unanimement par les critiques britanniques. "Moffat est le plus grand poète du Royaume" a-t-on ainsi pu lire dans un canard de référence. La poésie érotique et domestique de Moffat, qui faisait déjà la force d'Arab Strap, est ici exposée sans effet, nue et brutale, savoureuse et vénéneuse. Avec son physique d'instituteur pédophile et son début de couperose, le barbu provoque, dissèque et ne refuse aucune évocation, s'affirmant au fil des textes comme l'une des plus étranges et percutantes figures du romantisme moderne. Cerise sur le gâteau, Chemikal Underground a mis en place un mini-site dédié qui permet d'écouter quelques titres en ligne ainsi que de découvrir l'essentiel, le livret et les textes des chansons. Ca s'écoute et ça se lit ici mais on y revient très vite. OM et Buried at Sea : l'anti-musique de greugreuSoyons honnête, pourquoi écrire sur le metal dans ces pages alors que je n'en écoute jamais, ou presque ? Parce que la plupart des disques que je chronique ne sont pas vraiment du metal tout simplement. A la rigueur du metal pour "hipster", et encore. Il est évident de toute façon que les vrais amateurs du genre ne viennent pas sur Playlist pour nous lire, ou alors par hasard. Et puis que reste-t-il du genre lourd bardé de riffs qui correspond à cette musique chez les deux autistes de OM par exemple ? Pas grand-chose en fait.
Après le sublime Conference of The Birds, OM, incarné par Al Cisneros et Chris Hakius, soit la section rythmique de feu-l'entité stoner-doom metal Sleep, poursuit sa route vagabonde vers d'autres cieux et nous offre avec Pilgrimage, une nouvelle raison de s'extasier sur les mutations du genre énervé par excellence. Car malgré le calme relatif qui règne sur cet album, à quoi pouvions-nous nous attendre avec un titre pareil si ce n'est à une musique onirique et farouchement mystique ? De fait OM, c'est un peu ce qui reste du metal quand la guitare et les gargarismes viriloïdes ont laissé tomber la partie. Pilgrimage c'est une longue plainte chuchotée où la poésie farouche des bourdonnements profonds générés par les riffs de basse et les roulements de batterie, n'empêchent en rien la mélodie. Un paysage de sons troublés qui se répètent à l'infini, pure drone music de l'âme qui offre une plage de rêve à l'auditeur capable d'une écoute respectueuse et attentive. Quatre morceaux donc, et un peu moins de 40 minutes de délicieuses dérives et vibrations au coeur d'un sanctuaire englouti. Magique !
Dans un genre proche, bien que plus impitoyable, Buried at Sea signe son dernier opus (la séparation du groupe est officielle), avec Ghost. Oeuvre dépressive et angoissante, Ghost est emblématique de ce metal en perte de repères dont on dirait que les exécutants ont glissé dans une faille temporelle le temps de l'enregistrement. Avec Ghost, Buried at Sea perd la boussole pour notre plus grand plaisir. Sur cet unique morceau de plus de 30 minutes, la marée monte lentement, la houle se fait de plus en plus forte, portée par une basse encore une fois omniprésente, jusqu'à ce qu'un déluge de guitare et la furie vocale du chanteur, qui évoque parfois celle d'Aaron Turner d'Isis, déclenchent la tempête tant redoutée. La métaphore marine est facile, mais à l'écoute de Ghost, on ne peut s'empêcher de penser à un ultime voyage. Buried at sea signe là un manifeste post-doom suicidaire, une noyade sonique et tragique dont peu, à commencer par les membres du groupe, se remettront. Prenant mais salvateur. OM - Pilgrimage (Southern Lord/Differ-Ant) Buried at Sea - Ghost (Neurot Recordings/Differ-Ant)
http://www.myspace.com/variationsontheme Strange Breaks & Mr Thing : American BoogieSur le site de BBE Music, le musicien et label manager Peter Adarkwah s'explique, "Mon idée avec BBE, c'est de fournir une plate-forme créative à mes producteurs favoris. La série existe grâce à une suite de coïncidences - une combinaison de hasards et de rencontres qui doivent beaucoup au pouvoir de la culture hip-hop. Cette initiative a été couronnée de succès car elle m'a permis d'intégrer au sein d'un même label les différentes influences qui m'ont inspiré jusqu'ici. La plupart des producteurs que j'admire ont de vastes collections de disques, de musique brésilienne, de rock, de jazz, de disco, de house etc. Avec BBE, j'ai décidé de donner à ces producteurs et musiciens, la possibilité d'exprimer toutes les facettes de leur talent". Et en effet, avec BBE Music (pour "Barely Breaking Even Records", soit "des disques qui dépassent à peine le seuil de rentabilité", en VO) Adarkwah illustre depuis maintenant 12 ans, une certaine idée de la culture black et de la musique en général. Celle du métissage et de l'ouverture, qui reste pourtant en constante connexion avec ses origines.
A suivre, puisque c'est promis, nous reparlerons de ce label riche et passionnant...
Mr Thing - Strange Breaks & Mr Thing
Albums Cultes des Géants du Normal #5 : The Shins - Chutes Too Narrow
Ah oui, sauf que... Ils ont enregistré UN très bon album. Chutes Too Narrow, le seul de leurs trois disques à ne pas être plombé par une aspiration à l'originalité dans sa production. Musicalement, The Shins est le groupe le plus ennuyeux du monde en presque tous points et sur ce disque ils ont décidé de ne pas essayer de le masquer. Heureusement, parce qu'ils sont encore pire quand ils tentent des effets de manches avec des nappes de synthés et plus de réverb' que dans un hangar à bateau en tôle. Sur Chutes Too Narrow on entend juste le groupe jouer, tout juste accompagné de l'occasionnel violon ou xylophone. Ca veut dire qu'on entend mieux les paroles terriblement emo et que même le fan d'indie rock avec le plus gros cache oreilles critique est forcé de reconnaître le manque total d'imagination du groupe mais ça veut dire aussi qu'on a une chance de juger ces chansons pour elles-mêmes et pas juste pour les barbes de ceux qui les jouent.
Or donc, elles sont plutôt bonnes ces chansons. Plutôt très bonnes même. James Mercer, songwriter et chanteur du groupe, a un sens de la mélodie proprement hallucinant. Il développe des thèmes complexes et subtils, promène sa voix autour d'eux avec une aisance apparente qui masque la complexité de ses mélodies et compose des structures alambiquées qui tiennent debout avec l'évidence de la plus simple des chansons pop. Mercer est un songwriter purement américain, qui mérite toutes les comparaisons à Burt Bacharach qu'il reçoit. Le groupe derrière lui fait preuve d'efficacité et de subtilité, se mettant totalement au service des chansons avec des arrangements un peu folk-rock qui évoquent auss bien Nick Drake et les Byrds que Big Star et Left Banke.
Avec un tel travail d'orfèvre, un classicisme aussi séduisant, on pardonne bien des paroles comme "After all these implements and text designed by intellects / So vexed to find evidently there's just so much that hides / And though the saints of us divine in ancient feeding lines/ Their sentiment is just as hard to pluck from the vine" qui veulent dire dieu sait quoi et ressemblent au blog d'un étudiant américain inscrit en cours d'"écriture créative". Pour dix chansons comme ça, on veut bien pardonner toute l'esthétique du groupe. Marcus Schmickler : un artiste à BabyloneIl n'y a pas de justice en ce bas monde. S'il y en avait, des artistes comme Markus Schmickler seraient reconnus à leur juste valeur, et ce n'est pas le cas. On ne peut pourtant pas reprocher à l'Allemand d'être inactif, ou de se contenter d'un domaine de création restreint puisque cela fera dix ans cette année que ce musicien, producteur et manager se démène comme un beau diable pour faire exister une musique "autre". Avec son label A-Musik, il est le premier à signer Microstoria, Holosud, FX Randomiz, Schlammpeitziger, Data Politic et Felix Kubin. En temps que musicien il se fait connaître sous différents pseudos et différents projets incluant l'ethno électronique de Wabi Sabi, la techno primitive et tribale de Pol (sans "e") ou le néo-krautrock de Pluramon qui nous intéresse ici. Sous son nom propre, il signe également Amazing Daze que nous chroniquions l'an dernier, et aujourd'hui le centrifuge Alter of Science. Vous l'avez compris, Schmickler est un artiste curieux, ouvert, hors de toute chapelles et c'est ce qui fait tout son intérêt.
Pluramon - The Monstruous Surplus (Karaoke Kalk/La Baleine)
Genesis torture jusqu'au bout de la nuit...
Sans qu'on sache si Genesis fait aujourd'hui de la new wave ou du rock progressif, de la daube FM ou une musique-jadis-désignée-sous-le-terme-de-rock, le moins que l'on puisse dire est qu'on ne comprend pas pourquoi les gens applaudissent entre les prises. On aurait pu trouver quelques qualités à "No Son of Mine", pour son texte et son allure fringante, si le groupe n'avait poussé le vice jusqu'à nous en donner pour 7 minutes qui épuisent notre bonne volonté. La version du sympathique et engagé "Land of Confusion" est plutôt agréable mais se prolonge sur une série de titres plus horribles les uns que les autres. Le sentimental "Afterglow" fout le cafard tandis que l'interminable "Hold On My Heart" cherche toujours après plus de 4 ou 5 minutes son idée de refrain. A 12 minutes, "Home By The Sea" donne l'envie de se jeter dans la mer un jour de grande marée et spécialement lorsqu'à mi-course, le titre nous offre un pont instrumental que les idiots de Sigue Sigue Spoutnik auraient trouvé trop laid pour figurer sur l'une de leurs faces B. La dimension expérimentale de Genesis est aussi douloureuse aujourd'hui qu'elle était exaltante lors de ses premières années, tutoyant un psychédélisme baroque et boursouflé qui repousse les limites du supportable."Mama" ressemble à un long tunnel d'autoroute où l'on serait poursuivi par le fantôme de Frankie Goes To Hollywood. On vous passe les horreurs qui suivent pour signaler que "Los Endos", en 17ème position, est à découvrir et qu'il vaut mieux ensuite aller se fendre la pêche avec le final : "Invisible Touch" (single et album éponyme estampillé 1986) est dans ce désastre un titre qui vous paraîtra aussi bon que n'importe quel Cock Robin, "I Cant Dance" vous passera l'envie de danser, voire d'écouter de la musique, jusqu'à la fin de votre vie.
Ceux qui prétendent qu'il en faut pour tous les goûts et toutes les couleurs sont des menteurs. Il n'est résolument pas possible d'écouter ça et de se revendiquer de la race humaine.
"Si tu reviens, j'annule tout", Jeanne Cherhal chante le SMS de Sarkozy Après le groupe Facebook "Si tu reviens, j'annule tout" (d'ailleurs, allez faire un tour sur le groupe Flu sur Facebook), voilà que Jeanne Cherhal, chanteuse de profession, propose sa vision des choses quant à cette histoire de SMS que Nicolas Sarkozy aurait envoyé à son ex-femme Cécilia. L'affaire du SMS envoyé quelques jours avant le mariage Sarko/Bruni a inspiré Cherhal qui en a fait une chanson à écouter sur sa page myspace. Une petite berceuse et des paroles énigmatiques bien que drôles : "J'étais comme un cochon qui danse pas très joli à regarder / j'ose l'avouer, mon existence faisait moins envie que pitié". Qui est le cochon, dans cette histoire ?Monika : Une fille plutôt sage pour son âge
C'est aussi ce qui donne envie de saluer cette compilation, Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom, réunissant la fine fleur du label, soit des artistes - majoritairement féminins - choisis par la tête pensante de Monika Ent. et enchaînés, avec élégance, comme sur un véritable album. Sur cette rétrospective on notera entre autre l'omniprésence des filles sélectionnées pour la série "4 Women No Cry" initiée en 2005. C'est le cas d'Eglantine Gouzy & Landini, sur le magique "L.A.", un titre oscillant entre electronica et pop, mais aussi des miniatures à la fois expérimentales et mélodiques de Chica & The Folder, Milenasong et Rosario Bléfari (cette dernière étant la plus "rock" des trois). Pour le reste, les amateurs retrouveront avec plaisir l'electro-pop-rock imaginative de Masha Qrella (dans une relecture electroacoustique du "Goodnight Lovers" de Depeche Mode), l'ethno electronica élégante de Robert Lippock, le folk répétitif teinté d'electro de Max Punktezahl, l'autre révélation de ce disque, ainsi que la minimal techno de Gudrun Gut et Quarks ou les paysages sonores de l'exceptionnelle Barbara Morgenstern. Ni cérébral parce que toujours poétique, ni bêtement dansant parce que toujours subtil, Monika Bärchen affiche une ouverture d'esprit bienveillante tout en gardant la pertinence de ton reconnaissable entre tous et propose une agréable alternative au formatage des musiques électroniques actuelles.
V/A Monika Bärchen - Songs for Bruno, Knut & Tom (Monika Ent./La Baleine)
Allergique à Sean Paul
Selon le site du Daily News, un jour Stacey Gayle a réalisé que ses crises en apparence imprévisibles étaient en fait causées par la chanson "Temperature" de Sean Paul (mais aussi "Umbrella" de Rihanna et "Beautiful Girls" de Sean Kingston, autant de chansons difficiles à éviter). Elle souffrait en fait d'un cas très rare d'épilepsie "musicogène". Il n'y aurait que cinquante à cent cas repertoriés par la médecine moderne. Stacey Gayle est allée voir un neuro chirurgien plutôt dubitatif. Elle a lancé la chanson de Sean Paul et a provoqué devant lui une crise pour lui ôter le moindre doute. Le neurochirurgien lui a enlevé un petit bout de son lobe frontal et depuis mademoiselle Gayle dit être enfin capable d'apprécier la chanson de Sean Paul. Moi je n'aime toujours pas "Temperature" mais j'imagine qu'il serait de trop mauvais goût pour moi de suggérer qu'il faudrait me lobotomiser pour me faire aimer le reggaeton. Je dirais donc juste que même si je veux bien céder du terrain sur Diam's, même moi j'ai mes limites. iBoxer, le calbut iPod friendlyUn boxer pour ranger son iPod au chaud ! Fallait y penser, non pas tellement en fait...fallait surtout oser penser commercialiser le dit-gadget. Des caleçons pour homme et des shorts pour les filles avec petite poche extérieure pour y glisser son lecteur mp3. Play Underwear, voilà le nom de l'entreprise qui nous permet d'accéder à ce fabuleux privilège...dire qu'avant on faisait sans cette petit poche.
Ghislain Poirier : Sono Global
En plus du gros dancehall numérique (Poirier est l'organisateur des fameuses soirées montréalaises "Bounce le gros") et de l'authentique chaleur analogique pour sono mondiale que nous propose le producteur québécois, No Ground Under résonne des tragédies - et aussi des espoirs - du monde dans lequel nous vivons. Ici les rythmiques bounce massives répondent aux secousses géopolitiques qui font résonner notre planète et les titres de nombreux morceaux, tels "Diaspora", "Exils" ou "It's A War War War", en font largement écho. Mais si vous vous attendiez à vous amuser, ne partez pas ! Le fait est qu'on craque avant tout sur cet album pour ses basses "énaurmes", la finesse de ses rythmes, ses nombreux featurings, son crunk cradingue, son electro funk décomplexé et futuriste, ses riddim enthousiastes et communicatifs ("Go Balistic" feat Zulu). Evidemment No Ground Under vaut pour tout ça mais aussi pour les magnifiques perles electronica, "Hit & Red", les trouvailles world déjetées "One Hand Can't Clap" ou "Exils" feat Abdelhak Rahal, le platinisme échevelé, "It's A War War War" ou le jazz tordu mêlé de racines caraïbes de "Mangnen L'Boulé" (feat Nik Myo). Certains adoreront (c'est mon cas) l'hilarant (pour l'accent, je sais c'est méchant) mais touchant et poétique "Jusqu'en haut" des TTC québécois Omnikrom, le funky "City Walking" (feat. Abdominal), à mon humble avis LE hit de cet album jouissif de bout en bout, sans oublier les perles d'electro hip hop bien sûr, "No More Blood" feat Face-T, "Ladies & Gentleman" (feat Ambitieux, DJ Netik), "Dem Nah Like Me" (feat Mr Lee G), un autre sommet d'hypnotisme sombre et pièce maîtresse de l'album.
Ils sont peu nombreux les albums qui savent si bien mêler fun et conscience, qui savent faire danser et réfléchir. No Ground Under c'est un peu "la tête et les jambes" et c'est pour ça qu'on l'aime. Je le dis carrément, "achetez-le !"
Ghislain Poirier - No Ground Under (Ninja Tune/Pias, fév 2008)
Scoop : la musique ne peut pas changer le monde
Neil Young a donc déclaré récemment lors d'une conférence de presse pour le film de Crosby, Stills, Nash And Young qu'il était venu présenter à la Berlinale : "Je crois que le temps où la musique pouvait changer le monde est passé, je crois qu'il faudrait être très naïf pour croire le contraire de nos jours". Oh, Neil, tu rends les choses si faciles aux journalistes. Au moins, ça fait les gros titres et on parle un peu de ton film. Tu avoues aussi l'inutilité du dit film consacré à la tournée "freedom of speech" des vieux hippies en 2006. Il a ajouté "Je crois que le monde est aujourd'hui dans une autre disposition et qu'il est temps pour la science, la physique et la spiritualité de faire une différence dans ce monde et d'essayer de sauver la planète." Parce que bien sûr, dans les années 1960 voyez vous, la musique d'une poignée de hippie avait plus d'impact sur la société que la bombe atomique, la télé et l'Eglise. Et il essaie de faire passer ça pour de la modestie !
Je me méfie toujours de ceux qui disent que leur art change le monde et je me méfie encore plus de ceux qui disent que l'art ne change rien à rien : les Beatles n'ont pas stoppé la guerre du Vietnam, l'exposition de la plus grande partie de la population mondiale depuis quarante-cinq ans à la musique des Beatles ne peut pas avoir été sans conséquence.
Toujours dans la catégorie scoop, Beck a récemment révelé que les paroles d'Odelay n'ont aucun sens. Par la coupe de cheveu du diable ! Hip hop : le dossier sur Fluctuat !![]() Le hip hop, un vaste courant et mouvement artistique populaire (dans le bon sens du terme) dont l'impact sur notre culture et notre réalité sociale se mesure encore aujourd'hui. Théoriciens du sampling, DJ et producteurs actuels, beaucoup doivent leurs carrières, et l'existence même de leur art, à quelques figures majeures du mouvement hip hop. Sommes-nous bien conscients de l'importance du lègue qu'une poignée de Jamaïcains, d'abord, puis d'afro-américains, nous ont laissés ? Aujourd'hui le hip hop est une économie, il représente plus de quatre billions de dollars au sein de l'économie de loisirs mondiale et compte plus que sa part de railleries et de clichés, mais cela ne doit pas nous faire oublier la richesse de son histoire, la créativité de ses outsiders, ceux qui se sont éloignés du devant de la scène pour œuvrer dans l'ombre, ces peintres de rues, ses chantres et ses prophètes. Fluctuat se devait de revenir sur cette musique bien vivante, ses racines, son histoire, son influence et son futur, dans un dossier à la (dé)mesure de cette vaste nébuleuse artistique. *C'est parti !* Lire le dossier Histoire du Hip Hop et profitez-en pour écouter notre radio hip hop.
Talk to Charlie par Charlie Mars et BoogersCopinage. Les lecteurs de Playlist connaissent sans doute le travail de vidéaste et de clippeur de Charlie Mars, qui avait déjà fait un petit carton avec J'habite dans le beat de Joe la Mouk. Il récidive avec le clip "Talk to Charlie" de Boogers, qui a été mis en orbite sur Dailymotion il y a une quinzaine de jours. Même univers graphique décalé, mêmes gimmicks Fluo Kids revus à la sauce weird... Ca tombe bien, puisque Charlie est actuellement invité du blog Aeiou pour une carte blanche consacrée à ses goodies vidéos dénichés sur Dailymotion. Vous pouvez même venir lui dire " Yukulélé, j'adore ce que tu fais " ici ou là, ou là. Toute la série en cours de Charlie Mars sur Aeiou. The Orb : Je rêvais d'un autre mondePosté par Maxence le 18.02.08 à 15:11 | tags : ambient, dub, électro, myspace, vidéos musicales, youtube
Sur ce The Dream annoncé comme le retour du messie, The Orb perd Thomas Fehlmann, membre fondateur du projet qui va et vient depuis le précédent, Okie Dokie It's The Orb On Kompakt. L'album n'ayant pas trouvé son public, on ne peut pas vraiment dire que The Orb perde réellement au change. Il faut croire que les expériences minimales techno de ce dernier n'entraient pas dans la ligne surréaliste et foncièrement mouvante, insaisissable même, des cyber-hippies de The Orb. Trop rigide, la recette de Okie Dokie n'avait pas plus convaincue les critiques qu'elle n'avait séduite la fan base. C'est peut-être la raison pour laquelle, dès l'ouverture de The Dream, on se prend à rêver d'un vrai retour du duo phare de l'ambient tel que nous le connaissions il y a 20 ans. Dès l'intro de "The Dream", qui en rappelle une autre, le fameux "Little Fluffy Clouds" de The Orb Adventures Beyond the Ultraworld, on retrouve ce qui fit de ce duo d'extraterrestres la machine à rêver chill out que nous adorions. Les voix fantomatiques, les clochettes et autres gri-gri new age, les mélodies planantes portées par une rythmique imperturbable de pères tranquilles. Sur "Lost & Found" et "Katskills" Paterson et Youth reviennent aux racines de ce qui faisait leur son, les échos et la basse lourde du dub. Les somptueusement cool "High Noon" et "Something Special" les voient même renouer avec la magie des débuts, incluant guitare à la Robert Fripp et invocations psychédéliques et tribales ("Phantom Of Ukraine"), hélas tout n'est pas parfait loin de là "au pays des merveilles de The Orb". On regrette par exemple les vocaux féminins indigestes ("Vuja De", "A Beautifull Day" ou le détestable "The Truth is...") qui parsèment l'album en alourdissant les compositions. On est même déçu par "DDD ", un titre qui aurait pu être une expérience passionnante d'ambient disco dub et qui ne s'avère finalement qu'un mélange bâtard de rythme 4x4 et de circonvolutions boursouflées. Des faux pas qui, s'ils ne gâchent pas vraiment les bons moments, donnent l'impression que le duo se perd, ne sachant plus quelle piste exploiter. Malgré l'ambition affichée et quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, The Dream n'est malheureusement pas le disque de The Orb dont nous rêvions. La prochaine fois peut-être...
En attendant, pour les nostalgiques, retour en vidéo sur le "Little Fluffy Clouds" quintessence de l'art de The Orb :
The Orb - The Dream (Stereo Deluxe/La Baleine) Erykah Badu de pochette en pochette
Fin Février, Nu Amerykah Part One : Fourth World War sera le premier album d'Erykah Badu depuis Worldwide Underground en 2003 (et encore, il n'était pas censé compter comme album, juste comme Ep malgré ses 50 minutes). J'ai entendu les premiers leaks par la fenêtre d'une voiture voilée qui est passée devant moi à toute allure sans que j'ai le temps de relever son numéro, et le disque s'annonce plutôt bien. Dans le clip du premier single "Honey", produit par 9th Wonder, on la retrouve en plein délire soul-funk 70's comme d'habitude mais avec un côté plus léger, chaleureux et ludique qu'à l'accoutumée dans la voix, les mots et les images. Ce n'est pas déplaisant du tout. Bon, maintenant, avez-vous reconnu toutes les pochettes pastichées ? Quentin, tu as gagné la Star Ac 7![]() Signe distinctif de Quentin : porter une chaussure de couleur différente et avoir gagné la finale de la Star Ac en 2008. Après Magali Vaé en 2006, Cyril Cinélu en 2007, c'est Quentin qui remporte l'édition 2008 de l'émission Star Academy face à Mathieu. Après les échecs des deux précédents gagnants dont les albums se sont faiblement vendus, Quentin réussira-t-il à redresser la barre du navire Star Ac ? Une tournée avec une partie de la promo 2008 qui voit certaines de ses dates déplacées dans des salles plus petites, voire annulées, on a aussi parlé de baisse des audiences...les signes de faiblesses sont évidents, malgré tout Alexia Laroche-Joubert a confirmé la reconduction de l'émission pour l'année prochaine. En écoute sur les radios de Fluctuat #1
Quoi de neuf sur les ondes des radio de Flu ? Envie de se faire un week-end dub, reggae ou d'écouter les dernières nouveautés ? Nos radios prennent le relai, lancez le player et ouvrez vos tympans. Vous avez une soif de nouveautés ? Radio Flu, vous proposer de jeter une oreille sur ses nouveaux arrivages. L'Américain, Kenna, pote de la clique Nerd, fait une arrivée fracassante, c'est un peu la tête de gondole de la semaine...notre hit du moment. "Say Goodbye To Love", pur concentré énergétique de hip hop, pop, avalanche de bons beats...tube garanti. Autre bonne découverte, française cette fois, avec le 2ème album des Parisiens de Hopper. Rock, rageur, Deergirl se goûte et s'écoute sur Radio Flu et Radio Pop Rock. On a aussi fait de la place pour le piano de Gonzales et son "Working Togeteher" et fondu comme neige au soleil devant les titres de Lucky de Nada Surf and more... et aussi le dernier M83. Hop et comme tout ça est bien brouillon, voici un récap de nos derniers ajouts radio par radios.
Radio Flu : Kenna "Say Goodbye To Love" / Nada Surf - Lucky / Folks - Seven ways ep / Hopper - Deergirl / Soulwax - Most of the remixes / Cat Power - Jukebox / Nick Cave And The Bad Seeds - "Dig Lazarus, Dig !!!" / la compil Disco Not Disco / Jean-Louis Murat - "Tel est pris" / Gonzales - "Working Together" / M83 - Saturdays = Youth Radio Pop Rock : Soulwax - Most of the remixes / Rivers Cuomo - Alone-The Home Recordings of Rivers Cuomo / Cat Power - Jukebox / Nick Cave and The Bad Seeds - Dig Lazarus, Dig !!! / Syd Matters - Ghost Days / Daniel Darc - Amours Suprêmes / Hopper - Deergirl / Folks - Seven ways ep / Nada Surf - Lucky / Gonzales - "Working Together" Radio Hip Hop : Kenna "Say Goodbye To Love" Radio Chanson Française : Rodolphe Burger - No Sport / Juliette - Bijoux et Babioles / Daniel Darc - Amours Suprêmes / Jean-Louis Murat - "Tel est pris" Bonne écoute et à la semaine prochaine !
Sheryfa Luna : la possibilité d'un RnB français ? Il y a quelques temps tournait dans les milieux...alternatifs, une blague immonde. Qu'y a-t-il de pire que le RnB ? Réponse : le RnB français. (rires) Heureusement pour nous, M6, responsable de l'excellent programme (documentaire) PopStars et accessoirement ancienne machine à clips, s'était promis de remédier à cette horrible réalité en nous offrant un candidat télé-réel susceptible de concurrencer les Américains sur leur propre terrain : celui de la musique. A l'issue d'une longue sélection mais d'un niveau plutôt faible, le jury, parmi lequel le producteur historique du NTM, l'estimable Sébastien Farran, et la poudreuse Ophélaï Winter, sortait de son chapeau une candidate enceinte à l'insu de son plein gré, Sheryfa Luna. La très jeune femme se trouvait ainsi investie de la lourde charge : faire du RnB français quelque chose d'aussi percutant, sensuel et professionnel que le RnB international. Sorti quelques mois plus tard, l'album éponyme de Sheryfa Luna n'est pas loin de remplir son contrat.L'album confirme que le RnB est avant tout affaire de production. La structure qui est derrière Sheryfa Luna assure une mise en musique efficace, dernier cri et qui n'est pas sans rappeler les sons qui habillent ou déshabillent un poids lourd comme Kylie Minogue. "Aime Moi" repose sur un clavier mélancolique, des rythmiques 70s et un système ingénieux de reverb vocal qui en font une chanson réellement attachante. "Fais un pas" raconte l'une des premières soirées en boîte d'une Madonna, vécue comme une épreuve initiatique. Là encore, l'accompagnement musical vient au secours d'une voix qui manque alors de caractère. Les textes sont amusants et investissent le même registre que ceux de Lorie : celui du dépassement de soi et de l'individualisme méritant "si son cœur bat très fort / Elle est prête à faire l'effort / A se dépasser / t'as le feeling / te laisse pas impressionner". L'album prend un relief particulier sur son titre 3, lorsqu'on découvre enfin la vraie signature vocale de Sheryfa Luna, une voix un rien branque mais qui dégage, dans son phrasé parfois maladroit, une capacité à émouvoir qui fait de "Quelque Part" l'un des meilleurs titres du disque (ça tombe, c'est le 1er single). La jeune femme traîne sur les mots, va un peu moins vite que la moyenne des RnBistes et ouvre une direction inattendue : celle d'un teen RnB au tempo ralenti, romantique en diable et terriblement... français. "Il avait les mots" (single n°2) raconte la belle histoire d'une toute jeune fille qui se fait blouser par un homme marié, avec un panache qui repose du punch fatigant des Nadyîa et autres croqueuse de Diam's. On recommence à s'amuser avec l'ultrafragile et acoustique "Des Choses Qui Ne Se Disent Pas" sur l'amour père-fille, le beau "On Ressent" ("lorsque j'aime je me donne entièrement /... / parfois je dois être un peu collante / ne me fais pas culpabiliser / depuis que t'as pé-cho /../ t'es en train de prendre ton pied / rien que d'y penser, j'suis dégouttée / la roue tourne / Je ne vais pas éternellement galérer", du grand art) ou le dramatique "Au Revoir". L'extrême banalité des textes, leur réalisme et leur simplicité deviennent la principale qualité d'une collection de chansons qui, en ne cherchant pas à poser à l'universel y parvient presque.
Si l'ensemble reste globalement décevant, Sheryfa Luna mérite, sur ses qualités, de prolonger le rêve en autonomie, sur un deuxième album, qu'on espère plus rustique et dépouillé encore. Quinn Walker, attachant faussaire Sur son premier et double album Laughter's An Asshole/Lion Land (véritablement, deux albums emballés ensemble), Quinn Walker propose un intéressant mélange de pastiches branchés et modernes, passant sans vergogne d'Animal Collective à Liars, empruntant un intermède à Sufjan Stevens ou quelques frippes freak folk à Akron/family. Le tout s'enchaîne souvent innocement, nous laissant régulièrement oublier où on est jusqu'à ce qu'on se réveille d'un coup en réalisant que eh, on a déjà entendu ça quelque part.Quinn Walker parvient cependant à s'établir une identité propre, en partie grâce à une instrumentation de bric et de broc qui doit certainement son originalité aux hasards des brocantes et des puces et à un humour de dingue léger qui aide à faire passer tous ces vols éhontés. Au final, bien que dans ce cas ils se gardent de toute citation directe, les disques de Quinn Walker évoquent principalement ceux des Flaming Lips pré The Soft Bulletin, quand Wayne Coyne ne se prenait pas encore pour le messie et que son groupe pouvait être réellement bizarre. Laughter's An Asshole et Lion Land sont inégaux et trop longs mais n'en sont que plus attachants. On pourrait bien avoir un très bon disque de ce gars là un jour prochain, ou du moins plus probablement douze bonnes galettes et le double de mauvaises en quelques années. http://www.myspace.com/quinnwalker Tiny Masters of Today, des zombies et Karen O'De passage aux dernières Transmusicales de Rennes, les Tiny Masters Of Today viennent enfin en février pour leur premier concert parisien, le 23 à la Maroquinerie. Pour le clip de "Hologram World", le duo juvénile a fait appel à Karen O' des Yeah Yeah Yeahs pour la réalisation et tout plein de gens moyennement connus pour la figuration ? Saurez-vous reconnaître les trois membres des YYY, un Beastie Boys (Mike D.), Sam James (The Mooney Suzuki), Gibby Haynes (Butthole Surfers) et Russel Simmins (The Jon Spencer Blues Explosion) ? Moi non !
Pour réserver vos places pour les Tiny Masters of Today à la Maroquinerie, c'est ici.
Mika et Christophe Willem sont trop maigres
Top albums 2007 :
Je déteste ça mais les chiffres sont là et ils m'obligent à prendre la position du journaliste snob qui explique au public qu'il a de la merde dans les oreilles. Véritablement, grand public, es-tu content de toi quand tu lis ça ? Bon, on peut trouver une consolation dans le fait que Mika et Christophe Willem sont loin d'être les pires. Et on se félicite aussi de voir que ces chiffres sont finalement très faibles : pas un seul disque n'aurait apparement approché le million d'exemplaires vendus ! L'album le plus vendu n'a été acheté que par deux Français sur cent. C'est rien du tout. Ca ne veut rien dire. A deux pour cent en politique, on peut toujours se brosser pour se faire rembourser ses frais de campagnes. C'est moins que le pourcentage d'azote dans votre organisme. Deux pour cent c'est suffisamment négligeable en termes de sucre ou de graisse pour qu'un aliment se prétende "léger" et soit marketé au près des obésophobes.
J'étais embêté par l'idée d'avoir quelque chose à trouver de signifiant à ces tops. Les deux numéros 1 sont grands et maigres. Ils sont vaguement disco. Ils s'adressent à la fois aux bobos et aux gamines. Qu'est-ce que ça veut dire ? Rien. On s'en moque : le top 50 n'a plus le poids suffisant pour être réellement significatif. Godspeed n'est plus ?La nouvelle est tombée ce week-end, Godspeed You! Black Emperor n'est plus. Le groupe canadien a décidé de mettre fin au suspense mou (tout le monde n'a pas le sens du feuilleton de notre cher président) qui régnait autour de sa reformation potentielle. La séparation officielle est notamment reportée sur le site du NME, pour une raison assez originale mais qui finalement sied à la bande des utopistes Montréalais : la guerre en Irak (numéro 2) aurait causé au sein de la formation une panique existentielle ("an existantial freakout"). Rappelons que la musique de Godspeed est essentiellement instrumentale, comme un long cri contre une certaine politique occidentale qui place l'ensemble des humains derrière l'intérêt des puissants. La bataille fait rage quant au style : rock progressif, post rock, avant rock, rock tribal, musique de chambre avec des guitares... Vous trancherez.
Ci-dessus : la pochette de l'EP "Slow Riot From New Zero Kanada" : tout un programme.
L'histoire du groupe est assez peu connue et les erreurs biographiques, en ces temps de fantasmagories virtuelles de l'Internet, nombreuses. Aucune véritable photo officielle de la formation, un site officiel laconique... Même la nouvelle sur le site du NME comporte son lot d'imprécisions, comme l'album "Tiny Little Hammers" de 2004 qui n'existe pas en réalité, ou le nombre de sorties discographiques (six, alors que l'on en compte cinq en incluant une K7 audio éditée à 33 exemplaires). Pour les membres de feu-GYBE, l'aventure musicale continue dans divers projets soutenus par les labels Constellation, Alien 8 ou Madrona ; il est en outre toujours possible d'écouter l'un des 32 enregistrements pirates de leurs concerts sur archive.org, tout en lisant le dossier Constellation publié dans nos colonnes. Je paraphrase maman pour finir là-dessus : les cimetières de la musique sont plein de groupes indispensables...
CORRECTIF : Godspeed n'est pas plus (mais n'en est pas pour autant vivant). Suite à une interview accordée à Drown in Sound pour la promo du dernier Silver Mt Zion, Efrim a tenu des propos sur GYBE qui laissent entendre, suivant l'humeur, que le groupe ne peut plus continuer, et cela EN PARTIE à cause de la guerre en Irak, en partie à cause de considérations personnelles. Un démenti du split du groupe a été reporté par Pitchforkmedia qui aurait contacté Efrim Menuck. Veuillez m'excuser pour mon emballement ! GYBE n'est pas mort, il est toujours comateux. Richard Swift : musique pour androïdes et moutons électriques
"The best way to relax is to lie down on your bed and stretch out", l'album a beau commencer par cet avertissement énoncé d'une voix apaisante, on avouera qu'il est difficile de réellement se détendre sur ses saynètes electroacoustiques oscillant entre krautrock et proto-ambient expérimental, car R/Swift, comme l'exprime parfaitement l'aspect usé de son CD, c'est surtout la science de la vieille technologie. Le souvenir d'une utopie technologique qui nous a fait rêver dans les années 70 et qui nous semble insignifiante et désuète aujourd'hui. Entièrement composé à l'aide de synthétiseurs analogiques, Music for Films of R/Swift s'aborde comme un hommage au Moog et à son plus grand interprète, le génial compositeur du fameux "Switched on Bach", Walter Carlos, musicien né en 1941, qui deviendra Wendy Carlos après son opération en 1968. On pense aussi à Brian Eno et ses premières expériences ambient, quand ce n'est pas Kraftwerk pour le parfait "Inst" qui ouvre l'album. "Inst" qui est par ailleurs une nouvelle preuve des qualités de compositeur de Swift, tout en étant le seul morceau à gimmick de ce disque ovni. Le reste n'est que sourdes vibrations, brumes de mélodies, percussions abstraites et micro-saturations. En un sens, Richard (Swift) fait penser à un autre Richard, D. James celui là (aka Aphex Twin). Hésitant entre electronica downtempo désossée (l'excellent "Shooting a Rhino Between The Shoulders", "Ghost of Hip hop"), ambient désincarné ("Subplot"), musique contemporaine lo-tech et déconceptualisée ("Plan A & Plan B", "Theme 5") et kosmische musik du pauvre ("War / Unwar", "Theme 3"), Music for Films of R/Swift s'affirme au fil des écoutes comme le genre de disque improbable qui ne vous quittera plus. Etonnant.
Instruments Of Science & Technology, Music for Films of Richard Swift (Secretly Canadian/ Differ-Ant) Décès d'Henri Salvador à 90 ans, le lion est mortLa nouvelle a été confirmée en fin de matinée par sa maison de disques (Polydor), le chanteur Henri Salvador est décédé aujourd'hui à l'âge de 90 ans. C'est une rupture d'anévrisme qui l'a emportée. Salvador avait fait ses adieux à la scène en décembre dernier au Palais des Congrès. Chanteur grandement inspiré des musiciens noirs américains, Henri Salvador était une personnalité multi-casquettes. En plus de sa musique aux frontières de la chanson française, du jazz, de la comptine pour enfants ("Une chanson douce"), le chanteur et guitariste a aussi tourné dans les cabarets parisiens en tant qu'humoriste et fait plusieurs apparitions à la télévision en tant que présentateur ou au cinéma. Après une petite retraite, Salvador revient en 2000 avec Chambre avec vue, un album en collaboration avec Keren Ann et Benjamin Biolay artistes de la jeune génération. On le voit aussi sur scène aux côtés de Benabar en 2004. Salvador, c'était une carrière longue de plus de 60 ans, un rire et une voix inoubliables, des costards à rayures, et c'était surtout des chansons populaires "Zorro est arrivé", "Le lion est mort ce soir", "Faut rigoler", "Juanita Banana" et le "Blues du Dentiste" interprété ici avec Benébar sur le plateau de l'émission Taratata...vidéo ! Pour en savoir plus, lire le portrait de Henri Salvador. Bruno Pronsato : mathématiques modernes
Il faut dire qu'avec Why Can't We Be Like Us, ce producteur maniaque élabore ce que certains pourraient appeler un "exercice d'architecture sonore de haute volée". Assidûment composé strate après strate, ce premier album est bâti à la manière d'un impressionnant mille-feuilles acoustique dans lequel, voix, rythme et espace cohabitent dans un océan de sons fluctuants et continuellement renouvelés. De son apprentissage en tant que batteur Pronsato a gardé le goût des polyrythmies complexes et sophistiquées (voir son travail rythmique quasi-symphonique sur "At Home I'm A Tourist" ou l'incroyable virtuosité de "Who Is Sarah Stern" ses infrabasses et autre micro-percussions), du rock, on retrouve également l'effet de saturation multicouche qui rappelle parfois la travail de production de Kevin Shields sur certains morceaux du dernier album de My Bloody Valentine, quand ce n'est pas les tonalités liquides du jazz mutant de Sun Ra. Savante et exigeante, en un mot "mentale", la musique de Pronsato l'est à bien des égards, mais elle n'est certainement pas dénuée de sensualité, ni d'émotions, comme le prouve "Slowly Gravely", "What They Wish" ou le très sexuel "Same Faces, Different Names". Ses longues dérives aquatiques ("An ill Collage") ont beau parfois rappeler les textures des premiers Two Lone Swordsmen (drivé par Andrew Weatherall, un autre rocker d'origine, qui revient au rock ces dernier temps) elles cultivent aussi un lien de parenté avec le funk cliquetant et hédoniste de Pantytec, dont Pronsato est grand fan. Plus généralement, ses moments de suspension (le très beau "What We Wish" au piano, ou l'éponyme "Why Can't We Be Like Us"), sa fluidité ("Who Is Sarah Stern"), son sens de l'espace (tous les morceaux), mis au service d'un groove subtil et escarpé, font de Why Can't We Be Like Us un des albums les plus fascinants de l'année.
Bruno Pronsato - Why Can't We Be Like Us (Hello ? Repeat/Nocturne) Lolmetal![]()
Les lolcats sont, si vous n'avez pas la chance de les connaître, un des "mèmes" les plus pitoyables du net : des images de chats (eurk) auxquelles on prête des paroles dans un langage débile/mignon (aaargh!) dans un but qu'on présume comique à défaut de le comprendre vraiment. Il faut être un sociopathe au dernier degré pour mettre des lolcats sur son blog ou son profil Myspace/Facebook. Le seul intérêt des lolcats, c'est d'offrir des possibilités de parodies illimitées : je connaissais déjà les lolbots, voici maintenant les lolmetals ! Moquons-nous du métal en nous moquant des lolcats. Et des chats. Et des geeks. Et de nous même, probablement.
![]() Amy Winehouse rafle les Grammy AwardsAmy Winehouse n'était pas à la cérémonie des Grammy Awards qui a eu lieu dimanche soir à Los Angeles et pourtant elle était bien présente ! La chanteuse qui a séduit la terre entière de son "They’re tryin to make me go to rehab" est donc finalemet allée en rehab ("cure de désintox") et a remporté cinq récompenses lors des Grammy ...la plus grosse mise de la soirée !! Meilleur espoir féminin et meilleur titre entre autre avec "Rehab". Elle s'était vue refuser son visa d'entrée aux Etats-Unis, mais on lui a accordé une petite sortie qui lui a permis d'interpréter en direct et par satellite deux titres pour la cérémonie. A la suprise générale, parmi les 5 titres qu'elle a remporté, celui du meilleur album lui a été ravi par Herbie Hancock. Enfin l'autre gagnant de la soirée, c'est Kanye West qui a obtenu quatre récompenses dont celle du meilleur album de rap pour Graduation. Triple R Selection 6 in The Mix : Trapez acrobatique
Alors que la sélection 5 parue il y a un an privilégiait une techno minimale plutôt funky, cette Selection 6 se présente comme un volume particulièrement trancey. Les amateurs répondront qu'il s'agit d'une constante des productions Traum et ce n'est pas faux. Le label est en effet connu pour la diffusion d'une musique dont le plaisir se mesure à la qualité de l'hypnose induite par le produit proposé. Ses qualités stupéfiantes, ses combinaisons spatiales, son groove implacable mais subtil, son minimalisme tout sauf stérile qui se prête aussi bien à l'écoute horizontale qu'à l'exutoire vertical les deux pied on the floor, chaque élément semble savamment calculé et mis en place à dessein. Dans ce domaine on retiendra particulièrement l'univers mental de Reggy Von Oers et le minimal funk de SLG, indéniablement les deux révélations de cette sélection. Dès l'intro krautrock (d'aucun dirait "kosmische") de Reinhold lui-même, Triple R transporte l'auditeur vers des sommets répétitifs et entêtants rarement atteints. Echos, rebonds, hypnose et bassline quasiment indécentes, le mix évolue inexorablement vers un orgasme spontané. Du décollage space de "Cytric" (Reggy Von Oers encore), "Endless Ride" (Salvatore freda & Massimon Stefanelli) ou "Dandelion" (Red Robin & Jakob Hilden) au psychédélisme de 3 Channels ou Massi DL jusqu'au final monstrueux toutes sirènes dehors d'un Alex Under en pleine montée acide ("Trapezones Erectos", extrait de son prochain album), Triple R Selection 6 est une invitation pure et simple à l'abandon, une voix royale toute tracée vers la trance, un manifeste techno galactique, bref, encore une très belle invitation au voyage signé Traum. Triple R Selection 6 : Trapez Compilation - in the mix (Traum/Nocturne) Thriller, le mythique album de Michael Jackson fête ses 25 ans![]() Après les anniversaires, les anniversaires de mort, nos calendriers doivent maintenant compter avec les dates-anniversaires d'album. L'année dernière, on fêtait les 10 ans de l'album Ok Computer de Radiohead et les 20 ans de Joshua Tree de U2. Aujourd'hui très précisément c'est l'anniversaire de Thriller de Michael Jackson. Anniversaire qui est marqué par la réédition de l'album dans une vesion enrichie. Après 25 ans d'existence, on ne cesse de souligner ses qualités et les chiffres records qui y sont associés. En 1982, quand l'album sort il s'agit d'une petite révolution. Produit par Quincy Jones, Thriller est un déclic pour la musique noire américaine. Pop, funk, soul mais aussi disco, Thriller est clairement un album ancré dans les années 80. Les collaborations et les tubes que contient le disque en font un album impressionnant. Paul McCartney présent sur "The girl is mine", Eddie Van Halen, des membres du groupe Toto et aussi Vincent Price, acteur de films d'horreur. "Beat It", "Thriller", le fabuleux "Billie Jean" et le "Wanna be startin something" que Rihana ne s'est pas privée de sampler pour son single "Please don't stop the music". Thriller est dopé de tubes et arrive sur le marché du disque au moment opportun où le vinyle est à son apogée. A sa sortie, l'album a passé 80 semaines dans le top 10 aux Etats-Unis, a été certifié 27 fois disque de platine ; en 1984 lors de la cérémonie des Grammy Awards Jackson remporte 12 récompenses dont 7 rien que pour cet album. Il reste encore aujourd'hui l'album le plus vendu au monde. Les chiffres varient de 55 millions à 104 millions d'exemplaires. Disque de tous les records, disques aux influences multiples, Thriller et son single du même nom révolutionnent aussi le monde du clip. Pour ce titre, le chanteur fait appel à John Landis pour réaliser pas seulement un clip, mais un court-métrage célébrissime pour avoir fait danser des morts-vivants. Petit bijou, le clip sera largement diffusé à la télévision et parodié par la suite. Pour cette occasion, sort le 11 février 2008, une réédition avec 7 titres supplémentaires et autres bonus. Des remixes signés par des artistes de la jeune génération (Kanye West, Akon, Fergie et Will.i.am), un inédit issu de la session d'enregistrement originale et les clips de "Thriller", "Beat it" et "Billie Jean" sur la partie dvd. Cette ressortie va-t-elle doper les ventes et va-t-elle momentanément détourner l'attention que les fans portent à l'éventualité d'un nouvel album pour 2008. Bon anniversaire Thriller ! Pour ses 25 ans, Flu vous propose de découvrir cette nouvelle édition de Thriller en écoute spéciale cette semaine sur Radio Flu ! Cloture du Tilt Festival : le reggae dub fait bang bang![]() Grosse, grosse soirée hier, pour la deuxième partie des "Nuits Musicales" du Tilt Festival de Perpignan. A son habitude, la capitale Catalane s'emballe pour les volutes enfumés du dub et ses basses pesantes. La salle du centre-ville connu sous le nom de Mediator, était littéralement pleine à craquer, soulevée par l'énergie des barcelonais de Radio Chango Soundsystem, leurs riddims énergiques accompagnés de percussions et soutenus par les MC's survoltés du crew. Suivirent P18, le projet world cubano dub de l'ex-Mano Negra Tom Darnal qui fit souffler "son vent chaud" sur le barrio Perpignanais. Cavalcade de percussions, light show énervé, style connoté Amérique du sud, rythme chaloupé et chaleureux, chanteuse sexy, le public - hyper chaud - est totalement conquis. P18 fut donc la parfaite introduction pour le son dur de Mark Iration et Dennis Rootical aka, Iration Steppas, le fameux crew Londonien acteurs majeurs du courant "hardcore dub". Un show original qui clôt la soirée en beauté devant une remplie et en délire. Big up et à l'année prochaine !
(merci Sarah) Tilt festival 3ième : Tu vis ta vie comme une boule de flipper![]()
Ce qui est bizarre avec les festivals de province, c'est l'impact sur la vie sociale. Alors que toute l'année les bar ferment à 23 heures et que les rues sont quasi vides à 21, 3 jours de Festival signifient l'explosion soudaine d'une vie nocturne frénétique, enjouée et désordonnée. La movida Catalane se la coule douce toute l'année, et puis le Tilt arrive, et il suffit d'une grande messe electro pour foutre tout le monde à la rue. On assiste alors au spectacle quotidien des capitales, mais en modèle réduit. Filles en jupes ivres qui vomissent sur le trottoir, mecs qui paradent à quatre sur un scooter, échange de politesse à coup de poings avec les videurs (pardon, les "physionomistes"), quick sex dans les ruelles et invasion d'une meute d'être plus ou moins humains au yeux rouges qui rappellent les zombies inquiétants (euphémisme) de 28 jours plus tard.
La conséquence de toute cette activité, c'est surtout le flux de relations qui passe le démultiplié et qui nous portes très vite, nous les provinciaux sudistes, au bord de l'overdose. Discuter musique, arts multimédias, vidéo, etc. avec plus de 5 personnes par jours à Perpignan, équivaut à avoir fait le tour du sujet pour une année entière ! A contrario l'avantage des festivals dans les petites villes, c'est que vous n'avez pas à courir beaucoup pour assister aux festivités. Tout est à porté de jambes. Et des jambes justement, nous en avons vu hier soir au cours du troublant spectacle d'Angela Laurier, Déversoir. Contorsionniste et vidéaste, cette Québécoise Bérichonne d'origine (c'est important) raconte avec impudeur un roman familiale douloureux, celui de sa vie avec son frère schizophrène. Armée d'une caméra et de son seul corps presque nu, Angela nous contraint, nous brutalise un peu et raconte un roman familiale douloureux et profondément émouvant. On ressort difficilement de se Déversoir de sentiments et d'émotions, même si les dernières minutes à la fois drôle et violente, on un profond effet cathartique. Déversoir, c'est de l'art 'art à contre-corps en somme.
Plus léger, quoique, les pieds eux furent bien lourds comme il se doit, la grande messe electro du Tilt festival fut l'occasion de s'exprimer à "corps perdu" après le traumatisme de ce spectacle prenant. On passera sur la prestation sans intérêt de Jérôme Pacman (en photo - vous avez dis "paradoxe" du net ?) et on regrettera celle de Mlle Caro dont la sélection impeccable s'annonçait savoureuse (Gui Boratto, Kalabrese, etc.) mais qui pâtit d'un indéniable déficit de son. Heureusement, Arnaud Rebotini (qui remplaçait Digitalism au pied levé) a littéralement assommé la foule présente au Mediator ce soir là avec un set à l'ancienne, acid et primitif, célébrant l'exil de Pan Sonic à Detroit ! Juno 106, TB 303 et Korg MS20 à fond les manettes, l'impressionnant bonhomme a largement chauffé la salle pour préparer le roi The Hacker. Notre "pirate" electro conclut la soirée en beauté, balançant un son dark et habité avec la tranquillité (et l'efficacité) de celui qui est né derrière les platines, un dancefloor à ses pieds. Tout simplement énorme ! Qui a dit comme d'habitude ?
Elephant People feat The Married Monk, le Tilt fait![]() "La monstruosité n'existe-t-elle finalement que dans le regard de celui qui observe ?" Telle est la question cruciale que pose Elephant People, une pièce de Daniel Keene mise en scène par Renaud Cojo de la Cie Ouvre le Chien, et somptueusement mise en musique par l'excellent groupe français, The Married Monk. Spectacle hybride pour comédiens, vidéo, musique et théâtre, Elephant People tient plus de la performance singulière où maîtrise technologique et organisme en mutation évoluent de concert que du "théâtre" proprement dit. Elephant People est un barnum surréaliste et humaniste, une grande kermesse monstrueuse et émouvante, une galerie de personnages mythiques attendrissants, pêchés dans les recoins de l'histoire, Clémentine la femme à Barbe, l'homme à deux corps, les frères siamois, Jo-Jo the dog faced boy et Joseph-Joséphine l'hermaphrodite, tous ont existé, tous ont subi le regard de leurs contemporains, il y a un siècle ou moins, souffrant dans leur chair exposée au public. Ses "monstres" qui s'avèrent finalement l'être beaucoup moins que les spectateurs/voyeurs fascinés par leur différence, émeuvent et frappent par leur humanité.
Ce qui frappe aussi, par delà la prestation singulière de ses comédiens, c'est la bande son de The Married Monk qui accompagne tout du long sans faiblir et soutient la mise en scène de son pouvoir d'évocation. Malgré la difformité, la rage et la douleur, l'harmonie se fait grâce aux spoken words de Christian Quermalet et à la musique de ses complices, tantôt très rock et pleine d'énergie, tantôt presque ambiante, vibrant des échos analogique du clavier d'Etienne Jaumet, moitié du duo Zombie Zombie. Indéniablement la grande claque du Tilt Festival de cette année ! Respect. L'autre grand plaisir pour moi fut aussi la journée du lendemain, passée à flâner dans les rues de Perpignan en compagnie d'Etienne, Philippe (bassiste des "Monks") et Clarisse (comédienne et chanteuse), trois êtres humains passionnants qui eurent la gentillesse de me suivre tandis que je les perdais dans les ruelles de l'antique centre. Un après-midi tranquille, même si le mal de pied se fait sentir au moment où j'écris ces lignes et où je me prépare pour la soirée à venir. Soirée où sera présenté le troublant Déversoir, performance pour contorsion et vidéo, suivi de l'énorme soirée électro avec The Hacker, Jérôme Pacman, Arnaud Rebotini (qui remplace Digitalism au pied levé) et Mlle Caro. La suite demain et big up comme on dit (j'en aurais besoin)... Vampire Weekend, victime de la hype
C'est terrible, je me rends compte que sur Fluctuat nous n'avons pas encore trouvé le temps de parler de Vampire Weekend là où la plupart de nos confrères on déjà écrit notules enthousiastes et chroniques élogieuses sur ce groupe de jeunes garçons sages mais sautillants du Massachusetts qui aiment le post punk et l'Afrique mais ne sonnent pourtant pas tant que ça comme les Talking Heads et dont le premier album sortira dans trois semaines. C'est terrible parce que, voyez-vous, j'en ai déjà marre de la hype et j'ai peur de ne pouvoir réveiller en moi l'enthousiasme que ce groupe franchement pas mauvais mériterait. Profitez-en si vous ne les connaissez pas encore trop, ce clip pour la chanson "A-Punk" est vraiment sympa. Je n'en dis pas plus, j'ai peur d'alimenter la hype et d'écrire le compliment de trop qui vous gachera le plaisir comme on m'a un peu gaché le mien. Catherine Ringer chante les Rita MitsoukoOn était dans le droit de se poser des questions quant à l'avenir des Rita Mitousko, suite au décès de Fred Chichin. La tournée qu'ils avaient entamé en 2007 avait été bouleversée, Catherine Ringer avait du tantôt assurer les dates seules, tantôt les annuler en raison de l'état de santé de son compagnon et guitariste. Avec la mort de Chichin, l'avenir du groupe devenait soudainement incertain. Depuis quelques semaines, des rumeurs concernant la possible poursuite de la tournée avait été lancées. L'info officielle les a finalement balayées pour les confirmer, puisque la chanteuse reprendra la tournée interrompue le 4 avril 2008. Ringer interprétera des chansons des Rita et des titres inédits, d'où le nom de la tournée "Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more".
AVRIL 2008
La culture électro fait Tilt à Perpignan![]() En France je dois être de ceux qui commencent le plus tôt la saison festivalière. En effet, du 07 au 10 février, Perpignan, la capitale catalane, ouvre la saison des festivals avec Tilt, une manifestation consacrée aux arts multimédias (danse, théâtre, vidéo, Internet) et aux musiques électroniques, toutes tendances confondues. Parmi les moments forts nous attendons la venue du maître de l'electro The Hacker, de Jérôme Pacman et des Allemands de Digitalism. Tilt 2008 c'est aussi le grand retour de Mlle Caro sur ses terres, après plusieurs années de buzz enflamé dans notre capitale, plusieurs maxis sur le label de Damian Lazarus et un album à venir en mars. Quant aux fanatiques de dub, ils seront certainement soufflés d'apprendre la présence des mythiques Iration Stepas (entre autre) pour une soirée dub et electro dub qui s'annonçe déjà mémorable.
Mais le Tilt Festival c'est aussi la célébration des arts obliques et des unions inusitées. Nouvelles technologies et arts classiques font ici bon ménage. L'occasion pour le public catalan (et d'ailleurs souhaitons-le) de découvrir de nouveaux horizons artistiques avec, entre autre, la prestation de la vidéo-contorsionniste Angéla Laurier pour Deversoir, et l'opéra pop Elephant People de Daniel Keene et Renaud Cojo.
Parlons-en justement, puisque la soirée d'ouverture de cette sixième édition, juste après un set vidéo musical des locaux de Moonpix Recorder, est justement consacrée au théâtre, avec cette oeuvre du troisième type. Hommage à David Lynch et Tod Browning, autant dire aux Freaks de tout "poils" (sans mauvais jeu de mot) et à tous les monstres touchants, Elephant People est aussi l'occasion de questionner l'apparence et d'interroger les normes à travers le regard que nous portons à l'autre, "l'étrange étranger" (qui parfois nous habite également). Ce soir, ils seront tous là, l'homme à tête de chien, la femme à barbe, l'hermaphrodite, les frères siamois, l'homme aux deux corps ou à trois jambes, et même le fameux John Merrick, dit l'homme-elephant, incarnés pour l'occasion par une troupe de comédiens dont Vincent Mc Doom sera certainement l'une des curiosités. Les spectacles du festival Tilt étant toujours reliés, de près ou de loin, à la création musicale, il est bon de signaler que la bande son sera assurée ici, par The Married Monk. Ce sera donc aussi l'occasion pour votre serviteur de boire une mousse avec le groupe et d'interroger Etienne Jaumet, moitié de Zombie Zombie, dont nous reparlerons bientôt. C'est parti pour trois jours de festival. Stay tuned !
Plus d'infos et programme complet sur le site officiel du Festival ou son profil myspace. Le rock c'est un monde à part..."... tu peux te suicider à n'importe quel moment". Bientôt la Nouvelle Star commence sur M6 et Philippe Manoeuvre n'aura plus autant de temps à consacrer à Rock'n'Folk. Je propose qu'on donne sa place à ce mec. Il tient déjà trois scoops sur Led Zeppelin, les Doors et Eddy Mitchell, il en a certainement de bonnes à raconter sur la double vie de Dick Rivers et la mobilette des Who. Albums cultes des géants du bizarre #31 : Mercury Rev - Yerself Is Steam
Il n'y a pas de place en effet, pour le jansénime du hardcore dans la musique de Mercury Rev, ni pour la pose chemise de bûcheron et barbe hirsute du grunge. A vrai dire leur musique est si étrange que l'on se prend à soupçonner qu'elle est psychédélique par défaut, l'étiquette étant celle qui correspond le mieux à leur chaos intérieur et à leur passion débordante qui les anime (sans compter la présence d'un vrai "dingue" au sein du groupe, en la personne de Grasshopper aka Sean Mackowiak). Sur Yerself Is Steam, c'est le chaos et la passion en effet, qui règnent en maîtres absolus. L'album unit dans une vaste bourrasque sonore, hurlement de synthés déchirants, déflagrations de guitares apocalyptiques, clarinette éthylique, orgue déglinguée, chœurs d'anges déchus et mélodies cosmiques. La plupart de leurs morceaux (le culte "Chasing A Bee", mais aussi "Blue And Black", "Frittering" ou l'épique "Sweet Oddysee Of A Cancer Cell T' Th' Center Of Yer Heart"), dépassent les 7 minutes et se terminent généralement dans l'anarchie ou parfois, plus poétiquement, sur de longs field recordings enregistrés live dans la rue (le captivant final de 30 minutes de "Coney Island Cyclone" sur Car Wash Hair EP). Partagé entre apaisement d'héroïnomanes satisfaits et crise de démence furieuse, Yerself Is Steam est un electrochoc dont beaucoup, à commencer par certains membres du groupe, ne se remettront pas. Un an plus tard, l'album est réédité pour le bonheur de quelques fans, généreusement accompagné de Lego My Ego, un album d'outtakes, de morceaux live et d'inédits. Parmi ceux-ci, "Blood On The Moon", sommet de pop culte et bizarre qui nous laisse encore le cul par terre 16 ans après. Mercury Rev continuera sa route avec l'épatant Boces, puis le flamboyant See You On The Other Side qui les verra s'approprier avec aisance le rôle inattendu de virtuoses, pour finir sur le très beau et avouons-le, un brin ennuyeux, Deserter's Song, qui marque le moment où la virtuosité en question prendra le pas sur la folie et la passion. Le reste appartient à l'histoire, mais jamais les membres de Mercury Rev ne retrouveront la spontanéité purement démentielle de Yerself Is Steam. Peut-être est-ce tant mieux pour eux finalement...
Mercury Rev - Yerself Is Steam (Mint Film, 1991) Avec MGMT, tout devient possibleIls s'appellent MGMT (prononcez "managment"), leur chanson s'appelle "Time To Pretend" et parle de devenir des rock stars, d'épouser des top models et de mourir étouffé par son propre vomi. Ils ont un son psyché-glam qui leur a permis d'ouvrir pour Of Montreal pendant tout 2007, une production énorme dont Dave Fridmann semblait avoir perdu la recette sur les derniers Flaming Lips et Mercury Rev, des ambitions démesurées et un réalisme cynique qui leur permet de garder malgré tout les pieds sur terre, ils ont des chats cosmiques et sans doute une bonne dose d'hallucinogènes divers alors même s'ils n'ont pas assez de chemises pour tous, MGMT parvient à nous faire croire en un avenir glorieux.
Le duo new-yorkais devrait sortir son 1er album, Oracular Spectacular, en France en mai, voire avant compte tenu du buzz au lendemain de la sortie US. Histoire d'alimenter le buzz en France, MGMT sera en concert le 25 février à la Maroquinerie. Tout devient possible ? On l'espère ! Smalltown Supersound : Norvegian Mish Mash
Car The Portable Supersound voyez-vous, c'est un peu The Norvegian Mystery Tour, l'occasion d'effectuer à peu de frais (4 euros 50 exactement, ou son équivalent en livre sterling pour ceux qui comme moi commandent à l'étranger) le tour d'un label qui vous réserve bien des surprises et autant de plaisirs. Sur ce sampler de luxe, on retrouve les têtes d'affiche de la structure d'Oslo bien sûr, mais aussi des petits nouveaux et des découvertes prometteuses, tout ça dans un grand mouvement tournoyant, pulsant du premier au dernier morceau, qui envoie voler auditeurs et ondes bizarroïdes à des années lumières de la terre. Tout sur The Portable Supersound évoque le voyage, en effet, d'autant que la sélection ici présente est internationale. Mais je parlais plutôt d'un trip dans la stratosphère, de ceux qui vous décollent les neurones, font exploser les limites et les repères du monde autour de vous. Qu'il s'agisse de la nouvelle kosmishe musik des Grecs de Arp ("St. Tropez") offerte en guise d'introduction, de l'hypnotique "Come Out, Come Down, Fade Out, Be Gone" des Norvégiens de 120 Days, qui célèbrent assidûment l'union glorieuse du psychédélisme et de l'electro, du disco dub des enfumés Tussle (dont l'album Telescope Mind, nous avait charmé l'an passé), du cosmic disco de Lindstrom ou de Bjørn Tørske, des cavalcades tribales déjetées des New-Yorkais de Sunburned Hand of A Man ("Half-Under") ou encore de l'electronica pop et subtilement groovy de Kim Hiorthøy, tout ici est orchestré pour un décollage immédiat.
The Portable Supersound est aussi l'occasion de découvrir en avant première le nu-disco savante de DiskJokke (dont le premier album est impatiemment attendu cette année) et surtout les pitreries du Japonais The Lift Boys a.k.a EYE, également connu comme Yamatsuka Eye, Yamatsuka Eye, également leader et chanteur (hurleur ?) bien connu des foutraques Boredoms, qui présente ici un exercice proto-world, discoïde et anarchique, à l'origine uniquement disponible en 12" sous le titre judicieux de "Anarchy Village/Anarchy Way". Compilé avec virtuosité, chaque morceau de cette collection "à emporter" est agencé de manière à présenter une nouvelle facette du label tout en préservant le plaisir de l'auditeur. Pas un faux pas, pas un moment de faiblesse, pas un creux dans cette sélection impeccable et implacable. Un équilibre assez rare sur un sampler, qui en fait au final un disque à part entière. Alors, la balade vous tente ?
Smalltown Supersound - The Portable Supersound (Smalltown Supersound/Differ-ant)
Morrissey à l'Olympia : plus célèbre que Jésus ? Hier soir, Morrissey a pris d'assaut l'Olympia comme un vieux fauve fond sur sa proie : torse bodybuildé et étrangement bronzé de matador en avant, galoche et cheveux (gris) à l'offensive et...show devant.Formidablement en voix dès l'ouverture, Morrissey a salué les Parisiens avec l'un de ses nouveaux morceaux, le bien nommé "I'm Throwing My Arms Around Paris", avant de piocher un peu partout dans son répertoire. Evitant soigneusement les titres les plus emblématiques des Smiths ("There Is A Light" et autres "Meat Is Murder"), le roi de la pop anglaise a ainsi ressorti les indémodables standards rockab ("The Loop", "Sister I'm A Poet"), ses premiers hymnes solo ("Last of The Famous International Playboys" chanté comme du bon Bruel par la foule enamourée), le plus rare mais toujours bienvenu "Billy Budd" (hommage sensuel au roman éponyme d'Herman Melville) ainsi que les singles les plus connus de ses deux derniers albums, le brillant "Irish Blood, English Heart", l'enthousiasmant "The First of The Gang To Die" (en rappel), l'efficace et énigmatique "I Want To See The Boy Happy" et le toujours facile "The World Is Full Of Crashing Bores". Les profanes s'étonnent d'un jeu de scène qui vire parfois au pantomime, micro-lasso qui fend l'air et manque lui couper la mèche, gong qui sonne la charge et jeux de mains emphatiques qui embrassent et enlacent à tout va. Morrissey sait y faire pour dresser une foule (tout) contre lui. "Thanks for being you", murmure un type du premier rang quasi en larmes, "I follow you since 1983". You're my only romance. You're the story of my life". Tout le monde applaudit. Les vieux routiers apprécient, entre les nouveaux titres inégaux (les moyens "Mama Lay By The Riverbed" et "That's How People Grow Up", les plus intéressants "All You Need Is Me" et "Something Is Squeezing My Skull"), une relecture cold wave ( ?) impeccable de "Death of A Disco Dancer" puis une version moins originale de "Stop Me If You Think You've Heard This One Before", histoire de rappeler à ceux qui l'auraient oublié que Strangeways Here We Come est AUSSI un très grand album. Mais le grand moment d'émotion vient un peu plus tard avec l'enchaînement sublime de "Life Is A Pigsty", le titre phare du dernier album, et d'une version dépouillée et qu'on n'attendait pas à cet endroit du magique "Stretch Out And Wait". Dans un registre assez similaire, Morrissey s'offre une première sortie torse poil avec le beau "Tomorrow" (époque Your Arsenal), avant de servir à son peuple fidèle un "Please, Please, Please Let Me Get What I Want" (devenu avec le temps un très sexuel Please Let Me Get Who I Want), tout en douceur et qui suffit à lui seul à justifier le déplacement.
Très disert et sûr de son affaire, l'ex-chanteur des Smiths suggère qu'on le bute si Hillary Clinton est élue Président des Etats-Unis, se lamente sur l'amour qu'on ne lui donne pas, fait la promo de son prochain single (pas un mot sur le Greatest Hits en revanche). Salut de théâtre du misérable groupe et du maestro. Faux rappel. Désordre. Lumière et c'est fini. On a beau ne pas y croire nous-même, mais, même après une quinzaine de fois, même gras et gris comme un Michel Polnareff sans teinture, l'effet Morrissey ne faiblit pas. C'est à chaque fois comme une première fois réussie et comme une dernière qui s'attarde : sauvage, doux et impérissable. C'est bon et ridicule, ça ne s'échange pour rien au monde et c'est aussi excitant avec mille personnes que tout seul chez soi. C'est anglais jusqu'au trognon et ça revient dans quelques mois avec un nouvel album.
Le mythe du Moz décrypté sous la forme d'un vrai/faux, c'est Morrissey, plus célèbre que Jésus ? sur le mag de Flu.
Morrissey - Greatest Hits - sortie le 11 février 2008. Disco not Disco : Deep into Disco Culture
Au rayon funk blanc, les amateurs apprécieront les fulgurances synthétiques, les guitares aigrelettes, les voix blanches faméliques, ou leurs pendants viriloïdes vocodés sous influence disco, et les saccades épileptiques évoquant une éjaculation douloureuse. Côté "african reggae" comme dirait Nina Hagen, c'est plutôt assise rythmique énorme, répétitions, avalanches de percussions, basses volumineuses et cuivres à l'hystérie tout droit héritées du punk. Un punk qui aurait réussi le mariage du nihilisme occidental et d'un groove jouissif - mais engagé - tout droit débarqué du palais nigérian du roi Fela Kuti. A ce titre on retiendra les performances de Shriekback, aka Barry Andrews, également membre d'XTC (!), avec l'edit d'un titre emblématique "My Spine Is The Bassline" (grossièrement "Ma colonne vertébrale est la ligne de basse", qui dit mieux ?), mais aussi les New Yorkais de Konk, l'inévitable leader no wave James White & The Blacks (alias James Chance) pour un "Contort Yourself" d'anthologie remixé par August Darnell, ou encore Quando Quango, le all time classic "Sharevari" de A Number Of Names et "l'énaurme" "Don't Lose Control" de Material, groupe formé en 1979 par le bassiste Bill Laswell. Sur ce troisième volume on trouve également Vivien Goldman, co-fondatrice de The Flying Lizards, sur un "Launderette" qui évoque le pendant disco dub d'une Nancy Sinatra élevée aux musiques caribéennes plutôt qu'à la pop, le "Mind Your Own Business" des rejetons de la scene post-punk de Leeds, Delta 5 ou le transcendant "Silent Street/Silent Dub" de Maximum Joy, qui porte décidemment bien son nom. Disco not Disco se veut aussi un hymne à ce que l'on appelait à l'époque la "sono mondiale", d'où la présence des Japonais de Yellow Magic Orchestra (excellent "Seoul Music"), du jazz rock funky et sophistiqué d'Isotope, de l'electro mécanique et moite des pionniers de l'EBM Liaisons Dangereuses (formé à l'époque de Beate Bartel d'Einstürzende Neubauten et Chrislo Haas de D.A.F. pour un mix 12" du cultissime "Los Niños Del Parque". Bref, une fois encore, Strut nous gratifie d'une sélection imparable qui ravira les nostalgiques et étonnera - et séduira - je l'espère les plus jeunes et les plus curieux d'entre vous !
Et pour se faire plaisir (ou rire, ça dépend du niveau de nostalgie) matons ensemble le fameux Los Niños Del Parque" de Liaisons Dangereuses
Disco not Disco : Post punk, Electro & Leftfield Disco Classics (1974 - 1986) (Strut/Pias) Ringo Starr : Liverpool 8 ou la revanche du batteur J'ai beau avoir longtemps été de ceux qui, pour se rendre intéressants, prétendaient que Ringo Starr était le vrai patron des Beatles, devant Paul, John et George, il faut se rendre à l'évidence : Ringo n'était pas le plus doué des 4 pour écrire des chansons. Il est de notoriété publique qu'il n'était même pas le meilleur batteur du groupe, mais c'est une autre histoire. Liverpool 8, son album solo, a été lancé à grand renfort de publicité autour du concept "Liverpool, capitale européenne de la culture", et d'un mégaconcert où l'on pouvait aussi entendre (on n'ose pas imaginer la chose en Sarkozie) Ian Mc Culloch et ses hommes-lapins en vedette américaine.Liverpool 8 (qui désigne un quartier de l'ancienne cité industrielle) est un album "à la manière des Beatles" qui ne pèse évidemment pas bien lourd comparé aux travaux des "originaux". Il ne doit pas, pour autant, être méprisé et pourrait avec un peu (beaucoup) d'indulgence rivaliser, sur ses bons moments, avec les travaux d'un McCartney de plus en plus cabotin. L'album s'ouvre sur un "Liverpool 8" particulièrement réussi (c'est le meilleur titre des 12) qui raconte rien moins que l'aventure des Beatles. Ringo parle de son attachement à la ville, du départ des Fab Four pour Hambourg et des années de jeunesse. C'est tendre, nostalgique et naïf à souhait mais c'est formidablement bien fait et emmené, suffisant en tout cas pour renforcer le batteur dans son personnage de héros modeste et campé sur sa normalité. La suite est moins folichonne : Ringo n'est pas un mauvais chanteur, loin de là, mais ses goûts le portent vers ce qu'on appelle souvent avec mépris le rock FM. "Think About You" est bizarrement défigurée par une guitare électrique envahissante et une batterie pataude. "For Love" fonctionne à merveille mais manque de subtilité, ce qui n'est pas tout à fait le cas du beau "Now That she's Gone away", histoire ultrabanale d'une rupture amoureuse qui laisse le pauvre Ringo exsangue dans un vieux pub de la ville.
Malgré les efforts louables de production (sur "Gone are the days" par exemple ou "Tuff Love"), une bonne moitié des chansons sont rattrapées par un côté rétro désagréable qui, entre le son à la Clapton ou celui d'un Genesis, les ramène sur terre et leur donne quelques décennies de trop. "Give It A Try", "Pasodobles" en mode quasi acoustique ou le jazzy "Harry's Song" viennent égayer une seconde partie d'album plus dépouillée et émouvante que la première. Ringo termine en beauté avec un superbe "Love Is Here" où sa voix de basse fait merveille. Un violon fait pleurer de tristesse tandis que l'ancien batteur vient saluer le retour de l'amour en sa chaumière avec de faux airs de torch singer. On passera sur la pochade bluesy "R U Ready" qui vient clore l'album pour ne retenir que l'essentiel : Ringo Starr est avec Mc Cartney l'un des deux Beatles survivants. C'est un homme épatant, un heureux veinard comme il le dit lui-même et un musicien accompli. Son album est l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse faire à... son papa pour fêter le quarantième anniversaire de mai 68 ou, à soi-même, pour se donner la conviction qu'on peut être et avoir été.
PS : pour ceux qui se posent la question, Ringo Starr a aujourd'hui...67 ans, soit 2 de plus que le dernier Beatles survivant.
Justus Köhncke : Emotional Dancer
Composé au cours de deux longues années de périples autour du monde incluant djying et live act, Safe and Sound est le fruit d'un travail acharné sur la forme autant que sur le fond. Après Doppelleben le producteur allemand nous offre un véritable album de "Justus Köhncke", un disque dancefloor, relevé d'une pointe de nostalgie. Le côté crooner, baladin et les reprises de son album précédent, sont désormais du ressort de son alter ego, Kinky Justice. Music and Lyrics son premier 10" vient d'ailleurs juste de sortir chez iCi recs. Ces vélléités pop mises de côté, Köhncke a pu réellement se concentrer sur Safe and Sound. Plus festif tout en étant plus profond, la mécanique de son groove se fait plus complexe, empruntant sans cesse des voies inattendues (le funk contrarié de "Yacht", l'update de "Love and Dancing", ses constructions organiques ne sont jamais mécaniques, au contraire. Malgré son orientation clairement dansante, la passion de son auteur pour les mélodies transparaît sur tout le disque (le poignant et cosmic "Molybdän", le presque ambiant "$26") et celui-ci ne souffre donc pas d'un quelconque formatage dancefloor. C'est particulièrement vrai sur la reprise trancey de "Feuerland", un hymne krautrock et cosmique de plus de sept minutes de l'ex-Kraftwerk et membre d'Harmonia, Michael Rother. Mais l'invité d'honneur de cet album, et cela n'étonnera pas les amateurs du discret producteur, c'est bien sûr le disco. Depuis sa rencontre avec Prins Thomas, l'autre barde nu-disco venu du nord, pour un remarquable remixe d'Elan, l'Allemand semble s'être bel et bien engagé dans la quête d'un groove toujours plus discoïde et exubérant. En ce sens "Parage" est certainement le morceau emblématique de l'album, même si la "touch" disco apparaît en filigrane sur de nombreux autres morceaux de "Molybdän" à "(It's Gonna Be) Alright".
Globalement hétérogène chaque morceau de Safe and Sound génère son petit moment d'euphorie dans un monde bien à lui. C'est typiquement le genre d'album que vous aimerez poser sur votre platine de retour d'une soirée au petit matin, histoire de vous remettre d'une nuit agitée tout en gardant assez d'énergie pour commencer une nouvelle journée. Tout de strass et de paillettes, propice aux flash-back, Köhncke garde un œil sur le dancefloor contemporain tout en prenant de la distance par rapport aux figures imposées et on se dit que l'Allemand est à l'origine d'une source de fraîcheur qui n'est pas près de s'assécher.
Justus Köhncke - Safe and Sound (Kompakt/Nocturne, janv 2008)
8 diagrams : ultime joyau du Wu Tang Clan ?
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On a fait, à tort, assez peu de cas de ce côté-ci de l'Atlantique de la dernière livraison du Wu Tang Clan. 8 Diagrams est vraisemblablement, et sur ce qu'on a pu en lire, l'ultime production qui pourra se prévaloir d'une réunion des membres originaux du meilleur groupe de rap de ces dix dernières années, combo qui, après le décès d'Ol' Dirty Bastard, est à la fois menacé d'éclatement et miné par les dissensions entre ses membres. Trop de business diront certains, trop d'ambitions personnelles et d'ego diront les autres. Ainsi tout le monde chante sur 8 Diagrams, même si personne ne s'écoute. On n'est pas chez Pow Wow après tout à se tirer des canons en se tenant la main. Comme aux meilleures heures du clan, il appartient au producteur, arrangeur en chef, RZA de tenir la boutique et de lier la sauce.
Sans être un album étincelant, 8 Diagrams est suffisamment riche et diversifié pour ravir les amateurs et les spécialistes. Le travail de production, bien que discret et délibérément "low profile", est tout bonnement époustouflant réussissant à donner une cohérence et une densité à ce qui, partout ailleurs, aurait ressemblé à une collection disparate de titres.
8 Diagrams, et c'est son seul défaut, bouffe un peu à tous les râteliers. C'est un album qui n'est ni tout noir (on aurait préféré plus d'agressivité parfois), ni vraiment tout rose, un album parfois expérimental, curieux (cet étrange "The Heart Gently Weeps" piqué à George Harrison), foireux (le rnb de "Gun Will Go") mais toujours surprenant. L'affaire démarre low tempo avec un "Campfire" crépusculaire et qui met en évidence ce que sera l'album : le brillant T.P d'un RZA qui n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour épater. La production est aussi solide que discrète : un extrait de film, quelques interludes bien choisis, une rythmique martiale et toute en basse, des flows bien posés et qui devient rarement de leur feuille de route. On scratche un peu sur "Take It Back", on mâchonne son rap sur le très old school "Get Them Out of Ya Way" avant de revisiter le thème de Ghost Dog sur un "Rushing Elephants" à diffuser dans toutes les écoles de rap. Quelques titres ronronnent autour des thèmes de prédilection du Wu : l'esprit de corps, la spiritualité, la morale ("call me a dreamer, i'm just trying to raise my kids" en ouverture), les pétarades ("it's a cold, cold world, i got my gun all the time" sur "Stick Me for My Riches") sans qu'on s'ennuie jamais. Les titres les plus anodins ("Windmill", "Weak Spot") ne sont jamais rasoirs. Le niveau s'élève encore à quelques reprises. George Clinton envoie dans une ambiance de far west galactique un "Wolves" de 4 minutes qui constitue le titre le plus impressionnant du lot. "Life Changes" en 7 minutes et quelques se pose comme une grande chanson d'émotion où s'expriment à la fois la nostalgie pour la solidarité d'antan et les accrocs d'un présent plus compliqué qu'il n'y paraît. Un bel hommage au disparu ("16th chamber odb special") vient terminer en une séquence loufoque, débridée et un poil ragga (on se croirait chez De La Soul) une réunion qui ressemble aux fêtes glorieuses qu'on donnait jadis pour les enterrements. Personne ne s'amuse vraiment. Tout le monde a envie d'être ailleurs mais chacun tient sa place, habilement et suffisamment bien pour qu'on ait envie de prolonger l'instant. 8 Diagrams est assez bon pour rendre jaloux ceux qui n'ont jamais fait partie du clan.
Wu Tang Clan - 8 Diagrams (Bodog/Pias , déc 2007) |
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