Archives > Mai 2008Ne sommes nous pas des hommes ?
Je l'ignorais jusqu'à aujourd'hui mais si je suis sur terre pour faire une chose, c'est probablement pour danser sur Devo. Les Espagnols terrorisés et/ou admiratifs ont fait un grand cercle de sureté autour de moi pour me laisser la place d'exprimer par mon corps le retard mental grandissant de la race humaine. Comme pour le meilleur concert de la journée d'hier, celui6ci fut centré sur une question (cf. le titre), dont la réponse s'est cette fois immédiatement faite évidente : Nous sommes Devo. Bientôt je n'étais plus le seul à danser le Mongoloid. Je ne sais comment te le dire plus clairement : le concert de Devo était la meilleure chose qui me soit arrivée depuis longtemps. Va les voir à la Vilette Sonique.
En plein trip dévolutif, je me suis dirigé vers le bar pour commander le cocktail meurtrier Vodka Red Bull. Le truc, c'est qu'il y a un mot de passe pour les fous : les mots "mucha vodka por favor" assurent un gobelet de trente centilitres de vodka accompagné d'une canette pleine d'autant de boisson énergétique. Les mauvaises langues disent que Cat Power n'est plus aussi bonne depuis qu'elle a arreté de boire. Foin de cynisme, je suis content pour elle et j'ai bu à sa place. Comme au bon vieux temps, le concert manquait de professionalisme mais c'était de ma faute. Je crois que j'ai beaucoup aimé. A vrai dire je ne me rappelle pas de grand chose.
The Go! Team, je ne les avais pas trouvé assez bien pour moi à Saint Malo l'an dernier mais cette nuit, n'importe qui aurait été assez bien pour moi. J'avais désoulé mais j'ai tout de même laissé une inconnue me décorer le front au stabylo et me suis engagé pour rire dans une leçon de politique raciale avec des inconnus basques. J'ai sauté quand on m'a dit de sauter, crié ce qu'on m'a dit de crier (ou des approximations sonores qui faisaient parfaitement l'affaire). Je crains d'avoir une nouvelle fois fait l'idiot, même sobre les gens autour de moi ont cru que j'étais saoul. Je criais extatiquement "C'est nul" entre les chansons parce que tout de même, parfois ça l'était. Je crois que j'ai un problème. Les Naive New Beaters jouent au cadavre-exquisLes Naive New Beaters aiment les gros pulls de laine XXL avec des zébrures oranges ET des fleurs. Rien que pour ça, on a envie d'en savoir un peu plus sur ce groupe parisien...Mauvais goût assumé, dégaines de branleurs pseudo-branchés, ils ne paient pas de mine, ces slackers adeptes de la fusion pop-rap. Et leur musique non plus... Alors quoi ? Alors ce n'est pas le cas de leurs clips, qui, eux, cassent la baraque. "Live good", le dernier en date, est particulièrement jouissif. Réalisé par le collectif fièrement nommé Megaforce (en hommage à Bioman sans doute), il fonctionne sur le principe archi-rabaché de la mise en abîme perpétuelle. Le fameux effet "vache qui rit", déjà vu dans des vidéos classiques comme "Je danse le mia" d'IAM par Michel Gondry, ou encore le clip d'"Eple" de Royskopp, où les séquences s'imbriquent les unes dans les autres, comme des poupées russes. Ici, le principe est astucieusement recyclé. Les Naive New Beaters brandissent devant eux des espèces de miroirs rectangulaires sur lesquels défilent des images décalées, ce qui crée d'amusants effets de collages, proche de l'esprit surréaliste du cadavre exquis. On pense aussi à ce jeu de société anglais - "The Misfits" pour les connaisseurs ! - qui consiste à assembler des parties de corps (tête, buste, jambes) de personnages qui n'ont rien à voir entre eux, créant ainsi des "monstres" rigolos. Le style est bricolo, blagueur, inventif et un peu régressif, tout comme dans le précedent clip "Bang Bang". Toujours paré de ses improbables (et atroces) pulls multicolores, le chanteur s'y faisait défoncer la gueule par des projectiles en tous genres, tout en essayant de rester imperturbable et de continuer à chanter. Un défi idiot d'éternel ado ? Oui. Un délire sado-maso d'attardé, niveau pré-anal? Deux fois oui ! Mais qu'est-ce qu'on se marre. Sigur Ros en plein trip nudiste "Attention", prévient le site de Sigur Ros, "this material contains adult content. By clicking on the buttons above you are confirming you are over 18."Et on est pas déçus à la vision de "Gobbledigook" (prononcez comme vous voulez) : on en voit plein, des gens tous nus, dans ce sidérant clip mis en ligne par les Islandais. Dirigée par les doux dingues Arni&Kinski (responsable du superbement planant, au sens propre, clip de "Glósóli"), et inspirée par l'hypra branché photographe new yorkais Ryan McKingley (qui illustre aussi la pochette de leur futur album "með suð í eyrum við spilum endalaust", ci-contre), cette video suit une sympathique tribu de hippies en pleine crise aiguë de naturisme. Tous poils dehors, ils s'ébattent sur une sorte de paradis terrestre (l'Islande?...what else?), courent en riant, jouent à la balançoire dans des forêts littorales qu'on imagine vierge de toute présence polluante...Bucolique et primitif, hymne païen au retour à la nature, ce clip illustre bien le nouveau style de Sigur Ros. Plus enjoués que jamais, les Islandais mélangent avec bonheur la chaleur des rythmes tribaux à leur brumeuse pop nordique. Choc thermique. Barcelona es De La Kool
Portishead avait à peine commencé que nous nous sommes soudainement rappelé que ce groupe était d'un ennui mortel. Boris par contre avait une double guitare, un gong, et les Espagnols ont cette coutume pittoresque de servir des alcools forts jusque dans les festivals. Nous avions nos bouchons dans les oreilles et nous avons beaucoup aimé les quinze dernières minutes. Un morceau très charmant. Plusieurs spectateurs se sont levés pour pratiquer l'air-drumming. J'ai moi même fait un peu d'air-n'importe-quoi.
Nous étions tristeS de voir que nous prenions à nouveau les festivaliers à contre-courant en nous dirigeant vers De La Soul. Ceux-ci semblaient turlupinés par une question insoluble : la "party" était-elle "over here" du côté de Trugoy, ou "over there" avec Posdnuos ? Ces garçons avaient l'air confus de toute façon, ils se croyaient "Saturday". La "Party" était partout, vraiment, et le public a fini par s'en apercevoir et par revenir. Les petits se sont beaucoup amusés, ils disaient que ça "gérait grave" et on n'a pas pu les calmer après et ils sont partis escalader une palissade de béton de huit mètres de hauteurs pour se laisser glisser vers le bas ensuite. Je te laisse, je cherche comment dire "Synthol" en espagnol. Excepter réveil le primitif qui est en vous !Ok, vous pensez que MGMT est cool ? Que leur dernier clip est un des plus délirants dans le genre exploration du trip néo-tribal ? Vous croyez que les membres d'Animal Collective ont mangé un mauvais champignon et que leurs vidéos sont ce qui se fait de plus allumé de l'autre côté de l'Atlantique ? Vous avez tout faux. les vrais fous dangereux sont bel et bien à Brooklyn en effet, jusque-là on est d'accord, mais les cinq d'Excepter dépassent largement en barjerie, les gentils hippies de MGMT et la bande à Panda Bear. La preuve en image avec leur nouvel vidéo, "Kill People", tirée du dernier album Debt Dept (voir notre chronique). Que dire sinon que ça se passe de commentaire.
PS : Excepter est certainement l'un des derniers vrais groupes iconoclastes de notre temps, The Rock Stepper ou encore Burger sont là pour en attester. Jetez-y un oeil. Ratatat sample PredatorL'excellent clip de "Mirando", du duo new-yorkais Ratatat, pioche dans Predator de John McTiernan à la manière d'un DJ visuel. (On appelle ça un un "Video Jockey" il parait...). Les séquences ultra-brutales (explosions en tous genres) extraites du film, mises bout-à-bout, sont comme samplées et remixées, souvent "scratchées" ou isolées à la manière de "boucles" visuelles : effet d'avance et de retour-rapide qui déréalise complètement l'action, la rend fluide, grâcieuse...Cool, quoi !
Dans ce curieux ballet aérien, on voit des corps soufflés par des grenades, voltigeant en l'air pour revenir au niveau de l'impact, comme des yoyos. Ce qui fait parfois penser - pour les explosions - aux effets utilisés par David Lynch dans le très dark Lost Highway, quand une maison incendiée retrouve brusquement - pfiiiout plus de fumée ! - son allure d'origine. Dommage que les Ratatat (du bruit de la mitraillette??) s'obstinent à faire planer leur moche logo triangulaire rouge sur ce montage élégant.
Moment mémorable, la séquence finale : quand tout le monde s'est fait tuer, sauf Arnold. Le sourire de soulagement de Schwarzie, répété à l'infini, devient rictus : grotesque et un peu glaçant. C'est alors que ce clip, habile mise en image de l'electro-rock de Ratatat, semble changer de registre - le pur produit d'esthète cool - pour se poser aussi comme regard satirique sur le personnage de l'actuel gouverneur de Californie : ce Governator-là, ex-Terminator, Effaceur et Predator-killer, fait froid dans le dos ! Mais on peut se tromper, les Ratatat sont peut-être, tout simplement, fans du musculeux Dutch. The Chap en tournée en France : WOOP WOOP !!*![]()
La Baleine a dix ans ! Dix ans de bons et loyaux services dans la distribution indépendante des musiques vivantes (électroniques, pop, rock, indés, mais aussi expérimentales et même metal !) Pour l'occasion, la structure basée à Niort (hé oui pas de parigots ici) monte à Paris et organise une grande soirée musicale au Batofar, en compagnie d'une belle poignée d'invités, dont Friction, Phospho, Itrema, Minitel Rose (la nouvelle sensation française) et surtout, The Chap !
Le prétexte parfait pour focaliser sur ce groupe "anglo-saxon" (comprenez anglo-allemand), dont le nouvel album Mega Breakfast est dans les bacs depuis le 14 mai. Le passage de The Chap à Paris est un évènement en soit puisque ce groupe est certainement l'un des plus originaux et innovants du moment. De ceux qui réécrivent carrément la pop et le rock aux côtés de, disons, TV On The Radio, Subtle, Tarwater, Animal Collective, The Notwist ou Thee Oh Sees (dont nous parlerons bientôt sur Flu).
A ce titre, nous ne saurions trop vous conseiller l'écoute et pourquoi pas, l'achat (soyons fou !) de Mega Breakfast, un album mélangeant allègrement electronica, krautrock, rock progressif, power pop et danse, sans tomber dans le fluo tendance, ni l'electro rock putassier. Non, The Chap c'est avant tout une histoire d'amour et de haine avec la musique, un puissant besoin de faire les choses à leur manière, de la musique expérimentale mais jamais dogmatique, "Fun & Interesting" (à l'image du titre de leur single). Un groupe d'esthètes en somme, mais du genre humble et marrant, voir même surréaliste. Mais vous en apprendrez plus en lisant nos chroniques et interviews du groupe dans le mag.
En concert, le quintet (souvent réduit en quatuor) aligne les solos de violoncelle et les envolées power pop toute guitare dehors, atteint des sommets de bruitisme et balance de fabuleuses mélodies catchy. La plupart du temps, c'est simplement énorme. Ceux qui veulent y goûter ne doivent pas hésiter, les autres peuvent aller lire notre live report des Nuits Sonores 2006. Un set drôle, fin et puissant, qui laissa l'assemblée sur le carreau (votre serviteur compris). Quant aux dates de la tournée française, elles sont disponibles sur leur profil myspace. A bon entendeur...
La Baleine 10 ans : The Chap au Batofar, jeudi 29 mai à 20h30 (+ guest !)
Lire notre chronique de Mega Breakfast et notre interview avec The Chap.
http://www.myspace.com/thechap
*Merci Virginie @ DiscoBabel pour le titre ; ) Mangrove, un EP fulgurant
EP où l’on parcourt une jetée post-punk en hiver, belle à pleurer, traversée d’éclairs mélodiques hérités du shoegaze et sécouée par des coups de tonnerres soniques indus. Passé un peu inaperçu, ce mini-album dévoile pourtant un talent de songwriting à tomber par terre, trop rare en nos contrées. On se rachète donc en publiant la chronique de l'album de Mangrove sur Flu. Bluffant coup d’essai des Français, qui ce sont adjoint les services de Julien Trimoreau, qui produit aussi Nelson et a bossé avec les orfèvres folk-rock de The National. Le résultat ressemble à un mélange de Joy Division, Radiohead et Ride. Que du bon! Un maxi à se procurer - sans mauvais jeu de mot - les yeux fermés. Données, données, données![]() Inspirés par les travaux de Joel Whitburn, une communauté Usenet s'est formée autour du Whitburn Project pour collecter et ordonner les données des chansons classées au top 100 des ventes aux USA depuis 1890. Une table Excel circule donc sur le réseau Usenet (ou ailleurs si vous cherchez bien, mais les données sont la propriété de Billboard qui ne voit pas tout ça d'un très bon oeil) qui rassemble le nom des interprètes et chansons, leur classement et tout un tas d'informations comme le BPM, le genre, la durée, le label, le compositeur, etc... Il y a un tas de choses à faire avec ces données brutes, en tout cas c'est ce que s'est dit Andi Baio, journaliste, qui sur son site Waxy a déjà posté des graphiques représentant la durée moyenne des chansons classées au top 100 (reproduit ici en haut). Aujourd'hui la pop song dure en moyenne quatre minutes, mais dans les années soixantes, c'était deux minutes trente. Les 45 tours limitaient bien sûr la durée des singles à trois minutes à l'époque, mais aujourd'hui quand toute barrière physique a disparu, pourquoi produire des chansons de quatre minutes ? On pourrait faire plus long sans problème et surtout, sachant que les radios et télés ne passent le plus souvent pas ces chansons en entier, pourquoi ne pas les faire plus courtes ? Quatre minutes, c'est aussi trop long pour beaucoup d'internautes qui sur youtube laissent filer la chanson et ne regarde pas la vidéo en entier, allant et venant entre les onglets. Sur Waxy, vous trouverez aussi une étude de la fréquence des "One Hit Wonder" par décénnie, de la diversité toujours en déclin du top des ventes (743 chansons différentes par an dans le top 100 en 1966, 351 en 2007) et d'autres sujets fascinant à venir. Komar et Melamid seraient en tout cas certainemet très interessés par ces données. J'ai moi-même quelques idées de traitement de données que j'espère réussir à mettre en oeuvre malgré le 3/20 que j'avais eu en statistiques à la fac.
Tahiti Boy and The Palmtree Family en concert
Si l'envie vous prend de vous évader quelques heures et de goûter aux joies simples des compositions du pianiste barbue, mariant avec bonheur les Beatles et les Beach Boys 70's ("1973", "Not Only For The Weekend", "Sparkle") avec le soft rock californien de la même période (The Eagles, America, Randy Newman) et les outsiders magnifiques que sont (ou furent) Tim Buckley ou Kevin Ayers, n'hésitez pas, il joue au Point Ephémère le 29 mai à 20h00. L'occasion de découvrir Good Children Go To Heaven, un premier album, enregistré par le français entre New York et Paris, aux envolées lyriques et psychédéliques vraiment troublantes. En espérant qu'il jouera l'aérien "Blood in Your Eyes" et le contemplatif "That Song" (feat Tunde Adebimpe de TV On The Radio, sur l'album) aussi poignant qu'un titre solo de Dennis Wilson, le Beach Boys maudit, c'est dire la hauteur du propos. A noter que The Palmtree Family est aussi une sorte de supergroupe puisqu'il réunit Jonathan Morali (Syd Matters), Didier Perrin (Tanger) et Antoine de Poney Poney.
Ne vous attendez pas pour autant à du spectaculaire, si ce n'est qu'une bonne chanson, une belle mélodie et des arrangements à vous faire passer des frissons sur la nuque (pensez "Grizzly Bear meets Michel Legrand") ne le soit pas, mais attendez vous certainement à passer un bon moment, Good Children Go To Heaven étant un des meilleurs remèdes à la morosité actuelle.
Tahiti Boy and The Palmtree Family au Point Ephémère, 20h00.
Tahiti Boy and The Palmtree Family - Good Children Go To Heaven (3RD Side/Discograph)
http://www.myspace.com/tahitiboyfamily
Les Band of Horses s'éclatent (des bouteilles sur la tête)
Des joyeux lurons, ces Band of Horses! On les pensait plutôt mormons, ces "canassons", à l'écoute de leur belle et sombre pop romantico-mélancolique...Mais le groupe de Seattle, responsable du superbe tube "The Funeral" il y a deux ans, sait se lâcher, comme en témoigne leur dernier clip. A la manière d'un documentaire, la caméra suit une de leur tournée, entrecoupées de saynètes burlesques. On voit ainsi Jim Bridwell et ses musiciens qui se brossent les dents, surfent, boivent et...se pètent des bouteilles de binouze sur le visage. Ouais gros ce que j'tai mis ! Il font ça partout, sur la plage comme en vélo ou dans leur lit, les dégoutants. Ambiance Jackass.
La coup de la bouteille (attention les enfants n'essayez pas ça chez vous, les Band of Horses sont des cascadeurs professionnels) fait office de running gag pendant toute la sympatique vidéo de Jarrod Tallman : le petit jeu, basé sur la vengence réciproque, ne s'arrête jamais. C'est complètement idiot - Steve-O aurait adoré - mais bien vu dans le genre décalé. Alors que la chanson évoque le délitement d'un couple ("Nous titubons dans une chute sans fin / nous sommes les fantômes toujours vivants de ce que nous étions autrefois /Mais non, personne ne t'aimeras autant que moi") le clip surprend par son style trash-potache. Voilà un groupe auquel on ne pourra pas reprocher de se prendre trop au sérieux, ni de manquer d'autodérision. A noter que les joyeux drilles seront à l'affiche des Eurockéennes de Belfort dimanche 6 Juillet. Ah, on me dit que les bouteilles de bières seront interdites. Albums cultes des géants du bizarre #41 : Tipsy - Trip Tease
A ce propos, un titre comme "El Bombo Atomico", sa guitare qui balance doucement sur un rythme de calypso et ses riffs de saxo idiots accompagnant chaque mesure laisse entrevoir un certain (haut) degré d'ironie, évoquant autant la bande son d'un Walt Disney particulièrement allumé (au hasard Les Trois Caballeros) - ou une B.O. de dessins animés de Spike Jones (celui qui illustrait Tex Avery) - que celle d'un reportage de propagande de la dernière guerre sur les premiers essais nucléaires dans le Pacifique. On imagine aisément des GI's en quasi-coma éthyliques, dansant mollement sur la plage tandis qu'un magnifique champignon atomique se déploie en arrière-plan (pensez au fameux film Atomic Café !)
Entièrement instrumental, The seductive sounds of Tipsy fait le grand écart entre post-rock et collage. Pourtant, si l'album doit beaucoup au sampling (nous sommes dans les années 90), c'est un sampling discret, relevé d'effets analogiques dont les bribes sont de toute façon empruntées aux classiques de l'exotica de Martin Denny, Glenn Baxter ou Yma Sumac. Emprunts qui confèrent à l'ensemble un aspect vintage de trip psychédélique et surréaliste sur la lune. Le cosmos est, entre autre thème, très en vogue dans les années 40 et 50, âge d'or de la conquête de l'espace, ce qu'a très bien compris Tipsy (voir "Space Golf", "Nude On The Moon"). Sur "Cinnabar" par exemple, résonne une guitare hawaïenne et un ukulélé, tandis que "Mr. Excitement", "Tuatara", "Liquordelic", "Something Tropical", semblent déplacer les thèmes exotiques sur une autre planète. Une ambiance que l'on doit aussi à l'usage de bruitages rigolos. Les "chtouing !" et autres "plop !" crétins, qui animent des titres comme "Fuad Ramses" ou "Oops ! ", font irrémédiablement penser aux petits bijoux du Français Jean-Jacques Perrey (par ailleurs créateur de la musique de la Grande Parade de Disneyland dans les années 50).
Trip Tease, The seductive sounds of Tipsy est donc un nouvel ovni sonore qui a atterri on ne sait trop comment en pleine fièvre trip-hop sur la label san fransiscain Asphodel (celui-là même qui héberge également les pointures de la vague illbient des 90's, soit DJ Spooky, feu-Sub Dub, We, Byzar, mais aussi des personnalités de la musique expérimentale comme Thomas Dimuzio ou Taylor Deupree, des platinistes (Rob Swift, Christian Marclay & Otomo Yoshihide), ainsi que des œuvres de Zeitkratzer (voir notre chronique de Metal Machine Music) ou de John Cage.
Un ovni donc, mais posé sur une plage des tropiques en plastique, à l'ombre d'un parasol en papier, lui-même plongé dans un grand verre de martini. A déguster (complètement) frappé !
Tipsy - "Trip Tease, The seductive sounds of Tipsy " (Asphodel, 1996) Les 100 mots les plus clichés de la chanson![]()
Je vous parlais de toutes les choses qu'on pourrait faire avec les statistiques du Billboard américain l'autre jour, en voilà une : Tom Whitwell de Music Thing a transformé les cent mots les plus utilisés dans les titres de chansons pop classées au top 100 américain en nuage de tags. Pas de grosse surprise, LOVE occupe la première place, suivie de BABY et BLUE. Sur 37000 chansons, moins de 9000 mots ont été utilisés. Les "absolus" cartonnent : nobody, everybody, forever, everything... On note que GIRL est plus populaire que BOY et qu'il y a autant de CRY que de DANCE. Petit jeu : combien de véritables titres de tubes peut-on recomposer à partir de ces mots ? Vite fait : "Baby Love", "Moon River"; "Mr Moonlight", "Love Is All Around", "A change is Gonna Come"... OK, j'ai un peu triché sur les deux derniers mais en tout cas, si vous voulez faire un tube, vous avez là un bon moyen de choisir un titre. Prenez 2-3 mots dans la liste et allez-y : "Remember Christmas Night ?"; "Heaven Is A Dream Away"; "Everybody Miss Something Tonight"... En fait je parie qu'elles existent déjà. Lee "Scratch" Perry : le biopic qui démange![]() Lee Scratch Perry, celui que son compatriote, le chanteur et poète du reggae, Linton Kwesi Johnson, appelait à juste titre "le Salvador Dali du dub", se voit enfin honorer d'un biopic retraçant sa carrière.
De sa naissance dans la Jamaïque rurale à la création de son studio, le Black Ark, à Kingston, puis son exil en Suisse, le film retrace la carrière et la vie de Lee Perry, né Rainford Hugh Perry à Hanover, Jamaïque en 1936. On y suit l'excentrique producteur durant sa jeunesse, une période où Lee Perry travaillait pour l'important producteur Clement "Coxsone" Dodd, repérant et enregistrant de nouveaux chanteurs pour son label Studio One. Lui-même chanteur, Perry enregistra un certain nombre de singles pour Dodd et d'autres producteurs. Suite à de nombreux désaccords et une sévère dispute, Lee Perry pas encore "Scratch", se sépare de Studio One et forme son propre label, Upsetter ("L'emmerdeur", "le fâcheux"), d'après cette anecdote.
Il occupa longtemps une place centrale dans l'évolution du reggae en s'occupant, entre autre de la carrière d'un jeune chanteur du nom de Bob Marley. Scratch Perry, qui hérita de ce surnom grâce à sa facilité à déranger, démanger et gêner dans le petit monde du reggae, connaît un large succès, à la fois en Jamaïque et sur l'île britannique, et il ouvre son propre studio d'enregistrement, le Black Ark Studio, dans les années 70, où il continue de produire. Avec King Tubby, Lee Perry invente la technique du "dub" (voir notre dossier) et en enregistre des plus extravagants. À la fin des années 70, il passe par une période psychologiquement agitée, alimentée par les frustrations de l'industrie du disque jamaïcaine, les abus de drogues, et la perte (après un incendie volontaire) du Black Ark. Après quoi celui-ci fuit la Jamaïque pour l'Europe et s'installe en Suisse.
Il continue un temps à sortir des disques explorant les musiques électroniques (entre autre avec les musiciens de Yellow), les relations entre la folie, les voyages spatio-temporels, la religion (l'ancien testament) et l'identité africaine. Aujourd'hui malgré sa relative discrétion, Lee Perry est toujours une institution. Après le livre "People Funny Boy" de David Katz, un film était le moins que l'on puisse faire pour rendre hommage à cet extra-terrestre de la musique.
http://www.theupsettermovie.com Villette Sonique 2008 affiche sa programmation, riche et pointue![]() Pour son cru 2008, la Villette Sonique poursuit son bonhomme de chemin, hors de sentiers battus, à la pointe de l'avant-garde sonique. Pendant six jours (du 3 au 8 juin), entre le Parc et la Grande Halle (rénovée) de la Villette, les amateurs avisés de rock et de hip hop expérimental, ou d'electro aventureuse auront de quoi se mettre sous la dent. Parmi les nombreux groupes "indie" invités, on retient le grand retour de Devo. Ces adeptes de la "devolution", hilarants et en avance sur leur temps (ils ont débuté en 1972!), cartoonesques et précurseurs de la new wave, feront à la Villette leur première date française depuis...25 ans. Show délirant garanti. Autre évènement, la "carte blanche" délivrée cette année à Shellac, le mythique groupe de Steve Albini, qui sera notamment épaulés par les excellents vétérans du post-punk Mission of Burma. Signalons aussi la venue d'artistes aussi divers que créatifs, du grime turbo de Dizzee Rascal aux agressions sonores des pionniers radicaux de la musique industrielle Throbbing Gristle, en passant par la pop déglinguée de Deerhunter ou encore les hymnes soul-funk-rock de The Go! Team. Un éclectisme sans concession.
Le programme en détails : -Mardi 3 juin / 2Oh à la Grande-Halle/Boris Vian Tarifs : 12€/9€
-Vendredi 6 / 2Oh30 à la Grande-Halle/Charlie Parker Tarifs : 25€
Pour plus d'infos, consultez le site du festival Villette Sonique
Jah Division : Unknown Treasures
Retrouvé au détour de la toile grâce au réseau social myspace, il est étonnant de constater à quel point, après l'aridité post-punk des Mancuniens, il est plaisant de visiter les paysages de hautes pressions du collectif de Brooklyn qui adapte de manière à la fois révérencieuse et audacieuse la mélancolie britannique des années 80 aux réverbérations écrasante d'une musique initialement née en Jamaïque. Etonnant mais pas inconvenant, ayant moi-même tenté, avec succès dans des soirées, l'hybridation de la violence contenue sur fond de basse martelée du groupe de Ian Curtis avec le dub de Yabby Yu ou Mickey Dread (RIP), je peux attester de la parfaite compatibilité de ces deux genres supposés antinomiques. Les voix de la musique sont décidément impénétrables !
En attendant, allez visiter le myspace de Jah Division sur lequel est présent leur seul et unique production discographique à ce jour, dont "Dubmission" ("Transmission"), "Dub Disorder" ("Disorder"), "Heart and Soul Dub" ("Heart and Soul") et l'imparable "Dub Will Tear Us Appart" ("Love Will Tear Us Appart" ).
Dirty Pretty Things : Barat et Doherty sont dans un bateau...Carl Barat et Pete Doherty sont dans un bateau. Pete tombe dans la schnouffe. Que reste-t-il ? Les Dirty Pretty Things bien sûr. Après avoir mis le feu il y a quelques semaines au Palais de Tokyo à Paris (ci-dessus), le groupe de l'ancien leader-chanteur des Libertines vient de lancer, après l'annonce du premier single "Tired of England" (clin d'oeil malicieux au "Fuck Forever" de son double), un autre titre de son futur album "Hippy's son" dans la mêlée. Si la version live est encore un peu brouillonne (bien que sacrément efficace - mais où a-t-il caché sa VOIX ?), la version studio disponible en écoute et en téléchargement gratuit sur le site du groupe est impeccable de vitalisme et de précision punk-rock. Carl Barat n'est pas Brian Wilson, c'est un fait mais ses titres ont de l'allure et un caractère fringant qui contrebalance avec bonheur le côté ska sauvage de son ancien compère. Gary Powell est toujours aussi sûr de lui à la batterie et s'annonce comme l'un des moteurs du futur Romance At Short Notice dont la sortie est prévue le 30 juin de cette année. Les textes de Barat sont plutôt bien troussés, mélange de branchitude roublarde et d'ironie majestueuse : "I am a hippy's son, chante-t-il, I'm into porn and guns. I'm virile fertile. I scream when I come". On dirait du Bret Easton Ellis pour les nuls mais ça fait son petit effet. Mort et renaissance du top 50
Toute cette longue diatribe pour saluer le site Daily Anthem, qui propose un top (streamable via iMeem) des chansons les plus écoutées, téléchargées ou chroniquées sur le net. Réunissant les top des ventes et le buzz des blogs, ce top recrée le "socle commun" soi disant en voie de disparition. Bonne nouvelle pour les snobs, le top est très mauvais (y compris la chanson de Rihanna). Eurovision 2008, le résultat : Tellier perd, Dima Bilan remporte la finaleCette année, peut nous importe qui a gagné l'Eurovision, puisque notre Sébastien Tellier a perdu en se classant au 19ème rang avec 47 points. Les Européens n'ont pas succombé au charme des choeurs à la Beach Boys et aux choristes arborant barbes et lunettes noires. Bref, ils n'ont pas trouvé la voie lactée. En attendant, on peut se consoler en espérant que tout le récent battage médiatique autour de Tellier lui aura permis d'atteindre un de ses objectifs qui était de faire parler de lui. Et pour ceux qui auraient raté sa prestation hier : Et ne soyons pas rancunier, il faut tout de même admettre que la prestation de Tellier manquait peut-être d'enthousiasme ou de jeu de scène...et c'est peut-être ce dernier aspect qui prime par rapport à la chanson elle-même. Regardez comment les Russes de Dima Bilan (les gagnants) s'en sortent....eux ils ont un patineur, nous on a quoi, on a juste eu les moyens de s'acheter des postiches et la voiture de Ken. Je publie la vidéo ci-dessous, mais vous n'êtes pas obligé de la regarder. Sébastien Tellier modernise l'Eurovision Samedi 24 mai 2008 à 20h50, à Belgrade sera donné le coup d'envoi de la cérémonie de l'Eurovision (retransmise en direct sur France 3). Cette année 43 pays envoient leur poulain pour tenter de remporter la finale. Après Les Fatals Picards en 2007, la France joue la carte de l'originalté avec Sébastien Tellier et son titre "Divine" extrait de son album Sexuality. Hormis l'association des grosses lunettes, du costard et d'une barbe qui suffirait largement à combler la calvitie de Moby et de Billy Corgan, quelle est l'originalité de la présence de Tellier à l'Eurovision ? Compétition, aux choix artistiques ô combien consensuels, l'Eurovision a toujours été synonyme de "ringard". Avec l'association de Julien Lepers et Jean-Paul Gaultier, France 3 entend bien "déringardiser" l'institution (ou plutôt sa retransmission télévisée) en profitant de la nouvelle notoriété du représentant français atypique de cette année. La France joue la carte de la séduction avec un Tellier plus connu à l'étranger que dans son pays jusqu'à l'annonce de sa sélection.Repéré aux côtés d'Air sur leur label Record Makers, entendu sur la BO de Lost in translation ou exposé plus largement avec son titre "Ritournelle", le musicien s'est forgé une image. Provoc, idole de la hype parisienne, drôle, mystérieux, celui qu'on appelle depuis peu le Chabal de la musique française, est pourtant un inconnu du grand public. On doit sa présence au comité français de sélection pour l'Eurovision, qui cette année a exclu la phase de pré-sélection pour déterminer elle-même qui représenterait la France. Même si le musicien avoue sans se cacher que l'Eurovision est ringarde et que la scène française actuelle est inintéressante au possible, il a accepté sans hésitation de partir à Belgrade. Ses motivations si ce n'est celle de remporter le prix est surtout de profiter de sa sur-exposition médiatique pour toucher femmes, enfants et animaux de compagnie. Sébastien Tellier a sorti cette année son album hommage pop-disco-électro à la sensualité, Sexuality. Le titre "Divine" apparaît alors comme un choix audacieux d'autant plus qu'il est interprêté en anglais. A l'annonce de la sélection de ce titre, le député UMP François-Michel Gonnot a déclaré qu'il était déplorable de représenter la France avec un titre anglophone et que le choix allait à l'encontre de tous les efforts effectués pour promouvoir la francophonie dans le monde. La secrétaire d'Etat à la Fancophonie, quant à elle, réenchérit : la France s'est toujours présentée à l'Eurovision avec des textes français et devrait toujours s'y tenir. Pris entre les critiques d'une frange des politiciens français et le soutien populaire et médiatique, Tellier a néanmois essayé d'apaiser la polémique en tentant de traduire une partie de sa chanson en français. Bel effort, mais too late, selon les organisateurs qui posent chaque année une date butoire pour l'inscription de la version finale des titres en compét. Après réflexions et lecture des paroles de Divine, c'est finalement une bonne chose... Sincèrement qui aurait voulu entendre : "Regarde au loin / ils ont essayé de trouver la voie lactée / ils aiment la boire chaque jour". Seriously ?! Tellier en Serbie depuis le début de la semaine se serait déjà attaqué aux répét. Prestation à suivre ce soir et résultat dans la foulée. ![]() Sébastien Tellier en interview et chronique de Sexuality Eurovision 2008 : la malédiction de Lionel Tim, un complot ?La vie est cruelle et Internet est là pour le rappeler (mille excuses par avance aux "faons" de remuer le couteau dans la plaie à vif). A côté d'elle, la téléréalité n'est rien. Alors que Sébastien Tellier et sa sexualité se préparent à défendre (ou à plomber) les couleurs de la France au concours de l'Eurovision, le film promotionnel de Lionel Tim, sûrement préparé il y a quelques mois (années?) par son entourage, a un côté dramatique et désolant. Lionel Tim était donc CANDIDAT pour représenter l'Hexagone au grand concours de dupes. Le saviez-vous ? Pas moi. A quelques heures de la manifestation, le secret éclate enfin : pourquoi et comment a-t-on réussi à passer sous silence la candidature autoproclamée de l'ancien membre des Link Up, groupe découvert lors de la troisième saison de l'émission Pop Stars ? Les rumeurs les plus folles circulent quant au sort réservé au Tim (prononcer Team, comme Kamel prononce thym dans le Loft 2) : est-ce Mathieu Pokora, alias M Pokora, son ancien boyfriend depuis roi du rnb français qui lui a savonné la planche auprès des dirigeants du service public afin qu'il ne fasse pas d'ombre à la sortie de son nouvel album en anglais ? Est-ce un coup de Sébastien Tellier devant lequel la concurrence s'est mystérieusement éclaircie et de la bande à Technikart ? Pire (ou mieux), doit-on cette élimination à une nouvelle intervention de Nicolas Sarkozy qui, de longue date, entretient un contentieux avec Lionel Tim dont il ne goûte guère les chansons engagées ? Lionel s'est exilé depuis quelques semaines à Miami pour recorder du new material. Oh bon sang, en ai-je trop dit ? RETABLISSONS LIONEL TIM DANS SON DROIT. BOYCOTTONS LA CEREMONIE 2008 ! Je ne peux que vous conseiller, si vous avez aimé cette vidéo incroyable, d'aller jeter un oeil sur le blog de fan tenu, semble-t-il, par un ami proche de Lionel Tim et qui a des allures de Spinal Tap de l'amour rnb. Une vraie découverte. L'Eurovision 2008, c'est génialPosté par 2goldfish le 23.05.08 à 23:27 | tags : eurovision, pop, télévision, vidéos musicales, youtube
Les Estoniens de Kreisiradio chantaient "Leto Svet" à la première demi-finale de l'Eurovision mardi dernier. Et les gens me demandent comment je peux m'intéresser à cette emission ! Il y a tout dans "Leto Svet" : une rythmique ska à la Lily Allen, des cuivres funky tout droit sorti d'un tube de Sinclair, un solo d'accordéon digne d'Aimable et des danseuses qui savent faire le grand écart ! Malgré tout ça, les Estoniens n'iront pas en finale, mais l'Azerbaïdjan, si. Sébastien Tellier va avoir fort à faire, on dirait un duo Axl Rose / Meat Loaf :
Santogold : deux remixes exclusifs![]()
Santogold, aka Santi White, nous avait laissé sur notre faim en annulant son concert (et les interviews qui vont avec!) prévu la semaine dernière au Nouveau Casino. La nouvelle sensation pop-reggae-new wave (etc.) avait, il est vrai, une bonne excuse, puisqu'elle souffre d'une extinction de voix.Toute sa tournée est annulée. En espérant que son bel organe se remette vite, on patiente avec ces deux remixes inédits que l'on peut télécharger gratuitement, l'un concocté par Herve Edit et l'autre par XXXchange, du parfait premier single de l'album Santogold (que l'on a chroniqué), "L.E.S. Artistes". La Route du Rock 2008, intègre mais menacée![]() Est-ce que la pop est morte? Drôle de question, un peu saugrenue à l'heure de MGMT, Jamie Lidell et autres Santogold. Cette interrogation, lue sur la page d'accueil du site de La Route du Rock, découle d'une autre inquiétude. Financière. Le niveau musical de la production pop-rock actuelle n'est évidemment pas mis en cause. Non, d'ailleurs "le « spectacle vivant » ne s’est jamais aussi bien porté" lit-on plus loin. "Mais il rentre en crise… Et concernant les festivals de musique, les répercussions de la chute du disque (les artistes se rattrapent sur le live en exigeant des cachets surréalistes), la concurrence à coup de capitaux, les obligations administratives légitimes mais parfois incohérentes fragilisent sérieusement un secteur longtemps délaissé…" Un festival passionnant comme La Route du Rock, toujours audacieux et pointu dans sa programmation, qui met régulièrement à l'affiche - et avant tout le monde - des groupes indés comme TV On The Radio, Animal Collective ou The Coral, ce type de festival serait en danger. "Alors comment poursuivre notre chemin ? Comment s’adapter, résister et/ou survivre ?" S'interroge la direction du festival de St-Malo. "Et est-ce finalement utile de se donner tout ce mal ?" Les déficits atteindraient les 200 000 euros. Situation si périlleuse que "de nouvelles déconvenues en 2008" pourraient sonner le glas de l'évènement musical. C'est malheureux, mais pas si étonnant que ça, quand on sait, par exemple, que les Smashing Pumpkins ont demandé 120 000 euros de cachet pour l'édition précédente, soit 45% du budget artistique du festival...Festival qui, dos au mur, n'a pas d'autre choix aujourd'hui que de solliciter un appel au don.
Heureusement, ces problèmes de sous n'altèrent en rien la qualité de la Collection Eté 2008. Ne cédons pas au pathos ! Et courrons plutôt à cette 18e édition de La Route du Rock, qui se déroulera les 14, 15 et 16 août 2008 à Saint-Malo, voir Sigur Rós, The Do, The Breeders, Tindersticks, The Notwist,Foals, The Ting Tings, Fuck Buttons, Why?, Midnight Juggernauts, Bowerbirds ou encore Adam Kesher, déjà confirmés.
Voici le programme, pour l'instant: Jeudi 14 août : The Breeders, Tindersticks, The Do, Foals, Fuck Buttons, ...
Pour de plus amples infos: Padded Cell : Crado DiscoJ'ai presque déjà tout dit sur le duo britannique Richard Sen et Neil Higgins, aka Padded Cell, dans nos pages et ailleurs. Fous de Krautrock, de mutant disco, de punk funk et de musiques électroniques, les Anglais s'offrent avec Padded Cell un monstrueux bébé mutant discoïde et malfaisant, à l'image de ce clip bizarroïde de "Word of Mouth", qui, même s'il ne s'agit pas à mon sens du meilleur morceau de leur excellent album Night Must Fall, s'inscrit bien dans la logique post-punk-funk 80 à forte réminiscence new yorkaise et new wave (Suicide meets Grace Jones au Studio 54) de ceux qui déclaraient ce mois dans les pages de Trax (interview de bibi, dossier DC Recordings) : "Le New York des années 80 est un peu notre maison spirituelle, notre refuge. Nous y étions en 1985 et étions littéralement fascinés par la culture hip hop. De retour à Londres, nous en avons appris plus sur la scène artistique et musicale de downtown New York des 80's. A la fin des années 70 et au début des années 80, il existait une telle émulation artistique. Sur une très courte durée tu avais le hip hop, la disco, le post-punk, tout arrivait en même temps et se mélangeait. C'était la même chose pour la musique et l'art, l'art graphique, les performances, la mode, tout migrait dans la même direction. Aujourd'hui, on voit que toute cette culture est encore bien vivace, elle imprègne notre décennie. C'est spécialement vrai à propos de nombreux artistes actuels, qui étaient enfants à cette époque et pour qui cette période est une source inépuisable d'inspiration." La preuve en image aujourd'hui, presque 18 ans plus tard avec ce titre vocal de diva disco punk pour bouge crade de downtown New York (feat. Chloe de Battant).
A noter qu'un remix absolument énorme des Belges de The Glimmers est proposé sur le 12" qui vient de paraître également chez DC Recording. Beaucoup plus décadent et trash que l'original, coupé en plein milieu par une déclaration d'intention homophobe : "jte casse la gueule pédé" dite par une voix avinée (ce qui est très drôle dans l'environnement néo-disco et quand on connaît les orientations sexuels de beaucoup de tenants de cette scène) le bien nommé "Word of Mouth, Glimmers Disko Drunkyard Dub" se prend comme son titre l'indique, comme un coup de poing dans la gueule par un gros lourd bas du front à la sortie d'une boîte gay de Bruxelles ou d'ailleurs : Bam !
Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur Padded Cell, c'est par là : http://www.myspace.com/paddedcelldc
Violet Hill, Coldplay montre ses dentsDécidément, Coldplay fait tout comme Radiohead en ce moment ! Après le coup (de pub) du titre téléchargeable en ligne ("Violet hill", produit par Brian Eno), Chris Martin et ses amis passent au coup de gueule (et de pub) clippé, avec la même colline. Thom Yorke dénonçait l'exploitation des enfants dans sa vidéo "All I need"? La riposte de Chris Martin - sans doute jaloux - ne se fait pas attendre : il dégaine son MAGM (Manifeste Anti-Guerre dans le Monde).
Dans ce clip ô combien rebelle - version "incorrecte" de la video officielle - et donc diffusé uniquement sur le web (sur les traces marketing de Justice), le grand blond se paie la tête de tous les méchants. Dans une espèce de grand video gag mondial, on voit donc, entre autres, George W. Bush diriger un orchestre de militaires (subtile métaphore!), Tony Blair jouer de la guitare électrique, les Clinton valser, Fidel Castro se vautrer par terre, Boris Eltsine danser comme un con bourré. Et pendant que ces politiques-clowns se marrent et font le show (c'est d'ailleurs souvent poilant), des peuples souffrent, par la faute de ces hommes d'Etat ! On a ainsi droit à des images-éclairs de guerre, de missiles et de mort. Et Chris Martin de souligner, subversif en diable, que "The future is architectured by a carnival of idiots on show". Dans ces conditions, conclue-t-il pour ceux qui n'avaient pas compris: "I don't want to be a soldier." Bush et Blair doivent en trembler dans leur costard.
Les âmes sensibles, coeur de cible de la guimauve coldplayenne, et sans doute impressionnées par le "version alternative" du clip, pourront se reporter sur la "version officielle", diffusée à la télé, et donc plus soft. Mais gare à ceux qui ne supportent pas de voir les dents de Chris (parfaites, au demeurant) en mega gros plan...Le clip est une vraie pub Freedent.
Albums cultes des géants du bizarre #40 : Dr. John – Gris Gris
De son vrai nom Mac Rebennack, Dr. John fascine déjà par ses origines. Gris Gris, premier album du plus noir des musiciens blancs de rythm'n'blues est empli de références à la musique cajun et aux rythmes créoles, pour ne rien dire des cultes vaudous qui hantent tout l'album. Un goat head soup ("soupe à la tête de bouc", ou "recette de marinade pour sorcière" bien connue) qui résonne de tout ce que la Nouvelle-Orléans d'avant le cyclone Katrina de 2005 recelait de magique et de merveilleux.
D'ailleurs les titres parlent d'eux mêmes et il suffit de se plonger dans les 5:34 de "Gris-Gris Gumbo Ya Ya" ou les presque 8 minutes de transes nonchalantes du primitif "I Walk On Guilded Splinters" (Coco Robicheaaaaux !!!!) pour se laisser happer par la magie du bon docteur. Un docteur dans le sens "sorcier" bien sûr, de ceux qui ont la main lourde sur les hallucinogènes et vous font voir d'autres mondes. Avec Gris Gris, vous voyagez sur les terres de Papa Legba, le seigneur des crossroads, ou Maman Brigitte et sa troupe de saints dévoyés par les religions animistes africaines ("Mama Roux"). Pourtant, c'est un fait, si Gris Gris sent le souffre c'est avec bonhomie, comme une magie blanche pour des rites plutôt noirs ("Danse Kalinda Ba Doom").
C'est cet aspect qui donne à cet album un parfum carnavalesque de Mardi Gras. Dr. John qui n'ignore rien de la musique du vieux carré de la Nouvelle Orléans, mêle avec bonheur les tarentelles et autres airs français d'avant le jazz ("Danse Fambeaux") pour les mélanger au blues et aux rythmes hypnotiques de l'afrique ("Jump Sturdy"). Si l'on ajoute à cela l'usage d'un phrasé qu'il hérite du nom moins excentrique Professor Longhair, et de nombreuses expressions française-cajun qui émaillent ses paroles, on obtient un très curieux album, à la fois langoureux et agité, aérien et très terrien, ou encore enfumé mais déjà consumé. Une musique fatiguée, telle qu'après une longue nuit à veiller et dansant dans le bayou aux côtés des fantômes de petites diablesses à la peau noire, de mulâtres efféminés et de sorcières blanches de la haute société. Un enivrant poison qui contaminera par son ambiance le fameux Exil on Main Street des Rolling Stones et même Spiritualized qui enregistrera un temps avec le Docteur sur l'énorme Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space.
Dr. John - Gris Gris (ATCO Records, 1968) 19 chroniques Creative subjectives : t'écoutes quoi doudi didon ?
Passé le temps des critiques sur le blog, est venu celui du partage communautaire des goûts et des couleurs, des impressions, bons plans et tuyaux, mais aussi celui de la collectivité et du subjectivisme. L'explosion des outils de portabilité, la profusion des sites de téléchargement pirates (la mort de torrentspy, le énième retour de demonoid, la valeur de mininova, etc) et surtout la prolifération ces deux derniers mois des sorties de CD indispensables rend quasi impossible (pour un seul homme, trois ou quatre), sauf à faire que le temps critique soit supérieur au temps de dégustation auditive (un vaste débat - combien d'écoutes pour une critique solide), une recension rationnelle, journalistique et méthodique de ce qu'il faut ou de ce qu'on peut écouter. Si l'on ajoute à cela la nécessité de cultiver ses arrières, d'explorer la folle histoire des musiques contemporaines, l'activité critique passera par la voie express, la voie éclair du partage par "faisceau" de l'environnement sonore de l'instant t. Plus simplement dit : qu'est-ce que t'écoutes doudi didon, ou qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ? En bons copains, voici un instantané capturé sur la mémoire de mon Creative, i-Pod du pauvre, et instrument en soi déjà dépassé par l'omniprésence et -potence des téléphones portables intégrés. Avec une capacité à 2 Go (soit 25 albums en instantané, format MP3 et qualité CD), ça donne ça en ce moment et par ordre alphabétique :
1. Archive] - Take My Head : tentative de rangement de discothèque qui m'amène à réécouter le second album du groupe, après l'indépassable Londinium. Une déception à l'époque. Une semi-pépite aujourd'hui. L'album gagne en charme avec le temps.
2. Bonnie Prince Billy]- Lie Down in the Lights (sortie prochaine) : le nouvel album de Will Oldham, dans la lignée du précédent, un peu plus sec. Du folk blues classique pour l'ancien Palace, toujours aussi constant dans l'excellence.
3. Chet Baker Introducing Johnny Pace : un vieux disque sur lequel Chet Baker prête sa trompette à une simili Sinatra impeccable. Johnny Pace chante bien mais ne fera que cet album....., un désastre humain et commercial. Impossible de savoir ce que ce type est devenu. Magie étrange des destinées brisées, comme dirait l'autre.
4. Colin Meloy sings Morrissey : rassemblement des covers du leader des Decemberists, fan n°1 du Moz et des Smiths, sur le continent US. La voix est hésitante mais les chansons tiennent sur le fil du rasoir. Pour les fans uniquement.
5. Del Tha Funky Homosapien - Eleventh Hour : un grand disque de ma voix rap préférée. Le flow est gigantesque et plat comme la plaine d'Artois. Cela fait des mois que je cherche un angle intéressant pour parler de ce disque. Je cherche toujours mais l'écoute presque tous les jours. Respect.
6. dEUS - Vantage Point : bel album de l'un des meilleurs groupes belges en activité. Les dEUS reviennent à leurs meilleures influences. Le disque est tendu entre le vieux son mancunien d'A Certain Ratio et les expérimentations des voisins d' Ozark Henry. Les chansons sont parfois un peu longues, mais c'est un bel album à l'ancienne. Du rock prestige, savant presque et qui fond dans la bouche.
7. Elvis Costello and the Imposters - Momofuku : le retour du roi binoclard récupéré ce weekend en pirate. Un album rock et vraisemblablement le meilleur album de Costello depuis son disque sur Bacharach. La voix de Costello n'a jamais été mon fort mais sa créativité mélodique et ses textes sont un must pour ceux qui apprécient la pop anglaise. L'album est encore sur le banc d'essai. Il va falloir l'écouter un peu mieux pour pouvoir en dire quelque chose d'intéressant.
8. Interpol - Live in Lille du 24 novembre 2004 : un son impeccable pour cette prestation ultraclassique de la bande à Paul Banks. On aime ou on aime pas mais ça occupe parfaitement l'oreille lorsqu'on est dans le train.
9. Joy Division - The Best-of : la curiosité inutile du moment et qui s'accorde parfaitement avec le n°8. Rhino s'est payé un best of pour le marché US de Curtis et sa bande. Ca n'apprend rien (il y a une interview en bonus et quelques titres déjà connus) mais ça ne fait pas de mal. Tant qu'à faire autant écouter Substance. 10. Karen Dalton- In My Own Time : disque en repérage depuis 3 mois pour un "oubliés de la pop". Karen Dalton est la Janis Joplin de l'ombre. Une créatrice unique, croqueuse d'hommes qui n'aura jamais connu la gloire en dehors des cercles folk de l'époque. Sa version de "When A Man Loves A Woman" est à pleurer.
11. Martina Topley-Bird- Blue God : l'ancienne voix de Tricky (qui revient bientôt) s'offre un album soul relativement passe-partout mais charmant. Après quelques écoutes distraites, je me demande toujours si cela vaut le coup d'en parler. C'est sensuel et ça habille plutôt les soirs d'hiver.
12. Portishead - Third : j'ai beau essayé et ré-essayé, je n'y arrive plus avec ces trois là. Depuis le Roseland Nyc Live, j'ai décroché. L'effet Björk se manifeste à nouveau. La voix me sort par les trous de nez.... Un problème personnel.
13. Prefab Sprout - Steve Mcqueen : scotché au creative, il n'en sort pas et se réécoute sans fin dans sa version extended, avec reprise par Mc Aloon en 2006 des meilleurs titres. Toujours aussi pop et bon.
14. Silver Jews - Lookout Mountain, LookOut Sea : je m'en veux de ne pas les avoir vu à Paris il y a quelques jours. L'album est dans la lignée du précédent, un peu dénaturé par la copine de Berman qui chante un peu trop avec lui sur ce disque. Stephen Malkmus s'est fait porter pâle mais la poésie des Jews qui tient sur son auteur quasi unique, revenu de l'enfer des drogues (sic), est toujours opérationnelle. A rapprocher du Bonnie Prince Billy et du nouveau Swell, dont Libé a tout dit en début de semaine.
15. The Fall - Imperial Wax Solvent : un bon album et on n'en a pas encore parlé depuis qu'il n'est pas sorti (pas vu à la FNAC malgré 3 passages...). "50 Year Old Man" est le "My Way" de Mark E. Smith. Qu'est-ce que tu fais Maxence ?
16. The Last Shadow Puppets- The Age Of The Understatement : le leader des Artic Monkeys en vadrouille. Ca gratouille, ça chantouille, ça fout parfois la trouille et les jambes dérouillent. Un bon disque panouille dans la grande tradition rock pop anglaise. Pas un chef d'oeuvre mais un disque qui s'écoute comme un petit fils par alliance et dégénéré de Supergrass, en moins bien.
17. The Smiths - Strangeways, Here We Come : que peut-on dire là-dessus ? Quelqu'un m'a dit qu'il n'y avait que 3 bons titres sur cet album, le dernier, des Smiths. Je lui ai cassé les dents avec une matraque empruntée à mon tonton flic.
18. Tindersticks - The Hungry Saw : le nouvel album de Stuart Staples sonne comme un album des Tindersticks. La voix est comme toujours sublime et les chansons meilleures que jamais. Là encore, on aime ou on aime pas, mais les Tindersticks sont un peu les Clint Eastwood du rock, classieux à l'extrême, parfois peu emballants mais toujours égaux à eux-mêmes : très bons. The Hungry Saw est l'un de leurs meilleurs albums.
19. Desert Hearts- Hotsy Totsy Nagasaki : deuxième et sûrement second album d'un groupe irlandais excellent. Du vrai bon rock à guitares. Album difficile à se procurer sorti en 2006 et récupéré récemment sur ebay.
20. Bonus - Lovesexy de Prince en version réenregistrée, remixée par le maître. L'album a 20 ans tout juste et Prince aurait fait circuler sur son site une nouvelle version qui prouve le génie de cet album, sexy en diable, en pointe sur le flow rap et aux consonances mystiques. Lovesexy est un chef d'oeuvre. Il faut revenir là-dessus.
Et vous, vous écoutez quoi en ce moment ?
Slices : tranches de musique dans un magazine DVD
Il faut bien l'avouer, si l'idée est séduisante, dans la réalité le magazine DVD n'est souvent qu'un énième objet hype relevant plus du gadget que du véritable vecteur d'information. Souvent mal foutu, recelant au final un contenu riquiqui que ne laissait pas soupçonner la jaquette et la pub mensongère, bourrée d'animations bidons censées faire patienter le naïf entre deux clips vus et revus sur youtube, le DVD mag n'est, la plupart du temps, qu'un qu'un techno-support de plus dans le vaste champ des médias actuels.
Or, surprise, cette description correspond exactement à tout ce que Slices n'est pas ! Découvert dès le premier numéro orné d'une très belle couv' Richie Hawtin, ce DVD mag de luxe est véritablement à l'audiovisuel ce qu'un magazine papier digne de ce nom est à la presse. Déjà riche de 17 numéros, Slices est une création de la société allemande Electronic Beats. A l'origine un site internet, Electronic Beat a profité de sa situation géographique privilégiée (l'Allemagne et sa pléthore de producteurs électros, ses scènes, ses clubs etc) pour sauter le pas et créer un magazine vidéo.
Un DVD de Slices, c'est d'abord la certitude de trouver du contenu : longues interviews fouillées avec mise en situation originale, montage irréprochable et pas toc, qualités des intervenants (au hasard et dans le désordre : Steve Bug, Ricardo Villalobos, Mike Banks et UR, Matthew Dear, Alter Ego, Anthony Rother, Modeselektor, Chloé, Ellen Allien, Dominik Eulberg et j'en passe...), focus sur des labels (Warp, Traum, Kompakt, etc) et des lieux emblématiques de la culture electro, vidéo clips en avant première, sans oublier une discussion technique avec un producteur différent tous les mois, le tout dans un format à la fois professionnel, créatif et innovant.
A la manière des grands reportages électros mythiques comme le Modulations de Iara Lee, The Cycle of The Mental Machines de la française Jacqueline Caux ou High Tech Soul - The Creation of Techno Music, chaque Slices ravit l'amateur de musique électronique en lui proposant ni plus ni moins que sa télé personnelle, soit, un contenu enfin approfondie sur une musique qui ne l'est pas moins (ou qui est du moins perçue comme tel à l'étranger semble-t-il). Un reportage sur le maître de l'ambient Pete Namlook par exemple, est l'occasion de découvrir ce grand producteur chez lui, en pleine campagne allemande, entre son jardin et son studio, tel un Syd Barrett électronique. Un autre sur le Canadien Deadbeat nous permet d'écouter l'artiste discourir sur son amour du dub et des musiques du monde dans un cadre qui ne fait que renforcer l'idée que l'on se faisait de sa musique en l'écoutant. En ce sens, Slices apporte un réel plus aux magazines unidimensionnels et même à l'internet et ses interviews vidéos saccadées et pixélisées.
Au final, même s'il est réservé aux anglophones (quoique la possibilité de sous-titrage en anglais est offerte, ce qui facilite la compréhension) Slices s'impose comme une réelle alternative et un support d'information novateur et solide. Personnellement c'est simple, je m'abonne !
http://www.electronicbeats.net/home Clip pro-euthanasie de La Phaze (terminale)
"Faudra-t'il encore 20 ans / pour avoir le courage / De libérer la vie? / Laissez-nous autant choisir la fin / Rester libre et mourir digne." clame Damny Baluteau de La Phaze, sur le tître "Peine de vie". Le clip, violent et morbide comme son thème - l'euthanasie -, est désormais disponible sur le nouveau site web de La Phaze. Le groupe de "pungle", genre autoproclamé qui, comme son nom l'indique, mélange allègrement rage punk et rythmes jungle. Autant dire que ces bruyants zozos, originaires d'Angers, ne font pas dans la fine dentelle. Tout au long de leur dernier album Miracle, sorti le 5 mai, ces potes de Manu Chao dénoncent les dysfonctionnements de ce bas monde avec virulence. Témoin, le titre "la cause", avec en featuring la passionara-hip hop de Marseille Keny Arkana. Petit avant-goût de cette charge portée contre les artistes préfabriqués et ceux qui les soutiennent : "Au royaume des aveugles si les borgnes sont rois / Aux commandes des majors, les sourds font la loi / Usines à top fabriques de chanteur kleenex /Prêts à tout pour réussir même une partouze à l'hémicycle." Pan dans ta gueule. La chanson est téléchargeable gratuitement sur le site du groupe, jusqu'à la fin du mois de mai. Autre actu, la tournée de La Phaze. Après un concert à guichet fermé à la Boule Noire en mars dernier, les Angevins remettent ça : nouvelle date à Paris le 26 mai. Et voilà pour le reste de la tournée :
05/05 : Bevrijdings festival ROTTERDAM (Pays-Bas) 09/05 : Festival Zikenstock CATEAU CAMBRESIS (59) 10/05 : Festival All Access ETAMPES (91)
A Place To Bury Strangers, Ask The Dust : nouvelles du front du bruit
Le "truc" d'A Place To Bury Strangers, c'est que leur leader Oliver Ackermann est aussi le fondateur de Death By Audio, un fabriquant de pédales d'effet. Du coup le groupe a des pédales customisées toutes personnelles qui lui donnent son propre son même s'il ne révolutionne pas les recettes de Jesus And Mary Chain, Bauhaus et de l'armée de shoegazers qui les inspirent. Ils ont aussi tendance à mixer un peu fort : leur single "To Fix The Gash InYour Head" est tellement dans le rouge que les bonnes âmes qui ont voulu le transférer sur vinyl pour le Royaume Uni ont vu leurs machines exploser.
C'est terrible puisque j'ai aussi prévu de voir Times New Viking prochainement, qui sur le front du bruit se situent quelque part entre "Sister Ray" et un vieux Boeing. Après de telles recommandations, je crois qu'il est de mon devoir de vous pointer vers France Acouphène.
Le sourcil froncé de Lykke LiPosté par Slick Rick le 19.05.08 à 17:03 | tags : électro, news, pop, rigolo, vidéos musicales, youtube
Mise à jour du 27 octobre 2008 : voir l'entretien vidéo avec Lykke Li Disons-le, tout de go, franco : on est tout de suite tombé amoureux de Lykke Li (prononcer "lick-euh-lee"). Enfin, dès qu'on a vu ce clip "I'm good, I'm gone", à la séduction - c'est vrai - un peu malsaine. Un univers visuel froid, sombre, malade, que l'on doit à l'excellent Mattias Monteiro (auteur et/ou directeur de la photo de vidéos souvent superbes, notamment pour The Prodigy, Bat for Lashes, The Concretes, Stina Nordenstam et Basement Jaxx), où l'on croise des fillettes flippantes tout droit échappées de Shining (qui inclinent la tête comme des marionnettes), des personnes âgées rampant par terre le sourire (rictus) aux lèvres, ou encore de livides hermaphrodites bodybuildé(e)s en maillot de bain. Tout ce beau monde, échappé d'un cauchemar de David Lynch ou d'un fantasme de Matthew Barney(ou l'inverse), s'ébroue dans un décor indéfini, qu'on imagine être un lycée, à moins que cela ne soit un hôpital psychiatrique. Couloirs interminables au lino brillant, alignement géométrique de casiers, salles obcures...Brr! Cette atmosphère, aussi rassurante qu'une visite dans un asile d'aliénés un soir de peine lune, est illuminée par la présence de Lykke Li. A l'aise dans ce terrain de jeu anxiogène, le sourcil froncé, la Suédoise danse le swing des fous avec sérieux, prête à boxer. Ce sourcil froncé d'ailleurs, c'est le détail qui tue. Un peu comme le charme du léger sourire en coin d'une autre blonde scandinave, prénom Scarlett. Mais on s'égare. Le tître "I'am good I'm gone", outre sa mise en image réussie, est un authentique tube de power pop synthétique. Produit par Björn Yttling (de Peter Bjorn and John), subtil, rêveur et punchy, il rend justice à la voix cristalline de la nouvelle égérie made in Sweden, à peine âgée de 22 ans. Long live Lykke! (Dub)step is everywhere !
Nous parlions récemment du devenir global du dubstep. Mouvement typiquement anglais et plus encore, londonien (de l’Est de Londres même), le dubstep est véritablement en train d’infecter les derniers foyers de résistance qui n’avaient pas encore compris l’importance du mouvement. Du coup, on reparle aussi du dub, et de son avatar electro, qui s’était fait plutôt discret ces temps-ci. Un constat particulièrement évident sur nos terres où le dub était plus largement décliné sur le mode roots avant de reprendre une teinte plus technologique courant 2000. Le dubstep, avec son mélange de sons industriels et ravey, de break beat jungle-drum’n’bass, de saccade electronica y est bien sûr pour beaucoup. A cet égard, on remerciera le mystérieux producteur se cachant derrière le pseudo Burial, puisque c’est son Untrue qui a littéralement submergé la planète (sans oublier le confidentiel Benga, auteur d'un non moins exceptionnel album, Diary of An Afro Warrior). Au détriment des autres serait-on tenté de dire, même si la lame de fond du tsunami londonien se fait bel et bien sentir, ici comme ailleurs (voir les fameuses soirées dubstep parisiennes des créateurs de dubstep.fr, dont nous publierons le top 10 sous peu).
Autres symptômes, l’implication dans le champ dubstep des anciens, et même pour certains, similis précurseurs du genre. C’est le cas de Jack Danger de Meat Beat Manifesto, qui revient aujourd’hui avec Autoimmune, un album autoproduit et paru sur le label phare du dubstep déviant, Planet Mu. Album qui est tout simplement l’une de ses meilleurs livraisons à ce jour. Il est vrai qu'à l'écoute de "Children of Hearth" à "Return to Bass" ou "Hellfire" sur ce nouvel opus, on se souvient que le bonhomme avait, bien avant la vague UK Garage et Cie et plus encore que Mick Harris de Scorn, que nous créditions du genre dans une récente chronique, posé les bases d’un mélange déjà judicieux de dub, d’electro, d’industrielle et de drum’n’bass (sans oublier une pointe de jazz). Aussi, pour une fois, l’auditeur est ravi de voir l’un des mythes fondateurs de l’electro britannique, revenir et s’attacher, un peu tard il est vrai, à un des nouveaux genres moteur de la perfide Albion.
En Allemagne aussi, le dubstep fait des ravages et impose ses canons. Le label ~Scape, fer de lance du dub évolutif, propose à ce titre Round Black Ghost, une excellente compilation qui, en plus de rendre hommage à la techno dubby des 90’s (Basic Channel/Chain Reaction en tête) avec des artistes comme 2562 ("Channel Two"), Syncom Data ("Beyond The Stars") ou Pinch ("136 Trek"), présente de nouvelles têtes proches du dubstep à leur manière (Martyn, Untold ou même Pole, projet du boss de ~Scape) ou plus proprement dubstep encore, comme Ramadanman, Pangaea). Sans oublier le click’n’dub qui a fait les beaux jours de la structure berlinoise (Peverelist) ou l’acid-dub vrillé d’Elemental.
Pour finir, un peu plus loin du genre saccadé, avec "plus de dub et moins de step", on remarquera le très bon album electro-techno-dub de Fenin, alias Lars Fenin, sur le label d’Apparat (et de Marko Haas, alias T. Raumschmiere bien sûr), Shitkatapult. Been Through, deuxième album du Danois ravira les amateurs de click’n’dub grésillant mais vigoureux (voir l’excellent "Miles and More", dub motorick et mécanique accompagné d’une guitare slide , ou le très 90, "Dub Eraldo". Bonne pioche encore une fois pour le label allemand, et preuve que le dub électronique, step ou pas, a encore de beaux jours devant lui.
Au passage, pour clore ce tour d'horizon dub et dubstep, revenons rapidement sur le cas Jack Danger et rappelons que Meat Beat Manifesto c'était ça (entre autre), inoubliable :
Meat Beat Manifesto - Autoimmune (Planet Mu/La Baleine) The Cure : le nouveau single ultrapop est arrivéC'est parti pour les Cure et la course folle qui les mènera à leur nouvel album en enchaînant à la façon du Wedding Present, il y a très très longtemps, un single par mois (chaque 13 théoriquement puisque l'album sera leur 13ème !) jusqu'à la fin de l'année. Si la maison de production a du mal à suivre (le clip vidéo pas tourné a été remplacé par cette captation studio live en noir et blanc de bonne facture) et a dû reporter le pressage de The Only One (titre connu jusqu'ici sous le nom de Please Project) de quelques jours (20 mai), la diffusion sur le net et en téléchargement est désormais ouverte. The Only One, à ne pas confondre avec The Only Ones, pas de doute là-dessus, est un titre de Cure pur sucre, mélange plutôt réussi et entêtant (donnez lui 2 ou 3 chances pour vous pénétrer en profondeur....) entre "Friday I'm In Love" et "Just Like Heaven" et dont il est un double machiavélique en ce qui concerne la mélodie. Côté texte, les "tags" Cure n'ont pas changé : il s'agit d'une chanson d'amour à base de "love", de "crazy", de "skin", d'"apart",... La plume de Robert Smith est trempée dans le même encrier. Pour les curieux qui se diraient que ce single n'augure rien de bon (trop léger, trop pop), d'autres titres ont déjà surgi qui interpellent un peu plus la fibre gothique et rock, qu'il s'agisse du plus sombre "A Boy I Never Knew" ou du carrément lugubre et très intéressant "Sleep When I'm Dead". A suivre donc, mois après mois.... Rock en Seine vol.6, du beau monde![]() Comme chaque année, le festival Rock en Seine en met plein la vue. La sixième édition ne déroge pas à la règle, la barre est donc encore placée très haut : R.E.M., Amy Winehouse, Rage Against The Machine pour les big stars. Zach de La Rocha et ses sbires joueront d'ailleurs au Domaine St Cloud leur 2ème seule date française. Jamie Lidell, dont Flu parraine le concert, viendra aussi tester les irrésistibles titres funky de son dernier album Jim. Voici le reste de la programmation (encore partielle) : Mercredi 20 Août: Rage Against The Machine + invités... Jeudi 28 Août: REM, Keziah Jones, Tricky, The Do, Kaiser Chiefs, Wax Tailor, Serj Tankian, Apocalyptica, Plain White T's... Vendredi 29 Août: Amy Winehouse, The Raconteurs, The Roots, Jamie Lidell, Justice, Kate Nash, The Jon Spencer Blues Explosion, The Streets, Black Kids, Louis XIV, DB Clifford...
La billeterie est déjà ouverte, pour choper vos places, c'est par ici (là-dessous) : Acheter vos places pour le concert de Rage Against the Machine Acheter vos places pour le Festival Rock En Seine
Pour en savoir plus: le site de Rock en Seine
Benga : dubstep aquatiquePost pas fatiguant de fin de semaine, juste avant la déferlante dubstep annoncée : je remonte ce clip aquatique et hypnotique des profondeurs de youtube, l'océan de pixels global, offert par l'immensité du cyberespace. "Night" featuring Coki sur l'excellent Diary of an Afro Warrior (chronique), est certainement l'un des meilleurs morceaux du genre depuis "Raver" de Burial sur Untrue. Noir comme le fond des océans, profond comme les abysses, tout en saccade, il a l'élégance maladroite de ce poulpe bionique et gigotant. Les poulpes sont décidément des animaux très intelligents !
Hot et (très) Cheap : Nôze au BataclanSalut la compagnie !! Je quitte mon monastère tibétain d'où je rédigeais un passionnant mémoire sur les interfaces multipoint pour annoncer que ce soir, minuit, je me défoulerai au BATACLAN !! Rassurez-vous, ce n'est pas pour écouter cette soupe froide servie par Amel Bent (en écoute sur le site du Bataclan au moment où je tape ces quelques lignes), mais plutôt Nôze, un groupe parisien (qui abriterait Maxence selon de vagues sources internes) qui nous fera écouter son nouvel album Songs on the Rocks. La nouvelle est fraîche, mal éditée mais je vous ai quand même mis une photo, bande de petits veinards.
![]() Tiens j'oublie un truc... La musique ! Ben imaginez Beirut qui a picolé grave et qui se met à Ableton Live, avec en guest le Ellen Alien synth brass band arkestra from Bucarest. Ou alors Ricardo Villalobos qui nous interprète sa centième variation de Fizheuer Zieheuer, version bière froide et écharpe du Spartak. C'est donc gratos à 00h00 au Bataclan à côté de République, il paraît qu'il y aura Dani Siciliano en DJ certainement. Dani ? Non on vise un peu moins ringue, je veux parler de l'égérie de Matthew Herbert ! Bon allez, je retourne dans mon monastère. Allez ! hardie, ma mule ! Nôze sur myspace : http://www.myspace.com/nozecircus Deezer se rabiboche avec UniversalIls se faisaient la gueule, ils se sont retrouvés. Le géant du disque Universal music a finalement signé le 14 mai un accord portant sur 35 pays (Europe, Maghreb, Moyen-Orient) avec le géant du streaming musical Deezer. L'internaute peut désormais écouter gratos des artistes tels que Portishead, Amy Winehouse, Kanye West, Bashung. Un million de titres supplémentaires sont disponibles.
![]() Les deux fondateurs de Deezer, leader du streaming en France, ne cachent pas leur joie : "Cet accord unique démontre encore une fois, qu'il existe des solutions et des démarches positives pour répondre à une nouvelle configuration de la demande, reposant sur un accès libre et légal à la musique." Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, aussi : « Les services d'écoute de musique financés par la publicité font partie de ces nouvelles offres qui permettent au plus grand nombre de découvrir les artistes et leurs oeuvres, tout en respectant le droit des artistes et des producteurs ». Tout le monde est content, les oiseaux chantent. Mais avant de s'envoyer des mots doux, les deux géants s'étaient un peu frités. On se souvient qu'Universal n'avait pas trop apprécié que ses artistes figurent sur la plate-forme de streaming gratuit, sans rien percevoir en retour. En septembre dernier, la major avait même menacé Deezer de représailles judiciaires. Depuis, Deezer a tout fait pour légaliser et légitimer son offre, d'abord en signant un accord avec la Sacem (pour les droits d'auteur), puis avec Sony BMG, et enfin avec la SPPF, qui représente les labels indépendants, en octobre dernier. Universal est content, Deezer est content. Mais les artistes ? Les artistes aussi, puisqu'ils touchent de 15 à 20% sur leur passage en web radio, et jusqu'à 50% pour l'écoute à la demande. Personne n'y trouve à redire, Deezer poursuit sa conquête effrénée, actuellement en négociation avec Warner et EMI. Et le perdant dans l'histoire, parce qu'il y en a forcément un...toujours le même: ce bon vieux CD, cet abracadabrant anachronisme à l'heure de l'i-pod, encore défendu par une curieuse race, mais en voie d'extinction : le disquaire. Souvent reconnaissable à son look de nerd débraillé, sa barbe de trois jours, ses goûts pointus, et à son désir de propager la bonne parole... Désormais, le disquaire est presque un antiquaire. Message à caractère informatif : la rubrique Musique de Flu se réorganise![]()
La rubrique Musique de Flu a fait son grand ménage de printemps...des nouvelles rubriques, des nouveaux menus. Mais où sont passés mes chaussettes, mes photos de classes, les chroniques, interviews et les dossiers ? Dois-je ranger ma discothèque par odre alphabétique, chonologique ou par date d'acquisition ? Pas de panique, on n'a rien jeté...on a juste mis les conserves dans la cuisine et les pulls dans l'armoire. Guide de survie pour y retrouver ses petits et se faire plaisir en lecture sur Flu.
A présent il n'y aura plus de chroniques de disques sur le blog mais sur les fiches album. Hop, vous cherchez la chronique du dernier album d'Interpol, tendez le bras, allez sur la fiche d'Our Love To Admire pour voir la tracklist et lire la critique. Fingers in the nose ! Dernières chroniques publiées : Santogold de Santogold / Anywhere I Lay My Head de Scarlett Johansson / The Devil, You + Me de The Notwist / Covers Cocktail d'Arno / Moon Safari d'Air / Oracular Spectacular de MGMT / Third de Portishead / Dystopia des Midnight Juggernauts...
Pas d'entourloupes, dans cette rubrique, vous retrouverez uniquement les interviews Musique. Nos dernières rencontres : entretien avec The Notwist, entretien avec Portishead, interview avec Foals...
Et lire aussi nos archives Musique. The Wire : de l'eau dans le Gas !
Rappelons que Gas forme un des plus ambitieux, énigmatique et magistral projet techno de la fin du siècle dernier. Créé à partir de samples infiniment retravaillés de musique classique et orchestrale allemande sur une base rythmique filtrée downtempo, la musique de Gas est un voyage enivrant au cœur de la mythologie musicale austro-allemande. Voigt, qui a produit une quantité vertigineuse de musique sous d'innombrables pseudonymes, ne s'est jamais caché de vouloir rendre hommage aux grands compositeurs classique de son pays. Lui qui explora les paysages arides de la véritable techno minimal avec son projet Studio 1, lui qui a touché à l'electro-pop matinée de glam rock avec M:I:5 et Wassermann, signa entre 1995 et 2000, une série de pièces maîtresses de la techno contemporaine, l'imposant comme un artistique définitif.
Initialement publié sur le mythique label Mille Plateaux au milieu des 90's, les quatres albums de Gas, l'éponyme Gas, Zauberberg, Konigsforst et Pop, initialement épuisés, sont aujourd'hui de nouveau trouvable sur Kompakt. Réunis dans un coffret de quatre CD sous le titre « Gas - Nah un Fern », l'ensemble est accompagné d'un luxueux livret, ainsi que d'une version limitée double vinyle, décorée d'une pochette unique qui va permettre à une nouvelle génération d'auditeurs de se perdre, elle aussi, dans les forêts imaginaires et psychédéliques de Voigt et cela méritait bien une couverture de The Wire.
Les 4 CD de Nah un Fern paraîtront sur Kompakt le 26 Mai prochain. Retrouvons la passivité
Les fainéants, les idiots, les mous et les manchots salueront donc l'arrivée de ce site : Last FM+Youtube qui vous propose de créer une chaine musicale rien qu'en entrant le nom d'un compte Last FM ou d'un artiste. Tapez le nom d'une personne au goût sûr (pas vous, vous êtes un idiot/fainéant/mou) et c'est tout, vous n'avez plus qu'à vous enfoncer dans votre fauteuil et regarder les clips défiler d'un oeil bovin, comme au bon vieux temps de Best Of Trash sur M6.
Remote, Shonky : l'anti-minimal syndrome![]() Pour beaucoup, et à raison, la techno minimale correspond aux années 90. Etrangement à l'époque personne n'en parlait alors qu'aujourd'hui se trouve taxé de "minimal" toute musique dancefloor un tant soit peu dépouillée. Pour retrouver les racines du genre il faut pourtant revenir à l'époque où des gens comme Robert Hood, Daniel Bell et plus tard, Richie Hawtin, ont décidé d'épurer complètement les productions techno et house de la fin des années 80, la débarassant des influences new wave, funk et disco qu'elle contenait. Alors que de nombreux DJs de l'époque étaient influencés par Kraftwerk, Human League, Depeche Mode, la brit pop, etc. des producteurs comme Bell sont arrivés et ont élagué ces influences, pour ne garder que le rythme. Créant ainsi une musique strictement ascétique mais avec un groove soutenu. Il y a une évidence à l'écoute des productions d'un Robert Hood, par exemple. Malgré l'épure totale du son, l'afro-américain garde un sens du rythme incroyable, un funk froid et complètement pur. En ce sens, le minimalisme des origines, musique exigeante s'il en est, est authentiquement et beaucoup plus funk que ce que l'on veut nous vendre aujourd'hui sous ce nom, dans la house ou la techno.
Cependant, à force de cataloguer le tout venant de "minimaliste", ou au contraire, de reproduire la recette de ces deux pionniers de manière toujours plus mécanique, le public comme les producteurs ont fini par se lasser. Normal. Aujourd'hui, on taxe de "minimal" tout et son contraire. Le son Kompakt en est le parfait exemple. Les productions du label de Cologne sont généralement tout, sauf minimalistes. Kompakt sort des choses plutôt variées, plus souvent proches de la pop que du minimalisme. C'est ce minimal syndrome (titre original de mon billet) qui participa à ce que j'aime appeler aujourd'hui l'anti-minimal syndrome. Des producteurs comme les Français Seb Fouble et Eric Guillanton de Remote, sont par exemple à l'origine d'un son certes épuré, mais qui, par se touffeur et sa densité, ne correspond absolument pas aux canons du minimalisme des 90's (et tant mieux). Sur l'excellent Dark Enough, le premier album à paraître chez Kill The DJ ce mois, le duo explore toute la noirceur d'une techno rigoriste, qui fait parfois penser aux expérimentations jansénistes d'un Plastikman sur Consumed, ou des Finnois de Pan Sonic, mais reste l'aspect cosmique de leur musique, l'usage de synthétiseur, la profondeur de champ en fait tout, sauf un disque minimaliste. Ce qui, soyons en sûr, n'empêchera pas les « spécialistes » de le cataloguer comme tel.
C'est aussi le cas de Shonky, un autre français, dont le spatial et brillant (mais sévère) Time Zero doit tout à la science-fiction et aux visions froides de Detroit et autres lieux mythiques de l'imaginaire electro. Comme ses compatriotes de Remote, la musique de Shonky est, à priori bien loin des émanations filtrées de la French Touch des 90's, reste que le feeling a beau être plutôt straight, le rythme répétitif, le pied rigoureux, l'ensemble propice au headbanging vigoureux et à l'hypnose, Time Zero s'approche plus volontiers d'une musique de transe, pas au sens de "techno-trance" bien sûr, mais plutôt au sens de dérèglement "des sens" justement, de transe dans la répétition. Celle de la junky music pour beat junky, acidulée de ci, de là, de fulgurances laser et de défonce subliminale en réalité complètement virtuelle. Et ça, évidemment, c'est ce qui rapproche la musique de Shonky et Remote de la techno minimal d'origine, cet aspect druggy et transcendant, mais c'est bien la seule caractéristique que ces artistes partagent avec ce que l'on appelait il y a 18 ans, la "minimal techno". Reste que ces deux albums sont bien évidemment, chaudement recommandés !
Remote - Dark Enough (Kill The DJ/Nocturne)
Justice: beaucoup de "Stress" (pour rien?)Posté par Slick Rick le 14.05.08 à 11:08 | tags : électro, médias, news, politique, vidéos musicales
Rappel des faits : le très branché duo d'electro Parisien Justice a sorti il y quelques jours un clip qui fait désormais couler beaucoup d'encre. Pourquoi ? Parce qu'on y voit une poignée de "cailles" tout casser sur leur passage, de la petite vieille à la voiture, en passant par un barman, un joueur de guitare, des flics et j'en passe, pour finalement se retourner contre le caméraman. L'écran devient noir, une voix rageuse interroge le cameraman/spectateur/voyeur: "ça te fait kiffer de filmer ça fils de p***?" Polémique.
Devant le buzz de la video de Romain Gavras (fils de Costa), uniquement sur Internet (déjà vue près de 600 000 fois sur Dailymotion), la presse s'est vite emparée du sujet. Pour la condamner unanimement, dans les colonnes du Monde comme dans celles du Figaro, de Marianne ou de Libération. En cause : la gratuité de la violence, voire son utilisation à des fins purement marketing (chaque membre de la bande porte une veste siglée "Justice", avec la croix en relief dans le dos). Alors, messieurs les justiciers, on en était restés au clip sympatoche de "D.A.N.C.E." avec les chouettes T-Shirts barriolés...Et le fan branché "French Touch" de se demander, tétanisé: "C'est quoi cette horrible video hardcore, là?"
Gaspard Auger et Xavier de Rosnay ont enfin réagi dans un communiqué le 14/05. On les écoute. "La vidéo de "stress" est née d'une idée : offrir un clip indiffusable en télé à un titre indiffusable en radio. Sans la contrainte de réaliser un clip "diffusable", nous avons pris toutes les libertés avec ce support. Pas pour choquer gratuitement : juste pour ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l'art contemporain." Voilà. C'est bien ce qu'on pensait, comme leur nom l'indique, ils sont gentils en fait les Justice. Ils veulent nous faire réfléchir ! Ouf alors, on a eu peur qu'ils virent voyous et tout. Ils ajoutent même, penauds: "Nous étions conscients que le clip était sujet à controverse. Nous n'imaginions pas un instant que le débat irait si loin, que nous nous retrouverions à devoir nous justifier sur des sujets aussi graves." Des sujets comme le sort des banlieues, leur stigmatisation par les médias, et même le racisme (les protagonistes du clip sont blacks et beurs). Du lourd, quoi. Mais n'accablons pas les Justice, qui font mine d'être surpris (un comble d'hypocrisie!) par le buzz qu'ils ont eux-mêmes orchestrés. Et ne les surestimons pas. Finalement, ils voulaient leur coup de pub, ils l'ont eu: ça peut agacer mais c'est comme ça.
En fait, c'est plutôt Romain Gavras, réalisateur remarqué du fameux/fumant clip (après d'excellentes vidéos pour The Last Shadow Puppets, DJ Mehdi et Simian Mobile Disco), que l'on aimerait interroger. L'artiste de l'écurie très "ghetto friendly" Kourtrajmé a-t-il voulu dénoncer le traitement complaisant des médias à l'égard des banlieues, ou, comme le duo parisien semble l'entendre, s'est-il contenté de faire de "l'art et du divertissement", pour la beauté du geste ? Dans le premier cas, c'est plutôt raté, trop complaisant pour être honnête. Un peu à la manière de Mickael Haneke dans Funny Games U.S., qui nous en fait baver grave avec des images insoutenables, pour nous dire finalement, goguenard: "alors , ça vous a plu ?" Et nous dégouter à jamais des films d'horreurs (enfin , c'est le but). Chez le glacial Autrichien, c'est souvent efficace, mais un peu facile, voire prétentieux. Et donc énervant. Mais je crois que Gavras a plutôt visé le second cas. L'axe "artistico-divertissant" susnommé. Il s'est fait plaisir, voilà tout. A la manière - ambigue - d'un Kassovitz dans La Haine, en stylisant la violence à l'extrême, tout en constatant une réalité sociale. DuTarantino, façon banlieue.
Avec "Stress", c'est plutôt Orange Mécanique In the Hood. Et là, chapeau bas, la vidéo remplit son contrat : c'est nerveux, original, flippant et brillant. Une vraie décharge d'adrénaline. Comme l'étaient le clip de Prodigy "Smack my bitch up" ou les délires visuels de Chris Cunningam pour Aphex Twin. Comme du N.W.A insultant copieusement les "cops", ou Sid Vicious cassant sa gratte. Seule différence, de taille, on touche ici à l'actu chaude, les émeutes. C'est ce qui choque tout le monde. Et c'est le coup de génie commercial du clip, opportuniste certes, mais finalement plus jouissif que subversif. Mais une question me taraude encore : pourquoi les Justice, qui aiment tant la té-ci, n'apparaissent-ils pas dans leur vidéo? Le stress peut-être ? His Name is Krautrock, Alain Finkielkrautrock
Sur Alain Finkielkrautrock c'est simple, on trouve de tout ! C'est la caverne d'Ali qui vous rendra baba (au grand dam du vrai Finkielkraut) en matière de sons inouïs, de mixes inédits, de podcast délirants (sont invités Quiet Village, Aeroplane, Pilooski bien sûr, et j'en oublie), de chroniques marrantes, de reportages gonzo (actuellement "Turzi en Corse pour l'enregistrement de son nouvel album") ou de flashback d'utilité public. Car côté musique, les membres d'Alain Finkielkrautrock ne s'embarrassent pas de barrières, dans ce domaine, le blog est même un cas d'école : BO de film porno italien des 70's, Giallo, bande son science-fictionnesques de série Z, italo disco, exotica psychédélique, psychédélisme exotique, tout y passe. Dernier délire en date, célébrer Mai 1968 en exhumant le document Groupement Culturel Renault, dont le 45 tours "Cadences" (voir notre illustration), à la fois expérimental, revendicatif et dansant, s'arrache aujourd'hui sur Ebay. D'utilité public on vous dit !
http://alainfinkielkrautrock.blogspot.com/ Egalement sur myspace : http://www.myspace.com/alainfinkelkrautrock Radiohead contre l'exploitation des enfantsComme U2 et Coldplay, Radiohead fait partie des groupes hautement "engagés", toujours en première ligne pour défendre les nobles causes. La dette du Tiers-monde étant prise (Bono s'y colle), tout comme le commerce équitable défendu par le gentil Chris Martin, que reste-t-il à Thom Yorke et ses amis, déjà impliqués dans la critique de l'administration Bush (le tître brulôt "2+2=5" sur l'album Hail to the Thief) et la cause tibétaine ? Et bien, il reste tout de même l'exploitation des enfants, qui il est vrai devrait être dénoncée plus souvent. Une prise de conscience qu'entend bien susciter le clip de "All I need", réalisé dans le cadre de la campagne de sensibilisation MTV EXIT. On y voit deux réalités parallèles mais injustement différentes entre un enfant occidental aisé et un enfant ouvrier asiatique. Soit deux journées ordinaires pour ces gamins, filmées simultanément grâce au split screen: tandis que l'un sirote un jus d'orange devant sa télé avant d'aller à l'école, l'autre bosse à l'usine. Confrontation efficace, forcément choquante de deux destins scandaleusements contrastés. La chute du clip, aussi tragique qu'ironique, est particulièrement réussie. Albums cultes des géants du bizarre #39 : White Noise – An Electric Storm
Avec An Electric Storm ces trois bricoleurs de génie sont à l'origine d'une pop inouïe, qui doit autant aux divagations psychédéliques du early Pink Floyd, au free rock de Soft Machine, au Sergent Pepper's des Beatles et à l'Odessey And Oracle des Zombies, qu'aux expériences de la musique concrète française et de la musique électronique allemande et américaine des années 50. De l'innocence de "Love Without Sound" qui ouvre le disque, aux lugubres "The Visitation" et "The Black Mass : An Electric Storm in Hell" qui le clôturent, en passant par la bande son pour film porno arty de "My Game of Loving", la fanfare dadaïste de dessin animé de "Here Come The Fleas" ou la comptine acide de "Firebird", An Electric Storm est une saga épique et cosmique, à base de bandes trafiquées, de sons et de bruit réels enregistrés live, de manipulations acoustiques et de bidouillages électroniques pour un album qui a la particularité (entre autre) d'user du premier synthétiseur anglais, le désormais mythique EMS Synthi VCS3.
Pièce maîtresse de la musique des 60's, White Noise compose une symphonie électrique donc, un pandémonium électronique même, qui voit se confronter les envolées vocales éthérées de Delia Derbyshire et l'océan infini des sons générés en studio ("Your Hidden Dreams"), précédent en cela de près de 40 ans, les producteurs électroniques et pop actuels, le tout dans l'incompréhension quasi-totale du public de l'époque bien sûr. On se demande d'ailleurs encore ce qui poussa le patron et fondateur d'Island, Chris Blackwell, à signer cet ovni sonore difficilement identifié ? Reste qu'avec An Electric Storm, les trois de White Noise ne feront rien de moins que de vulgariser la musique électronique et ses techniques, les rendant ainsi accessible à la pop pour toutes les générations à venir. Ainsi, on verra Pram, mais aussi le Spacemen 3's Sonic Boom, Adn To X, l'échevelé gourou du bizarre Julian Cope, Delia Gonzales & Gavin Russom (DFA), le duo Air ou plus récemment, Portishead, se revendiquer de l'influence incontournable de cet album extra-terrestre.
Dès le deuxième album, le groupe se sépare et devient le projet solo de David Vorhaus. Celui-ci composera une série d'album sous le nom de White Noise, tous numérotés de 2 à 5 (et même 5.5 en 2006, mais tous d'un intérêt moindre comparé au chez d'œuvre précurseur que fut An Electric Storm. Brian Hodgson, lui, continuera son travail à la BBC au côté de Delia, et produira quelques albums (dont ceux de Fleetwood Mac). De son côté, Delia Derbyshire deviendra la muse de toute une génération. Elle produira également de nombreuses oeuvres pour le BBC Radiophonic Workshop et apparaîtra en guest, aux côtés d'artistes allumés comme Sonic Boom (Spacemen 3, Spectrum) tandis que son nom servira même de titres à de nombreux morceaux hommages. Elle est toujours active aujourd'hui.
White Noise - An Electric Storm (Island, 1968) Trent Reznor en a dans The Slip
"Trent Reznor (a.k.a. Monsieur Nine Inch Nails pour les incultes) a officiellement pété un plomb. Mais alors grave de chez grave. Après avoir transformé la moitié de l'Internet en Philippe de Dieuleveult post-apocalyptique pour la promotion de Year Zero, après avoir produit un putain d'excellent CD pour son pote Saul Williams et après avoir réussi à se faire plus de 750000$ en vendant un album instrumental, notre ami dépressif a décidé d'offrir le dernier album de NIN. Il suffit juste de donner son adresse e-mail sur ce site et boum, vous voilà avec le dernier opus de Nine Inch Nails, disponible dans tout plein de formats, et qui est ma foi assez cool. Au même moment, dans sa grande maison de star du rock, Thom Yorke regarde ça et pleure."
Il a inclu l'info, les blagues, le lien et même le titre pour que je n'ai plus rien à faire. Avec des fans comme ça, Reznor peut bien offrir un album de temps en temps. Malheureusement, le sympathique Arez n'a pas fait une chose à ma place (que je fais par contre généreusement à la votre) : écouter The Slip. Et comment il sonne ce cadeau aux fans... ? Comme un cadeau aux fans, vraiment. C'est à dire qu'il n'intéressera sans doute pas vraiment ceux qui ne le sont pas déjà. Ce n'est pas forcément un reproche, mais je préférais vous prévenir. Moon Safari : joyeux anniver-Air !![]()
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'année 1998 n'est pas seulement l'année de la Coupe du monde gagnée par Zizou et les Bleus. ("Et un , et deux , et trois zéro", remember...). Cette année là, donc, on n'a pas uniquement beuglé "I will survive" en choeur devant sa télé: on fredonnait aussi le tube "Sexy Boy", de Air. Putain, 10 ans, comme dirait l'autre. Voilà qui nous ne rajeunit pas. C'est en ce temps chiraquien que les deux Versaillais sortaient leur bombe Moon Safari. Album phare du mouvement "French Touch" - même si le duo s'en défend - avec notamment les Daft Punk et Cassius, ce disque devenu classique ressort en version Collector, anniversaire oblige. L'occasion pour Flu de rappeler que le groupe n'a pas chômé depuis : les chroniques de leurs cinq (autres) albums majeurs sont désormais en ligne en plus de celle de Moon Safari. Soit rien de moins que, dans le désordre, Premiers Symptomes, Talkie Walkie, The Virgin Suicides, 10,000hz Legend et Pocket Symphony . Check it out! Tricherie à l'Eurovision !
Alors Franco a pris les choses en main parce qu'il aimait bien tout prendre en main : il a donné des chéquiers à des employés de la télé nationale et ceux-ci ont été un peu partout en Europe acheter des séries qu'ils ne diffuseraient jamais et promettre des enregistrements à des artistes locaux en échange de leur vote. Et l'Espagne a bel et bien gagné avec la chanson "La La La" chantée par Massiel, une chanson pourtant aussi bonne que son titre. Personnellement, j'avais comme toujours une préférence pour les losers, la Finlande, bonne dernière, offrait la même chose en moins putassier et surtout, sans acheter le moindre vote. Cliff Richards, le Johnny Halliday anglais, qui avait fini second cette annéel-là, demande qu'on lui remette le titre. Il faut dire qu'il demande toujours beaucoup de choses (une extension du copyright de ses chansons, qu'on jette tous les internautes en prison, ce genre de choses...). Le directeur des programmes de l'Eurovision a déclaré, en substance "mouais, bof, j'ai d'autres choses à faire".
Pas contacté pour savoir ce qu'ils allaient faire pour faire gagner Sébastien Tellier dans trois semaines, Jean-François Copé et Patrick de Carolis n'ont pas réagi. Un silence qui en dit long. Nouvelle Star 2008 : rock attitude et sens du grotesque![]()
Il ne faut pas le cacher : cela fait un bail que regarder la Nouvelle Star n'est plus une honte. Si la Star Ac' souffre légitimement d'une image vieillotte (les chorégraphies de Kamel Ouali, les paillettes, les éclats de Nikos Alliagas, et l'apparition des dinosaures de la chanson), les efforts de la Nouvelle Star pour prendre la tangente alternative (on n'ira pas jusqu'ici lâcher le mot "indépendant") sont non seulement louables mais bien réels : présentation sobre et relativement sensuelle de Virginie Efira, groupe efficace, jury de vrais professionnels, varié (rock, funk, variét'), amusant et bien inspiré, mais aussi un choix de chansons qui réserve, parfois, voire souvent, de bonnes surprises.
Parmi les candidats, avec la réussite de Christophe Willhem, les résultats honorables de Steeve Estatoff, la Nouvelle Star a décidé de fouiller à fond le créneau du "beautiful freak", tout en ne perdant pas de vue la nécessité de cibler toutes les parts de marché. Dans le panier de cette année (qui ne marche pas fort niveau audimat, soit dit en passant), on a donc droit à un échantillon particulièrement curieux de jeunes gens dont les qualités sont mises en avant avec une roublardise marketing qui ne doit pas occulter complètement leurs qualités personnelles. Jules est dans le rôle du jeune con, double pasteurisé des Naast et autres BB Brunes qui font la couverture de Rock'n'Folk, bébé rock qui affiche Pete Doherty dans sa chambre, fume des menthol et joue principalement sur la corde funky comme s'il était né dans l'Angleterre des années 60. A l'arrivée, ses prestations manquent de sel et ne pèsent pas lourd malgré un soutien suspect et inconditionnel de Philippe Manoeuvre. Benjamin a lui tout pour plaire : le visage de Doherty justement, avec des paupières tombantes mais une allure du feu de dieu, un brin de classe et une culture musicale au dessus de la moyenne puisque son papa dirige une revue de jazz. C'est l'un des favoris des gens qui aiment la musique et cela ne trompe pas. Il n'est pas certain qu'il arrive à rallier jusqu'au bout les filles de 12 ans. Cédric, le plus âgé de la bande, est un type assez curieux également : le physique de Big Jim (brun, beau comme un Pierce Brosnan), des allures de rockeur mais un mauvais air d'avoir eu sa carte jadis à l'Action Française. Cédric a cette classe dérangeante et arrogante qui nous fait détester le John Spencer Blues, quelque chose de raide dans l'attitude qui donne le sentiment qu'il a une chemise à vichy sous son perfecto (ce qui n'est qu'à moitié faux - voire sa tenue de casting). Une vraie curiosité donc qui est capable de belles envolées vocales. Au jeu des pronostics, Cédric est ce qu'on appelle une grosse cote : trop typé, trop vieux pour le public.
Côté filles (il en reste 2), on retiendra, pour le moment, celle qui est vendue comme la performeuse de la saison : une dénommée Amandine, qui, bien qu'originaire du Sud de la France (vache à lait de la téléréalité cagole), incarne une Amy Winehouse carburant au Ricoré light et à la cigarette au chocolat. Amandine a une belle voix grave et surjoue les performances désespérées. Elle a évidemment repris le No, no, no, je ne veux pas aller en réhab sinistre mais également taquiné les Patti Smith ou les Janis Joplin. Sans qu'on sache pourquoi, cette fille au physique modeste est en train de devenir un phénomène. Ses récentes prestations témoignent d'une bonne adaptabilité aux différents registres qui lui sont proposés mais d'une tendance de plus en plus prononcée et agaçante à composer un personnage "en souffrance". Son menton est un peu flasque, ses cheveux un peu gras et ses yeux trop globuleux pour une chanteuse qui ne ferait pas d'excès, aussi est-on amené à se poser la question : comment peut-on trouver aussi facilement des jeunes apparemment très BCBG avec des allures de rockeurs aussi abouties ? C'est là tout le savoir-faire de la Nouvelle Star et de ses équipes de détection, de sélection et de préparation : on s'y croirait.
Le seul élément qui trahit encore la grande mascarade (il ne faut pas oublier qu'on est ici dans une académie et que très peu de ces jeunes qui savent chanter parfaitement se tailleront une route vers le public et le succès) : c'est l'acharnement à faire crédible. La Nouvelle Star souffre aujourd'hui au dernier degré du syndrome Canada Dry : cette volonté de faire comme si on faisait un télé-crochet alternatif alors qu'on fait un télé-crochet populaire. Du coup, on glisse des titres qui tuent dans une émission de prime time mais aussi des séquences à l'imagerie rock dans des prestations qui ne durent que 2 minutes 20. Les candidats savent qu'il y a désormais une prime à l'énervement, à l'excitation, une prime SMS à celui qui sautera le plus haut, roulera le plus vite à terre, serrera le plus de mains en sautant dans tous les coins. Malgré leurs atouts naturels (des belles voix), les candidats se livrent à une lutte à mort qui est celle d'une surenchère dans le "spectacle rock", au point qu'on trouverait presque Johnny Rock un modèle de sobriété là-dedans. Il semble bien (et cinquante ans après sa naissance) que l'imagerie rock n'ait pas avancé d'un pouce : pour tout le monde, la musique reste associée à la folie, à la drogue et au désir sexuel. Cette conception qui explique pourquoi Manoeuvre est la tête d'affiche de cette année, OBLIGE les candidats qui sont en sang frais (on le suppose à voir les bouteilles de Banga dans les coulisses) à se produire à 20H20 comme s'ils avaient 3 heures de picole dans les jambes, une heure de concert derrière eux ou le passé d'un Johnny Rotten ou d'un Shane Mc Gowan. Ainsi, d'un bon spectacle populaire, on passe de plus en plus à un spectacle théâtral, à une mise en scène de poncifs (instructifs) sur l'histoire du rock.
On peut donc regarder la Nouvelle Star avec enthousiasme mais être certain qu'on éprouvera, à un moment donné, un sentiment de frustration et de dérangement par rapport à l'outrance et au grotesque du spectable global. La limite de l'émission, inhérente à sa nature (une série de scènes, répétées à l'infini, une ritualisation du spectacle musical rock qui en est, par définition, la dénégation), est qu'elle ne pourra jamais donner que l'illusion d'être authentique. Cette limite est sans rapport avec les qualités et les défauts des acteurs principaux mais constitue leur fardeau le plus lourd, celui dont 80% ne se débarrasseront pas.
Le clip d'Another Day de Jamie Lidell ou comment j'ai parlé à un écureuilOn parlait il y a quelques jours de musique environnementale, et pourquoi pas de musique climatique (qui serait un sous-domaine de l'environnementale) ? Quel est le lien entre le climat d'un lieu et la musique que ses résidents pourront produire ? Quel est le lien entre le titre "Another Day" de Jamie Lidell et l'arrivée du soleil sur une bonne partie de la France ce week-end ? Aucun, sauf si vous avez l'esprit fantaisiste comme moi et que vous êtes persuadé que l'écoute prolongée de "Another Day" dans la semaine du 28/04 a fait venir le soleil, vous a permis de parler à un écureuil au bois de Vincennes et vous a permis de voir un mec qui faisait du roller de fond (un seul de ces faits est le fruit de mon imagination, bien que je ne désespère pas que ça se réalise un autre jour)
Après avoir vu le clip de Lidell, ne pensez-vous pas qu'il faudrait lire la chronique de Jim ? Heureux comme un Pete Doherty en libertéOn pensait ne pas le revoir de sitôt, la tournée de festivals des Babyshambles menacée, etc. Mais Pete Doherty a, comme souvent (rappelez-vous la juge amoureuse de lui) un bol de cocu dès qu'il s'agit d'échapper à la justice de son pays. Après seulement 29 jours de prison, émaillés d'un incident (le chanteur a été photographié à nouveau en train de se shooter dans sa prison de Wormwood Scrubs, alors qu'il partageait sa cellule avec un petit dealer et était théoriquement traité à la méthadone), Doherty devrait être libéré mardi. Sa peine de 14 semaines a été réduite de moitié et de 18 jours dans le cadre d'un plan de désengorgement des prisons et une autre remise de 2 jours accordée pour prendre en compte ses 2 jours de détention préventive au commissariat. Heureux comme un Doherty en liberté, l'ex-chanteur des Libertines ne devrait néanmoins pas se retrouver, comme ici, lors du festival de l'Ile de Wight, à jouer de la guitare acoustique dans un champ. Non, non, chat échaudé ne craint pas l'eau froide. Doherty a fait savoir, par un ami, qu'il donnerait un concert mystère dès sa sortie de tôle et enchaînerait par un programme d'abrutissement (entendez, retour à la vie normale) de 3 jours pleins : boire, se droguer et puis récupérer. Après ça, et s'il ne se fait pas pincer à nouveau, le chanteur pensera à reprendre les hostilités avec son groupe avec, en ligne de mire, et s'il tient jusque -à, une tête d'affiche à Glastonbury et de nombreuses apparitions annoncées en France. Et dire que l'affreuse Kate Moss ne s'est même pas inquiétée de son sort pendant tout ce temps. A cette date, possible que son ancien compère, Carl Barat, lui revole la vedette avec ses Dirty Pretty Things, dont le deuxième album est annoncé pour fin juin, avec en éclaireur un single baptisé "Tired of England", réponse du berger à la bergère, après le "Fuck Forever" des Shambles. On s'amuse comme on peut... mais le Scrubs veille du haut de son splendide portail, bâti en 1878, sur d'anciens pâturages servant à l'époque de terrain privilégié pour les duels entre amants. Romantisme quand tu nous tiens.... ![]() Justice et Stress vont-ils lancer une polémique ?Justice, qui vient de sortir son dernier clip, "Stress", va sans doute lancer une polémique. Changement d'univers visuel radical avec cette vidéo réalisée par Romain Gavras (fils de Costa-Gavras et membre du collectif Kourtrajmé). Le stress est ici représenté par la violence qui motive une bande de jeunes que la caméra suit de près dans ses virées. Le clip, interdit de diffusion à la télé, se place dans la lignée des films La Haine et Orange Mécanique et provoque déjà beaucoup de réactions sur le net : on parle de violence gratuite, de pavé dans la mare, d'acte dénonciateur...
Flu vous fait gagner des places pour la tournée de Justice : concours Justice The Only Ones : retour majeur et Black OperationsOn avait parlé avec enthousiasme, il y a quelques mois maintenant, du retour gagnant des Only Ones, groupe mythique de la fin des années 70 et symbole effrayant de tous les excès du rock. On avait dit alors que le groupe sonnait bien et que son chanteur Peter Perrett avait gardé sa voix miraculeusement intacte après des années passées en dehors du circuit et malgré de sévères ennuis respiratoires causés par des décennies d'addiction. Depuis l'étape londonienne qui fera très bientôt l'objet d'un DVD exceptionnel (en vente prochainement), les Only Ones ont élargi le cercle de leurs opérations et entrepris une tournée internationale qui, malheureusement, ne semble pas pressée de les mener en France. Festival au Japon, étape en Suède, le groupe de Perrett, Perry, Mair et Kellie a aujourd'hui au moins aussi belle allure que les papys Rolling Stones. Preuve en est, cette version affûtée enregistrée lors de leur premier grand show télé en direct, d'une nouvelle composition : ""Black Operations. La rumeur d'un nouvel album commence à circuler à l'écoute de cette belle séquence paranoïaque à base de NSA, de FBI et d'hommes en noir. Il y a du William Burroughs et du Frank Black dans ce texte-là. Perrett est reparti comme en 1978, la séduction de la jeunesse en moins. Les papys de la section rythmique assurent. L'immense John Perry veille au grain et nous offre un passage de guitares qui rappelle que les solos n'ont pas que de mauvais côtés. Perrett est comme toujours incroyable. Ceux qui pensent que le gros Pete Doherty est l'incarnation de l'esprit rock, jetteront un oeil sur cette vidéo. Rappelons qu'il y a quelques années, les Babyshambles avaient accueilli sur scène Perrett pour un hommage appuyé lors d'une reprise d'Another Girl, Another Planet. A l'époque, c'était Perrett qui était au purgatoire et Doherty au pinacle. Le gros joufflu a encore du chemin à faire avant de rejoindre le clan des morts-vivants qui savent chanter. Le rock est là et pas ailleurs. A déguster sans modération. Musique environnementaleJusqu'à quel point la géographie d'un endroit détermine-t-elle la musique qu'on y crée ? Difficile à dire : on enregistre des albums qualifiés de "californien" un peu partout dans le monde : souvent la Californie est dans l'oreille de l'auditeur plutôt que dans l'enregistrement. Pourtant le jour où j'ai lu que Modest Mouse produisait la musique d'une région forestière et pluvieuse, j'ai eu l'impression de comprendre quelque chose. Pourquoi je n'écoutais leurs disques (les premiers en tout cas) que quand il pleuvait. Et puis ce n'est sans doute pas très originale, mais quand j'écoute London Calling je pense à Londres et Sigur Ròs m'évoque l'Islande (alors que Björk, non, pas vraiment). Une des choses qui m'intéresse à propos de la Finlande, c'est la façon dont historiquement elle s'est construite par opposition à la Suède. Sans l'avoir demandé, au XIXème siècle la Finlande s'est retrouvée séparée du royaume suédois et forcée de découvrir sa propre identité. Un peu comme deux frères élevés ensemble forgent généralement leur caractère en opposition, on peut résumer aujourd'hui la musique populaire des deux pays grâce à l'Eurovision : la Suède a eu Abba, la Finlande Lordi. Les premiers sont célèbres pour leur pop ensoleillée, les seconds pour leur métal outrageux. Les deux ont pourtant un climat et une géographie assez proche et on aurait bien du mal à trouver dans ces musiques un quelconque rapport à la nature du pays qui les produit. Les deux sont des produits 100% culturels et historiques. Depuis quelques années cependant il y a en Finlande un mouvement freak-folk qui n'a rien de métalleux, qui retourne un peu aux sources de la musique traditionelle locale mais qui produit des chansons abstraites, souvent bourrées de drones. On est très tenté de rapprocher ça des paysages naturels finlandais : les grands lacs et les forêts immobiles, le désert lapon... C'est le rapprochement qui est fait dans ce clip de Lau Nau (prononcez "laou naou"), jeune folkeuse dont le second disque sort chez Fonal Records très prochainement. Concours du mois de mai (Portishead, Justice, The Kooks...) 1/2
Pour consoler ceux qui ne partent pas en wacances pour ce premier pont, la rubrique concours de Flu vous propose cette semaine des places de concert :
- concours concert privé The Kooks : des entrées pour deux pour le concert privé des Kooks le 6 mai à Paris - concours tournée Justice : des places de concerts pour deux pour les dates en province de Justice - concours concert Daniel Darc : des places pour deux pour le concert de Daniel Darc à l'Olympia Et aussi le concours Third - Portishead
La semaine prochaine, ça sera plus matériel, BO et bouquins rock ! Rubrique concours de Flu N'y pensez plus
Tout ça n'est en fait que la confirmation scientifique de ce que les bons musiciens savent déjà : quand on improvise, il faut cesser de penser à ce qu'on fait, il faut se laisser porter par ses sens et ses émotions. Ou comme le disait Captain Beefheart à ses guitaristes : "Si vous êtes coupable de pensée, vous êtes viré". J'adore quand la science donne raison aux fous. Dear Prudence, les Beatles et la salle de bains psychédélique de 1968Etrange histoire que celle de cette chanson composée par John Lennon en 1968 et qui, à sa manière, exprime assez bien les contradictions de l'époque soixante-huitarde. A l'époque de sa composition, les Beatles sont en Inde, pour un séjour d'aération et de développement spirituel chez leur pote gourou le Maharishi. Tout se passe à peu près correctement (même si des récits contraires circulent - certains s'emmerdent, le gourou serait un dangereux maniaque sexuel...). On médite. On joue de la guitare et on consomme pas mal de drogues dans un esprit ultra-harmonieux, Peace & Love, Cool jusqu'au bout du gland et de la night. Les éléphants sont roses et les pétales tombent comme de la neige en avril. Parmi les occidentaux en goguette, Mia Farrow est là en compagnie de sa jeune soeur, Prudence Farrow. Celle-ci se prend tellement au jeu qu'elle passe son temps à méditer, seule, enfermée pendant des heures et des jours sans boire ni manger dans une salle de bains ou une tente (selon les versions). Tout le monde s'inquiète. Lennon, pressé de voir la jeune femme rejoindre le groupe (signe que même chez les babs, le contrôle social était fort et qu'il fallait s'amuser avec le groupe ou mourir), se serait fiché devant la porte de la jeune femme et aurait gratouillé "Dear Prudence" pour la faire sortir. Lui-même sous influence, il aurait enrobé son message prosaïque (bon, alors, tu sors de la salle de bains putain, je dois me refaire le catogan !) d'un délire cosmogonique qui fait tout le sel de cette sublime chanson.
L'histoire ne dit pas si Prudence Farrow est revenue à l'appel du binoclard de génie, ou si elle a préféré poursuivre sa communion spirituelle en solitaire. Toujours est-il que les Beatles tenaient un nouveau titre, à la fois onirique, tendrement surréaliste qui serait gravé pour l'éternité en août de la même année lors des sessions d'enregistrement de leur nouvel album (le White Album évidemment). Perçu comme un titre joyeux, Dear Prudence exprime néanmoins (et presque déjà) un certain désenchantement, une sorte de tristesse, comme si le refuge dans la méditation et l'extase mystique appelait irremédiablement une redescente sur terre douloureuse. On pense dans l'état d'apesanteur cosmique de Dear Prudence aux excès qui suivront, à la folie de Syd Barrett, au décrochage de Brian Wilson. Tout cela n'est pas anodin. Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la chanson sera privée de Ringo Starr pendant l'enregistrement du Double Blanc. Comme sur "Back in USSR", c'est Paul McCartney qui est derrière les fûts. Ringo Starr était tout colère et avait temporairement rendu ses baguettes. La chanson connut une seconde jeunesse avec la reprise de Siouxsie And The Banshees (gros succès en 1983 - notez le petit gars à la guitare aux cheveux ébouriffés sur le clip Top of the Tops qui n'est autre que Robert Smith), avant d'être reprise et ratareprise par une centaine de groupes depuis Alanis Morrissette jusqu'à The Jesus And Mary Chain. Un beau foin en tout cas pour une simple histoire de salle de bains psychédélique.
Dear Prudence open up your eyes
Le mantra "round round round" faisait quant à lui partie du rituel d'élévation, susceptible de mener à l'état transcendantal. 1968, c'était aussi ça pour les people : une belle imposture, de la bonne dope, des éléphants et du bonheur à la pelle.
1968 : Albums cultes des géants du bizarre #38 : Silver Apples - Silver Apples
Pour preuve, le premier titre "Oscillations", est un véritable manifeste de ce qu'est Silver Apples, soit : un percussionniste au jeu à la fois souple et métronomique, et une batterie d'oscillateurs justement, ces ancêtres de synthétiseurs modulaires composés de multiples "plug-in" à la différence près qu'à l'époque les "patch" et autres "effets" étaient des boîtiers connectés à part sur la machine principale et non pas, dans le programme comme aujourd'hui. Silver Apples c'est l'union improbable de l'esprit hippie, pattes d'eph' et cheveux longs, avec les expériences électroniques et psychédéliques héritées des pionniers de l'electroacoustique comme Morton Subotnick (entre autre), dont le nom du duo s'inspire d'ailleurs pleinement puisqu'il reprend le titre d'une de ses plus fameuses composition : "Silver Apples of The Moon". En 1968, Danny Taylor et Simeon sont donc à l'origine d'une musique inouïe, une electro-pop d'avant l'electro-pop, une série de comptines électroniques bourdonnantes et merveilleusement extra-terrestres, à la fois musique des sphères et transe chamanique pour nomades urbains.
On retrouve chez Silver Apples, l'innocence des pionniers et des grands illuminés. D'ailleurs, l'album sombrera rapidement dans les oubliettes de l'histoire, trop bizarre pour son époque. Mais c'était compter sans les fouineurs de bacs à disques, les infatigables gravediggers, qui exhumèrent les perles qu'était "Velvet Cave", "Dancing Gods", "Dust" et plus tard sur Contact, le deuxième album, "A Pox On You" ou "I Have Known Love". Aujourd'hui, 40 ans après sa parution, Silver Apples est plus que jamais entré dans le patrimoine pop mondial. Cité par les membres d'Animal Collective (dont les comptines hystériques doivent beaucoup au duo) comme une influence majeure, Silver Apples influença également Laïka, Suicide, Spacemen 3, Moonshake, Portishead, Zombie Zombie, Boom Bip, et j'en passe. En 1998, le duo sort de l'ombre, en partie grâce à tous ces groupes, et sort deux albums, Decatur (un long morceau de 42 minutes) et The Garden récemment réédité chez Bully Records, le label du rappeur canadien expérimental Sixtoo. Aujourd'hui le projet continue en solo puisque Dan Taylor est mort en 2005, même si Simeon, toujours vert après un léger accident cardiaque, se fait momentanément accompagner d'un nouvel acolyte en la personne de Xian Hawkins. Papi Simeon collabore avec Sonic Boom sur son projet Spectrum et tourne dans le monde entier (comme on a pu le voir il y a peu à Paris), vérifiant l'adage selon lequel, décidément, c'est dans les vieilles converse qu'on fait les meilleurs soupes.
Silver Apples - Silver Apples (Kapp Records, 1968) Silver Apples sur Youtube 1968, c'était hier pour moi aussi...Je contemplais l'idée d'honorer l'esprit de 68 en renonçant à tous mes idéaux pour m'installer dans un pavillon avec femme et enfants quand j'ai commencé à réfléchir. On reproche souvent aux baby-boomers d'idéaliser leur jeunesse et d'avoir imposé l'idée dans notre culture des années 60-70 comme pinacle de la musique pop et rock, comme une époque où on aurait tout inventé et qu'on ne ferait que copier aujourd'hui. Le pire c'est qu'ils ont été si convaincaints qu'aujourd'hui on se retrouve avec des groupes comme The Kooks qui jouent une musique résignée à ce soi disant état de fait. Peut-on évaluer l'évolution de la musique populaire depuis quarante ans ? Voilà un petit exercice : depuis 1968 il s'est passé autant de temps qu'il s'est passé autant de temps qu'entre ça...
(Bertold Brecht qui chante "Die Moritat von Mackie Messer" ou "Mack The Knife" ou "La Complainte de Mackie le Surineur", chanson de son Opéra de Quat'Sous dont la première a été donnée à Berlin en 1928) et ça.. (Sly & The Family Stone qui jouent "Dance To The Music" et "Higher" a un concours de talents en Ohio) On en est où aujourd'hui ? Dossier Mai 68 sur Flu Mai 1968 en mode egographique : joli mois de juinOn m'a demandé de faire un post 68. Alors, ok 1968 est un tournant dans l'histoire de la jeunesse du monde entier, tout ça. En France, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis ainsi mais aussi Japon, des bouleversements culturels, sociologiques et politiques sans précédents, ont secoué les pouvoirs en place. La musique quant à elle, ouvre les portes de la perception aidée en cela par de nouvelles substances stupéfiantes, le cinéma s'éclate, la littérature se tape un trip, mais il ne faut pas oublier le plus important ! En cette année de grâce 1968 (en juin !), naissait celui qui laissera une marque indélébile dans l'histoire de la propagande culturelle aussi nommée "journalisme", le fameux Maxence Grugier, votre serviteur donc ! Loué soit son nom et fêté soit l'anniversaire de sa procréation !*
![]() *La semaine prochaine, Maxence Grugier, 8 mois, cul nu dans une bassine sur la table de la cuisine. Stay tuned !
Les 40 ans de Mai 68 sur Flu |
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