Jay-Z, American Gangster et les sportifs japonais
En grandissant, j'ai découvert le film de gangster, un genre hollywoodien qui doit bien être le seul à rester imperméable au happy end : le gangster commence jeune, ambitieux et affamé comme Olivier dans Oliv' et Tom ou Jeanne dans Jeanne et Serge et il grimpe rapidement les échelons pour devenir lui aussi le meilleur dans son domaine mais, arrivé au sommet, il ne trouve pas la paix intérieure mais plutôt le désoeuvrement, la solitude, la paranoïa et finalement la mort. Je suis vite arrivé à la conclusion que cette différence ne s'expliquait pas par la justice divine qui n'accorderait au gangster comme au champion que ce qu'ils méritent respectivement mais, au contraire, qu'on m'avait menti toute mon enfance sur le vrai destin des sportifs japonais. Selon toute vraissemblance, devenu le meilleur joueur de foot du monde Olivier aurait perdu tout but dans la vie et aurait fini le nez dans une montagne de coke et un flingue sur la tempe.
La pop music est pleine de ce genre d'histoire. Prenez Jay Z : l'an dernier avec l'album Kingdom Come il sonnait comme tout sauf le jeune requin de Reasonable Doubt. On avait l'impression qu'il avait enregistré assis sur un pouf. Pas étonnant, ce type à tout réussi, plus rien à prouver. Pas étonnant non plus qu'il se soit reconnu dans l'histoire de Frank Lucas, le personnage interpreté par Denzel Washington dans le dernier Ridley Scott. Jay-Z a vu American Gangster (le film) en avant-première lors d'une projection privée et se serait dit "mince, ça aurait pu être mon histoire si j'étais resté dealer" et aussi peut-être "voilà une super occasion de faire du cross-marketing" et il s'est mis dans l'urgence au boulot sur un concept album. American Gangster (le disque) a donc été enregistré dans la hâte et, on serait presque surpris, il est très bon. Que ce soit parce que Jay a eu l'occasion de retrouver des thèmes qui lui sont cher, la pression du temps ou son enthousiasme réel pour l'histoire de Frank Lucas, il sonne rajeuni, enthousiaste et, comme au bon vieux temps, incroyablement malin dans ses rimes. Les beats, fournis pour la plupart par Diddy, Jermaine Dupri et No I.D. ne se font pas vraiment remarquer. Ils sont bourrés de samples de soul et de funk qui sentent bon la poussière mais sont surtout là pour l'atmosphère : l'important ce sont les mots, cette histoire d'ascension et de chute déjà entendue mille fois. Peu importe qu'on la connaisse, l'important c'est qu'elle soit bien racontée et, cette fois, elle l'est. On pourra regretter que Jay-Z fasse preuve d'immaturité en rajoutant deux morceaux "hors concept" après avoir raconté la chute de Frank Lucas, comme pour dire "Regardez moi, je suis pas Frank Lucas moi, je suis Jay-Z et je suis le plus fort et je suis le roi et je tomberais jamais, je kiffe trop ma race" mais on n'y croit pas. Ca fait longtemps que j'ai arrêté de croire au happy end pour Oliv' et Tom ou pour Jeanne et Serge, on ne me la fait pas à moi, Jay. Commentaires
De julie, posté le 13.12.07 à 19:26
![]() super c cool on é conte pour vou moi sa me fé bien chié de lire cé conneriii !
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