Dirty Projectors : Plagiaires imaginaires
Mais ne vous trompez pas, Rise Above n'est en aucun cas un remixe de Damaged. C'est tout au plus une évocation. Longstreth a en effet, partiellement réécrit l'album original à la lumière des souvenirs qu'il en gardait. La mémoire, et ses carences, est donc au cœur de ce processus d'appropriation virtuose d'une œuvre, dont Longstreth est à la fois l'auteur et le simple interprète. Une folie, un album concept comme presque tous les albums de Dirty Projectors, et une manière de questionner le statut de l'artiste à l'aune de la mémoire et de l'histoire. Les œuvres que nous avons aimés et que nous portons en nous pour la vie, sont-elles inscrites à jamais dans notre ADN ? Si c'est le cas, que devient l'originalité, la créativité et la personnalité ? Sur Rise Above, Dave Longstreth et sa bande semblent répondre à la manière de John Oswald, créateur du concept de plunderphonics (sortes de pillage sonore assumé réalisé à partir de bribes d'œuvres existantes) : "Pas de création possible au 21ème siècle sans emprunts". Le sampling et l'usage copier-coller dans la musique n'est pas autre chose. La mémoire ne pouvant être contrôlée, ni taxée, les musiciens actuels sont forcément influencés par ce qu'ils écoutent et ont écouté. Partant de ce postulat Dave Longstreth fait voeu de liberté, composant une musique luxuriante et ouverte à l'interprétation dans laquelle Black Flag a sa place, tout comme la musique africaine, la pop et la musique classique ou contemporaine (C'est particulièrement évident sur "Thirsty and Miserable" où l'on croirait entendre les Beach Boys jammer avec Edgar Varèse). Reste que Rise Above, le bien nommé ("S'élever au-dessus" en VF) distille tout du long un funk évident ("No More"), une musique de l'âme ("Police Story", "Spray Paint - the Wall -") tout simplement belle, un peu comme une passade entre le meilleur des Talking Heads et les Beach Boys, Prince et Animal Collective. En tout point une réussite.
Dirty Projectors - Rise Above (Rough Trade/Beggars, sept 2007)
Commentaires
De frz, posté le 04.12.07 à 19:44
![]() Et le titre de l'album "rise above" qui est le même que celui d'un certain Epic Soundtrack, déjà grand oublié de l'histoire récente de la musique, et pourtant, un type qui a marqué profondément ses rares auditeurs. Surement un hasard ce titre, mais c'est marrant, pour moi c'est signifiant. Quelque part. Comme on dit. De Maxence, posté le 05.12.07 à 08:35 ![]() Futur chronique de la rubrique "culte et bizarre" ?? Putain, heureusement que tu es là toi hein... ; ) De frz, posté le 05.12.07 à 16:21 ![]() Ben oui, parce que quand tu chroniques ce genre de trucs, on est pas emmerdé par les commentaires (cf lithops, black dice etc etc). "Stay underground" qu'ils disaient, pas bien le choix quand on intéresse personne ![]() De Maxence, posté le 05.12.07 à 19:10 ![]() Hé oui, d'où l'importance de tes comment'... et hop, de 4 ! plom plom plom... Ajouter un commentaire |
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