Albums Cultes des Géants du Normal #3 : The Zombies - Odessey & Oracle
Ces groupes anglais des sixties n'ont commencé à être véritablement intéressants que quand ils se sont éloignés du blues américain qu'ils copiaient religieusement et qu'ils ont commencé à incorporer des influences européennes : le clavecin de "In My Life", la flûte à bec de "Ruby Tuesday"... Les Zombies ont toujours eu une longueur d'avance sur leurs contemporains puisqu'au R&B ils ont toujours préféré le jazz, la musique de chambre et la pop pré-Beatles la plus classique.
On s'étonne encore aujourd'hui que, malgré quelques succès dont celui de leur incroyable premier single "She's Not There", les Zombies n'ont jamais vraiment cartonné. Contrairement aux Turtles, un groupe assez comparable, ils n'ont pas un single immortel comme "Happy Together" pour les rappeler à nos esprits via la pub ou le cinéma et ils sont restés dans un oubli relatif des années durant. Aujourd'hui encore, malgré des redécouvertes successives d'Odessey And Oracle par plusieurs générations de journalistes enthousiastes, ils n'ont toujours pas obtenu la même réhabilitation post-mortem qu'un groupe comme Love. Les Zombies errent dans les limbes de la reconnaissance, ni tout à fait oubliés ni largement célébrés. Tout juste entendrons nous un peu plus parler d'eux au printemps lorsqu'ils se reformeront pour jouer leur album en intégralité lors de quelques dates à Londres.
Leur seul véritable album (les autres ne sont que des compilations de singles), Odessey And Oracle aurait été enregistré par un groupe qui savait sa dernière heure venue. Pourtant la chanson "Care Of Cell 44" est l'introduction la plus exaltante qui soit, notamment grâce à un génial plan choral façon The Beach Boys (qui s'y connaissait en exaltation) et d'autres morceaux comme "Friends Of Mine", "This Will Be Our Year" communiquent une joie irrésistible. Même les chansons tristes comme "A Rose For Emily" sont d'une beauté précieuse et délicate beaucoup trop affectée pour susciter plus grave émoi qu'une exquise mélancolie. On pourrait facilement exagérer une veine sombre qui parcourt l'album : "Cell 44" parle de la joie... de sortir de prison, l'optimisme pour l'année à venir d'Our Year laisse penser que celle qui vient de passer n'était pas des plus heureuses et puis le narrateur de "Friends Of Mine" qui célèbre le bonheur de ses amis en couple, ne serait-il pas secrètement aigri, d'abord ? En fait, seule "Butcher's Tale" (une chanson qui a du beaucoup impressionner Colin Meloy des Decemberists) est réellement sombre. Vraisemblablement, les Zombies étaient juste conscients comme tout un chacun que la vie n'est pas toujours rose. Les Zombies étaient cinq jeunes hommes bien éduqués qui n'ont eu aucun problème pour trouver de bons jobs à la mort du groupe. Ils ne s'étaient pas formés avec de grandes ambitions de toute façon : ce n'est qu'après avoir gagné un concours du type "battle of the bands" qu'ils ont commencé à prendre leur carrière au sérieux. Odessey & Oracle a donc sans doute été enregistré par des types décidés à donner le meilleur d'eux-mêmes non pas parce qu'ils savaient que c'était là leur dernière chance mais bien leur dernière fois. Ils ont donné le meilleur d'eux même, sans arrière pensée, et ont pondu un chef d'oeuvre de pop 60's optimiste et aventureuse qui mérite sa place parmi les meilleurs albums d'une époque où tout le monde semblait sortir un disque historique.. Commentaires
De Shaleemy, posté le 20.12.07 à 13:13
![]() Je suis en désaccord sur l'aspect anecdotique de la British Invasion. Et je pense que les Zombies avaient un point faible : la production. Leur Odessey & Oracle n'est pas aussi bon que d'autres albums de la même époque (le Pet Sounds des Beach Boys ou le Forever Changes de Love), et là je parle bien de production, pas d'inventivité ou d'idées musicales (de ce côté les Zombies en avaient). D'autre part, le chanteur (dont le nom m'échappe à cette minute, sorry) a une voix haut perchée un peu précieuse qui n'est pas de tous les goûts (pas du mien en tout cas), même si cette voix s'applique à merveille à "A Rose for Emily" - une de mes chansons préférées du disque. De Maxence, posté le 20.12.07 à 13:38 ![]() Aaah ! Enfin ! C'est marrant, j'allais le chroniquer dans la rubrique "les albums cultes des géants du bizarre" celui-là ! Comme quoi, "bizarre", "normal", en musique c'est très flou. Parce que quand-même, un tel somment de psychédélisme, un tel appel au dérèglement des sens, une collision aussi folle entre classique, rock, pop etc..., il faut être sacrément bizarre pour trouver ça normal hein ? ;) Tu vois ce que je te disais Poisson; tu es beaucoup plus tordu que moi en fait, héhéhé. De gregreg, posté le 20.12.07 à 14:37 ![]() Je suis bien d'accord avec toi mon ami... The Zombies: groupe bcp trop méconnu... MAIS comment n'as-tu pas pu évoqué TIME OF THE SEASON, qui est à mon gout, -et connaissant bien le groupe-, leur véritable CHEFS D'OEUVRE!!! (A ecouter sur Deezer.com, ou sur ma playlists ici ) De loc173, posté le 20.12.07 à 14:40 ![]() Je la trouve nickel moi la production. Les Kinks, oui, n'ont jamais eu les moyens de production qu'ils méritaient (Something else par exemple). Qhant à la voix haut perchée (y'a pire), je trouve qu'elle fait des miracles sur cet album (Care of cell 44, quel joyau! Huummm!!!). En tout cas, qu'ils soient géants du normal ou du bizarre, je ne saurai dire : mais l'important ici est qu'ils soient géants... De 2goldfish, posté le 20.12.07 à 15:28 ![]() Bon, pour moi ce disque n'est pas l'égal de Pet Sounds mais vaut bien Forever Changes (que je trouve assez surestimé, mais c'est un autre débat). En tout cas oui, on peut dire que le disque est un peu bizarre certes, mais en 1968 entre ce que faisaient les stones, les Beatles et les Beach Boys, il était aussi dans la norme. Parfois la norme est bizarre. Y'a qu'a écouter le dernier Britney Spears. De Maxence, posté le 20.12.07 à 17:14 ![]() "Parfois la norme est bizarre", tu viens d'énoncer le postulat de toute une vie Poisson... De MrMeuble, posté le 20.12.07 à 18:03 ![]() Amen !!! De Shaleemy, posté le 20.12.07 à 18:49 ![]() Colin Blunstone, c'est ça? Otez-moi d'un doute! De Trakse, posté le 20.12.07 à 22:06 ![]() Une version a capella du splendide "Care Of Cell 44" : ICI De Shaleemy, posté le 20.12.07 à 22:44 ![]() "Bon, pour moi ce disque n'est pas l'égal de Pet Sounds mais vaut bien Forever Changes" Pour mes oreilles, cette opinion est une hérésie. D'ailleurs, j'estime même Forever Changes supérieur à Pet Sounds. De vento, posté le 21.12.07 à 13:38 ![]() 'fin, je crois que c'est dans Time of the season (quelque chose comme ça), l'intro avec la basse et la batterie, avec la voix qui fait "tchus", tu la ralentis et tu la colles en ouverture de Abbey Road, ça sonne pas mal. De Shaleemy, posté le 21.12.07 à 14:23 ![]() Par contre si tu accélères les premières mesures chantées de "Time of the Season", tu as "You're the One that I Want" de Grease. ![]() De Balh, posté le 22.12.07 à 16:40 ![]() Juste pour dire qu'il faut absolument écouter les productions suivantes de l'ex-Zombie : "Say you don't mind" de Colin Blunstone (morceau composé par Denny Laine fraichement sorti des moody blues) est une pure merveille de chamber pop sur l'album one year.) Par contre quand est ce qu'on parlera d'Emmith Rhodes? De alalala, posté le 06.05.08 à 17:33 ![]() Odessey & oracle est de loin mon disque préféré, et si c'est incontestablement un chef d'oeuvre, je ne me pose pas vraiment la question de savoir s'il est oui ou non supérieur à forever changes, pet sound (et village green? et sgt pepper? etc.); pour moi, ce disque est tout simplement à part, et pour le coup, au delà de tout critère, au dessus de tout de le reste. Après, on peut bien sûr préférer d'autres groupes que les zombies et d'autres disques (des bons disques, ou réputés classiques, auquels j'accroche pas, que je trouve quasi chiants, j'en connais un tat). De Shaleemy, posté le 06.05.08 à 18:21 ![]() Désolé alalala d'avoir froissé ton amour pour ce disque. Ma critique est simplement la mienne, j'ai juste essayé d'expliquer pourquoi ce disque ne m'a pas plus autant qu'à d'autres, aussi sincèrement que possible... Oui, j'ai été déçu par la production. Ayant découvert ce disque dans les années 90, et vu qu'il date de 67, je me suis retrouvé projeté dans les sixties... et ce disque m'a rappelé beaucoup les Beach Boys, les Kinks, les Beatles, dont les productions étaient meilleures (oui, même celles des Kinks). C'est peut-être le fait que la musique du groupe soit assez raffinée, qui accentue le côté artisanal de la production. Car lorsqu'on fait des choses plus basiques, le côté bricolé avec trois ficelles se voit moins. Peut-être que ce côté artisanal donne au disque son charme particulier, je n'en sais rien. Peut-être aussi que je me trompe, que la production est somptueuse et que ça m'a échappé, ou que j'ai acheté un CD défectueux... Allez savoir. De toute façon, je n'aime pas trop la pop de chambre. Je n'aime guère "Eleanor Rigby", par exemple. Par contre, "Andmoreagain" est une mélodie aussi renversante qu'irréelle, pour ne citer que celle-là... mais Forever Changes n'est pas de la pop de chambre, justement - cet album est aéré, parfumé, dépaysant... et rock, aussi. Désolé, j'ai encore comparé... Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum musique :
|