Stockhausen est mort, la musique contemporaine perd le KontaktCoïncidence macabre, mercredi 5 décembre dernier alors que je rédigeais un post fustigeant les tenants prétentieux de l'avant-garde à "œillères", Karlheinz Stockhausen, véritable outsider de la musique contemporaine, s'éteignait dans sa maison de campagne de Kürten. De quoi se sentir coupable... Plus sérieusement, au vu de l'importance de l'œuvre de ce compositeur incontournable sa disparition ne pouvait pas passer inaperçu sur Flu' et c'est avec modestie et respect que nous lui rendons hommage.
Stockhausen étudia avec les plus grands, Frank Martin et les français Olivier Messiaen et Darius Milhaud. En 1953, il participe à la fondation du Studio de musique électronique expérimentale de la Westdeutscher Rundfunk. Profondément influencé par l'œuvre d'Anton Webern, Stockhausen est de toutes les avant-gardes. Il évolue rapidement du style pointilliste au sérialisme extrême ("Kontra-Punkte", "Klavierstücke I-IV"). Entre 1955 et 1956 il réalise les premiers chef-d'œuvres de la musique électronique. C'est "Gesang der Jünglinge" ou "Kontakte", premier morceau sur 4 pistes jamais enregistré. Des pièces qui illustrent les fulgurances d'un esprit curieux si ce n'est aventurier. L'anecdote veut que pour cette pièce, c'est Stockhausen lui même qui bricola un système de speaker rotatif passant régulièrement devant les 4 micros disposés en cercle. C'est je crois, à la lumière de ce genre d'inventions, de celles qui dénotent d'une passion qui va plus loin que la recherche de la simple perfection technique, que l'on reconnaît le génie visionnaire. Une assertion qui vaut aussi bien pour la musique contemporaine ou électronique que pour le rock et la pop. Des musiques "populaires" que le compositeur allemand ne renie d'ailleurs pas, lui qui s'avouait fasciné par le Jefferson Airplane, et à qui les Beatles rendront hommage sur Sgt Peppers en glissant son visage parmi les nombreuses personnalités qui figurent sur la célèbre pochette. Franck Zappa se réclamera lui aussi de l'oeuvre électronique de Stockhausen. Et tandis que celui-ci explore les possibilités de l'indétermination et de l'usage du hasard et de l'improvisation (un voyage qui l'emmènera jusqu'aux confins d'une musique dite "intuitive") Stockhausen s'implique parallèlement toujours plus dans la diffusion de ses idées auprès des plus jeunes. On retrouve d'ailleurs Irmin Schmidt et Holger Czukay, parmi ses anciens élèves. Ceux là même qui formeront plus tard, un des groupes emblématique du krautrock allemand : Can. Par ailleurs, à partir des années 1960, les œuvres de Stockhausen prennent de l'ampleur sur la durée et se font volontiers méditative, dans le sillage des compositeurs minimalistes Terry Riley, Steve Reich ou La Monte Young. C'est l'époque de "Stimmung" (1968) et plus tard, "Mantra" (1970), une œuvre de 70 minutes, construite sur différentes sonorisations d'un même accord.
Quoiqu'il en soit, le grand homme nous a donc quitté, laissant derrière lui tout un pan de la création contemporaine encore à explorer et une œuvre profondément originale et novatrice, qui a marqué la création musicale pour toujours. Aujourd'hui, celui qui déclarait "Et maintenant, chaque compositeur est fier de demander au public de vivre des moments de silence, jusqu'a deux ou trois minutes, dans un morceau de musique" (voir notre fiche) va être satisfait, durant les semaines à venir les minutes de silence vont être innombrables. Commentaires
De Kill Me Sarah, posté le 08.12.07 à 14:03
![]() Euh les gars, c'est Holger Czukay, avec un H à Holger. Mais bon j'dis ça j'dis rien. De Sim, posté le 08.12.07 à 14:34 ![]() Très bel article. Bravo, et merci pour lui. De Maxence, posté le 08.12.07 à 16:06 ![]() OK , Kill Me, tu me rédigeras la nécro de Maurice Béjart pendant que tu y es, en 30 minutes chrono comme moi, ok ? Pis c'est vrai que je l'ai jamais écris avant ce patronyme... désolé hein, je découvre... Putain ça m'agace ça ! Repérer une erreur dans la bio, je comprend, je suis pas infaillible, mais venez pas m'emmerder sur les détails, on parle d'un grand monsieur mort là, pas d'orthographe !! Czukay est toujours vivant lui…. En effet, vaut mieux rien dire quand on a QUE ça à dire ! De poulet, posté le 08.12.07 à 19:22 ![]() Je ne connais Stockhausen que par sa biographie et pas par sa "musique ". Maxence, peux tu me donner les titres emblématiques du Monsieur? Merci d'avance. De Maxence, posté le 08.12.07 à 20:11 ![]() Bin, c'est dans le papier non ? "Gesang der Jünglinge", "Kontakt" auquel tu peux ajouter "Hymen" bien sûr, "Mikrophonie I" et II aussi, Mantra plus contemplative ou Telemusik évidemment... ses oeuvres tardives je connais mal. De Kill Me Sarah, posté le 08.12.07 à 21:17 ![]() Ouh là susceptible Axence? Ce n'était pas dit méchamment d'accord? Tu fais un beau papier, autant écrire son nom correctement non? Mais bon tu as raison, autant ne rien dire. De Maxence, posté le 08.12.07 à 21:20 ![]() Mais non Kill Me, mais bon, c'est un point de détail, c'est ça qui m'a agaçé, rien de grave... D'ailleurs, crypto : Sage De Docteur C, posté le 08.12.07 à 23:27 ![]() Ben pour avoir les deux enregistrements je trouve que la phrase sur Stimmung et Mantra n'est pas très claire. Si Stimmung est basée sur la variation d'un même accord, c'est à travers l'interprétation d'un ensemble vocal et pas sa "sonorisation" à proprement parler. En revanche, Mantra n'emploie pas qu'un même accord, mais est basé sur la "sonorisation", enfin les nombreuses sonorisations de l'interprétation d'accords frappés sur deux pianos "classiques" (je veux dire pas préparés comme chez Cage). Bon pour moi le rapprochement avec les répétitifs américains n'est pas le plus judicieux non plus, par rapport à ces enregistrements là, parce qu'on est pas dans l'art de la micro-variation comme chez Reich ou Riley - ou Glass. Stimmung c'est quand même très varié à l'audition, ne serait-ce que par la rythmique et la diction , et Mantra aussi, mais je ne veux pas chipoter hein, c'est juste que Stockhausen suivait vraiment sa propre voie en matière de composition. De toute façon en musique contemporaine y'a pas 50 noms de cette ampleur là. J'en ai déjà cité plus de la moitié. De Maxence, posté le 09.12.07 à 14:33 ![]() Oui, je sais Doc, j'ai du faire vite et je me suis mal exprimé dans ce paragraphe. En voulant raccourcir, on construit mal ses phrases, désolé. Tu as raison, gardons plutôt ton commentaire, il est plus clair. Par contre je ne suis pas sûr d'être d'accord avec ton argument sur l'influence ou non des minimalistes mais bon, comme tu le dis on ne va pas chipoter... Par contre, je réfute, en musique contemporaine, il y a quand-même un paquet de nom : Boulez, Xenakis, Parmegiani, Schaeffer, Bayle, Henry, Ferrari, Perrey, les futuristes italiens, Cage, et j'en oubli... De monk, posté le 10.12.07 à 18:38 ![]() R.I.P. Karlheinz Des oreilles dans Babylone De Maxence, posté le 11.12.07 à 09:16 ![]() Très bon blog Monk... Ajouter un commentaire |
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