Au delà de la hype qui se profile à l'horizon depuis quelques mois autour du label (américain comme son nom ne l'indique pas) Italians do it better, les albums de Glass Candy et Chromatics sont surtout symptomatiques de la façon dont toute une génération redécouvre rétrospectivement l'incroyable richesse d'une décennie souvent décriée et mésestimée. Le début des années 80 avec ses divers bouleversements des valeurs morales, économiques et esthétiques, est pourtant emblématique d'une période de grande remise en question, d'expérience et de quête. Alors que la disco tend à devenir commerciale et que la new wave explose littéralement les charts, le hip hop effectue ses premiers pas hors du Bronx sous la houlette d'Afrika Bambaataa et de Grandmaster Flash. De leurs côtés, des valeurs sûres de l'underground s'épanouissent et disparaissent aussi rapidement qu'elles ont éclos au sein des scènes no wave (à New York) et post-punk (quasiment partout). De New York encore, arrive l'electro-funk drivé par Arthur Baker, tandis que l'italo disco envahit l'Europe pour le meilleur et pour le pire. La plupart des groupes innovants délaissent les guitares et s'emparent de nouveaux instruments. C'est le règne des synthétiseurs. Le clinquant côtoie la grisaille des jeunes hommes en impers. Les filles chantent faux dans des robes à pois. On danse, mais on est désenchanté. Tout ce bouillonnement, cette énergie, ces mélanges, se dérouleront durant à peine 4 années hautement emblématiques, soit de 1977 à 1981.
Il est également facile de faire un parallèle entre cette époque extrêmement riche et le début des années 90. Période qui vit également l'explosion de la techno grand public puis en réaction, celle de l'electronica plus cérébrale, par le biais des nouvelles technologies de productions musicales (home studio, PC portables, logiciels, programmation, etc). Les tendances sont cycliques, on le sait. Il est donc normal de voir à nouveau une génération qui a baigné dans la musique hi-tech se passionner aujourd'hui pour les technologies vintage et les sons rétro futuristes. Une passion à laquelle les albums respectifs de Glass Candy et Chromatics font remarquablement écho. B/E/A/T/B/O/X et Night Drive, cultivent en effet assez de distance et de nécessaire ironie, tout en faisant preuve d'assez de savoir-faire et de respect, pour réellement toucher l'auditeur qui souhaiterait se laisser prendre au jeu de la nostalgie et du clin d'oeil. Et que demander de plus à deux groupes incarnant le revival d'une époque où l'authenticité était justement une valeur en baisse ? En ce sens Glass Candy et The Chromatics incarnent parfaitement la superficialité feinte et le glamour outrancier qui semblaient régner sur le début des 80's. Les deux groupes, qui partagent un membre en la personne de Johnny Jewel (dont le pseudo à lui seul symbolise toute une époque) ont quasiment suivi le même chemin vers l'italo disco et la new wave romantique, après des débuts plutôt dark et no wave. Difficile de nier qu'ils partagent également les mêmes charmes vénéneux : vagues synthétiques évoquant Moroder pour mélodies pop mélancoliques et sucrées portées par la voix blanche d'Ida No sur B/E/A/T/B/O/X de Glass Candy, electro pop en mode nostalgique, guitares rachitiques et mélopée mi-plaintives, mi-extatiques sur Night Drive de Chromatics. Certains diront qu'il y a plus de John Carpenter dans Chromatics (voir le sinistre "The Killing Spree"), oui, mais il y a aussi cette reprise éloquente du "Running up that Hill" de Kate Bush. D'autres verront plus de Donna Summer chez Glass Candy, oui mais il y a aussi cette reprise pop adolescente du "Computer Love" de Kraftwerk. Moroder, John Carpenter, Kraftwerk, Donna Summer, Kate Bush, ils sont tous là. Finalement, Glass Candy et The Chromatics, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. On est en 1980. Et c'est très agréable.
Glass Candy - B/E/A/T/B/O/X (Italians do it better, janv 2008)
Chromatics - Night Drive (Italians do it better, déc 2007)
[Import en vente ici]
http://www.myspace.com/italiansdoitbetterrecords
http://www.myspace.com/glasscandy
http://www.myspace.com/chromaticsmusics
A lire aussi notre chronique estivale d'After Dark, la compilation du label Italians do it Better.
De skiout, posté le 18.12.07 à 18:51 
Sur le meme label, j'ai adoré Farah - Law Of Life, dans une veine encore plus sombre
De Isham, posté le 18.12.07 à 19:57 
Eh bah ! Enfin un billet sur Chromatics par Maxence !
C'est bon ils peuvent arreter leur carriere maintenant !
De Trakse, posté le 18.12.07 à 21:42 
Je ne sais pas comment ils produisent, mais je me doute fort qu'ils font tout ça en analogique. Ca me fait penser à Salvatore Cusato qui, sans le savoir, enregistrait un véritable hymne italo au tout début de sa carrière musicale : "Cybernetic Love", enregistré en une demi journée sur de vieux synthés d'occasion dans sa salle à manger avec un vieil enregistreur 4 pistes sur bandes magnétiques.
On en revenait tout doucement à ça, ça s'annonçait inévitable : sous l'impulsion d'I-F, des labels Clone, Flexx ou Radius (qui mélange habilement italo vintage et nu-disco aux gros relents italiens). Il fallait juste attendre que quelque chose d'énorme débarque, et c'est ce qui arrive avec IDIB. J'avais pourtant écouté leur compilation "After Dark" qui ne m'avait vraiment pas marqué à la première écoute. Mais en poussant le volume, je me suis retrouvé comme il y a 4 ans, quand je découvrais tout ce son italien. Intrigué et abasourdi!
En parlant de Radius, ce label a sorti il y a quelques temps une compilation réunissant quelques titres du mythique label Superradio, que je vous recommande chaudement si vous désirez vous plonger dans cet univers robotique. Ainsi que les deux dernières références du label, l'inévitable "Catch" de Sun La Chan et le naïf mais néanmoins catchy "Fuerza Major" de Camaro's Gang. Après, c'est une question de flair. On découvre d'abord les tubes, puis en grattant un peu, on trouve des compiles obscures, contenant remix de remix d'edit de version 12", des labels, des artistes aux nombreux pseudonymes etc...
Ah, l'Italo... Italians Do It Better accentue encore un peu le revival et ce n'est vraiment pas pour me déplaire!
De TOM, posté le 18.12.07 à 22:18 
Ahaaa!! eh bé moi j'ai mis la main sur kick out the 12" du label skylax, je le conseille à tout amateur de disco et autres oldies but goodies...
De Maxence, posté le 19.12.07 à 09:32
J'avais pourtant écouté leur compilation "After Dark" qui ne m'avait vraiment pas marqué à la première écoute. Mais en poussant le volume, je me suis retrouvé comme il y a 4 ans, quand je découvrais tout ce son italien. Intrigué et abasourdi!
C'est E X A C T E M E N T ce que j'ai ressenti moi aussi à l'écoute d'After Dark au début, et puis... au fil des écoutes... tout pareil quoi. Idem pour le Chromatics. Ecouté sur un bon matériel hi-fi, ou une bonne carte son, c'est vraiment énorme, plein de petits détails se révèlent.
De Michel Rocard, posté le 12.04.08 à 20:32
CHROMATICS ALBUM DE L'ANNEE (tout simplement)